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Le Grit and Grind personnifié, Tony Allen et Z-Bo pour la postérité

« It’s all heart. Grit. Grind. » Ces quelques mots signés Tony Allen ont, après une victoire référence face au Thunder de Durant, Westbrook, Harden et consorts, lancé un mouvement devenu légendaire dans la Grande Ligue. Ce jour, cette franchise encore toute jeune des Memphis Grizzlies a, avec ce groupe de joueurs durs, insatiables, construit ce qui est le plus difficile lorsque l’on cherche à exister dans le sport : une identité et même plus encore, un héritage.

Le Grit and Grind, comme le Run TMC par exemple, fait partie des courants de pensée basket à n’avoir jamais remporté de titre NBA mais qui a tout de même accompli quelque chose de grand. Conquérir les coeurs, rester dans les mémoires des années durant. Tout ça sans bague. Des prémices à l’apogée, retour complet sur ce qui justifie aujourd’hui l’annonce de la franchise des Grizz de retirer le maillot de Tony Allen et Zach Randolph. Deux joueurs au talent certain mais qui n’auraient (surtout Tony Allen) jamais pu prétendre à telle distinction si l’on considère pour seul critère l’aspect sportif.

2007-2009 : Le contexte de la franchise

À l’été 2007, les Grizzlies entament un nouveau cycle. Pau Gasol part aux Lakers, mais comme un Gasol en cache souvent un autre, les droits de Marc (détenus par les Angelinos) arrivent dans le Tennessee, tout comme Kwame Brown, Javaris Crittenton et Aaron McKie. Chris Wallace, ancien General Manager des Celtics de Boston, arrive lui-aussi à l’intersaison pour bousculer l’ordre établi. Lors de la Draft de cette même année 2007, Mike Conley est sélectionné en 4e position. Juan Carlos Navarro a également été pick. L’effectif pour démarrer la saison est alors le suivant :

PG : Mike Conley, Damon Stoudemire, Kyle Lowry
SG : Mike Miller, Tarence Kinsey, Casey Jacobsen
SF : Rudy Gay, Jeremy Richardson, Bobby Jones
PF : Hakim Warrick, Stromile Swift, Brian Cardinal, Andre Brown
C : Pau Gasol, Darko Milicic, Jason Collins.

Après le transfert de l’espagnol, Crittenton s’ajoute au poste 2, Brown au poste 5, McKie n’est pas conservé.

La première saison de l’ère Wallace tourne au cauchemar. 22 victoires, 60 défaites, le coach intronisé l’été précédent (Marc Iavaroni) n’arrive pas à faire jouer son équipe et surtout à la faire défendre. Si les Grizz sont assez prolifiques en attaque (10e offensive rating), ils sont incapables de se dévouer en défense (28e) pour protéger le cercle. À l’été 2008, Marc Gasol arrive à Memphis et une pierre s’ajoute à la fondation Grit and Grind.
Marc est plus lent, moins brillant en attaque que son frère. En revanche, Marc défend beaucoup mieux, son ancrage et sa lecture du jeu offensif adverse fait de lui un défenseur complet et méthodique. Il contre alors que sa détente n’est pas élevée. Il intercepte alors que les intérieurs adverses sont parfois plus vivaces. Il défend le poste avec réussite alors que les intérieurs de l’époque (cf. Dwight Howard, Yao Ming, Jermaine O’Neal, etc…) savent attaquer dos au cercle. En attaque, il sait jouer hors du périmètre : il passe, il sait utiliser les hook, il shoote. Tout ça sur du jeu en demi-terrain. En un mot, Marc Gasol est un monstre de défense qui n’aime pas jouer une transition offensive. Quel profil est plus « Grit and Grind » ?

À la draft, OJ Mayo et Darrell Arthur sont sélectionnés, pour apporter un athlétisme et du scoring (pour OJ Mayo), de la densité physique et de la défense (pour Arthur). Quelques autres mouvements sont à noter comme l’arrivée de Quinton Ross. En une intersaison, les Grizz réussissent un premier pari, celui d’axer le jeu sur la protection du cercle. La nouvelle identité se met en place : la franchise passe de la 28e à la 14e défense NBA en une seule saison. L’attaque, elle, devient catastrophique (de la 10e à la 29e place), le rookie OJ Mayo étant le meilleur marqueur des Grizz. Les premières pierres défensives sont donc posées, et sans que cela n’affole les radars puisque le bilan global reste faible. Au final, Memphis aura eu 3 coachs, 24 victoires pour 58 défaites.

2009 – 2011 : la mise en place progressive de l’identité

Des fiers serviteurs du Grit and Grind, seuls sont retenus à l’époque Mike Conley et Marc Gasol. L’équipe en 2009 est extrêmement jeune en terme d’expérience NBA. En moyenne, l’effectif à 1,9 année de bagage dans la Grande Ligue, la moyenne grimpant à 2,9 années si l’on exclut les cinq joueurs draftés dans la cuvée 2009, à savoir DeMarre Carroll, Trey Gilder, Lester Hudson, Hasheem Thabeet et Sam Young. Pour créer une identité, il faut un coach capable d’apporter de la sérénité. Chris Wallace décide de maintenir sa confiance à Lionel Hollins, venu faire l’intérim en fin de saison dernière et qui connaît la maison Grizzlies depuis 1995, lui qui officiait jusqu’à lors en tant qu’assistant coach.
Un premier mouvement, anecdotique à l’époque, a été salvateur. À l’orée de cette saison 2009-2010, un choix doit s’opérer au poste stratégique de meneur. Sur qui va t-on compter du côté de Memphis pour les 5, 6 prochaines années, Kyle Lowry ou Mike Conley ? Deux joueurs au potentiel certain, aux qualités diverses en attaque comme en défense, capables de shooter longue distance (même si Conley a toujours apporté plus de garanties au tir)… et finalement, c’est le gaucher qui a eu les faveurs du front office. Lowry est transféré à Houston contre Adonal Foyle, Mike Wilks, et un futur 1st-round pick (en l’occurrence DeMarre Carroll). Foyle et Wilks n’ont pas été conservés.

Pour apporter du vécu à cette équipe de gamins, Memphis attire dans ses filets deux joueurs aux références déjà bien établies et venues pour apporter du point : Allen Iverson, le seul et l’unique, avec ses avantages et ses inconvénients, et Zach Randolph, poste 4 aussi besogneux physiquement que fin dans la finition. Comme Marc Gasol. Pour Memphis, il s’agit alors de deux paris. Iverson est en perte de vitesse depuis deux ans, et Z-Bo est instable (Portland puis New York puis les Clippers) depuis trois ans et jouit d’une mauvaise réputation à cause de problèmes extra-sportifs, puis d’une capacité à beaucoup scorer dans des franchises au niveau moyen.
Qu’importe, la franchise décide de forcer le destin en relançant ces joueurs, à l’abri des projecteurs et des critiques. L’histoire retient qu’un joueur n’a joué que trois matchs dans la franchise, l’autre, aura prochainement son maillot retiré au plafond du FedEx Forum. Un troisième larron du Grit and Grind arrive donc dans cette intersaison 2009, et ses qualités offensives rayonnent dès le premier jour. 81 matchs, 81 comme titulaire, 20,8 pts/match, 11,7 rbd/match et 48% au tir en tant que première solution offensive.

20,8 pts, 11,7 rbds, 1,0 stl, 48% au tir sur un volume de 16,7 tirs par match. Première solution offensive devant Rudy Gay (16,1 tirs).

Statistiques de Zach Randolph pour sa première saison chez les Grizzlies de Memphis (saison 2009-2010)

Memphis tourne bien en attaque, et sur cette saison les Grizz sont la 7e attaque et la 10e pace de la Ligue. La tendance d’une accélération du jeu, déjà présente en NBA à l’horizon 2010 avec des attaques flamboyantes comme les Suns, les Nuggets, le Magic ou les Hawks, est pour l’heure suivie par la franchise du Tennessee. Les Grizzlies terminent à la dixième place de la conférence ouest, avec un bilan quasi à l’équilibre (40-42), mais il demeure l’idée que l’équipe touche son plafond de verre avec ce modèle de jeu. À l’intersaison 2010-2011, tout change avec l’évolution du roster. Avec un joueur en particulier.

Le nouveau soldat du Grit and Grind en est, en fait, le créateur. Tony Allen débarque à Memphis en tant qu’agent libre et signe un contrat à la hauteur de la médiatisation qu’a entouré cette signature : léger. 3 ans, 9M$. Même la franchise n’est pas consciente, à l’époque, du grand coup qu’allait être cette signature. Sur les premiers matchs, Lionel Hollins ne fait jouer Allen que 13, 11, 21, 13, 4, 14 et 0 minutes. Il est titularisé pour la première fois et dépasse les 25 minutes de temps de jeu lors d’une courte défaite des siens face à Sacramento, le 29 Décembre 2010. Depuis ce jour, précédant de quelques heures l’année 2011, Tony Allen a petit à petit fait son trou.

2011 – 2015 : le prime du Grit and Grind

Les quatre fidèles du Grit and Grind (de g à d) : Tony Allen, Marc Gasol, Mike Conley, Zach Randolph. Photo : Joe Murphy/NBAE via Getty Images

À partir du 1e Janvier 2011, les Grizzlies ne sont plus la même équipe. Qualification en playoffs, un bilan flatteur de 46 v-36 d et un bilan de 32 victoires pour 18 défaites en 2011. Le spot en post-season est arrivé, la 8e place est validée, les Spurs se dressent sur le chemin de Memphis lors du premier tour. Et c’est là que vient le premier fait d’armes majeur de cette équipe d’acharnés. Rares ont été les upset dans l’histoire de la NBA. Quand David bat Goliath devant les yeux ébahis de fans qui savourent l’instant. Memphis a réussi cette performance face à des Spurs monumentaux, leaders de l’Ouest, pleins de confiance. Si Memphis s’est qualifié, il le doit à sa défense. 94 points encaissés en six matchs, Tim Duncan contenu (12,7 pts de moyenne!) par un exceptionnel Marc Gasol, Tony Parker gêné dans ses transmissions (3,3 tov/match) par un Tony Allen mort de faim (2,3 steals/match). Il faut un Manu Ginobili des grands soirs (33 pts) lors du game 5 pour que les Spurs arrachent une victoire précieuse à domicile, évitant d’être condamnés à l’élimination devant leur public.

En s’imposant, Memphis met les projecteurs sur sa défense et provoque la grande question qui a accompagné les Spurs des années durant par la suite : cette équipe est-elle en déclin ?
En tous cas, Memphis a son succès de légende, reste à continuer sa route. Tout ça, sans un Rudy Gay blessé. Cette équipe de mastodontes défensifs voit son parcours s’arrêter lors du Game 7 des semi-finals face au trio magique d’OKC, mais qu’importe. Le premier accomplissement collectif de cette équipe est acquis. Tout n’est que confirmation ensuite.

En 2011-2012, la franchise perd Shane Battier mais recrute quelques col bleus intéressants : Quincy Pondexter, Dante Cunningham, Marreese Speights. Le dernier nommé remplace d’un point de vue numérique (et physique) un Zach Randolph blessé aux ligaments du genou droit. Une déchirure qui l’éloigne des terrains plusieurs semaines. Memphis, qui réalise alors le meilleur début de saison de son histoire, ne s’arrête pas là. La défense reste au centre des esprits et les victoires s’enchaînent, même si les conséquences directes de la blessure de Z-Bo sont réelles avec du 24 Janvier au 12 Février, 4 victoires pour 7 défaites. Après le all-star break, l’équipe décolle et ne s’arrête plus de gagner, à tel point qu’elle arrache la 4e place à l’ouest avec un bilan équivalent à celui des Lakers, 41 victoires pour 25 défaites. Saison du lockout oblige. La régulière est splendide mais les playoffs s’arrêtent brutalement pour la bande à Lionel Hollins. Une élimination précoce face au Lob City mené par Chris Paul, Blake Griffin et consorts. Les bases sont consolidées, maintenant, il s’agit d’aller voir encore plus haut. Et la saison 2012-2013 est, dans l’ère du Grit and Grind, sans conteste l’apogée.

Tayshaun Prince, meilleure défense, playoffs maîtrisés

Ces trois notions résument à elles-seules la saison magnifique réalisée par les Grizz. 56 victoires pour 26 petites défaites en saison régulière, une cinquième place qui fait presque office d’insulte à la franchise tant elle ne représente pas l’aboutissement du groupe. À 4 victoires près, Memphis aurait été leader de l’Ouest. Qu’importe. Lors de l’intersaison, O.J Mayo est RFA et signe un contrat longue durée avec les Mavericks de Dallas. C’est alors le seul départ majeur des Grizzlies qui dans le même temps densifient leur roster. Au niveau des arrivées, le meneur shooter Jerryd Bayless, l’arrière shooter Wayne Ellington, etc., posent leurs valises. Toutes ces additions sont faites pour donner plus de relief au banc mais c’est lors de la trade deadline que Memphis frappe un grand coup. Dans un deal à trois équipes, la franchise du Tennessee envoie Rudy Gay à Toronto et récupère le brillant Tayshaun Prince, qui connait alors son premier transfert en carrière, lui, sortant de dix ans couronnés de succès avec les Pistons. Au-delà du joueur, de son expérience, c’est un ajout qui fait sens avec la mentalité des Grizz. Tayshaun Prince, c’est quatre présences consécutives dans la All-Defensive second team en NBA, entre 2004 et 2008. Ses longs segments, sa vista et sa capacité à rattraper un retard sur le premier pas adverse font de lui un joueur difficile à attaquer. Ajouté à sa qualité au tir, Prince est un complément parfait. Et ça se ressent sur le terrain.

MEMPHIS, TN – APRIL 9: Tayshaun Prince #21, Marc Gasol #33, Tony Allen #9, Mike Conley #11, and Zach Randolph #50 of the Memphis Grizzlies celebrate during a game against the Charlotte Bobcats on April 9, 2013 at FedExForum in Memphis, (Photo by Joe Murphy/NBAE via Getty Images)

56 victoires, 26 défaites. Au-delà du bilan comptable, Memphis est pour la première fois meilleure défense de toute la NBA avec seulement 89,3 points encaissés par match. Ce total, extrêmement bas pour l’époque, fait partie des tous meilleurs de l’Histoire du jeu. Le record est détendu par les Hawks d’Atlanta, qui, lors de la saison 98-99, n’ont concédé que… 83,4 pts/match. Cet effectif fait donc partie des meilleurs défenses de tous les temps et ce n’est pas en playoffs, où les possessions diminuent, que ça s’arrange pour les adversaires.

Les Clippers en six matchs, le Thunder en cinq petits matchs, il faut le retour au sommet des Spurs pour que les Grizzlies voient leur chemin vers le Graal s’arrêter. Si l’arrêt est brutal – les Spurs ont sweepé les Grizzlies – c’est un immense accomplissement réussi par le groupe en place. « It’s all heart, Grit and Grind« . Lionel Hollins passe la main la saison suivante à son adjoint Dave Jeorger qui, dans une logique de continuité, conserve cette identité défensive. Deux années durant, les Grizzlies atteignent les playoffs avec un bon bilan en régulière, mais butent au premier tour en 2014 face au Thunder (en 7), en demi-finale de conférence en 2015 face à la nouvelle dynastie : les Warriors de Golden State (en 6). Les fondations du Grit and Grind se délitent peu à peu, même si le quatuor fantastique est toujours là.

Resteront dans l’Histoire de ce sport ces joueurs, cet effectif de timbrés de la défense. Affamés par le ballon, soucieux du détail lorsqu’il s’agit d’intercepter une passe, méticuleux pour défaire les plans offensifs adverses, les Memphis Grizzlies auront donc réussi un pari tout sauf évident dans le basket américain : devenir des idoles par la défense. L’annonce des maillots retirés est d’une logique implacable et a ravi tous les fans du basket. L’héritage restera des années durant.

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