MMA

David vs. Goliath #3 : Ronda Rousey vs. Holly Holm (UFC 193)

Troisième épisode de notre série consacrée aux plus grandes surprises de l’UFC, et cette fois-ci, honneur aux dames. Retour en 2015 dans une division féminine créée seulement 3 ans plus tôt et qui commence à prendre de l’ampleur. Le combat qui suit est l’un, si ce n’est LE meilleur combat féminin que l’UFC ait proposé, surtout dans le domaine de l’irréalisable… alors prenez vos billets pour la machine à remonter dans le temps et on décolle!

Deux combattantes opposées

On se retrouve donc 6 ans en arrière, en novembre 2015 plus précisément. Ronda Rousey est la figure de proue des catégories féminines à l’UFC. Il faut dire qu’elle est absolument injouable. Fille d’une championne du monde de judo, AnnMaria de Mars, elle berce dans le sport depuis toute petite et elle s’illustre véritablement à partir des Jeux Olympiques 2008 durant lesquels elle obtient le bronze olympique, première américaine à réaliser une telle performance. Elle décide donc de se retirer du judo et s’oriente vers les arts martiaux mixtes, où là aussi elle se distingue, s’entoure des meilleurs.

En seulement 2 combats, elle obtient son ticket d’entrée dans l’une des fédérations les plus en vues des États-Unis, la Strikeforce, après deux victoires en moins d’une minute sur clef de bras. Elle continue son morceau de chemin et devient championne des bantam en battant Miesha Tate sur… clef de bras. Elle s’est même octroyé le droit de lui déboîter l’épaule, tranquillement. Là, l’UFC se décide à racheter Strikeforce (on est en 2011) et « Rowdy » devient la première femme à signer à l’UFC. De ce fait, elle est directement intronisée en tant que championne des bantam. Et dès lors, elle défonce tout le monde, remportant ses 12 combats par KO ou soumission uniquement, souvent en moins d’un round, et généralement sur ses clefs de bras destructrices.

Championne judokate, et challenger boxeur. Holly Holm est plus vieille de 6 ans que son adversaire du soir, et même si elle n’est pas aussi haute que Ronda dans l’estime des spectateurs et qu’elle n’a pas le facteur X que son adversaire possède, elle n’en reste pas moins une redoutable « strikeuse », avec beaucoup de succès en boxe mais aussi en kickboxing. Elle décide alors de lever un peu le pied sur la boxe et se concentre sur le MMA, qu’elle commence officiellement en 2011, là où Rousey était déjà vue comme la prodige.

Elle remporte donc ses 9 premiers combats, obtient un titre à la Legacy Fighting Championship, puis arrive à l’UFC début 2015. Elle n’a pas la faculté de finir ses adversaires d’entrée de jeu, mais remporte quand même 6 de ses 9 victoires par TKO, pas mal.

Coup de tonnerre en Australie

Les deux femmes sont donc invaincues au moment de s’affronter pour le titre dans cette enceinte pleine de l’Etihad Stadium de Melbourne. C’est même le plus gros événement de l’UFC en termes d’audience à l’époque. Ceci dit, malgré le palmarès parfait de Holm, il ne fait aucun doute qu’elle devrait se faire terminer assez rapidement et Ronda va conserver son titre, c’est une certitude.

La confiance de Ronda est immense. Dans la promo d’avant-match, elle ne fait même pas de différence entre ce combat et les autres. Elle va gagner, elle va continuer à gagner puis prendra sa défaite, invaincue. Il faut dire que bon, elle a retourné le bras de toutes les filles sur son passage, personne ne semble lui résister alors oui, c’est un phénomène qui ne connaîtra jamais la défaite. Mais elle est bien consciente d’une chose, c’est qu’Holly Holm est la combattante qui peut lui donner le plus de fil à retordre.

Holly arrive sans artifice, elle court vers le ring, entre avec l’envie d’en découdre. C’est pareil pour Ronda, dont les « statistiques » font froid dans le dos : 6 victoires de suite avant la limite, et ses trois dernières victoires combinées ne lui ont pris qu’une minute et quatre secondes! Dans l’octogone, Herb Dean explique les règles du combat, demande aux combattantes de se toucher les gants, mais Rowdy refuse. Le combat débute, les deux femmes s’observent longuement, bougent beaucoup, Holly essaie de toujours garder à distance la championne pour éviter le sol et est la première à s’illustrer avec un petit combo. Ronda essaie de rattraper « The Preacher’s Daughter », mais celle-ci utilise bien l’espace, se sort souvent des situations compliquées, laisse intelligemment le centre de l’octogone à la championne et travaille beaucoup avec le bras arrière. La première tentative de takedown de Ronda est contrée, elle prend d’ailleurs de nombreux coups après cet échange et on sent pour la première fois la championne de judo en difficulté… la deuxième tentative est elle aussi échouée, même si les deux femmes finissent au sol la native d’Albuquerque s’en sort encore et le combat se poursuit debout.

La multiple « combattante de l’année » en boxe tient bien son rang. N’oublions pas que Holm a défendu pas moins de 16 fois ses ceintures, dans trois catégories de poids différentes. Et sa puissance de frappe commence à faire trembler la judokate, qui commence à être marquée au visage, notamment au nez et la position fausse-patte d’Holly Holm pose sérieusement problème à Ronda qui prend de gros directs pleine poire. Elle se paie même le luxe de réussir le premier takedown du combat, à près d’une minute de la fin du premier round. La foule commence à pousser la challenger, et la prodige de l’UFC commence à perdre patience, abandonnant son calme et sa rigueur et cherchant juste à courir après son adversaire, encore en vain. Le gong annonce la fin du round et le zoom sur le visage de la championne est bien plus expressif que des mots : la bouche en sang et le regard vers le ciel, elle est perdue et ne sait vraiment pas comment faire flancher HH. Et c’est surtout la première fois de sa carrière qu’elle revient dans son coin en étant à bout de souffle. L’une des séquences qui représente le mieux le combat, serait cette esquive absolument fantastique de la boxeuse contre la cage d’un crochet du gauche de Ronda, qui tombe carrément sur les genoux, tellement l’ouverture était immanquable.

Puis, une minute après le début du deuxième round, ce que tout le monde redoutait s’est produit. Sur une énième gauche, RR (décidément) perd l’équilibre, se relève et elle n’a même pas le temps de se retourner que la grande kickboxeuse lui assène un coup de pied du gauche pleine mâchoire, avant de la marteler de coups en ground and pound. Ce qui relevait du miracle avant le combat s’est produit, et la grande championne a connu pour la première fois de sa carrière une adversaire qui lui a donné du fil à retordre, et encore mieux, qui lui a fait goûter à la défaite. La foule est en délire, il faut dire que c’est l’une des plus grandes surprises de l’Histoire, mais les images sont dures. Même quand on est pas un fan de Ronda, la voir en si mauvais état, en larmes dans les bras de ses hommes de coin qui sont absolument choqués par la tournure du combat, ça provoque quand même un petit pincement au coeur.

Excès de confiance… et après?

A la différence des autres grandes surprises de l’UFC, qui survinrent grâce à un coup chanceux, ou grâce à des phases de combat avantageuses dont les vainqueurs ont su tirer profit, ce combat-là s’est plutôt joué psychologiquement et ses conséquences sont discutables.

Tout d’abord, l’image est forte : la lumière est sur Holly Holm, cette combattante que personne ne voyait remporter la ceinture malgré ses années de carrière passées dans la lumière, que ce soit en kickboxing ou en boxe anglaise. Elle a tout de même été longtemps la meilleure boxeuse tous poids confondus, même après son départ pour le MMA. Il fallait tout de même mettre un peu plus de respect sur son nom! Quant à la petite protégée de Dana White, elle quitte l’octogone tête baissée, honteuse. Car au delà de la douleur physique causée par le KO, il y a le doute, la déception qui prennent le relais. Dana White dira de son ex-championne qu’elle est « déprimée ». Et il y a de quoi, car elle avait tout pour s’imposer. La vérité, c’est qu’elle a tout d’abord perdu un combat qu’elle menait en soi et s’est laissée gagner par tout ce bien qu’on disait d’elle, cette confiance aveugle qu’avait Dana en elle, et son sens du combat singulier. Finalement, l’écart abyssal de niveau entre les combattantes bantam n’a jamais vraiment été si important, c’est plutôt la place qu’on donnait à Ronda qui l’était.

Et Holly Holm, elle, a pris le combat très au sérieux. Au vu de son standing, elle aurait également pu jouer l’arrogante et se préparer à l’arrache mais elle en a bavé durant sa préparation. Et même si Dana doit encore l’avoir en travers de la gorge aujourd’hui, il s’y attendait un peu : « Elle a combattu quatre fois plus de Ronda. Elle n’avait jamais affronté quelqu’un qui gérait aussi bien la distance qu’Holly ».

Pour la nouvelle championne, même si la suite n’est pas aussi glorieuse que cette superbe victoire, elle a enfin accédé à un statut qu’elle méritait, qui lui a permis de rester dans la rotation pour le titre pendant 3 ans environ. Elle perdra dès sa première défense de titre face à Miesha Tate, combattante opposée à Holm mais qui a su trouver ses failles et la soumettre pour remporter la ceinture. Aujourd’hui, à bientôt 40 ans, elle est toujours sous contrat à l’UFC mais ses deux dernières offres de combat n’ont pas pu aboutir à cause d’une hydronéphrose (maladie des reins) et d’une blessure au genou. Alors on peut imaginer une retraite d’ici peu de temps.

Ce type d’évènements sont souvent déchirants pour ceux qui les subissent. Dans les deux premiers épisodes, avec les cas GSP et Cro Cop, on ne s’attendait pas à ce que ces soldats soient battus de la sorte, mais on les avait déjà vu perdre auparavant et leurs légendaires carrières se sont forgées grâce à leurs échecs. Là, pour la championne de bronze olympique, c’était inédit. C’était même quelque chose auquel elle n’avait jamais vraiment pensé. Et le fait de s’être déçue de la sorte, d’avoir connu plus fort, plus grand, plus vaillant, ça a brisé Ronda Rousey. Elle a même pensé au pire dans les jours qui ont suivi cette déconvenue. Et même si c’est choquant, on peut le comprendre. La descente aux enfers a vite été stoppée et sa défaite expéditive face à Amanda Nunes en moins d’un round, a été la dernière sa carrière à l’UFC. Elle n’a plus jamais combattu en MMA depuis, quelque soit la fédération, et comme beaucoup « d’alumni » de l’UFC elle a fait la transition vers le catch et plus précisément la fédération mère, la WWE, où elle remportera le titre de championne du monde, ce qui en fait la seule personne à avoir remporté deux ceintures majeures dans les deux grandes fédérations de catch et d’arts martiaux mixtes. Elle aura finalement su remonter la pente, et on en est bien heureux.

L’excès de confiance peut se payer cash comme on l’a vu lors de ce combat, et même si cela peut s’avérer cruel par moments, il ne faut pas oublier que c’est ce qui fait la beauté de ce sport. Le trashtalking et l’arrogance sont des vecteurs importants de ce business, car plus on parle, plus on attise la haine, et plus les gens paient pour voir le règlement de compte. Mais à la fin du combat, les masques tombent, et il est important de garder la tête haute. On peut tout de même saluer les deux combattantes pour ce combat passionnant, qui a révélé aux yeux de tous l’immense talent d’Holly Holm et qui a surtout montré que personne n’est invincible.

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