Foot Sélections nationales

Pourquoi doit-on s’inquiéter pour le foot des sélections nationales ?

A chaque trêve internationale, les tweets défilent. « Quoi, déjà la trêve ? », « Nos joueurs vont rentrer crevés« , « La trêve internationale : on souffle« . Des sentiments légitimes, tant l’accumulation de matchs et de compétitions semblent essouffler les joueurs comme les supporters. En revanche, il faut rester prudent. Cette tendance à renier le foot de sélections hors des grosses compétitions pourrait s’avérer dangereux. Tour d’horizon d’un monde du football qui tend à préférer le capitalisme mondialisé des clubs à la valeur patriotique des sélections.

Business, hype et prisme de la « grosse nation »

« Do you prefer club football or international football ? » Lorsque la question est posée sur un blog anglais, les réponses fusent souvent en faveur du foot de club : « Le foot de club, 100%. Je préfère le marché des transferts, le côté business aussi. » L’argent donc, mais aussi la hype :  » J’aime bien les ligues nationales, et toute la hype qui se créé autour. » La hype vient, en réalité, des médias et des réseaux sociaux, du storytelling créé autour de la compétition. D’autres réponses sont plus mesurées : « J’aime bien le foot international : je le regarde si ça passe à la télé. Mais je n’arrive pas à m’y investir autant que le monde archi-dynamique du foot de club.«  Dans tous les cas, si ces réponses vous paraissent étranges, posez la question autour de vous : la plupart des réponses vous indiqueront une préférence pour le football de club.

L’équipe nationale, dernier bastion de la valeur patriotique du sport ? (Crédits : Eurosport)

Est-ce pour autant répréhensible ? Pas vraiment. La question n’est pas de dire si le foot de sélection est plus important que le foot de club, ou l’inverse. En revanche, leur cohabitation est essentielle. Primordiale même, pour que tout le monde puisse y trouver son compte. Le foot de club permet de créer un lien avec sa terre d’origine, du club de sa ville, qui partage ses valeurs : en bref, la base du foot et du lien social supporter-club. En revanche, prenons l’autre versant : l’arrêt Bosman nous a mené à un foot très multi-national au sein des ligues et des championnats. En Ligue 1, moins de 50% des joueurs sont Français. (264/551) En Premier League, 37,55%. (199/530). La valeur « patriotique » de son club n’est plus réellement la même. On ne peut plus -ou du moins beaucoup moins, notamment pour les petits clubs- s’identifier au jeune du crû, formé au club et qui y fera sa carrière qu’importe les sollicitations extérieures. Alors qu’on partage sans aucun doute des valeurs avec les joueurs de sa sélection : les valeurs nationales et internationales doit continuer à exister dans le monde du ballon rond.

D’autant qu’il faut, nous, supporters, sortir du prisme de la « grosse nation » qu’est la France, un pays avec des valeurs déterminées, une histoire riche et une stabilité politique acquise depuis bien longtemps. Pour un pays plus récent, à l’histoire commune encore à écrire, l’importance du football est indéniable. Le sport permet d’hisser les drapeaux, entonner les hymnes nationales et pouvoir faire valoir le nom de son pays à l’international (sans avoir besoin d’acheter un club à coup de milliards d’euros pour faire du sport-washing). C’est d’ailleurs l’un des seuls moments ou les emblèmes nationaux sont portés aux nues. Dans la vie de tous les jours, on ne hisse pas les drapeaux en entonnant l’hymne nationale. Le Kosovo, comme la Macédoine du Nord, se servent par exemple de leurs équipes nationales pour faire vivre une identité commune et une appartenance patriotique au sein de leurs populations. L’Ecosse a construit un lien avec sa sélection en continuité d’une rivalité avec l’Angleterre qui n’est plus guerrière, mais bien sportive. La valeur nationale n’est pas la même dans tous les pays. Mais elle existe.

D’ailleurs, le principe de valeur patriotique pourrait, pour certains, faire l’objet d’une remise en question. Si pousser en ce sens pourrait mener à une réflexion intellectuelle poussée, elle s’éloignerait grandement du football et du sport en général, donc on gardera l’idée qu’elle reste encore importante pour la grande majorité de la société.

Jouer ou ne pas jouer, telle est la question

 La trêve internationale qui vient de s’achever a permis de mettre en lumière un phénomène grandissant : celui des joueurs refusant de se rendre en sélection, privilégiant leurs clubs. Cette manière de penser peut choquer, mais elle va tendre à l’expansion. L’argent roi prend le pas sur l’envie de représenter son pays. Les joueurs se sentent redevables envers leurs clubs, qui leurs versent des salaires bien plus importants que les primes de matchs internationaux. Pourtant, les clubs continuent de verser le même salaire aux joueurs qui vont en sélection. Comment expliquer, alors, que les joueurs privilégient leurs clubs ? La réponse est simple : leurs employeurs deviennent plus importants que leurs nations. Et si vous trouvez ça normal, imaginez le joueur phare de votre sélection refuser de s’y rendre, privilégiant son club. Comme si Mbappé, Pogba, Kanté ou Benzema décidaient de se rendre à Clairefontaine.

Andy Delort a été vivement critiqué pour avoir tourné le dos à un pays qui lui avait ouvert ses portes il y a 3 ans, préférant se concentrer sur son club « durant un an ». (Crédits : Blasting News)

Ne laissons pas de place à l’ambivalence : les cas Delort et Fofana doivent être érigés en exemple. La Côté d’Ivoire et l’Algérie ne doivent jamais les rappeler. Privilégier sa carrière, son club, au devant de la fierté de représenter son pays, le maillot de sa sélection n’est pas une décision « temporaire ». Elle démontre une volonté carriériste, individualiste plutôt que collective. Drôle de vision du football … Certains pourraient opposer le fait que certains joueurs ne veulent pas risquer de blessures : stoppons l’hypocrisie. Si un joueur se blesse avec sa sélection, c’est sûrement un coup de malchance, c’est vrai. Mais l’on ne peut refuser à un footballeur de représenter sa sélection, son pays, ce qui, pour beaucoup, représente un véritable honneur, voire même un rêve de gosse.

Le foot international doit se repenser

C’est peu de le dire, mais ça dure depuis un moment : le foot international n’attire (presque) plus. Pour tout un tas de raison, mais surtout parce que le format actuel des qualifications et/ou des compétitions est dépassé. A chaque trêve internationale, les mêmes critiques : les matchs amicaux ne nous amusent plus, au même titre que les qualifications pour les différentes compétitions. Dans ce cas, les trêves internationales doivent se réinventer. La question reste « comment? » Et ce pour plusieurs bonnes raisons. Raréfier les matchs pourrait être une solution, permettant de gagner en qualité. En revanche, l’une des obligations du foot international reste ce besoin d’équité. Avoir, au départ tout du moins, la même chance pour la Finlande, l’Espagne ou le Kosovo les mêmes chances de pouvoir se qualifier à l’Euro ou la Coupe du monde.

Et même, pour qu’il y ait des « gros matchs », il faut aussi avoir des « petits matchs ». Comme il faut des « petits joueurs » pour avoir des grands joueurs.

C’est d’ailleurs l’une des question qu’ont posé la victoire de la France a la Nations League. Le fait de posséder des « groupes de niveaux » pose certaines questions philosophiques, notamment lorsque la menace de la Super League n’est pas si loin. D’ailleurs, la victoire de la France pose elle aussi quelques questions. Sur la légitimité de la Nations League par exemple. Si l’on a célébré la victoire, nous ne savions pas vraiment comment la fêter, et même s’il fallait réellement le faire. Pourtant, personne ne niera le plaisir de voir cette équipe triompher dans une compétition internationale. Il faut, pour le moment, garder à l’esprit que la Nations League reste une compétition neuve, quasiment sans histoire, qui vit ses premiers moments. Sa légitimité va s’acquérir à travers le temps, les rivalités grandissantes, les grands matchs et les grandes victoires (ou grandes défaites.) Pour en revenir à la Super League, il faut aussi garder à l’esprit que les clubs présents dans souhaitaient rester dans les compétitions nationales. Dans ce cas, où est-ce-que les matchs de la Super Ligue auraient pu se caler dans le calendrier ? Sûrement en lieu et place des trêves internationales.

Mais si les institutions internationales doivent se repenser dans l’organisation des trêves et des matchs, les fédérations nationales ne doivent pas se cacher derrière ces explications. La FFF (même en occultant les affaires hors-terrain) ne fait plus rêver. L’équipe de France ne possède pas d’identité propre, de fond de jeu, de style qui permettrait au public de se reconnaître en ses joueurs, mais aussi de rêver, tout simplement. Sans la victoire à la Ligue des Nations, tout le monde serait tombé sur Didier Deschamps : fond de jeu réactif et non proactif, très peu de maîtrise technique collective sur de longues périodes, etc. Mais comme la victoire camoufle le reste…

Le foot international est en perdition. Rien ne sert de vouloir prouver le contraire. Les premières bribes de sa perte de valeur commencent à être plus que visibles, et tous les acteurs du foot doivent en prendre conscience. Nous, le public, mais aussi les joueurs, qui doivent réfléchir à quelle est leur priorité, mais aussi les instances qui, à ce rythme, perdra la face rapidement et pourra s’en mordre les doigts lorsque la Super League reviendra sur le devant de la scène et viendra se caler sur les calendriers des trêves internationales.

(1 commentaire)

  1. La perdition, la chute de valeur de ces compétitions, la diminution de leur intérêt provient clairement, du manque de rareté de ces matchs. On été heureux de retrouver son équipe national quelque fois par an. Maintenant on la vois presque autant que son club !!

    Par contre article trop orienté vous ne faîtes pas juste un constant en donnant une vision. Vous donnez cette vision comme absolue, comme si ne pas avoir d’attache pour la sélection était grave. Vous critiquez ouvertement les joueurs refusant leur sélection, mais pourquoi vouloir forcément représenter son pays ?

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