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Yoann Gourcuff : De nouveau Zidane à rebut, chroniques d’un magicien éphémère

Pour certains jeunes fans de foot, Yoann Gourcuff représente au plus un même internet. Cependant, pour tout amoureux de la Ligue 1 durant les années 2000-2010 le meneur de jeu représente un véritable pan du football français. Entre éclats de génie et blessures à répétition, retour sur un joueur hors du commun.

Genèse

Yoann Miguel Gourcuff né à Ploemeur dans le Morbihan le 11 juillet 1986. Il touche ses premiers ballons au FC Lorient, club entraîné à l’époque par son père, Christian Gourcuff. Il continue son apprentissage aux abords du Stade du Moustoire jusqu’à ses 14 ans. Tout en continuant à jouer avec les merlus, il intègre le centre de pré-formation de Ploufragan pendant deux ans. En 2001, son père rejoint le Stade Rennais, c’est l’occasion pour Gourcuff de rejoindre le centre de formation breton alors qu’il aurait pu rejoindre celui du FC Nantes. Il y joue la Gambardella avec une magnifique génération, notamment Jimmy Briand. Cette équipe remporte le trophée dans une finale où Gourcuff inscrit un coup franc exceptionnel d’après les observateurs sur place. L’ensemble de ses bonnes performances lui permet de signer son premier contrat professionnel au club en novembre 2003, à tout juste 17 ans.

Gourcuff et les jeunes du Stade Rennais remportent la coupe Gambardella en 2003 / Crédits : FFF

Il s’entraîne petit à petit avec le groupe professionnel, et joue son premier match de Ligue 1 le 7 février 2004 lors d’une rentrée en jeu, et une défaite, à Auxerre. Il finit la saison avec dix matchs au compteur, principalement en tant que remplaçant. Cela lui permet de rencontrer le haut niveau pour la première fois avec des joueurs comme Petr Čech, Kim Kallstrom ou encore Fréderic Piquionne. Il continue à grandir lors de la saison 2004-2005 avec 21 matchs en Ligue 1, principalement en tant que remplaçant, même s’il commence à doucement s’imposer dans le onze titulaire. Cependant, il explose la saison suivante avec 36 matchs de Ligue 1 et plusieurs belles performances en Coupe de l’UEFA (ex-Ligue Europa). Il ne lui reste alors qu’une saison de contrat. Le Stade Rennais tente de le resigner à de maintes reprises, et il reçoit de nombreuses offres de cadors européens comme Lyon ou Arsenal. Finalement, il décide de s’envoler pour l’AC Milan pour 4,5M d’euros.

Premier échec au Milan

Dès sa première saison à Milan, Gourcuff a un temps de jeu conséquent. Ainsi, il joue 34 matchs en 2006-2007, dont 9 en Ligue des Champions. L’AC Milan remporte d’ailleurs la compétition. Cependant, le breton ne joue pas la finale, et n’est même pas présent sur la feuille de match. La marche est trop haute pour Gourcuff, qui passe d’un club du haut de tableau de Ligue 1, à une équipe composée des meilleurs joueurs mondiaux. En effet, il sera entouré cette année-là de joueurs tels Pirlo, Kaka et Seedorf, dur de s’imposer dans un milieu au niveau si relevé. La saison suivante sera encore plus décevante avec seulement 20 matchs joués, Paulo Maldini déclare « il a eu beaucoup de difficultés à s’intégrer, il n’a jamais appris notre langue. » Pour définitivement enterrer les espoirs de carrière milanaise de Gourcuff, Ronaldinho rejoint le club lors de l’été 2008 pour compléter un effectif déjà stratosphérique.

Gourcuff accompagné de Ronaldo et Pirlo / Crédits : Paco SERINELLI

Bordeaux, les années miracles

Après cet échec à Milan, Jean-Louis Triaud décide de recruter le prodige breton lors du mercato 2008 pour une année de prêt avec une option d’achat de 15M€. Ce transfert a pour but de remplacer Johan Micoud, parti libre à la fin de la saison précédente. Il arrive aux Girondins avec Yoan Goufran. Ces deux joueurs viennent garnir un effectif déjà compétitif avec notamment Marouane Chamakh, Wendel ou encore Benoit Trémoulinas. L’équipe gironde sort d’une saison plus que convaincante avec une deuxième place au championnat derrière l’invincible équipe lyonnaise. Ainsi, les Girondins de Bordeaux s’avancent comme un outsider dans cette saison 2008-2009 avec un budget inférieur à celui du PSG et de l’OL.

L’alchimie fut immédiate avec le coach Laurent Blanc qui le place directement comme un pilier du onze bordelais, et le breton le lui rend bien. Il enchaîne les très bonnes performances ce qui permet aux Girondins de bien se placer pour la course au titre, à la lutte avec Marseille. Un certain 11 janvier 2009, les Girondins de Bordeaux reçoivent Paris pour le compte de la vingtième journée de Ligue 1, ce match s’annonce clé face à une équipe parisienne qui court après les places européennes. Gourcuff propose alors un match tout simplement magnifique, il dicte le jeu bordelais et mène l’équipe à une victoire sans appel 4 à 0. Surtout, le meneur de jeu sort un tour de magie jamais revu depuis. On est alors à la 70ème minute, les Girondins récupèrent la balle haute, passe pour Gourcuff dos au but, celui-ci enchaîne alors un double double-contact pour éliminer la défense parisienne avant de crucifier Landreau. Le public est choqué, et lorsque les écrans du stade Chaban Delmas affichent le replay, tous les supporters célèbrent ce geste venu d’ailleurs. Le lendemain, la presse le compare déjà à un autre meneur de jeu, le légendaire Zinédine Zidane.

La presse a trouvé son nouveau Zidane / Crédits : L’Equipe

Pour bien finir cette saison, l’équipe bordelaise enchaîne onze victoires consécutives, ce qui constitue un record à l’époque. Bordeaux finit champion, remporte la Coupe de la Ligue et le Trophée de Champion avec un Gourcuff en état de grâce. C’est tout simplement le meilleur passeur de Ligue 1, et le deuxième joueur derrière Gignac en terme de buts + passes décisives cette saison-là. En parallèle de ses bonnes performances, il joue ses premiers matchs avec l’Equipe de France qui sont plutôt bons, la France est séduite.

La saison suivante est étrange, avec notamment une saison de Ligue 1 particulièrement décevante avec une sixième place. A contrario, les Marines et Blancs réalisent une campagne de Ligue des Champions exceptionnelle, avec toujours un Gourcuff d’exception. Après avoir fini devant le Bayern Munich et la Juventus en phase de poules, les Girondins sont stoppés par une belle équipe de Lyon. Malheureusement, cette saison montre le début d’une grande partie de sa carrière, les blessures. En effet, il loupe quelques matchs pour des problèmes à la cuisse, mais ça n’empêche pas les grosses écuries européennes de le démarcher. Sans Ligue des Champions la saison suivante, Bordeaux ne peut pas retenir sa pépite et Lyon fonce sur l’occasion à l’été 2010 pour 22 + 4,5M.

La déception lyonnaise

Lyon accueille sa pépite comme il se doit, et malgré un été 2010 marqué par le désastre Knysna, ce sont 15 000 supporters qui viennent à la présentation de Gourcuff à Gerland. Sans être incroyable, sa première saison chez les Gones est correcte et il annonce « ne pas être à 100%« , ce qui est prometteur pour la suite. Il finit la saison avec 7 buts et 7 passes décisives en 39 matchs, et seule une fissure au tendon lui fit louper 20 jours de compétition. D’un point de vue collectif, Lyon finit 3ème au championnat avec un Claude Puel en fin de course sur les terres lyonnaises. Tandis qu’au niveau européen, Lyon sort des poules, mais se fait sortir par le Real Madrid en huitièmes de finale. La saison suivante, Lyon effectue une saison terne avec une élimination précoce de Ligue des Champions puis une défaite en huitièmes de finale de Ligue Europa face à l’APOEL Nicosie. De son côté Gourcuff, ne joue que 24 matchs, principalement à cause des blessures. Une blessure à la malléole causant 60 jours d’absence et deux blessures au genou pour 13 jours puis 60 jours d’absence.

« Pour moi, c’est un échec personnel. Surtout un échec relationnel. Plus que sportif ou financier. »

Jean-Michel Aulas en 2015, après le départ de Yoann Gourcuff

A partir de cette saison-là, chaque année est marquée par une multitude de blessures. Nul doute que mentalement une telle spirale est dévastatrice et n’aide pas à revenir sur le terrain l’esprit libre. Ainsi, malgré quelques bonnes prestations notamment en Ligue 1 lors de la saison 2012-2013, il loupe au total plus de 100 jours de compétition pour des blessures, en particulier au niveau du genou. Il obtient tout de même une coupe de France, dans laquelle il n’aura que très peu joué. Pourtant, l’Olympique Lyonnais continue de croire en son meneur de jeu, et on croit à l’aube de la saison 2013-2014 que Gourcuff est de retour avec deux passes décisives et un but lors de la première journée face à Nice. Mais son genou le rattrape, et le breton retourne passer de longs mois à l’infirmerie. Il sera indisponible durant 27 matchs de son équipe. La saison 2014-2015 sera dans la même dynamique, et Gourcuff partira libre de Lyon le 30 juin 2015.

Descente aux enfers et retraite prématurée

Afin de se relancer dans un environnement qu’il connaît, Yoann Gourcuff décide de revenir au club où sa carrière s’est lancée, le Stade Rennais. Un accord sur un an est décidé, et le breton rejoindra l’effectif lorsqu’il aura fini de guérir de ses blessures précédentes. Gourcuff met toutes les chances de son côté avec un programme personnel, mais le corps ne suit plus. Il se blesse dès son premier match pour un mois d’absence. Lorsqu’il revient à la compétition, le talent du meneur de jeu éclabousse toujours par intermittence, ce qui pousse les dirigeants bretons à prolonger son contrat de deux ans. Cependant, Gourcuff ne pèse plus autant, et il quittera le Stade Rennais lors de l’été 2018, dans l’indifférence. Le « nouveau Zidane » tentera une dernière aventure à Dijon pour une année. Il rompt son contrat d’un commun accord avec le club, sans demander aucune indemnité, classe jusqu’à la fin. Suite à cela, il prend sa retraite, à seulement 32 ans.

Gourcuff se blesse, pour une enième fois / Crédits : D.Meyer

Ainsi, Yoann Gourcuff est un joueur qui a véritablement fait rêver une génération de supporters. Il restera malheureusement au Panthéon des étoiles filantes du football à l’instar d’Abou Diaby ou encore d’Alexandre Pato, ces joueurs aussi talentueux balle au pied que fragile physiquement.

(1 commentaire)

  1. mon désamour du football coïncide avec la chute du prodige breton. J’imagine le même article du Camel Meriem … le futur Zidane lui aussi. Compliqué d’être étiqueté comme le « futur génie du football français »

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