A l'affiche NFL Sport US

The Q Factor: Drew Lock, un espoir éphémère

Le Quarterback est, sans conteste, le joueur le plus important sur un terrain de football. Bien qu’il ne peut pas faire à lui tout seul, il est très difficile d’aspirer aux grands honneurs sans avoir un excellent QB pour dicter l’attaque. Cette excellence reste cependant une rareté en NFL puisque il est difficile de retrouver 32 QB pouvant performer au très haut niveau. C’est pourquoi plusieurs équipes espèrent chaque année dénicher la perle rare à la Draft, quitte à se méprendre sur le potentiel réel d’un joueur. Tel qu’illustré dans le livre The Q Factor, cette capacité à trouver un « franchise quarterback » est une science inexacte, même si certains facteurs pourraient permettre d’analyser et de comprendre ce qui a fait le succès, ou non, d’un QB. C’est pourquoi nous vous proposons d’étudier le parcours des quarterbacks repêchés en 1ère ou 2ème ronde les saisons dernières.

Après avoir analysé les trois quarterbacks sélectionnés en première ronde, on se tourne aujourd’hui sur la deuxième ronde de la Draft 2019. On se penche ainsi sur la trajectoire de Drew Lock, repêché au 42ème rang par les Broncos de Denver.

👨‍🎓 Carrière universitaire

Né à Columbia dans le Missouri, Drew Lock possède un gabarit athlétique (1m93 pour 102kg à son arrivée à la Draft) qui lui a permis d’exceller au football comme au basket au niveau lycéen. Si bien qu’il sort du lycée avec un statu de recrue 4 étoiles au football et 2 étoiles au basket (au poste de garde). Pour son entrée en université, il décide néanmoins de se concentrer uniquement sur le football, avec raison. Sans surprise, il décide de jouer pour l’Université du Missouri, là où son père et son grand-père avaient également évolué en leurs temps. Un choix qui lui permet également d’évoluer dans la redoutable conférence SEC bien que Missouri soit dans la Division Est qui ne regroupe pas les plus gros cadors.

Pour sa première année en 2015, c’est sans surprise qu’il ne démarre pas la saison au poste de titulaire. Néanmoins, il reste le deuxième quarterback de l’équipe, ce qui lui permet d’apprendre au plus prêt du jeu et d’obtenir rapidement des chances de se faire valoir. D’ailleurs, il obtient une première petite opportunité, lors de l’ouverture de la saison, qu’il saisit parfaitement. En effet, en 10 tentatives de passe, il réussit 138 yards pour 1 TD. Un premier échantillon qui lui permet de montrer son potentiel et de séduire ses coachs. Pour preuve, on lui octroie le poste de numéro un dès le cinquième match de la saison. Poste qu’il ne quittera plus pour le reste de la campagne. En 12 matchs dont 8 comme titulaire, il finit la saison avec une fiche de 1332 yards pour 4 TD et 8 interceptions (taux de complétion de 49.0%) + 28 yards à la course et 1 TD. Une fiche loin d’être reluisante mais le plus important est sans doute l’expérience acquise dès sa saison freshman.

Source: Kayla Wolf /Missourian File

Outre les liens familiaux et géographiques qui le rattachait à l’Université du Missouri, Lock a également choisi cette fac car il savait qu’il aurait sa chance d’être titulaire rapidement. Ce qu’il a prouvé en 2015 et qui est confirmé en 2016 alors qu’il est officiellement le partant pour débuter la saison. Malgré les difficultés de l’équipe cette année là (4 victoires – 8 défaites), Lock n’est pas forcément le plus à blâmer puisqu’il montre un axe de progression intéressant par rapport à la saison précédente. En 12 matchs, il présente ainsi une fiche de 3399 yards pour 23 TD et 10 interceptions (taux de complétion de 54.6%) + 123 yards à la course et 1 TD. Une amélioration dans la plus part des catégories statistiques qui permet de le placer également parmi les meilleurs au pays pour les yards à la passe.

Drew Lock va néanmoins connaitre l’apogée de sa carrière universitaire en 2017! En effet, il mène son équipe à une fiche positive de 7 victoires et 5 défaites grâce notamment à 6 gains consécutifs pour finir la saison. Une course qui permet ainsi à Missouri de participer à un Bowl de fin d’année face à Texas (perdu 33-16). Sur le terrain, Lock est tout simplement impressionnant puisque, en 13 matchs (incluant le Bowl game), il affiche les statistiques suivantes: 3973 yards pour 44 TD et 13 interceptions (taux de complétion de 57.8%) + 111 yards à la course et 1 TD. Avec ses 44 TD, il établi un record dans l’histoire de la SEC (battu en 2019 par Joe Burrow – 60 TD) et est le meilleur au pays à chapitre en 2017. Cette performance permet de mettre en évidence sa plus grande force: la puissance de son bras. En plus de son gabarit, il est ainsi capable de créer un jeu explosif à tout moment. Bien qu’il possède une certain mobilité, il reste néanmoins un quarterback de poche, en témoigne sa maigre centaine de yards à la course.

Crédit: Jamie Squire / Getty Images

La saison 2018 représente son année d’éligibilité à la Draft NFL. Après sa saison record, il est évidement une des cibles des recruteurs et on attend de voir s’il répètera ses prestations. D’un point de vue collectif, Missouri fait mieux que la saison précédente avec 8 victoires et 4 défaites + une participation au Liberty Bowl face à Oklahoma State (perdu 38-33). Sur le plan individuel, les performances de Lock sont néanmoins moins explosives avec 3498 yards pour 28 TD et 8 interceptions (taux de complétion de 62.9%) + 175 yards à la course et 6 TD. Certes, le nombre de TD a largement réduit mais on observe cependant de nouveaux axes de progression notamment sur le nombre d’interceptions et sur le taux de complétion. L’amélioration de ce dernier est d’ailleurs très importante pour les recruteurs car, au plus haut niveau, on s’attend en général qu’un quarterback performant présente un taux de passes complétées au-dessus des 60%. Avoir de la peine à maintenir ce chiffre au niveau collégial peut donc être un signe de ce qu’un joueur pourra réaliser, ou non, en NFL.

Drew Lock aurait probablement préféré réaliser une saison comme 2017 lors de son année de repêchage. Il a néanmoins démontré qu’il avait des qualités brutes qui plaisent aux recruteurs (gabarit, force de bras) et qu’il est capable de faire progresser sa technique année après année. De part ses qualités, il n’est pas sans rappeler un Josh Allen, repêché l’année précédente, bien qu’Allen était beaucoup plus mobile.

📅 La Draft

Nous venons de le voir, Drew Lock a connu une assez bonne carrière universitaire. Sans être exceptionnel, il a été en mesure de capitaliser sur ses forces et de se faire valoir auprès des franchises NFL. De plus, à l’opposé d’un Dwayne Haskins, Lock a complété presque 4 saisons complètes comme titulaire. Un parcours permettant ainsi de se faire une meilleur idée de son potentiel, de ses forces et de ses faiblesses. Ceci peut ainsi le placer dans la catégories de joueurs dont on peut avoir une bonne idée de son plancher et de son plafond et que, s’il n’est pas repêché trop haut, peut s’avérer être un choix pas trop risqué.

Si nous avons déjà cité ses points forts, il est intéressant de s’arrêter aussi sur ses faiblesses. D’autant qu’elles sont du type à avoir une influence sur son succès ou non en NFL. Premièrement, bien qu’il possède un fort bras, la précision de ses passes restent quant à elles préoccupantes. Tel que nous l’avons vu, il n’a réussi à dépasser les 60% de passes complétées que lors de sa dernière saison et il n’était qu’à 57.8% lors de sa meilleure saison en 2017. Des chiffres qui sont donc loin d’être idéaux, surtout considérant le niveau des adversaires joués. Ses performances en fonction de ses adversaires est justement le deuxième point d’interrogation. En effet, lorsqu’il a affronté les meilleurs défensives, il a montré beaucoup plus de fébrilité dans la poche, rendant son jeu beaucoup plus confus. Un comportement qui n’est pas des plus rassurants et qui pourrait être problématique au plus haut niveau.

De part son profil, et considérant les autres quarterbacks disponibles, Drew Lock est attendu en deuxième moitié de première ronde ou en première moitié de deuxième ronde. Parmi les équipes susceptibles d’être intéressées et qui ont des choix dans ces environs, on retrouve Washington, Jacksonville et Denver. Avec le 15ème choix, Washington pourrait avoir la priorité mais, considérant que ce choix parait haut pour Lock, c’est peut être Denver qui sont les mieux placés avec les choix 20, 41 et 42.

Source: Kathryn Scott / Denver Post

Finalement, Washington jette son dévolu sur Dwayne Haskins, laissant beaucoup plus de marge à Denver pour sélectionner Lock sans une prise de risque maximale. Ainsi, après avoir choisi Noah Fant (20ème) et Dalton Risner (41ème), les Broncos de Denver font l’acquisition de Drew Lock avec le 42ème choix.

🏈 NFL – Année 1

De part son profil et son rang au repêchage, c’est tout normalement que les Broncos n’entrevoient pas de placer Lock comme titulaire en début de saison, même s’ils ne sont pas les plus nantis au poste de quarterback. Il est donc prévu qu’il débute comme remplaçant du vétéran Joe Flacco. Si Flacco n’est plus le joueur qu’il était, il reste intéressant pour Lock de pouvoir apprendre de l’expérience de l’ancien Ravens. Malheureusement, il se blesse à un pouce lors de la pré-saison et doit s’absenter pour les trois premiers mois.

Il faut donc attendre le 1er décembre 2019 pour voir enfin Drew Lock disponible aux abords du terrain. Plus encore, au cœur d’une nouvelle saison décevante (3 victoires – 8 défaites), Lock est nommé titulaire pour le match face aux Chargers. Un premier test donc pour la recrue, bien que la pression sur ses épaules est peut-être diminuée par le fait que Denver n’a plus grand-chose à perdre cette saison. Au terme d’une prestation relativement conservatrice, il rempli très bien son contrat en lançant pour 134 yards à la passe (taux de complétion de 64.29%) en plus de 2 TD et 1 interception. Mieux encore, il fait preuve de sang froid en menant les siens jusqu’au field goal de la victoire alors qu’il ne restait que 15 secondes à jouer. Une prestation très prometteuse qui lui permet de rester titulaire pour le reste de la saison.

Source: Eric Lutzens / The Denver Post

Il continue alors sur sa lancée en en remportant 3 matchs sur 4, soit 4 victoires et 1 défaites sur ses cinq titularisations. Il présente ainsi une fiche cumulée de 1020 yards (taux de complétion de 64.10%)  pour 7 TD et 3 interceptions + 72 yards sol et aucun TD. Des performances respectables pour une recrue considérant qu’il a également répondu présent au niveau des incertitudes relevées en sortie d’université.

Après une telle prestation, les espoirs d’avoir enfin trouver un quarterback digne de ce nom, depuis Peyton Manning, renaissent du côté de Denver. On se permet également de penser d’avoir fait une très belle affaire en récupérant Drew Lock uniquement en deuxième ronde.

🏈🏈 NFL – Année 2

À l’instar de sa saison recrue, les espoirs mais aussi la pression envers Drew Lock sont beaucoup plus grands pour sa deuxième. D’autant qu’il devrait bénéficier d’un beau panel offensif alors que l’équipe compte déjà des cibles comme Courtland Sutton, Noah Fant ou encore Tim Patrick et quelle vient de sélectionner Jerry Jeudi au premier tour de la dernière draft. Auxquels on peut également ajouter l’acquisition de Melvin Gordon au poste de running back. Des armes qui devrait donc bénéficier à la progression de Lock et surtout à la confirmation de sa saison précédente.

Malheureusement, la saison ne démarre pas telle qu’espérée. Malgré une prestation correcte de Lock (216 yards, 66.67% de passes complétées, 1 TD et aucune interception), les Broncos s’inclinent 14-16 contre les Titans. La malchance touche ensuite Lock lors du deuxième match alors qu’il subit une blessure au coude en début de match. Une blessure qui le tiendra à l’écart du jeu lors des deux matchs suivants. Un début de saison loin d’être idéal, d’autant que l’équipe ne signe qu’une seule victoire (contre les très faibles Jets) en quatre rencontres.

Drew Lock a l’occasion de relancer la machine alors qu’il est de retour lors d’un déplacement du côté des Patriots. Denver y retrouve le chemin de la victoire (18-12) mais Lock n’y est pas vraiment pour quelque chose. En effet, il rend une prestation assez mauvaise avec une fiche de 189 yards pour 0 TD et 2 interceptions (taux de complétion de 41.7%) + -1 yards à la course. Certes, cette prestation pourrait s’expliquer par son retour de blessure mais il ne fait guère mieux le match suivant dans une lourde défaite face à Kansas City (16-43), présentant une fiche de 254 yards pour 0 TD et 2 interceptions (taux de complétion de 60.0%) + 8 yards à la course et 1 TD.

Crédit: ProFootballTalk

C’est à partir de là que les doutes commencent à s’installer autour de Lock et que l’on se demande si sa première saison n’était simplement pas une illusion. N’ayant pas vraiment d’alternatives de qualité, le coach des Broncos, Vic Fangio, décide cependant de faire confiance à Lock jusqu’à la fin de la saison, lui laissant ainsi la chance de s’exprimer sur une saison au complet. Il n’y aura finalement aucune amélioration alors que Denver finissent la saison avec 4 victoires pour 9 défaites et sont à nouveau exclus des playoffs pour une 5ème année d’affilée depuis leur sacre en 2015. De son côté, Lock a été assez décevant sur l’ensemble de la saison et, en 12 parties jouées totalement, ses statistiques ne sont pas reluisantes: 2933 yards pour 16 TD et 15 interceptions (taux de complétion de 57.3%) + 163 yards à la course et 3 TD.

Une prestation qui fait ainsi retomber toutes les espérances du début de saison et qui semble montrer le vrai niveau de Drew Lock. Incapable de progresser et de bénificier des playmakers offensifs autour de lui, il s’est finalement heurter aux faiblesses qui étaient les siennes avant même de jouer en NFL.

🎯 À quoi peut-on s’attendre pour la suite?

Toujours désespérément à recherche de leur nouveau franchise quarterback, les Broncos de Denver ont amorcé la dernière intersaison en envoyant le message que Drew Lock ne sera pas ce joueur. Entre possible repêchage d’un nouveau quarterback avec leur 6ème choix et rumeur d’un intérêt pour acquérir Aaron Rodgers, Lock ne semble plus être dans les plans pour mener l’équipe. Finalement, les Broncos optent pour une option un peu moins glamour en faisant l’acquisition de Teddy Bridgewater. Un choix qui laisse alors la chance de Lock de prouver qu’il mérite encore sa chance mais c’est finalement Bridgewater qui est désigné comme titulaire en début de saison.

Un désaveu qui démontre à nouveau que Lock ne semble finalement pas avoir le niveau de jeu souhaité. Après 6 matchs déjà joué et une fiche de 3 victoires et 4 défaites, Lock n’a toujours pas démarré de matchs. Pire encore, il a eu la chance de se relancer lors d’un match contre les Ravens, alors que Bridgewater est sorti sur blessure, mais il n’a lancé que 113 yards pour 0 TD et 1 interception. Une opportunité ratée qui pourrait probablement laisser entrevoir le dénouement pour la suite de sa carrière. Il restera probablement une dernière chance pour Lock de se faire valoir en cas d’une blessure ou si les Broncos ne redressent pas la barre et que les coachs choisissent de tenter un changement de quarterback pour un match complet. Ceci étant dit, il serait surprenant de voir Drew Lock devenir un tout autre joueur. Il semble ainsi voué à un poste de suppléant, à Denver ou ailleurs, dans les années à venir.

Contrairement à nos joueurs analysés précédemment, le constat sur le repêchage de Drew Lock est quelque peu nuancé par le fait qu’il a été réalisé en deuxième ronde (42ème choix). Certes, il s’agit d’une déception pour Denver mais Lock n’a fait que confirmer l’évaluation qu’on pouvait faire de lui en sortie d’université. Le repêché en première ronde aurait en revanche été une erreur.

Retrouver aussi les analyses de: Kyler Murray, Daniel Jones et Dwayne Haskins.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :