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Bottas / Russell, quand l’équipe reprend ses droits

Le monde de la F1 a déjà connu plus calme, comme période estivale. Des Grands Prix aussi dantesques que les conditions ponctuées de drapeaux rouges au cours d’au moins une séance sur les quatre derniers rendez-vous, des conditions également titanesques et une tension à son paroxysme à tous les niveaux du championnat du monde, pilotes et constructeurs. Si bien que si des millions de fans n’étaient pas pendus à cette annonce, la période traditionnelle des transferts serait presque passée inaperçue.

Un dilemme dangereux

Valtteri Bottas représentait, depuis au moins deux saisons, un dilemme auquel l’écurie devait sérieusement songer afin de préparer la saison suivante.

Une place difficilement justifiable sportivement

Après des débuts plus que convaincants en 2017, ou le finlandais a été très vite considéré comme un challenger crédible pour le titre après la première victoire de sa carrière en Russie, qui le relançait au classement, Bottas a très vite souffert de la comparaison avec son multiple champion du monde de coéquipier, au point de devenir rapidement le numéro deux désigné par l’écurie (officieusement, car officiellement les deux pilotes avaient le même statut au départ de la saison ndlr). Les passionnés y trouveront d’ailleurs une situation similaire aux années Barrichello/Schumacher ou Alonso/Massa chez Ferrari, ou après une saison d’observation, les rôles se sont rapidement définis. Jamais en mesure d’inquiéter son noble coéquipier, rarement en mesure de soutenir le combat sur la piste, voire même son rythme, Bottas ne restait souvent un concurrent à la victoire seulement par les performances de sa machine.

S’il parvenait à faire bonne figure lors des qualifications, luttant jusqu’au bout pour la majorité des poles positions, la bataille tournait souvent court, tant les procédures de départ étaient difficiles pour le Finlandais. Sur les deux dernières saisons, bien que parfois frappé par la malchance, ses performances ont montré les limites d’un pilote qui n’était peut être pas prêt à challenger l’un des plus grands pilotes de l’histoire. Pire encore, on a eu l’occasion de le voir se battre avec des monoplaces bien inférieures en performances et peiner à remonter, le crash entre le Finlandais et Georges Russell à Imola la saison dernière résultait d’une bataille à la régulière pour la 10ème place, entre la Mercedes sextuple championne du Monde… et la Williams du, néanmoins très talentueux, jeune britannique.

L’état des voitures après l’accrochage impressionnant entre, désormais, le remplacé et le remplaçant. (Crédit : news-24.fr)

Devancé régulièrement non seulement par Hamilton et Verstappen, mais aussi par des outsiders telles que la McLaren de Norris ou encore les Ferrari, Bottas, sûrement épuisé mentalement par des critiques qui, bien que souvent justifiées, s’avèrent très récurrentes, est arrivé à la fin de son crédit sportif accordé par l’écurie pour des performances jusqu’ici acceptables bien qu’en dessous de son coéquipier.

L’influence de Lewis Hamilton, argument de poids dans la balance ?

Compter Lewis Hamilton dans les rangs de son écurie est évidemment un facteur non négligeable de l’équation. En effet, même s’il a toujours soutenu la concurrence sportive, compter un coéquipier capable de se mettre à son niveau la majeure partie du temps n’est jamais une partie de plaisir pour le Britannique, en témoignent sa première année chez Mclaren-Mercedes en compagnie de Fernando Alonso, les moments de tension avec Button, notamment en 2010 lorsqu’ils pouvaient lutter pour le titre, ou encore évidemment ses trois années de lutte titanesque avec Nico Rosberg, qui a donné lieu à plusieurs pugilats sur la piste.

Jouissant d’une entente tout à fait cordiale avec le Finlandais, aisément devant lui au championnat, Hamilton n’a pas à forcer la décision quand l’écurie doit donner une consigne d’équipe. Le « Valtteri, It’s James » devient presque une rengaine de nos dimanche après-midi lorsque Bottas se retrouve devant Hamilton.

Lors de la chance qui lui a été offerte de monter dans le cockpit de la W10, Russell a quant à lui éclaboussé le plateau de son talent, dominant lui aussi Bottas dès ses débuts avec la firme étoilée, filant vers une victoire qui lui était promise… si le sort avait décidé de l’épargner. Le septuple champion du monde voyait donc d’un très bon œil la prolongation de Bottas, plutôt que l’avènement d’un Russell beaucoup plus coriace. L’écurie, elle, était obligée de suivre le son de cloche de son champion, tant que Bottas amenait les résultats. Lors des deux dernières saisons, les résultats du nordique ont en effet décliné et Mercedes se retrouve aujourd’hui au coude à coude avec Red Bull, aussi bien au championnat pilotes que constructeurs. Il faut donc assurer la domination de Mercedes sur le plateau tant que la concurrence accorde une marge de manœuvre suffisante et préparer la continuité de l’œuvre d’un Hamilton qui reste toujours évasif sur son avenir en F1 après 2023.

George Russell au volant de la W10, lors du GP de Sakhir, en 2020. (Crédit : Icon Sport)

L’écurie Mercedes a donc tranché, ce sera un duo britannique pour le moins explosif et talentueux, qui tentera de poursuivre la série dorée de Mercedes AMG Petronas la saison prochaine, à moins qu’un certain « Super Max » l’ai interrompue avant…

Et maintenant ?

Et maintenant, il faut donc faire l’état des lieux d’un formidable jeu de chaises musicales. Alfa Romeo-Sauber récupère donc un pilote très expérimenté, vainqueur de Grands Prix, déterminé à rebondir et à mener son équipe vers le haut de la grille. Alors que l’on attend toujours son coéquipier, Antonio Giovinazzi n’étant pas sûr de pouvoir conduire la monoplace au trèfle la saison prochaine (Guanyou Zhou, pilote de F2, s’avance désormais comme le favori pour succéder à l’Italien), c’est Williams, qui, en cascade, complète son line-up.

La rumeur d’un échange Bottas-Russel écartée, celle d’une arrivée de Nick De Vries grandissait, tandis qu’un autre concurrent avançait ses cartes en secret. En effet, c’est bien Alex Albon qui épaulera Nicholas Latifi dans la Williams la saison prochaine. Le duo est pour le moins inattendu, mais pas inédit puisque les deux hommes ont déjà été coéquipier en 2018. C’était alors en Formule 2 au sein de l’écurie française, DAMS. Ce duo tentera également d’extirper l’écurie légendaire d’un fond de grille dans lequel elle est trop longtemps restée.

Alex Albon et Nicholas Latifi sur un podium de F2. (Crédit : fiaformula2.com)

Tandis que d’autres officialisations ont figé la grille pour la saison prochaine (AlphaTauri et Aston Martin ont maintenu leur line-up pour 2022), Bottas a paru libéré, chipant presque le meilleur tour à son coéquipier alors que son écurie l’avait défendu de le faire, lors du GP de Zandvoort.

En résulte un transfert logique, qui ne nécessitait seulement que le bon timing pour être effectué. Mercedes comptera dans ses rangs sa nouvelle star désignée, tandis qu’Alfa Romeo trouvera enfin le leader qu’elle avait tenté de trouver dans un Kimi Raïkkönen usé par des années de compétition dans un plateau auquel il ne s’identifiait plus.

Tous y gagnent. Russell obtient enfin la chance de prouver son talent au plus haut niveau de l’élite du sport auto, tandis que le Finlandais s’offre un nouveau challenge excitant dans une écurie historique, qui attend impatiemment son guide.

Crédit photo d’illustration : caranddriver.gr

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