Foot Ligue 1

Ilan Kebbal, chantre du football champagne

A 23 ans, il est l’une des attractions du Stade de Reims cette année. Aux côtés de joueurs tels que Hugo Ekitike, el Bilal Touré ou Marshall Munetsi, Ilan Kebbal apporte une petite touche de fraîcheur sur les pelouses de l’Hexagone. Analyse.

« On a parlé de toi avant le match. Notamment avec Mathieu Bodmer aux commentaires. Ta façon de prendre la balle, d’aller de l’avant, de toujours être disponible. Et j’ai vu aujourd’hui, tu n’as pas eu peur d’aller faire les 1 contre 1 et ta superbe passe pour l’attaquant en première mi-temps. Donc continue comme ça. » Quand Thierry Henry parle. On écoute. Et quand il est dithyrambique sur un joueur, on ne peut qu’être d’accord avec lui. Au soir du 29 août 2021, après le match contre le PSG, le champion du monde ne tarissait pas d’éloges sur Ilan Kebbal.

À l’origine de 7 frappes (plus que n’importe quel autre joueur ce soir-là), il aurait pu, une nouvelle fois, enfiler son costume de sauveur. Sa superbe passe pour El Bilal Touré à la 13’ minute aurait pu (dû) faire mouche si ce dernier ne s’était pas dribblé soi-même. Tout comme ce centre fuyant juste avant la pause, qui ne trouve que les gants de Navas.

Deux semaines plus tôt, c’est déjà lui qui permet à son équipe de ramener un point face à Montpellier. Et il n’a eu besoin que de 37 minutes pour montrer toute l’étendue de son talent. Avec 39 ballons touchés dont 29 dans les 30 derniers mètres, il aura été omniprésent dans les offensives champenoises. Ce soir-là également, il aura été à l’origine de 7 frappes au but. Mais surtout lui qui égalise, à la 83’ d’une superbe frappe à l’entrée de la surface.

Kebbal, tireur d’élite avec lunette de précision

Cette égalisation est la parfaite illustration du jeu offensif d’Ilan Kebbal. Car si on le voit souvent balle au pied contrôler le jeu, il ne rentre que très rarement dans la surface adverse. Sur les 344 ballons touchés depuis le début de la saison (dont 171 dans les trente derniers mètres), il n’a reçu la balle que 16 fois lorsqu’il était dans la zone de vérité. Joueur de second ballon, il se place en moyenne à 18,4 m (soit à l’entrée de la surface) pour les onze tirs tentés cette saison. 

Facilitateur de jeu, il joue un rôle primordial dans le jeu offensif de son équipe. Il paye parfois le manque de réalisme de ses coéquipiers. En Ligue 1, c’est le troisième joueur à l’origine de plus de frappes en 90 minutes : 5,52 par match, derrière Payet (7,40) et Gouri (5,71). Ceux qui ont eu la chance de l’observer à Dunkerque ne seront pas surpris par cette statistique. À l’instar de cette passe verticale pour El Bilal Touré, face au PSG et dont parlait Thierry Henry, Ilan Kebbal est à l’aise balle au pied. Il aime sentir l’odeur du cuir sur ses chaussures. 

Ilan Kebbal face à Nice (Crédit : Stade de Reims)

S’il semble enfin s’installer comme une pièce indiscutable d’Oscar Garcia, il se place déjà parmi les meilleurs dribbleurs de la Ligue des Talents. Parmi les 30 joueurs qui en tentent le plus, il n’y en a que 6 qui ont eu moins de temps de jeu. Avec 26 tentatives, il est le 24e joueur qui essaye le plus d’éliminer par le dribble. Mais surtout, il est ressorti vainqueur de son duel à 19 reprises, soit le 14e joueur le plus efficace dans cet exercice. Nul doute qu’avec un peu plus de temps de jeu, ce joueur de poche à l’aise techniquement aura l’occasion d’en tenter plus, et d’en réussir plus, pour le plus grand bonheur des yeux. En Ligue 2, la saison passée, il en avait réussi 53 sur 96.

Défensivement, encore quelques lacunes

Les supporters rémois ne s’y trompent pas, et savent la chance qu’ils ont de voir un joueur comme lui évoluer sous leurs couleurs. En août, ils l’ont élu meilleur joueur du mois. Une tendance qui se confirme de semaines en semaines. Avec une note moyenne de 6,92 sur WhoScored depuis le début de la saison, il est tout simplement le meilleur Rémois lors de cet exercice 2021/2022, devant Ghilsian Konan (6,85) et Azor Matusiwa et Yunis Abdelhamid (6,78).

Pour autant, Ilan Kebbal doit encore s’améliorer dans le secteur défensif. S’il a compris qu’il devait et pouvait faire les efforts, notamment sur les replis, qu’il fait déjà très bien, en témoigne sa Heatmap, il parait parfois nonchalant à l’heure de défendre. 

Heatmap des neuf premiers matchs d’Ilan Kebbal en Ligue 1 2021/2022.

Mais Kebbal se tient parfois trop loin de son adversaire direct, lui laissant la possibilité de jouer dans un fauteuil. Il n’a pressé que 29 fois depuis le début de la saison dans ses 30 mètres. Et s’il ne se jette que rarement au sol, voire jamais, il ne récupère encore pas assez de ballons dans ses duels (8 interceptions). 

Pas avare d’efforts, il aura pressé 109 fois son adversaire sur l’ensemble du terrain, ce qui est honorable pour un joueur offensif et créatif. Pourtant, seul 22 % de ces pressings lui permettent de récupérer le ballon (24). La tendance est la même sur les duels aériens. Certes, ce n’est pas une tâche qu’on lui demande de faire, mais sur les 6 disputés cette saison, il n’en a remporté aucun.

Il gagnerait donc à s’étoffer, à muscler son jeu. Car ce problème, il en ait conscient. Petit déjà, c’est déjà ça qui lui a barré la route. Pour So Foot, Hugo Magnetti, ami d’enfance aujourd’hui au Stade Brestois, raconte : « A tous les tests, c’était objectivement le meilleur. » Mais aux yeux des recruteurs et directeurs de formation, la taille est une donnée importante, voire primordiale. « On ne parlait jamais de football, mais de physique, se souvient Ilan. Aucun club ne m’a dit qu’il ne me prenait pas parce que je n’étais pas bon. » Triste réalité.

Ilan Kebbal a marqué sur son premier but en Ligue 1 face à Montpellier (Crédit : DR).

L’adolescence va arranger les choses. Il gagne quelque dix centimètres et quelques kilos. « C’est là que l’Atlético, l’Inter, Bordeaux sont venus aux renseignements », explique Biba Kebbal, sa mère. Il choisit finalement Bordeaux, mais peine à s’imposer, une nouvelle fois faute à un physique insuffisant. « Je n’étais pas le plus gros travailleur, je n’allais pas à la salle de musculation le premier, je n’étais pas toujours à 100 % aux entraînements. » Au moins, Ilan est réaliste. 

Il se dirige alors vers la Nationale 3 pour se relancer, à Côte bleue. Il sera ensuite repéré par Reims. Mais ce n’est pas encore son temps. Il est prêté à la Duchère six mois après son arrivée. Puis à Dunkerque, l’année suivante, l’année de son explosion. À 23 ans, Ilan Kebbal découvre enfin la Ligue 1, une place qui est la sienne. 

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :