Cyclisme

Saison WorldTour 2021 | L’heure du bilan #1 : Les Grands Tours

Après une saison 2020 à part dans l’histoire du cyclisme mondial professionnel du fait de la pandémie mondiale, la saison 2021 a vu un retour quasiment à la normale de son calendrier. A travers une série d’articles, le CCS vous propose en cette fin de saison de revenir statistiques à l’appui sur l’année écoulée à l’aide de différentes thématiques permettant de comparer les réussites individuelles, collectives et nationales du peloton international. Aujourd’hui, c’est les Grands Tours qui sont à l’honneur.

On prend les mêmes et on recommence

Au rayon des vainqueurs, pas de changement. Comme en 2020, se sont les équipes Ineos, UAE et Jumbo qui ont remporté le gros lot. Cependant, si les mêmes soldats slovènes ont gardé la main-mise sur la France pour la deuxième année consécutive, au bénéfice de Tadej Pogacar (UAE), et l’Espagne pour la passe de trois dans le cas du conquistador Primoz Roglic (Jumbo-Visma), c’est un colombien qui a succédé à son coéquipier britannique Tao Geoghegan Hart vainqueur « surprise » du Giro l’année précédente, puisqu’Egan Bernal a permis à la maison Ineos Grenadiers de conserver son trophée tout en ajoutant un deuxième grand tour dans son escarcelle après le Tour 2019.

Mais contrairement à 2020 – où chaque épreuve de 3 semaines avait vu des duels indécis jusqu’au bout quant au vainqueur final avec le duel improbable Tao Geoghegan Hart vs Jai Hindley (Team Sunweb à l’époque) en terres italiennes, la célèbre prise de pouvoir la veille des Champs sur son compatriote Primoz Roglic d’un Tadej Pogacar stratosphérique sur le chrono arrivant à la Planche des Belles Filles, et la passe d’armes perpétuelle entre le même Roglic et Richard Carapaz qui avait tourné à l’avantage du Slovène pour 24 petites secondes sur une Vuelta rabottée d’une poignée d’étapes – la cuvée 2021 n’a guère laissé place à un réel suspens. En effet, si la troisième semaine du Giro a vu l’étonnant Damiano Caruso (Team Bahrain-Victorious) venir légèrement titiller un Egan Bernal un peu émoussé, l’écart final d’1’29 a tout de même laissé un petit matelas d’avance au colombien. Et ne parlons pas des véritables ultra-dominations slovènes de Juillet et Septembre.

Un Tour plié dès la première semaine par Pogacar avec son contre-la-montre stratosphérique dès la cinquième étape entre Changé et Laval mais surtout, trois jours plus tard, lors du premier épisode montagneux reliant Oyonnax et Le Grand-Bornand à l’issue de laquelle il a assomé toute concurrence pour finalement s’imposer avec plus de 6 minutes d’avance sur son dauphin danois Jonas Vingegaard (Team Jumbo-Visma) au général. Une Vuelta maitrisée à la perfection par Roglic avec sa prise de pouvoir au général dès le contre-la-montre inaugural à Burgos, la cession provisoire de sa tunique de leader à des échappés au long cours non-dangereux pour la victoire finale et le coup fatal porté à ses adversaires en troisième semaine avec sa victoire aux lacs de Covadonga lors de la 17ème étape. Bilan des courses, 4 minutes 42 d’avance sur son plus proche rival Enric Mas (Movistar) soit son Tour d’Espagne le plus « facilement » remporté.

Pogacar, Roglic et Bernal sur le Tour 2020 (crédit photo: Getty Images)

La chasse aux étapes

Au niveau des victoires d’étape, la Deceuninck-Quick Step s’est encore une fois démarquée de ses concurrents avec ses nombreux succès au sprint grâce au désormais co-recordman de victoires sur le Tour Mark Cavendish et ses 4 victoires cette année sur la Grande Boucle ainsi qu’à « the Revenant » Fabio Jakobsen qui a fini en tête de 3 étapes de la Vuelta. Ajoutez à cela la magnifique victoire d’Alaphilippe à Landerneau pour se vêtir du premier maillot jaune de la Grande Boucle 2021 et le premier succès de Florian Sénéchal sur un grand tour lors de la 13ème étape de la Vuelta et vous obtenez une saison des grands tours pleinement remplie par la future Quick Step-Alpha Vinyl.

Seule petite ombre au tableau, les résultats d’équipe sur le Giro même si les 10 premiers jours sur un grand tour de Remco Evenepoel furent prometteur – surtout après son terrible accident sur Il Lombardia 2020 – avec une deuxième place au général au soir de la 11e étape derrière le futur vainqueur de l’épreuve, avant qu’il n’abandonne après avoir complètement craqué par la suite. Et si l’équipe belge finit l’année avec le plus grand nombre d’étapes remportées sur les grands tours (voir tableau en bas d’article), elle est repartie bredouille du Tour d’Italie. Au contraire d’Alpecin-Fénix, de la Team Bahrain Victorious (qui porte bien son nom), de l’équipe UAE et d’Ag2r Citroën Team qui, malgré leur nombre de victoires inférieur à la Deceuninck-Quick Step, ont réussi à gagner sur les trois prestigieuses échéances cette année ; signe d’une saison également réussie à ce niveau-là.

Le Cav’nibale égale le Cannibale à Carcassonne (crédit photo: Thomas Samson/AFP)

Des tuniques de leader plus ou moins partagées

En ce qui concerne le port des maillots de leader, c’est les équipes victorieuses du classement général final qui se sont régalées puisque Pogacar et Bernal ont passé respectivement 13 et 12 jours dans la tunique de leader. Et avec les 3 jours en rose de Ganna en ouverture du Giro consécutivement à son succès sur le chrono initial dans les rues turinoises, Ineos n’a laissé que des miettes à ses adversaires avec 75% du traditionnel premier Grand Tour de la saison passé dans la peau du leader en plus de sa victoire finale.

C’est finalement sur la Vuelta, grâce à des échappés au long cours qui sont allées à leur terme, que le maillot de leader a le plus été partagé et ce malgré l’ultra-domination de Primoz Roglic. En effet, la Jumbo-Visma n’a porté qu’un jour de plus le maillot rouge que l’étonnante équipe Intermarché Wanty Gobert Matériaux, soit 10 jours contre 9. La victoire d’étape en solitaire de l’expérimenté estonien Rein Taaramaë dès le 3e jour de course au sommet du Picon Blanco et la belle résistance du norvégien Odd Christian Eiking en 2ème semaine ont permis à l’équipe belge de porter le maillot de leader sur la quasi-moitié de la Vuelta.

Le norvégien Odd Christian Eiking en rouge pendant une semaine sur la Vuelta 2021 (crédit photo: Stuart Franklin/Getty Images)

Des monstres à trois victoires

Nombre de sprinteurs, même si cela reste des performances plus qu’honorables, peuvent se targuer d’avoir remporté au moins trois étapes sur un même grand tour. Il n’y a qu’à regarder cette année pour illustrer ce constat puisque les sprinteurs de la Deceuninck-Quick Step Mark Cavendish et Fabio Jakobsen ont remporté respectivement 4 et 3 étapes sur le Tour et la Vuelta. Il est plus rare de trouver des coureurs capables de remporter 3 étapes dans des étapes aux profils variés. Si les cas de Roglic, vainqueur sur le chrono initial de Burgos, dans l’étape vallonnée arrivant à Valdepeñas de Jaén et en altitude aux lacs de Covadongas, et de Pogacar, vainqueur sur un contre-la-montre et lors deux arrivées au sommet dans les Pyrénées (Col du Portet et Luz-Ardiden), font penser au Chris Froome de l’époque Sky et à d’autres grands vainqueurs de grands tours capables de dominer en montagne et sur les chronos, les phénomènes Wout Van Aert (Team Jumbo-Visma) et Magnus Cort Nielsen (EF Education-Nippo) laissent encore moins indifférent.

Pour le belge, victoire lors de l’étape de la doucle ascension du Mont Ventoux entre Sorgues et Malaucène, du chrono reliant Libourne à Saint-Emilion la veille de l’arrivée, et sur les Champs le lendemain dans un sprint massif où son coéquipier Mike Teunissen a réussi à le mettre parfaitement sur orbite. Que rajouter à cela ? Du côté du danois, une victoire impressionnante lors de l’étape 6 où il a résisté au peloton des favoris dans l’ascension finale de l’Alto de la Montaña de Cullera après une échappée au long cours et ce alors qu’il ne possédait qu’une poignée de secondes d’avance à l’entame du mur final de 2 kilomètres, un sprint semi-massif remporté lors de l’arrivée à Cordoue à l’issue d’une étape vallonnée, et une 19ème étape entre Tapia et Monforte de Lemos remportée grâce notamment à l’incroyable travail de son coéquipier Jens Keukeleire dans le final le mettant dans de très bonnes dispositions pour régler un sprint en petit comité. Juste hors-du-commun.

Etre capable de gagner dans des sprints massifs, des sprints en petit comité et en solitaire sur des étapes vallonnées et montagneuses, voilà qui n’est pas monnaie-courante dans le peloton même si les arrivées sur le circuit professionnel de coureurs hors-normes ces dernières saisons ont largement rabattu les cartes et floutés les lignes entre les différentes catégories de coureurs. Cela nous fait nous replonger nombre d’années en arrière où des coureurs comme les illustres Bernard Hinault et Eddy Mercx étaient capables de régler des pelotons entiers au sprint et de dominer outrageusement en montagne au cours des mêmes épreuves.

Jamais 2 sans 3 pour le belge Wout Van Aert (crédit photo: sudinfo.be)

Les mauvaises cuvées de la saison

Au rayon des statistiques moins flatteuses, deux équipes n’ont remporté aucune des habituelles 63 étapes proposées par les 3 grands tours cette année. Les deux mauvais élèves de cette saison 2021 se nomment Groupama-FDJ et Astana Premier Tech. La FDJ dont les meilleures chances Démare, Gaudu et Kung ont failli dans leur mission même si le breton et le suisse n’ont pas démérité. L’équipe française se consolera maigrement avec le port du maillot rose par sa jeune pousse hongroise Attila Valter. Rien de plus à se mettre sous la (Thierry A) dent malheureusement.

Stefan Küng devant la saison en grands tours de son équipe (crédit image: France TV Sport)

En ce qui concerne l’étendard kazakh, c’est un véritable désastre. Hormis le fait qu’Astana Dernier Tech aurait mieux collé à la prestation d’ensemble de l’équipe cette année sur les tours de 3 semaines, c’est surtout la manière qui laisse à désirer quand on sait les coureurs d’expérience qui composaient cette équipe cette saison. Et ce n’est pas la 4e place d’Aleksandr Vlasov sur le Giro ou le Top 10 d’un étonnant Alexey Lutsenko sur le Tour, dans les deux cas jamais réellement dans le coup pour truster le général final, qui éclairciront l’ombre au tableau d’une équipe totalement en-dedans cette saison.

Entre ultra-domination slovène, victoires d’étapes habituelles de la Deceuninck-Quick Step, performances époustouflantes de coureurs tout-terrain et déceptions, dont celle moins coutumière de l’équipe Astana en totale perdition cette saison, la cuvée des grands tours 2021 a été palpitante. Et si les étapes de sprint peuvent parfois être longues et ennuyeuses, l’attente du Tour d’Italie une fois la Vuelta terminée reste l’une des attentes les plus longues pour les amateurs de grands tours. Fort heureusement, les classiques printanières viendront, comme à leur habitude, largement combler ce vide insoutenable.

EquipesVictoire finaleVictoires d'étapePodiums au général finalTop 5 au général final Port du maillot de LeaderMaillots distinctifs finauxPort des maillots distinctifsClassement par équipe final
INEOS Grenadiers1424162531
UAE - Team Emirates151114341/
Deceuninck - Quick Step/9001239/
BORA - Hansgrohe/3010117/
Alpecin-Fénix/5006016/
Bahrain - Victorious/62301152
Team Jumbo - Visma182211113/
AG2R Citroën Team/3010113/
Intermarché - Wanty - Gobert Matériaux/2009013/
Team DSM/300019/
Groupama - FDJ/000308/
Team Arkéa Samsic*/000005/
Israël Start-Up Nation/100203/
Team Qhubeka NextHash/300002/
EOLO - Kometa*/100002/
Lotto Soudal/200001/
Trek - Ségafredo/100101/
EF Education - Nippo/400000/
Cofidis, Solutions Crédit/100000/
Movistar Team/111000/
Team BikeExchange/111000/
Androni Giocattoli - Sidermec*/0000000
Astana - Premier Tech/001000/
B&B Hotels p/b KTM*/0000000
Bardiani - CSF - Faizané*/0000000
Burgos - BH*/0000000
Caja Rural - Seguros RGA*/0000000
Euskaltel - Euskadi*/0000000
Team TotalEnergies*/0000000
*équipes invitées n'ayant disputé qu'un seul Grand Tour

Tableau statistique récapitulatif de la saison des équipes sur les 3 grands tours 2021

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