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Le Japon, une nation de football en transition

Keisuke Honda, Shinji Kagawa, Makoto Hasebe, Shinji Okazaki, les grands noms sont multiples lorsqu’on évoque le Japon des années 2010, une génération dorée qui a marqué l’histoire de sa sélection. Aujourd’hui, il ne reste que quelques joueurs comme Yuto Nagatomo, Hiroki Sakai ou même Eiji Kawashima, qui sont là pour accompagner la nouvelle génération, celle de Takumi Minamino et de Ritsu Dōan. Mais l’héritage est lourd à porter et les résultats ne sont pas au rendez-vous. Actuellement 4e de son groupe du troisième tour de qualification à la Coupe du monde 2022, le Japon doit désormais passer à la vitesse supérieure s’il veut être du voyage au Qatar.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, les coéquipiers de Takumi Minamino s’apprêtent à jouer face au Viêtnam dans un match à enjeu. Les Japonais doivent absolument gagner afin de remonter au classement. Ils ont toujours gagné face à leur adversaire du jour, une donnée qui montre que la victoire est évidemment attendue. Car même si le Japon a gagné son dernier match le 12 octobre dernier, c’était face à l’Australie, les Samouraï bleus peinent à être compétitif dans ce groupe avec deux défaites (Oman et Arabie Saoudite) et deux victoires (Chine et Australie). Pour cette trêve internationale de novembre, les hommes d’Hajime Moriyasu se rendent donc au Viêtnam cet après-midi, puis à Oman le 16 novembre. Deux affrontements cruciaux pour une équipe en quête de confiance.

Maya Yoshida, l’actuel capitaine, est l’un des plus capés et des plus expérimentés de sa sélection. (contropiedeazzurro.com)

Depuis 2018, le Japon attend la relève

Le capitaine historique Makoto Hasebe a tiré sa révérence à l’issue de la Coupe du monde 2018. Même s’il joue toujours, à 38 ans, au plus haut niveau, puisqu’il évolue à l’Eintracht Francfort, Hasebe a nécessairement laissé un vide, entre autres, que jeunes et moins jeunes tentent de combler.

Actuellement, la sélection que rassemble Hajime Moriyasu – qui est à la tête du Japon depuis juillet 2018 -, est un mix plutôt intéressant entre jeunes joueurs prometteurs et tauliers. Ces derniers sont aujourd’hui de moins en moins nombreux. Néanmoins, ils sont importants dans la transition et dans l’héritage qu’ils vont laisser aux suivants. Parmi eux, on note par exemple la présence de Maya Yoshida (Sampdoria de Gênes), Yuto Nagatomo (FC Tokyo) et d’Eiji Kawashima (RC Strasbourg). Ces trois briscards, âgés respectivement de 33, 35 et 38 ans, étaient sur la feuille de match cet après-midi. Signe que l’ancienne génération n’est pas complètement partie, afin d’aider au mieux la suivante.

Le onze de départ japonais face au Viêtnam. (flashscore.fr)

Cette jeune génération, justement, a encore du mal à s’imposer. Des jeunes comme Takefusa Kubo, qui incarne relativement bien la relève, n’est pas toujours présente en sélection. La faute, en l’occurrence, à une blessure qui le rend indisponible depuis fin septembre. Il n’est pas le seul, puisque Ritsu Dōan et Daichi Kamada, qui réalisent un bon début de saison dans leurs clubs respectifs (PSV Eindhoven et Eintracht Francfort), ne sont pas titulaires indiscutables avec leur pays. Ils ont pourtant le niveau. Ce sont deux milieux offensifs, capable de jouer aussi bien en 10 que sur les ailes, qui présentent de belles qualités pour le football d’aujourd’hui. Il est vrai qu’ils sont encore jeunes et qu’ils ont le temps d’égaler leurs ainés, mais le Japon a besoin d’eux s’il veut faire aussi bien en 2022 qu’à la Coupe du monde 2010 et 2018 – le Japon avait atteint les 1/8e de finale.

Depuis la Coupe du monde 2018, les résultats des Samouraï bleus sont relativement décevants. En 2019, ils ont perdu en finale de la Coupe d’Asie face au Qatar, un résultat qui n’a pas forcément plu et dont la résonnance a été significative, puisque le Qatar a montré les dents en vue de sa Coupe du monde. C’est un trophée qui manque au Japon depuis 10 ans désormais. Ensuite, il y eut la Copa América 2019 où les Japonais furent invités comme en 1999, 2007 et 2011. Mais après deux nuls et une défaite en phase de poule, ils ont été éliminés au même stade qu’en 1999. Durant les mois qui ont suivi, les coéquipiers de Yoshida ont passé sans encombre les premiers tours qualificatifs du mondial, en battant notamment très facilement la Birmanie et la Mongolie. En 2020, à cause de la pandémie du Covid-19, les seuls matchs disputés furent amicaux et les résultats n’ont pas été probants (0 – 0 face au Cameroun, défaite face au Mexique 2 à 0).

Takumi Minamino fait partie de ces joueurs qui sous-performent en sélection. Il est l’un des leaders techniques, numéro 10 dans le dos, et ne se montre pas assez décisif. (Getty Images)

Les choses sérieuses ont commencé en septembre dernier, avec la phase de groupe finale de qualification à la Coupe du monde. Et comme dit précédemment, les résultats ont été mauvais. Des résultats anormaux pour une sélection comme le Japon, qui a toujours négocié aisément ces matchs qualificatifs. L’équipe d’Oman a par exemple vaincu le Japon pour la première fois de son histoire, signe que le pays du soleil levant n’est plus autant dominateur qu’auparavant. Cependant, le réservoir de joueurs est suffisamment talentueux pour faire mieux.

Zoom sur un joueur qui explose en Écosse : Kyogo Furuhashi

Arrivé cet été en provenance directe du Japon, Kyogo Furuhashi est déjà un cadre offensif du Celtic Glasgow, en seulement quatre mois. Installé en pointe par son entraîneur Ange Postecoglou, le Japonais âgé de 26 ans (il aura 27 ans le 20 janvier prochain), est actuellement en train de crever l’écran en Scottish Premiership.

Pour sa première expérience européenne, Furuhashi est déjà le meilleur buteur du championnat écossais, ex-aequo avec Martin Boyle et Tony Watt. En 10 matchs, l’attaquant du Celtic a inscrit 7 buts et délivré 2 passes décisives. En Ligue Europa, si l’on compte les tours qualificatifs, Kyogo a trouvé le chemin des filets à 5 reprises en 7 rencontres, tout en délivrant une passe décisive. Il se montre donc déjà très décisif et n’a apparemment pas besoin d’un temps d’adaptation pour performer.

Retenez-bien ce prénom, car il risque de faire le tour du monde tout au long de la saison. (Craig Williamson / SNS Group)

Une explosion au haut niveau qui étonne forcément, car Kyogo Furuhashi est passé professionnel à l’âge de 22 ans, en 2017 donc. Il a débuté en deuxième division japonaise (la J-League 2) au FC Gifu où il s’est très vite révélé. Après une saison et demie ponctuée de 17 buts et de 16 passes décisives en 68 rencontres de championnat, le Vissel Kobe (club d’Andrés Iniesta) le recrute pour 150 000 €. Entre août 2018 et juillet 2021, il marque les esprits et s’affirme comme l’un des meilleurs canonniers de son pays. Il progresse de saison en saison jusqu’en 2021, où à la mi-saison, après 15 buts en 21 matchs, le Celtic Glasgow décide de l’acheter pour la somme de 5 400 000 d’euros.

Depuis, c’est un véritable conte de fées que vit le joueur de 26 ans, un âge qui convient bien pour réussir et il semblerait qu’il arrive à maturité. Cela se voit, car personne ne s’attendait à de telles performances, surtout lorsqu’on sait qu’il présente plutôt des qualités d’ailier. En effet, Furuhashi est rapide, technique, agile, endurant. C’est un bon avaleur d’espaces doté d’un très bon volume de jeu. Il est un bon finisseur puisqu’il le prouve depuis cet été. Ce n’est pas un hasard s’il a été placé en pointe par son entraîneur. Avec le Japon, cet après-midi, il a évolué sur le côté droit. Il est d’ailleurs ambidextre, un avantage non-négligeable lorsqu’il s’agit de cocher son nom sur la feuille de match.

Avec 11 sélections, dont 10 en 2021, Kyogo Fuhurashi a marqué à trois reprises pour son pays. Pays pour lequel il peut apporter beaucoup, par sa dynamique déjà. Sa confiance actuelle est nécessairement un vrai bonus pour sa sélection. Même s’il ne s’est pas montré décisif aujourd’hui, 11 novembre 2021, nul doute qu’il est à surveiller dans les mois à venir.

Tomiyasu a le potentiel pour aller très haut. Il peut devenir l’un des porte-étendards de sa nation. (Getty Images/Ryan Pierse)

Enfin, il n’est pas le seul à porter les espoirs de tout un pays. Nous avons mentionné certains noms, dont Kamada, Dōan, Minamino, Kubo et Furuhashi. Mais il y en a d’autres. On peut citer Ao Tanaka (Fortuna Düsseldorf), Hidemasa Morita (Santa Clara), Takehiro Tomiyasu (Arsenal), Ko Itakura (Schalke 04), Yukinari Sugawara (AZ Alkmaar), Koji Miyoshi (Antwerp). Ces jeunes joueurs sont réellement talentueux et certains sont déjà installés en sélection et représentent l’avenir.

Le Japon traverse donc une période cruciale, celle d’une transition qui se fait lentement, mais qui doit arriver à terme, car les joueurs de demain ont le potentiel pour faire aussi bien que les joueurs d’hier. Keisuke Honda et Shinji Kagawa ont fièrement représenté leur pays à travers le monde durant de nombreuses années, faisant rêver des millions de fans de football. À Takumi Minamino et Takefusa Kubo d’être les futures stars japonaises.

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