Basket NBA

Bust in NBA N°1 : Sam Bowie, celui qui a été drafté avant Michael Jordan

Bust ultime ou carrière simplement décevante, malchance chronique ou mauvais choix, autant de questions nées un soir de Draft NBA 1984 avec le pick n°2 des Portland TrailBlazers et le choix du pivot, originaire de Pennsylvanie, Samuel Paul Bowie. Le joueur de Kentucky a difficilement traîné sa carcasse meurtrie par une multitude de fractures pendant plus de 10 ans sur les parquets NBA, sans toutefois laisser une autre image que celle d’un gâchis immense, l’image d’un joueur talentueux mais aussi fragile que le cristal de ma grand-mère. Un grand bonhomme en verre qui n’a finalement jamais pu tenir la comparaison avec les légendes l’accompagnant sur cette cuvée 1984, Michael Jordan et Hakeem Olajuwon, faisant naître la légende d’un des plus grands bides de l’histoire de la Draft NBA.

MAUVAIS PRÉSAGE

Avec ses 2,16 m, son profil longiligne et sa foulée féline, Sam fait le bonheur du Lebanon High School, il écrase la concurrence et se place comme un des prospects les plus attendus, au même titre que des Isiah Thomas, Dominique Wilkins ou James Worthy. 

Logiquement, les plus grandes facs du pays s’arrachent le phénomène. Dans un coin de sa tête, l’objectif suprême : La NBA. Malgré un contexte social et familial peu propice à l’épanouissement, Papa alcoolique, situation financière compliquée, quartier difficile, le « Million Dollar Kid » garde le cap, la balle orange en guise de sauveur, et s’engage avec les Wildcats de Kentucky (son maillot y sera retiré) pour montrer au grand public qu’il mérite sa place parmi les grands. La plus grande ligue du monde lui tend alors les bras…

Les débuts avec Kentucky entérinent définitivement le potentiel entrevu au lycée avec une première saison à 12 points et 8 rebonds.  A ce moment là, tout sourit encore au jeune Sam, il entrevoit même les cieux jusqu’à sa sélection avec « Team USA » pour les JO de Moscou en 1980. 

Sam Bowie avec le maillot des Wildcats -Photo :Kentucky Photo Archive

Pour sa saison sophomore, le rêve se poursuit. Son physique de « freak » allié à une fluidité étonnante pour son gabarit lui permette de rayonner sur les parquets NCAA allant jusqu’à une moyenne de 17,5 points et 9 rebonds. La progression est nette mais va se briser en une fraction de seconde. 

A l’occasion d’un affrontement avec les Commodores de Vanderbilt, après un dunk rageur dont il a le secret, le « big men » fait le balancier, l’arceau lui glisse entre les mains, son poids tout en entier venant s’écraser sur sa jambe gauche. La chute est aussi brutale que le traitement qu’il réserve aux arceaux.

Fatalement blessé, l’homme bionique de Kentucky réussit à terminer le tournoi NCAA. Le diagnostic est sans appel avec une fracture de fatigue du tibia.

Une telle blessure ne peut demeurer sans conséquence et le choix de continuer le tournoi s’avèrera plus que douteux. Au final, deux saisons sur le banc jusqu’à la saison 1983-1984 qui sera sa dernière pour les Wildcats avec un bilan plus qu’honorable, 10,5 points et 9,2 rebonds. Force de caractère, Sam Bowie, qui aurait pu tout abandonner après un choc aussi brutal, ne veut pas renoncer à son rêve NBA et décide de se présenter à la Draft 1984.

DRAFT, MENSONGES ET VIDÉOS

Alors que le jeune joueur reprend goût à la balle orange, les Portland Trailblazers finissent une saison régulière plus que satisfaisante avec un bilan de 48-34 les laissant à une belle troisième place de la Conférence Ouest.

La suite est plus compliquée, les Phoenix Suns éliminant la franchise de l’Oregon dès le premier tour des playoffs, mais l’avenir est assuré avec l’éclosion programmée de Clyde « The Glide » Drexler et la présence de joueur plus confirmé comme Jim Paxson ou Mychal Thompson.

En échange de Tom Owens partit en direction des Pacers (1981), plus mauvais bilan de la saison 1984, les Blazers hérite du choix de la franchise de l’Indiana à la prochaine draft. Il devront alors jouer à pile ou face avec les Rockets de Houston pour déterminer le premier choix de la Draft 1984. Le duel ne tournera pas en faveur des Blazers… Peu importe, le « second pick » reste tout de même une belle aubaine !

L’occasion est trop belle pour Stu Inman pour trouver la pièce manquante susceptible d’amener sa franchise vers le titre. Après une revue d’effectif, le front-office part à la recherche de son nouveau Bill Walton afin de gonfler sa raquette et laisser le champ libre à sa nouvelle pépite, Clyde Drexler. En effet, pour le Général Manager, il manque un pivot à son équipe pour conquérir le Graal.

Le GM de la franchise du Nord-Ouest, jusqu’au-boutiste, fouine à travers le pays et porte son dévolu sur deux jeunes prospects de NCAA, Hakeem Olajuwon et Patrick Ewing.

Le premier, pivot d’origine nigériane, jouit d’une côte énorme et pourrait faire l’objet d’un premier choix. Le second, futur pivot new-yorkais décide d’attendre une petite année de plus, ainsi ce bon vieux Stu décide d’étudier la question Sam Bowie en profondeur, « il [ Stu Inman] ne vous regardait pas seulement dans les yeux, il vérifiait tout votre corps » déclara même l’intéressé. L’examen ne se limitera pas à l’observation attentive du GM puisque le géant de Kentucky dut se soumettre à une batterie de tests médicaux qui marqueront un tournant dans la vie et la carrière du joueur.

L’investigation médicale se focalisera fatalement sur la jambe cassée lors du tournoi universitaire. Sam Bowie raconte l’épisode dans un documentaire ESPN, « Going big » :

« Je me souviens qu’ils ont pris un petit marteau, qu’ils m’ont tapé sur le tibia gauche avec et que je leur ai dit « Je ne sens rien ». Mais au fond, j’avais mal. Si ce que j’ai fait alors c’était mentir et que ce n’était pas bien, au final quand ceux que tu aimes ont certains besoins, j’ai fait ce que n’importe quel autre aurait fait »

Une fois ces doutes levés, et malgré un lobbying du clan Jordan, la décision du patron des Blazers est prise et il ne reviendra pas en arrière. « J’ai besoin d’un pivot » . Inévitablement, la déclaration tardive de Bowie fera l’objet de critiques acerbes, car nous le savons, le mensonge au pays de l’oncle Sam n’a pas bonne presse. N’est ce pas Lance ? 

Le Président de l’époque, Harry Glickman a fatalement vu d’un mauvaise œil ces révélations ce qui obligera Bowie à se justifier :

« Je n’ai pas cherché à duper ou abuser de quelqu’un. Dire que j’ai délibérément été voir le front-office de Portland et que je leur ai menti complètement, ce n’est pas la vérité, loin de là. ». »

Nous y sommes, la draft 1984 verra la franchise de l’Oregon choisir Sam Bowie en seconde position, bien encadré avec devant lui, Hakeem Olajuwon et juste derrière Michael Jordan. le souhait le plus profond du gamin de Lebanon est alors exaucé et Portland voit débarquer le pivot tant attendu, le pivot qui lui permettra peut-être de retrouver le chemin des finales NBA. 

UNE CARRIÈRE EN ETOILE FILANTE

C’est l’heure des grands débuts en NBA, et ils sont plutôt réussis pour le jeune homme de Pennsylvanie. Lors de sa première saison dans la cour des grands, Sam Bowie compile 76 matchs à 10 points et 8,6 rebonds ce qui l’amènera a être sélectionné dans la « All-Rookie Team » de la saison 1984-1985. Pas mal pour un revenant.

Un départ canon qui va finalement s’étioler au fur et à mesure . Après 38 matchs, sa saison s’arrête brutalement sur une fracture de la jambe gauche (again !). Point de départ d’un long calvaire, Bowie ne jouera plus de la saison et ne disputera que 3 matchs la saison suivante suite à une nouvelle fracture… de la jambe droite cette fois-ci, le karma désirant rétablir l’équilibre dans la galaxie NBA. Cet enchaînement de blessures le poussant a n’empilé qu’une trentaine de match en trois ans, de 1986 à 1989. le mythe du « Bust ultime » était en train de naître…

La légende va prendre de l’ampleur dans le cœur des années 90 avec la consécration de ces acolytes du podium de Draft. Michael Jordan est sacré « His Airness » alors qu’Hakeem Olajuwon devient le « Dream » du Texas. En comparaison, la décennie de Bowie relève du long chemin de croix ce qui continuera d’entretenir le sentiment d’un gâchis énorme pour la franchise du Nord-ouest et d’une Draft totalement loupée…

la cuvée NBA 1984 – Photo : Basket-retro.com

D’abord transféré aux Nets du New Jersey où il réalisera trois saisons honorables ( 12,8 points, 8,2 rebonds et 1,6 contres) et ensuite aux Lakers de Los Angeles marquant déjà la fin d’une carrière qui n’avait jamais vraiment commencé, Sam Bowie portera finalement le poids de la comparaison avec MJ jusqu’à la fin. Devenu à jamais « celui qui a été drafté avant Michael Jordan », il refusera de signer chez les Bulls à l’aube de la saison 1995-1996, fatigué d’essuyer les critiques et de l’analogie avec « Mike ».

« Je savais toujours que quand la saison était terminée, j’allais directement partir dans le Kentucky, parce que c’était un endroit sain pour moi, loin de Michael Jordan et des critiques. C’était une bonne chose parce que quand tu te bats comme je me suis battu, tu pries pour avoir du repos. Et le mien, c’était de retourner à Lexington.

Quand je rentrais, les gens disaient « Ne t’en fais pas pour ça. On sait ici que si tu avais les jambes solides, tu aurais été aussi bon que l’est Jordan ». Et tu as besoin d’entendre ça parce que c’est toujours bien de savoir qu’il y a des retours positifs plutôt que de la négativité tout le temps. J’avais l’habitude d’entendre beaucoup de commentaires ici [à Lexington] disant : « Tu seras toujours un des meilleurs qui ait joué ici ». Ils parlent de la fac, de Kentucky, du basket universitaire. Donc c’est pour ça que je préfère être ici que dans une ville à entendre tous ces trucs sur MJ et sur la tristesse de m’avoir drafté, sur le fait que je sois le plus gros bust que la NBA ait connu ».

Flop ou malchance, erreur de casting ou destinée malheureuse, les questions restent entières puisqu’en vérité, et ce malgré tous les commentaires, seul Sam Bowie était à même d’évaluer l’ampleur de sa blessure et sa capacité à jouer au plus au niveau. En tant que jeune adulte, il a vraisemblablement occulté inconsciemment une partie de la vérité pour pouvoir réaliser son rêve, le rêve de n’importe quel gamin qui joue au basket, jouer en NBA.

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