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Myles Garett et la quête du DPOY NFL

Rappelez-vous: c’était le 27 avril 2017 à Philadelphie. Après des mois à essayer d’entretenir un futile suspense, les Browns, détenteurs du 1er choix, jettent leur dévolu sur le Defensive End de Texas A&M Myles Garett. A une époque où le poste de QB est largement privilégié, la décision de choisir le défenseur ne surprend pourtant personne. La classe de QB, bien que fournie, est remplie d’interrogations et surtout: Garett est une anomalie. Un monstre parmi les monstres. Après avoir mis son monde d’accord en université, sa performance légendaire au Combine finit d’entériner son statut en haut de la pyramide. Mais quand même, comment justifier le statut de numéro 1 pour un joueur défensif? Il faudrait au moins changer le cours de sa franchise, être le meilleur défenseur de la NFL. 4 ans plus tard, le prodige est en passe de remplir cet objectif.

La montée en puissance… Puis le plafond de verre

Après une intersaison perturbée par les blessures (faisant resurgir les questions sur son physique d’extraterrestre), Myles fait ses débuts en pro en Week 5 face aux Jets: 2 sacks, dont un dès son tout premier snap. A sa manière, le gentil géant nous le dit: « Calmez-vous, je suis bien là. » Des débuts explosifs pour une première saison qui comptera 7 sacks. Pas assez pour le titre de DROY qui finit logiquement dans les mains d’un Marshon Lattimore stratosphérique. Qu’importe, les promesses sont là, le projet prend forme, rendez-vous pris pour la saison 2018.

Et le rendez-vous n’est pas manqué. 13.5 sacks, nette production statistique après une saison complète de 16 matches. Les Browns restent médiocre mais Garett montre qu’ils ne se sont pas trompés en le sélectionnant. Le talent incommensurable et l’éthique de travail vont de paire, l’athlète raffine son jeu et gagne le respect de ses pairs. La courbe de progression a de quoi rendre optimiste pour atteindre le graal du titre de DPOY, mais pas cette année. Aaron Donald est trop fort, trop unique et personne ne pourra contester sa place sur le trône.

Les deux années suivantes ont eu le goût de l’inachevé pour Garett. Si le joueur arrive à maturité, les saisons incomplètes l’empêchent de se montrer suffisamment. Parti sur des bases énormes en 2019 (10 sacks en 10 matches), son altercation ultra dangereuse avec Mason Rudolph lui cause une suspension jusqu’à la fin de la saison. En 2020, c’est le COVID qui entrave le chemin du colosse. Amoindri par le virus, Garett éclipse une nouvelle fois la barre symbolique des 10 sacks, mais toujours pas suffisant pour viser plus qu’un 2e Pro Bowl.

Freak parmi les freak

Le postulat sur Myles Garett est clair: c’est un alien. Dans le monde du sport américain qui fait la part belle aux athlètes dès les rangs lycéens, Garett a toujours été au bout de la chaîne alimentaire. Ses résultats au combine 2017 parlent pour eux:

https://www.mockdraftable.com/player/myles-garrett?position=EDGE

Au sein de l’élite du football, le Defensive End reste en tout point dominant. Chaque semaine, Garett nous gratifie d’actions que seul lui peut réaliser. Sa force physique tout d’abord:

Cette action n’apparaîtra jamais sur la fiche de stat, et pourtant…

En plus de sa puissance naturelle, Myles Garett possèdes des bras immenses, parfaits pour contrôler les bloqueurs adverses. Mais tout de même. Cody Whitehair pèse 143 kg. Arriver si facilement à déplacer autant de masse, c’est tout bonnement remarquable. L’action n’a pas été remarqué car Garett n’est pas au plaquage, mais le rejet du bloc qu’il réussit pousse David Montgomery à rebondir vers l’extérieur où l’attendent d’autre Browns.

Sur le pass rush, après une progression technique constante, son style est désormais défini pour maximiser son avantage physique:

Aligné sur la droite de la ligne, Garett (95) gagne sur un move extérieur grâce à son premier pas et son « bend »

Cette action montre bien le dilemme que présente le DE des Browns à ses adversaires. Il est grand, extrêmement puissant, et peut également vous battre par la vitesse et l’agilité. Depuis qu’Isaac Newton a découvert la gravité, il y a des règles qui sont censées s’appliquer à chaque être humain. Par exemple, faire 1.93m et 123kg ne permet pas de se déplacer à CETTE VITESSE. Mais surtout, avoir la flexibilité et la force dans le bassin pour contourner l’OT avec un angle aussi serré, encore une fois avec ce physique… C’est tout simplement unique.

En cela, si tout n’est pas encore parfait chez Garett, sa capacité à créer une pression immédiate lorsque son exécution réussit est sans commune mesure dans la ligue. Un autre exemple:

Toujours sur la gauche de la ligne, Garett gagne grâce à son « counter move », un spin effectué en réaction au placement trop agressif du OT

Outre son habituelle dominance physique, c’est l’expérience du métier qu’il faut noter. Garett part sur un mouvement extérieur similaire, mais Garett Bolles utilise un set à 45 degrés afin de rapidement trouver le contact. La réaction pendant l’action du DE est rapide et lui permet de transitionner instantanément vers un spin move, dévastateur lorsque l’OT s’appuie trop sur son vis-à-vis, comme ici.

Enfin de l’aide autour de lui

En 2019 et 2020, l’incapacité de Garett à terminer les saisons comme il les avait commencé a eu raison de ses chances de trophée. Mais ce n’est pas tout: les défenses autour de lui n’était pas au niveau. Comment, en effet, justifier un titre de meilleur défenseur lorsqu’on fait partie d’une unité qui autorise continuellement des yards et des points à l’adversaire? Et puis surtout, comment un Lineman peut-il sacker un QB si la couverture derrière lui ne peut contenir les receveurs adverses?

L’effort défensif en NFL est un vrai travail d’équipe, plus qu’il ne peut parfois paraître. Le pass rush est souvent un mouvement coordonné sur la ligne défensive et il dépend entièrement de la couverture dans son dos. Pour obtenir un trophée majoritairement axé sur les statistiques individuelles bruts, il faut pouvoir conclure une action , et pour cela il faut un groupe qui offre des opportunités à sa star.

Les ajouts de l’intersaison à Cleveland ont donné une secondary beaucoup plus solide (John Johnson, Troy Hill, Greg Newsome) et un front seven plus consistant (Jeremiah Owusu-Koramoah, Jadeveon Clowney, Malik McDowell) autour de Garett. Un autre impact positif de ce boost défensif est que Garett… joue moins. Et oui, finie l’époque où Garett ne finissait pas ses saisons, la star doit être entretenue et conserver sa fraîcheur au cours du match et de l’année. Résultat: Garett joue 76% des snaps défensifs en 2021, contre 81% en 2020 et 86% en 2018 (source: Pro Football Reference). De même, il est passé de 16% à 10% des snaps en équipes spéciales entre 2020 et 2021.

Pour sa 5ème année, l’albatros Garett a tout pour prendre son envol. Après avoir peaufiné son style, le texan est au sommet de son art, et bénéficie cette année d’un groupe en mesure de le valoriser. Déjà une référence à son poste et l’un des défenseurs les plus craints de la NFL, le fanatique notoire de paléontologie se doit d’aller chercher le titre de défenseur de l’année pour s’inscrire définitivement comme l’un des prédateurs les plus dangereux de l’histoire.

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