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Formule 1 – Alonso, ou le retour du roi

2 titres de champion du monde, 32 victoires, 97 podiums, 23 meilleurs tours en course et une dix-septième saison en F1. Voilà comment caractériser humblement Fernando Alonso...

2 titres de champion du monde, 32 victoires, 97 podiums, 23 meilleurs tours en course et une dix-septième saison en F1. Voilà comment caractériser humblement Fernando Alonso. En effet, l’évoquer, c’est évoquer l’un des meilleurs pilotes de son temps, superstar de la discipline, et de son pays. Évoquer son nom, c’est évoquer un pan de l’Histoire de la Formule Un, des rivalités, des courses somptueuses, des communications radios légendaires, c’est évoquer un personnage. 

Un retour inattendu

Il faut être honnête, voir Fernando Alonso s’asseoir dans le baquet de l’Alpine à Bahreïn en mars dernier fut une surprise. En effet, l’espagnol de 40 ans, avait quitté la discipline en 2018, lassé par 3 ans compliqués chez Mclaren, loin des avants-postes qu’il avait presque toujours connu. Son départ triomphal avec, en plus, une parade avec les deux super champions Sebastian Vettel et Lewis Hamilton, conclue par une série de « donuts » au ton d’adieu, semblait sonner le glas de la carrière de l’espagnol au volant des plus rapides des monoplaces. 

S’il évoque, depuis plusieurs années, son ambition de conquérir la triple couronne, dont le seul joyaux manquant est celui des 500 miles d’Indianapolis, le taureau des Asturies n’a néanmoins jamais fermé la porte à un retour en F1, pour effacer des dernières saisons décevantes.

Un duo efficace

Le duo d’Alpine, célébrant la victoire du français grâce à un travail d’équipe de son expérimenté coéquipier ( crédit: Formula 1 )

S’il revient dans un environnement qu’il connaît déjà, son coéquipier lui, est quelqu’un que Fernando apprend à connaître cette saison. Faisant figure d’idole pour Esteban Ocon, c’est en professeur qu’Alonso accompagne le jeune français

Après un début de saison compliqué, ou le français peinait à trouver un équilibre entre vitesse et rythme constant, et où l’espagnol, en phase de réadaptation, se battait avec la direction assistée de son Alpine, le duo a redressé la barre, obtenant des points à de nombreuses reprises, qui permettent à Alpine F1 Team de se positionner en 5ème position du classement constructeur et à l’espagnol de devancer son jeune coéquipier en 10ème place du classement pilotes. Sans jamais faire transparaître de tensions, sans jamais contester le talent respectif de l’un, ou de l’autre, sans jamais se gêner en piste, faisant perdre des points à l’écurie, le tandem Alonso-Ocon constitue une base solide de travail pour Alpine, afin de pousser le développement de la monoplace de 2022, année théâtre d’un changement majeur de réglementation.

Un talent retrouvé

Si la saison 2021 est satisfaisante sur le plan collectif pour Fernando Alonso, elle l’est également largement sur le plan personnel. 

Après 2 ans d’absence en monoplace et un programme de course léger mais néanmoins garni de titres, et à 40 ans, il était légitime de s’interroger sur le niveau de compétitivité de l’espagnol dans cette temporalité de retour, tout Fernando Alonso qu’il soit. 

Après un début de saison compliqué, l’espagnol a pu, dès que sa monoplace lui a permis, montrer l’étendue de son immense talent. 

Bataille entre champions du monde, ici face à Hamilton, en Hongrie, permettant à son coéquipier de remporter la course ( crédit: XPB / NextGen )

À Portimao, après une première partie de course compliquée, où le rythme ne semblait pas en mesure de lui donner des points, Alonso livre un dernier relais démoniaque pour terminer en 8eme position, son premier coup d’éclat de la saison. À Bakou, après, la encore, une première partie de course, dans les points, mais compliquée par un rythme légèrement insuffisant, Alonso profite du drapeau rouge pour chausser des pneus softs et offrir un départ ( la relance s’effectuait en départ arrêté ndlr) magistral, digne de ses plus grandes heures, afin d’obtenir une magnifique 6eme place, compte tenu du début de course. À Silverstone, il aura été solide afin de ramener des points importants (7ème).

Au Hungaroring, point culminant d’une saison en phase ascendante, Alonso retiendra longtemps Lewis Hamilton, dans une démonstration de course défensive, réminiscence, la aussi, de ses plus grandes heures, afin de laisser assez de répit à Esteban Ocon, qui, au terme d’une course magistrale lui aussi, ira glaner sa première victoire en carrière, tandis que l’espagnol échouera au pied du podium. Enfin, lors du Grand Prix de Russie, l’espagnol, solidement installé dans les points, à livré une leçon de pilotage sur piste humide, glanant une place sur le podium, avant de s’arrêter légèrement trop tard, obtenant tout de même une 6ème position importante pour rester devant Alpha Tauri au classement. 

Si les débuts furent difficiles, l’espagnol a montré qu’un talent immense ne se perd pas en l’espace de deux ans, et qu’il était encore un pilote redoutable, capable de concrétiser la moindre opportunité que son Alpine, et les lois de la course, veulent bien lui offrir. 

Un choix judicieux?

Deux points principaux rendaient les observateurs sceptiques au sujet du retour de « Nando ». 

Le premier, c’est que, Esteban Ocon étant confirmé, le deuxième baquet Renault se retrouvait occupé par un pilote, aussi talentueux et affûté qu’il puisse être, est plus proche de la fin de sa carrière que du début. Des pilotes comme Zhou ou Lundgaard se retrouvaient privés d’un baquet qu’ils auraient pu légitimement occuper, au même titre que Valterri Bottas, un temps approché par l’écurie au losange et qui a tout de même montré une pointe de vitesse plus qu’intéressante tout en se montrant capable de gagner des courses quand il se retrouvait en position de le faire. 

L’espagnol constatant un énième défaut sur sa Mclaren-Honda, lors de la saison 2017

Le deuxième point de scepticisme, c’est le mode de travail de l’espagnol. Son exigence et son caractère fort lui ont souvent valu une réputation de requin et de briseur d’écurie tant son exigence était difficile à appliquer en tant qu’équipe. Son retour dans un contexte d’échec partiel de l’écurie, qui malgré des podiums et des résultats intéressants à la régulière, n’a pas réussi à obtenir la 4ème place au classement constructeur, était donc vivement interrogé, dans une année qui se devait d’être la plus paisible possible pour que Renault, nouvellement Alpine, puisse redresser la barre. 

Seulement, le choix de l’espagnol était aussi le choix d’un double champion du monde, et de plus avec l’écurie, qui sait aller vite, travailleur acharné et profond amoureux de la course automobile. C’était le choix d’une valeur sûre, qui saurait pousser l’équipe vers l’avant. De plus, son exigence insatiable semble s’être calmée, ou du moins assagie, se mettant en phase avec les désirs et les objectifs de l’équipe. Il a su, parfaitement, se positionner positionner leader d’expérience de l’équipe, poussant son équipier Ocon vers l’avant. 

S’il était contesté au départ, le choix Alonso s’est avéré largement bénéfique pour l’écurie et pour la course automobile.

Quel avenir pour Alonso?  

La saison 2022 sera-t-elle la dernière de l’iberique? Le pilote qui aura alors 41 ans, est encore ambitieux, et se sent encore capable de courir à haut niveau. Si son contrat s’arrête en 2022, la saison éponyme sera charnière à plusieurs titres. 

Fernando Alonso tout sourire pour son retour dans le paddock en 2021 ( crédit: James Mot Photography )

Ses performances seront déterminantes pour l’écurie, qui réfléchira à lui donner un contrat supplémentaire, mais également pour lui-même. Compétiteur acharné, Alonso refusera difficilement de prolonger l’aventure si son Alpine le place en mesure de disputer des gros points, voire des podiums à la régulière l’année prochaine. À l’inverse, une monoplace décevante, l’obligeant à surconduire afin d’obtenir des résultats probants, pourra avoir raison de la motivation de l’espagnol, qui voudra, à coupsûr, éviter un épisode « Mclaren-Honda bis ». 

En somme, Alonso misera tout sur cette année 2022, pour goûter à nouveaux au joies des avant-postes, ou pour savourer, pour la dernière saison, la sensation de conduire une monoplace, l’ambiance du paddock, et une côte de popularité qui n’a jamais vraiment baissé. 

Si le retour de Fernando Alonso est bénéfique pour Alpine, il l’est également pour la Formule 1. Le sport voit revenir une de ses légendes, toujours généreux dans les efforts, incisif sur le pilotage, et se gardant rarement de faire le show sur la piste. 

Avec la présence de Kimi Raikkonen, Lewis Hamilton ou encore Sebastian Vettel dans le paddock, l’espagnol redonne vie au plus grandes rivalités de cette dernière décennie, aux courses qui entretiennent la légende de cette discipline, et l’amour des fans pour la course automobile.

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