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Jean Alesi, l’idole de nos pères

Si Giuliano Alesi a pu marquer les esprits avec sa place de vice champion du monde de Super Formula, c’est un autre Alesi que l’histoire retient. En demandant à mon père, grand fan de sports automobiles, pour la première fois l’identité de son pilote préféré en Formule 1, il m’a répondu, des étoiles plein les yeux en même temps qu’il ressortait d’une enveloppe qu’il garde précieusement à la maison, la Une du journal l’Équipe du lundi 12 juin 1995 : « C’est Jean Alesi ». Nous nous sommes rendu compte qu’il était loin d’être le seul à idolâtrer un pilote qui n’a gagné qu’une seule et unique course de F1. D’accord, vous pouvez penser qu’il est français et que cela rajoute beaucoup d’affection pour le pilote mais il est très loin du palmarès de Alain Prost (4 titres de Champion du Monde) ! Nous allons donc essayer de faire comprendre aux plus jeunes pourquoi ce Monsieur de la Formule 1 française a tant de popularité auprès de nos parents et, au passage, remémorer aux plus anciens la carrière de leur pilote. 

Des débuts prometteurs pour un passionné de rallyes

S’il n’était pas censé rouler en Formule 1, ce n’était pas par faute de talent mais tout simplement parce que les sports automobiles sur asphalte n’étaient pas sa plus grande passion. Jean Alesi, son truc à lui, c’était les rallyes. Pour l’anecdote, avant de se lancer sur les compétitions sur piste goudronnée, le franco-italien était même moniteur de pilotage pour les prototypes sur glace. 

Il accéda à l’asphalte et aux monoplaces par le biais de la promotion en Renault 5. Dès ses débuts, il réalise de très belles performances et se fait remarquer par l’une des antichambres de la discipline reine des sports automobiles. Et c’est ainsi qu’il a pu s’illustrer et gagner rapidement son premier titre en catégories majeures de monoplaces : Champion de France de Formule 3 1987. 

Il est donc promu au rang de pilote de Formule 3000 l’année suivante, en 1988. Mais cette année s’avère être compliquée au sein de l’écurie Oreca et il ne termine que 10ème du championnat du monde, plein de doutes. Mais l’un des ogres de l’époque, Jordan, lui laisse sa chance la saison d’après et il confirme les attentes qui avaient été placées autour : Un titre de champion du Monde de F 3000 gagné alors qu’il était à égalité de points avec son rival Érik Comas. Pour l’histoire, Alesi sera titré grâce à une victoire en terre française sur l’un des seuls circuits urbains dans notre pays avec le circuit des Remparts d’Angoulême : le Grand Prix de Pau-Ville. Cette performance le propulsera directement dans un baquet de Formule 1 pour commencer sa carrière là aussi en France, au Circuit Paul Ricard.

Rétro : Grand prix de Pau 1989, le déclic de Jean Alesi - Leblogauto.com
Jean Alesi au Grand Prix de Pau-Ville – Source : Le Blog Auto

Des débuts à la hauteur du talent que le paddock a perçu en lui

1989 : Jean Alesi, à l’époque encore pilote de Formule 3000 étant donné qu’il se bat pour gagner ce championnat, fait ses débuts en F1 chez Tyrell pour remplacer un Michele Alboreto en partance de l’écurie car son image ne collait pas avec les sponsors. Oui, même à l’époque, il fallait absolument plaire aux sponsors pour s’assurer une place dans le paddock. 

1er Grand Prix plus que réussi pour l’avignonnais qui marquera tous les esprits d’entrée de jeu en se battant une grande partie de la course pour la seconde place et qui terminera quatrième de cette première manche du championnat à domicile pour Alesi. Cette performance lui vaudra une place permanente en tant que pilote officiel chez Tyrell dès la saison 1990. 

Alesi au Castellet pour son premier GP – Source : France Racing

Rebelote pour les belles performances dès le premier Grand Prix de la saison ! 11 mars 1990, le rookie de l’écurie britannique, basée à Ockham et à la recherche de performances dignes de ses plus grandes années passées auprès de certains Jody Scheckter ou encore Jacky Stewart, marque encore plus les esprits aux États-Unis au cœur du circuit urbain de Phoenix. Jean Alesi passera 34 tours en tête devant l’un des plus grands de la discipline, Ayrton Senna, qu’il arrive à dépasser dès le premier tour. Mais ce dernier réussira quand même à s’en défaire avant la fin et le français finira la première course de la saison au 2ème rang, derrière Senna et devant le Belge Thierry Boutsen au volant de sa Williams. 

Ce n’est pas le seul exploit que le pilote avignonnais réalise au volant de sa monoplace cette saison. Jean Alesi, pour sa première participation au Grand Prix de Monaco, en plus d’avoir obtenu un superbe 3ème temps en qualification et de partir derrière 4 titres de Champions du Monde (Senna, premier, en avait gagné 1 et Prost, deuxième, en avait gagné 3), réalise un bon départ et surtout un dépassement qui restera dans les annales. Dans le virage du Mirabeau (partie haute), entre le Casino de Monte Carlo et l’épingle du Grand Hôtel, le pilote Tyrell s’engouffre à l’intérieur et arrive à surprendre le triplement étoilé Prost dans sa manœuvre. Celui-ci sera obligé de freiner pour éviter la collision avec son compatriote mais Berger, arrivant plein gaz derrière, percute la Ferrari et termine aussi sec la course du champion du monde en titre. [On peut déjà commencer à comprendre pourquoi Alesi a été aussi aimé dès le début de sa carrière] Il terminera encore la course à la seconde place mais avec une monoplace de milieu de plateau et sur les terres du roi Ayrton Senna, l’exploit est déjà de taille

Toutes ces belles courses permettent au pilote Tyrell de s’attirer les grâces d’écuries de renom : Il signe un pré-contrat avec Williams en cours de saison 1990 avant de le rompre quand il a appris qu’ils courtisaient Ayrton Senna. Alesi a eu une opportunité chez un autre grand : grâce à sa popularité chez les Tifosis, il signera pour la saison 1991 chez la mythique Scuderia Ferrari.

Ferrari : de la malchance malgré une grande histoire d’amour réciproque

Ferrari. Ce nom en fait encore frissonner Jean Alesi. En plus de sa grande popularité auprès des fans de la Scuderia, eux qui, pour certains, n’hésitaient pas à le comparer à Gilles Villeneuve, le regretté chouchou de la Scuderia et du Grand Patron Enzo Ferrari, Alesi a toujours été admiratif et charmé par l’emblématique écurie du Cheval Cabré.

Mais malheureusement pour lui, sa venue chez les Rouges coïncide avec la grosse période noire de Ferrari. L’écurie de Maranello venait juste de limoger leur directeur sportif, leur président mais aussi leur pilote star, Alain Prost, à la fin de saison 1990. 

La Scuderia comptait donc sur la nouvelle petite coqueluche du public de la Formule 1 pour être à l’origine du renouveau de l’écurie emblématique. Muni d’une Ferrari 642 dépourvue de fiabilité, Alesi doit composer avec les moyens du bord. L’écurie traverse une période de crise complète. L’ironie du sort c’est que malgré la piètre qualité de son prototype, Alesi arrive toujours à réaliser des miracles et se bagarre régulièrement en piste avec Alain Prost qui a trouvé son point de chute chez… Williams. 

Mais malheureusement pour le franco-italien les années se suivent et se ressemblent. Personne ne remet en doute son talent mais il n’a pas la monoplace pour aller gagner une course, même s’il arrive à batailler régulièrement avec les plus grands mais la fiabilité de ses monoplaces succinctes ne lui permet pas d’en gagner. À de multiples reprises, Alesi se retrouve loin devant où à la lutte pour la première place mais d’un coup sa suspension casse, son moteur lâche, ses freins le trahissent… Bref, il a été difficile de connaître plus malchanceux que lui durant de nombreuses années en Formule 1. Un des meilleurs exemples pour prouver cette poisse qui lui pesait au-dessus de la tête restera quand même lors du Grand Prix du Portugal 1993 où le français a mené une vingtaine de tours et contenu avec brio des Hakkinen, Schumacher, Prost, Senna ou Hill. Mais au bout de ces vingt tours, le moteur de sa Ferrari a complètement lâché, le privant d’une course spectaculaire et d’un résultat certain. 

Les Grands Prix maudits : Jean Alesi (1/3) - Coup d'oeil dans le rétro
Jean Alesi au Grand prix de Monaco 1994 – Source : Coup d’oeil dans le rétro

Une personne a commencé à changer la donne lorsqu’il a été nommé directeur de la Scuderia à la mi saison 1993 : Jean Todt (actuel Président de la FIA). Connu comme l’un des directeurs le plus emblématiques de l’histoire de Ferrari, il a été accueilli comme il se doit par Alesi lors de son premier Grand Prix, en Italie car ce dernier a trouvé le moyen de finir sur la deuxième marche du podium. On peut dire que quelque chose de grand commençait à se faire sentir avec ce nouveau personnage qui a pris les rênes de l’écurie rouge. 

1994 est une année différente et la méthode Todt porte ses fruits au sein de la Scuderia. Le directeur français a réussi à relever la barre et redresser une écurie qu’il avait récupéré dans un sale état (L’histoire retiendra ce qu’il a réussi à en faire lors des grandes année Schumacher). Mais ce n’est pas le sujet de cet article. Dès le début de cette saison 94, Alesi arrive à se classer sur le podium au Brésil (3ème). Il revient au top de sa forme mais malheureusement, sa monoplace n’est toujours pas assez compétitive pour pouvoir performer et battre les plus grosses cylindrées comme Jordan, Benetton ou encore Williams. 

Même si elle est plus performante, la Ferrari d’Alesi n’en finit pas de connaître de gros soucis de fiabilité. Allemagne, Belgique, France, Italie… que des pays où l’avignonnais a dû abandonner en cette saison pour des raisons mécaniques. La malchance était telle que les fans se demandent même s’il n’a pas reçu un mauvais sort. Jusqu’à…

11 juin 1995 : La fin du mauvais sort et une victoire tant attendue pour Alesi à Montréal

Comme un symbole, Alesi portait le fameux numéro 27 sur sa Ferrari en 1995, le même numéro que portait un certain canadien lorsqu’il courrait chez les rouges : Gilles Villeneuve. En ce 11 juin 1995, la malédiction Alesi s’est brisée car, pour une fois, ce n’est pas lui qui a été contraint à l’abandon et donc voir la victoire s’échapper mais c’est bien à Michael Schumacher que la mécanique fait défaut. 

Jean Alesi, après avoir mené la course de bout en bout, passe enfin la ligne d’arrivée à la première position, le jour de ses 31 ans, lors du Grand Prix du Canada. Le suspens était tel que certains fans ont notamment témoigné : « On se demandait tous ce qui lâcherait sur sa monoplace et ce qui le priverait de sa victoire à nouveau. Le moteur, les freins, les suspensions, une voiture de sécurité et un mauvais restart… Tout était envisageable tant il a connu de mésaventures ». Mais non, en ce jour sacré pour tous les fans de sports automobiles français, un miracle avait bel et bien eu lieu : La Ferrari d’Alesi a tenu le choc d’une course entière ! 

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Jean Alesi (en rouge) célébrant sa victoire – Source : Le Mag Sport Auto

L’exploit était tellement énorme que Alesi lui-même ne semblait pas y croire. Oui messieurs dames, Jean Alesi avait bel et bien réussi à (enfin) gagner une course de Formule 1 après toutes les mésaventures qui ont pu lui arriver ! Et la réaction de la part des supporters présents sur place était à la hauteur de l’exploit. Une explosion de joie jaillit alors des tribunes du circuit Gilles Villeneuve lorsque le français a franchi la ligne d’arrivée pour acclamer et féliciter l’homme qui venait de remporter une course bien méritée. Même si ce sera la seule victoire en F1 de sa carrière.

Mais malheureusement, bien que 1995 soit sa plus belle saison en Formule 1, Ferrari décide de se séparer de lui à l’issue de l’année pour entrer encore plus dans une dimension gigantesque : C’est le début de la (très) grande histoire de Ferrari aux côtés de Michael Schumacher.

Benetton, Sauber, Prost GP ou Jordan : ses dernières écuries ne lui permettent pas de renouveler des victoires et la malchance continue de frapper

Encore une fois au mauvais endroit au mauvais moment (l’histoire de sa carrière tout simplement), pour la saison 1996, Jean Alesi fait l’échange avec Schumacher chez Benetton, écurie championne du monde en titre. Mais malheureusement pour lui, Alesi entretient une très mauvaise relation avec son directeur d’écurie : Flavio Briatore. Inutile de dire que ses années chez Benetton ne furent pas les plus glorieuses, d’autant plus que là aussi il ne disposait pas du meilleur matériel pour pouvoir jouer les hauts de tableau. Cependant, lors du Grand Prix d’Italie 1997, Alesi crée encore la surprise en décrochant la pole position face à Ferrari et Williams, pourtant bien au-dessus du reste du plateau. Mais malheureusement pour lui, même s’il menait la course et était très bien placé pour gagner une deuxième victoire, un arrêt aux stands bien trop long lui fera perdre la tête de la course et il finira deuxième derrière l’écossais David Coulthard. 

Il décide ensuite de partir pour une écurie bien moins compétitive en 1998 : Sauber. L’écurie suisse est loin de jouer les hauts de tableau et se bat plutôt pour le milieu de grille. Mais c’est avec cette écurie que Alesi obtiendra son 32ème et dernier podium de sa carrière de pilote de Formule 1 sur le mythique circuit de Spa Francorchamps. 

En ce qui concerne les deux dernières écuries pour lesquelles il a couru (Prost Grand Prix en 2000 et 2001 et Jordan aussi en 2001), Alesi n’a pas pu réaliser d’autres exploits. Entre la dissolution de l’écurie Prost Grand Prix ou Jordan qui n’était plus du tout au niveau auquel on a pu connaître l’écurie, il était impossible pour lui de pouvoir ne serait-ce qu’espérer un podium. Et c’est à la fin de la saison 2001, en tant que l’un des vétérans du plateau, que l’avignonnais tire sa révérence du monde de la Formule 1 en tant que pilote. 

Pour résumer son palmarès, Jean Alesi c’est : 

  • 1 victoire
  • 32 podiums 
  • 2 pole position (et les deux à Monza)
  • 241 points en Formule 1 (chiffre très grand étant donné que l’attribution des points était loin d’être la même qu’aujourd’hui)
  • 87 abandons en 201 courses (et c’est sans doute le chiffre le plus révélateur quant à sa malchance car très peu ont été causés par des erreurs de pilotage). 

L’après carrière et le lien toujours aussi fort avec Ferrari

Après s’être retiré du monde de la F1, Alesi s’est exercé dans plusieurs disciplines. Pour commencer, il se lance en DTM de 2002 à 2006, discipline dans laquelle il gagnera 5 courses. Ensuite, il passera par la Speedcar Series, Le Mans Series ou encore l’Indycar, (tout comme a pu le faire Romain Grosjean ou encore de nombreux autres pilotes à la fin de leur carrière en F1). 

Mais Alesi a aussi senti la vague de l’e-Sport arriver fortement dans le monde des sports automobiles et il fonde ainsi sa propre académie pour trouver des personnes prometteuses dans le secteur des jeux vidéo sur les sports auto. 

Jean Alesi : Carrière et palmarès du pilote français | CD-Sport
Portrait de Jean Alesi – Source : CD Sport

Mais ne l’oublions pas, Alesi, sa passion c’est Ferrari. Marié à la japonaise Kumiko Goto, ils donnent naissance à plusieurs enfants dont un garçon, Giuliano Alesi, lui aussi pilote automobile. Talentueux, il accèdera à la prestigieuse Ferrari Driver Academy, pour le plus grand bonheur de son père qui le suivra sur la quasi-totalité des courses qu’il effectuera en F3 ou en F2. Malheureusement, accéder à cette académie de renom coûte cher et Jean n’a pas les moyens pour lui assurer financièrement sa place en continu au sein du centre de formation Ferrari. A tel point que Jean a dû se séparer de l’une des Ferrari de son garage pour payer une année supplémentaire à son fils. Cependant, Giuliano, qui, malgré son talent, n’a pas réussi à remplir toutes les attentes de l’antichambre de la Scuderia, décide de tenter sa chance autre part. Depuis bientôt deux ans maintenant, il évolue en Super Formula, un championnat japonnais de monoplaces dérivé des championnats européens. 

Maintenant, nous avons le plaisir de revoir Jean Alesi en tant que consultant de luxe pour Canal+ en Formule 1. Et sa popularité n’est pas passée aux oubliettes, lui qui a toujours sa relation avec la Scuderia malgré les changements de directeurs. Pilotes, mécaniciens, journalistes, fans, passionnés, tout le monde connaît et cela se ressent lorsqu’il est présent dans les paddocks. La preuve étant ses apparitions lors du Grand Prix de Monaco par exemple lors du magazine La Grille de Canal+ où il est quasiment impossible de lui parler ou de le voir concentré tant il connaît de monde. Du pur Jean Alesi !

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