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Pedro Acosta, une précocité hors norme

En 2004, Valentino Rossi grimpait sur la plus haute marche du podium en Italie, début juin, quelques jours auparavant, naissait l’un de ses potentiels successeurs : Pedro Acosta. Si son ascension est fulgurante, avec comme point d’orgue son titre de champion du monde de Moto3, la suite de sa carrière semble tout aussi prometteuse. Portrait d’un talent générationnel.

Une relation particulière avec les deux roues

Pedro Acosta, né le 25 mai 2004, vient d’un pays de moto, l’Espagne, et plus précisément Puerto de Marrazón. De ce fait, il serait possible de penser que sa passion pour la moto se serait découverte dès son plus jeune âge, mais Pedro, lui, se passionne pour la pêche. Son père, dont c’est le métier, essaye de partager sa passion de la moto avec son fils, lui contant les exploits de Jack Doohan ou Wayne Rainey. Dès lors, Pedro Acosta tombe amoureux de la moto, pour la part de tensions et d’animosité que l’on retrouve pendant la course.

Le jeune espagnol au guidon d’une moto « loisir », entre deux courses pendant la saison 2017. (Crédit : Pedro Acosta/Instagram)

Cette découverte de la moto, de par ces pilotes de GP500, auront sûrement un rôle à jouer dans la vision qu’a Pedro de son sport. Véritable fan de Casey Stoner, ou Kevin Schwantz, qu’il élève au rang de légendes, il grandit avec des idoles qu’il n’a pourtant jamais vu courir. Pour lui, proposer un pilotage spectaculaire et haletant semble être un objectif à chaque course. Il déclare même « je me dis toujours : si quelqu’un perd 45 minutes de sa vie à regarder ma course, alors au moins je dois donner tout ce que je peux ».

Une ascension fulgurante

La première fois qu’il découvrit la moto, il était âgé de 5 ans seulement. Son père lui ayant dégoté une motocross, il est très vite passé à la moto de course et a ainsi pu révéler son talent sur la piste. Dominant depuis ses débuts, il va exploser lors des championnats nationaux en Espagne, remportant en 2017, la catégorie PréMoto3. L’année suivante, à seulement 14 ans, il fait son apparition pour la fin de la saison en Moto3 junior. Ainsi, convaincu par ses prestations, le clan Acosta décide de l’inscrire pour la saison 2019 en championnat du monde Moto3 junior, il découvre ainsi la compétition internationale.

Pedro Acosta, vainqueur du Grand Prix d’Albacete, en Moto3 Junior World, à seulement 13 ans. (Crédit : Pedro Acosta/Instagram)

Cette année-là, son ascension est encore plus rapide. Sa régularité et son talent lui permettant de parvenir au titre de vice-champion de Moto3 junior, pour seulement sa première saison complète dans la discipline. Libéré du poids de la découverte et de son statut de rookie, il terminera la saison suivante comme champion, à l’âge de 16 ans, et sera recruté par Ajo pour la saison de Moto3 (senior) en 2021. Ayant tapé dans l’œil de Red Bull, de nombreux espoirs sont placés en lui.

Une première saison historique en Moto3

Sacré champion du monde le 7 novembre dernier à l’issue de la seconde course de la saison à Portimão, Pedro Acosta a établi de fabuleux records tout au long de la saison. Le dernier en date risque de rester dans les livres d’histoire, puisque le jeune pilote espagnol de 17 ans est devenu le plus jeune pilote de l’histoire à devenir champion du monde en Grand Prix depuis Loris Capirossi en 1990. La légende italienne avait été sacrée champion du monde 125 à l’âge de 17 ans et 165 jours. Acosta échoue juste derrière, pour un jour, car il vient d’être couronné à 17 ans et 166 jours.

Cela ne s’arrête pas là, puisque l’Espagnol devient le premier rookie champion du monde Moto3 depuis… Loris Capirossi une nouvelle fois. Le presque vice-champion du monde MotoGP 2001 et 2006 (3e ces deux saisons-là) a en effet établi des records de précocité incroyables. Néanmoins, on ne souhaite pas la même carrière à Pedro Acosta lorsqu’on sait que Capirossi n’a jamais réussi à décrocher le titre mondial suprême malgré un talent indéniable.

Avant d’évoquer les moments marquants de sa saison – ponctuée également d’autres records -, il faut savoir que Pedro Acosta était le troisième plus jeune pilote de la grille cette saison, seuls son compatriote Izan Guevara et le Français Lorenzo Fellon, aussi nés en 2004, étaient plus jeunes que lui. Une donnée qui compte lorsqu’on sait que ses adversaires directs au championnat, comme Dennis Foggia principalement, étaient tous plus vieux que lui. Ce Dennis Foggia justement, qui a bataillé avec lui jusqu’au bout pour le titre, est âgé de 20 ans et disputait sa 5e saison en Moto3. Un différentiel d’expérience dont ne souffre pas Acosta. Signe que son niveau n’a d’égal que sa maturité.

Loris Capirossi, ci-dessus chez Ducati, reste encore le plus jeune pilote champion du monde en Grand Prix. (Crédits : motorcyclenews.com)

Une maturité qui pourrait lui permettre de se montrer compétitif dès la saison prochaine en Moto2. Il sera le plus jeune de sa catégorie, statistique avec laquelle il va sûrement devoir composer durant les prochaines années encore, et personne ne serait étonné s’il repond présent dès mars prochain. Cette saison, des pilotes comme Lorenzo Dalla Porta et Albert Arenas ont souffert du passage de la Moto3 à la Moto2.

La réussite de Pedro Acosta nous laisse encore pantois, encore plus lorsqu’il s’agit d’évoquer ses premières courses de la saison. Même s’il a rejoint un team compétitif (RedBull KTM Ajo), il boucle sa première course en mondial, au Qatar, à la deuxième place à moins d’une seconde de son coéquipier Jaume Masià et étonne les observateurs. La suite est encore plus grandiose, car Pedro Acosta va gagner la seconde course au Qatar et pas de n’importe quelle manière. À la suite d’une pénalité reçue à l’issue des qualifications, dûe à une conduite dangereuse lors des essais libres, le jeune espagnol doit partir de la pit-lane. Peu l’importe, il s’élance dernier et donne une leçon à tous ses adversaires en remontant le classement. Il gagne, avec panache, et établi un record, celui de gagner une course de Moto3 en partant de la pit-lane. Personne ne l’avait fait avant lui.

Il enchaîne avec deux autres succès, au Portugal et en Espagne (Jerez), et établit un autre record. Il devient le premier pilote de l’histoire des Grand Prix à monter sur le podium pour ses quatre premières courses de sa carrière. Des résultats qui lui permettent logiquement de prendre la tête du championnat, qu’il ne quittera plus. Ses performances crèvent l’écran et tout le monde s’accorde à dire qu’un crack est en train d’éclater au grand jour. En course, il se montre agressif, n’hésitant pas à prendre des risques afin de se montrer aux avant-postes. Une attitude qui rappelle celle d’un certain Marc Márquez.

Pedro Acosta profitant de son titre de champion du monde Moto3 à l’issue du Grand Prix de l’Algarve. (Crédits : motoplus.ca)

Les courses se succèdent, et même si Acosta ne gagne pas toujours, il parvient à faire preuve d’une certaine régularité ne faisant jamais pire qu’une 8e place à la mi-saison. Au retour de la trêve, en Autriche début août, l’Espagnol parvient à dépasser Sergio García dans les ultimes virages du GP de Styrie, et remporte son cinquième succès de la saison. À ce moment-là, Pedro Acosta possède 53 points sur son concurrent Sergio García au championnat, l’écart le plus conséquent de la saison.

La suite est un peu plus difficile, avec des résultats plus mitigés, comme sa 11e place au GP de Grande-Bretagne fin août sur le circuit de Silverstone. Néanmoins, il maintient son avance de quelques dizaines de points – 30 avec Dennis Foggia à l’issue du Grand Prix des Amériques. Ce jour-là, Pedro Acosta aurait pu voir sa carrière se terminer. Après un premier drapeau rouge, la course se lance une seconde fois pour cinq tours, mais deux tours plus tard, un accident spectaculaire survient, impliquant trois pilotes dont Pedro Acosta. Miracle, ils s’en sortent indemnes. Un événement qui a dû forcément impacter le jeune pilote, car les courses suivantes n’ont pas été nécessairement concluantes.

La fin de saison approche et Acosta maintient son avance, confortant son statut de favori au titre. Pourtant, l’Italien Foggia termine la saison en trombe, remportant trois des six dernières courses. Nous sommes alors au Grand Prix d’Algarve, au Portugal, et Pedro Acosta possède 21 points d’avance. Il lui suffit de terminer devant son concurrent italien de 4 points et le titre lui revient. Acosta part 14e, Foggia 4e, mais l’écart se réduit dès les premiers tours. Au fur et à mesure de la course, les deux prétendants au titre se retrouvent aux deux premières places et la lutte directe commence. Mais dans le dernier tour, Darryn Binder percute Dennis Foggia et annihile ses chances de titre. Pedro Acosta, qui est alors devant, file vers la victoire et vers une couronne amplement méritée.

Un futur crack annoncé

Vous l’aurez compris, nous vous racontons les premiers exploits d’un jeune pilote dont le talent peut l’emmener tout en haut. Il en a clairement le potentiel. Tout au long de la saison, il a prouvé qu’il avait l’étoffe d’un futur grand champion. Son âge présente un avantage, car faire ce qu’il a accompli malgré son faible nombre d’années et sa faible expérience au niveau mondial relève d’un exploit majuscule. Même les plus grands pilotes de l’histoire n’ont pas été aussi précoces que lui.

Attention, cela ne donne pas l’assurance d’une immense carrière, l’exemple de Loris Capirossi le prouve, car le plus dur reste sûrement à venir. Néanmoins, ce qu’il a réussi à faire cette saison, même des pilotes comme Valentino Rossi, Jorge Lorenzo, Casey Stoner, Fabio Quartararo ou encore Marc Márquez ne l’ont pas fait.

Ce dernier, justement, aujourd’hui âgé de 28 ans, voit éclore la nouvelle génération, très talentueuse, de pilotes espagnols, qui marchent très clairement dans ses pas. Outre Pedro Acosta, un pilote comme Raúl Fernández – vice-champion du monde Moto2 2021 et promu en MotoGP chez Tech3 pour la saison 2022 -, présente un profil similaire à son (glorieux) ainé.

Marc Márquez et Pedro Acosta, deux figures de la moto espagnole amenés à s’affronter en MotoGP d’ici quelques années. (Crédits : bild.de)

Les deux sont reconnaissables en pistes, tout comme l’est Márquez. Même si Acosta ne se réclame pas directement du pilote Repsol Honda, techniquement, il veut se montrer tout autant agressif en piste, prenant beaucoup de risques. Des caractéristiques significatives qui peuvent expliquer pourquoi Pedro Acosta est talentueux et prometteur, car il apparaît clairement que les deux pilotes espagnols ont été formés avec les mêmes idées conductrices, par les mêmes personnes. L’Espagne est reconnu comme une réelle terre d’apprentissage, formatrice des meilleurs pilotes au monde depuis plusieurs années. Ce n’est pas un hasard si un certain Fabio Quartararo a fait ses classes dans le championnat espagnol.

La saison 2021 du championnat du monde de vitesse moto est à marquer d’une pierre blanche. Fabio Quartararo a écrit une nouvelle page de l’histoire du sport français avec son titre en MotoGP, Rémy Gardner a marché dans les pas de son père Wayne et Pedro Acosta a fait tomber de nombreux records. Il semblerait que cela ne soit que le début d’une hypothétique future très grande carrière pour un pilote qui s’apprête à rester dans l’histoire pour de nombreuses années encore.

Maxime Constantes & Eliott Lafleur

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