Hockey

[Légende du hockey] Vladislav Tretiak : Le rempart soviétique

Dire que Tretiak est une légende du hockey sur glace est un euphémisme. Il est un gardien aussi solide que les remparts du Kremlin, et possédant une aura aussi grande que la Place Rouge. Grâce à sa technique, et son mental d’acier, Tretiak a révolutionné le poste de gardien, et a donné des lettres de noblesse à un poste souvent laissé aux mauvais patineurs et aux gens « bizarres ». Pour beaucoup, il est reconnu comme étant le plus grand gardien à n’avoir jamais joué en LNH.

Enfance d’un surdoué

Vladislav Tretiak est né le 25 Avril 1952 à Dmitrov, dans l’oblast (région) de Moscou, en URSS. Son père est un pilote de l’armée de l’air soviétique et sa mère est une professeure d’éducation physique. Dès tout petit, il excelle dans tous les sports auquel il participe, mais lorsqu’il découvre l’ancienne crosse de hockey sur gazon appartenant à sa mère, il s’en sert pour pousser des cailloux dans le jardin, ce qui peut s’apparenter à un simple jeu, sera un véritable déclic pour le jeune Tretiak. C’est décidé, il veut faire du hockey sur glace. A 11 ans, il essaye d’entrer à l’école des sports pour enfants et adolescents du CSKA Moscou. Lors des tests d’entrée, il y excelle mais se voit refuser une place d’attaquant. Tretiak se rend compte que personne n’a le courage de se mettre dans les buts. Il demanda à son entraineur Vitali Erfilov, si il allait dans les buts, est-ce qu’on l’intègrera à l’école ? La réponse fut positive.
Dès le début, Tretiak montre une volonté de fer, lorsqu’il a 12 ans, il subit sa première blessure, en recevant un palet dans le front, craignant de se faire renvoyer, il ne se plaint pas et encaisse.

Anatoli Tarasov : Le père spirituel

Source image: Nevsedoma.com.ua – Vladislav Tretiak à 15 ans

Lors de ses années en juniors, Vladislav Tretiak, montre des capacités exceptionnelles au poste de gardien. Bien aidé par ses longs bras et ses grandes jambes, en plus d’une faculté à « sentir » le jeu, font de lui un des meilleurs espoirs à son poste. En Décembre 1967, il participe au championnat d’Europe junior pour la première fois. Malgré la défaite en finale face aux Tchécoslovaques, Tretiak brille et attire le regard d’un homme qui deviendra son mentor : Anatoli Tarasov.

Source image : thecaviardiplomat.com – Anatoli Vladimirovitch Tarasov : Le père du hockey soviétique

Anatoli Vladimirovitch Tarasov, est le père fondateur du hockey soviétique. En 1950, Tarasov demande aux autorités soviétiques de l’envoyer au Canada pour y étudier le jeu nord-américain. Devant le refus de ses supérieurs, il entreprend de créer sa propre stratégie en employant des méthodes peu orthodoxes : Il s’inspire des échecs pour la stratégie et du ballet pour les entrainements. Ainsi il va créer un jeu basé sur la rapidité, le mouvement et la passe. Ce qui est, par essence, totalement différent du hockey nord-américain qui est plus basé sur le défi physique et l’échec-avant.
Or, en 1967, Tarasov sait que son équipe est déjà une des plus fortes au monde. Capable même d’affronter les joueurs professionnels nord-américains de la LNH. Toutefois, malgré un palmarès déjà exceptionnel de 5 titres de champions du monde, 11 titres de champions d’Europe et 2 titres Olympiques, il y a un poste qui est, aux yeux de Tarasov, le maillon faible de l’équipe soviétique : Celui de gardien.
Bien que sélectionneur de l’équipe nationale soviétique, Tarasov est également l’entraineur-chef du club de l’Armée Rouge, le CSKA Moscou. Il a vent du jeune prodige de 15 ans qui brille devant le filet de l’équipe junior. Dès la première seconde où il voit Tretiak jouer, Tarasov sait qu’il a enfin trouvé la pièce manquante de l’équipe nationale. Tel un diamant brut, il va le façonner à sa manière : remettre en question les théories sur comment former un gardien.
Le résultat, Tretiak sera un hybride de Bohumil Modry, Jacques Plante et Seth Martin. Tretiak devra subir 3 entrainements à haute consommation d’oxygène par jour. Poussant son poulain aux limites de ses capacités physique et mentale. Malgré l’intense difficulté, Tretiak accepte cet entrainement aux limites de la torture.
Malgré les 3 gardiens dans l’effectif du CSKA, Tarasov invite Tretiak, âgé de seulement 15 ans, à intégrer les entrainements de l’équipe première du CSKA.

Source image : rhkshop.cz – Britannica – Pinterest – Bohumil Modry – Jacques Plante et Seth Martin

L’ascension au sommet

En 1968, il fait ses débuts en championnat d’URSS, à l’âge de 16 ans, Tretiak montre qu’il est un talent précoce. Les titres de champion d’URSS, champion du monde et champion d’Europe s’accumulent. En 1972, Tretiak et l’équipe soviétique remporte l’or aux Jeux Olympiques de Sapporo. Quelques mois plus tard la LNH accepte d’affronter l’Union Soviétique dans une série de 8 matchs (4 au Canada et 4 en URSS). Cette confrontation amicale sera plus tard connue comme la Série du Siècle (dont vous pourrez retrouver un résumé complet ici).
Lors du match préparatoire du 22 Août, Bob Davidson (le recruteur des Maple Leafs de Toronto) et John McLellan (l’entraineur-chef des Leafs) sont envoyés par Hockey Canada, à Leningrad pour jauger leurs futurs adversaires lors d’un match entre le CSKA Moscou et l’équipe nationale Soviétique. Ce qu’ils voient les rassurent. Dans le filet du CSKA, Tretiak semble complètement perdu, il encaisse ce jour-là 8 buts !
Ce que les Canadiens ne savaient pas c’est que son équipe était composée de joueurs de ligues mineures car la plupart des joueurs principaux du CSKA jouaient avec l’équipe nationale. Mais, également le fait que Tretiak et la plupart de ses coéquipiers avaient passés la nuit précédente à faire la fête pour célébrer le futur mariage de Tretiak (qui aura lieu le lendemain), donc autant dire qu’il souffrait d’une gueule de bois monumentale.
Dans leur rapport, Davidson et McLellan désignent le gros point faible des Soviétiques : Tretiak. Ils annoncent que les Canadiens auront facilement un avantage de 5 à 6 buts à chaque match. Devant ce constat, la légende du Canadiens de Montréal, Jacques Plante ira jusqu’à donner des conseils à Tretiak sur les joueurs canadiens afin qu’il ne soit « pas trop ridicule ». Une aide qu’il a dû regretter dès le premier match de la Série du Siècle.

Source image : Asya Mitskevich sur Behance – Vladislav Tretiak

Le plus grand match de l’Histoire

Suite à ses exploits lors de la Série du siècle, Tretiak continue à engranger les titres nationaux, et internationaux. Grâce, entre autre, au talent de son portier, l’URSS continue sa domination sur le hockey international. Son club du CSKA Moscou est également régulièrement invité pour affronter les franchises de la LNH dans les Super Series.

Le match du 31 Décembre 1975 face aux Canadiens de Montréal restera dans l’histoire du hockey. Ce soir-là, le match est une ode au beau jeu et une véritable démonstration de talent. Ce qui était totalement différent des « standards » de la LNH qui subissait la loi musclée des « Broad Street Bullies » de Philadelphie,, véritable machine à broyer qui, avec leur jeu ultra physique, faisait régner la peur vis à vis de leurs adversaires. Les Habs dominent le CSKA Moscou, mais Tretiak fait mieux que résister, il stoppe 35 des 38 tirs lancés contre lui, de l’autre côté de la glace, Ken Dryden arrête 10 des 13 tirs des Soviétiques. La rencontre se termine par une égalité de 3-3. Pour les reporters présents, Montréal aurait facilement balayé les joueurs de l‘Armée Rouge, si Tretiak n’était pas aussi infranchissable. Par ailleurs, il est nommé la première étoile du match, et devant les prouesses du gardien soviétique, les partisans du Canadiens, lui font une standing-ovation.

Source image : Pinterest – Les trois étoiles du match : Peter Mahovlich – Vladislav Tretiak et Yvon Cournoyer

La suite de sa carrière sera encore une fois une récolte de trophées, titres et médailles. Toutefois lors des Jeux de Lake Placid en 1980, il subira le goût amer de la défaite lors du « Miracle sur glace » quand l’équipe Américaine (composée de joueurs universitaires) réussira l’exploit de battre la « Machine rouge ». Lors de ce match, Tretiak encaisse 2 buts faibles en première période, et la sanction ne se fait pas attendre. le sélectionneur soviétique Viktor Tikhonov, le remplace par Vladimir Myshkin au début de la seconde période. Alors que Tretiak était reconnu d’être encore plus fort quand il laissait passer une but faible. Résultat, les jeunes américains créent l’exploit de faire tomber la grande équipe soviétique (vous pouvez retrouver plus de détails sur ce match de légende ici). Bien des années plus tard, Tikhonov reconnaitra que remplacer Tretiak face aux USA avait été une de ses plus grandes erreurs.
Mais au fur et à mesure, l’usure commence a gagner Tretiak, certes il est toujours aussi dominant dans son jeu, mais le fait d’être éloigné de sa famille le tracasse. En effet, Viktor Tikhonov avait instauré que les joueurs devaient vivre 11 mois sur 12 au camp d’entrainement pour éviter toute distractions. Pour Tretiak, comme pour ses coéquipiers, ça voulait dire qu’il devait vivre loin de son épouse et ne voyait pas ses enfants grandir.
En 1983, Tretiak est drafté à la 138ème position par le Canadiens de Montréal, Tretiak aimerait jouer pour le club mythique, mais Tikhonov et les autorités soviétiques lui font savoir qu’ils refusaient sa demande.
En 1984, Tretiak demande à Tikhonov s’il pouvait obtenir un régime spécial, qui lui permettrait de rentrer chez lui le soir au lieu d’aller au camp d’entrainement, Tikhonov refuse de façon véhémente sa demande. Pour Tretiak, s’en est trop, après une dernière victoire (2-0) face à la Tchécoslovaquie, il décide d’arrêter sa carrière à seulement 32 ans.

Une retraite très active

Quelques mois après sa retraite, on lui remet l’Ordre du Drapeau Rouge du travail, pour l’ensemble de ses efforts. Quelques mois plus tard, lors d’une interview pour le journal Sovietskiy Sport, il explique qu’il s’est lassé de la vie de joueur de hockey sur glace, qu’il a fait tout ce qu’il devait pour son pays et que désormais, il souhaite se consacrer à sa femme Tatiana.
En 1989, il est le premier joueur soviétique, et le premier joueur à n’avoir joué un match en LNH à être intronisé au Temple de la Renommée du hockey.


Toutefois l’année suivante, Tretiak connaitra son « rêve américain ». quand il est recruté en qualité d’entraineur des gardiens par Mike Keenan, alors entraineur-chef des Blackhawks de Chicago. Tretiak distille ses conseils à Ed Belfour (D’ailleurs il portera le numéro 20 en hommage à Tretiak), Dominik Hasek et Jocelyn Thibault. Devant les aptitudes de Tretiak lors des pratiques, Keenan lui propose de faire ses débuts en LNH, mais Tretiak refuse. Il restera avec l’organisation des Blackhawks jusqu’au début de la saison 2006-2007.
En 2000, Vladislav Tretiak est élu le meilleur joueur Russe du XXème siècle. Il sera également nommé dans l’équipe All-stars du centenaire de l’IIHF (aux cotés de ses compatriotes Slava Fetisov, Valeri Kharlamov et Sergei Makarov, mais également Wayne Gretzky et Börje Salming)
Il ouvrira des écoles de gardiens de buts au Canada, aux USA et en Russie, parmi ses « élèves » on peut noter Martin Brodeur, José Théodore ou plus récemment Andreï Vasilevskiy.

Source image : Instagram @caviardiplomat – Vladislav Tretiak et un très jeune Andrei Vasilevskiy

En 2002, il avouera, dans une interview, son énorme déception qu’après 15 ans au service de son pays, les autorités ne lui aient pas accordé le droit de rejoindre la LNH et les Canadiens de Montréal.
En 2003, il est élu à la Douma d’Etat (assemblée nationale Russe), en tant que représentant de l’oblast (région) de Saratov sous la bannière du parti Russie Unie.
En 2004, il est intronisé au temple de la renommée du sport Russe.
En 2006, il est élu Président de la fédération Russe de hockey et quelques jours plus tard, il est le premier Russe a recevoir la Médaille du service méritoire du Canada, pour ses efforts pour l’amitié entre les peuples Russes et Canadiens.

Source image : Pinterest – Vladislav Tretiak et Ken Dryden

En 2007, il fait parti des invités présents au Centre Bell de Montréal lors de la cérémonie de retrait du numéro de son « ancien rival et désormais grand ami » Ken Dryden. Il reçoit à nouveau une standing ovation de la part des partisans du CH.

Source image : AFP – Tretiak et Irina Rodnina allumant la vasque olympique à Sochi en 2014

Et en 2014, il sera, avec l’ancienne championne de patinage Irina Rodnina, le dernier porteur de la flamme Olympique des jeux de Sotchi.

Credit image : KHL.ru – Maxim Tretiak

Desormais, la légende du nom Tretiak continue avec son petit-fils Maxim, qui, comme son grand-père est gardien de hockey au sein de l’équipe du HK Sochi en KHL.

« Il n’y a pas de position aussi noble dans le sport que celui de gardien » cette citation par Vladislav Tretiak représente bien qui il a été comme gardien. Son style de jeu était spectaculaire mais empreint d’une noblesse quasi chevaleresque. Il a su élever le poste de gardien au rang d’art. A tel point que son style inspire encore aujourd’hui, après les Hasek, Belfour, Brodeur et Nabokov, désormais c’est Varlamov, Vasilevskiy ou Bobrovsky qui s’inspirent de sa façon de jouer pour atteindre les sommets.

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