Omnisport Rugby

Jonathan Sexton, l’inévitable passage de témoin

Après une décennie couronnée de succès mais aussi de déception, Andy Farrell tente de renouveler son effectif en introduisant les jeunes dans son effectif pour préparer la coupe du Monde 2023. Un travail qui commence à payer avec une victoire retentissante contre les All Blacks ( 29-20 ). Un succès magnifique entaché par une nouvelle blessure du capitaine Jonathan Sexton. Blessé à la cheville et au genou, il sera privé des terrains entre quatre et six semaines, venant relancer le débat sur son avenir dans le XV du trèfle. Le joueur a lui-même déclaré réfléchir à son avenir en sélection. À l’image du passage de témoin entre O’Gara et Sexton, le sélectionneur Anglais pourrait décider de préserver son ouvreur en vue de 2023. La rédaction vous propose de faire un petit tour sur les candidats potentiels à sa succession. 

Jonathan Sexton, légende du rugby Irlandais

Jonathan Sexton est l’un des joueurs les plus emblématiques du XV du trèfle et plus globalement du rugby irlandais. Il a revêtu le maillot vert 101 fois depuis ses débuts en 2009. C’est aussi 946 points inscrits dont 15 essais, ce qui en fait le deuxième meilleur réalisateur de l’histoire du XV du trèfle. Après avoir pris la succession d’un autre 10 de légende en la personne de Ronan O’Gara, Sexton n’a pas eu la pression pour guider le XV du Trèfle à trois tournois des VI nations en 2014, 2015 et un Grand Chelem en 2018. Il termine même meilleur marqueur du tournoi 2014 avec 66 points et 4 essais. Sous Sexton, l’Irlande est redoutable même s’ils n’arrivent pas à passer le cap des quarts de finale en Coupe du Monde en 2011, 2015 et 2019. Pour couronner cette carrière internationale, Sexton a eu la chance de participer à deux tournées des Lions. La première contre l’Australe en 2013 où il débute les trois rencontres et permet à son équipe de remporter cette confrontation sur trois matchs. Il renouvelle l’expérience en 2017 en Nouvelle-Zélande où il est titulaire sur les deux derniers matchs. Avec lui titulaire, les Lions remportent le deuxième match avant de tenir en échec les All Blacks sur le troisième match. 

Parler de Sexton sans mentionner sa carrière en club serait un affront. Ouvreur historique du Leinster, il s’est imposé malgré la concurrence de Felipe Contepomi. Avec le Leinster c’est 175 matchs joués pour 1525 points inscrits dont 26 essais et un palmarès bien rempli. Avec la province irlandaise il remporte 4 coupes d’Europe en 2009, 2011, 2012 et 2018. Il faut ajouter à cela 2 Pro12 en 2008 et 2013 ainsi que 4 Pro14 de rang entre 2018 et 2021. Il remporte aussi un challenge européen. Il termine meilleur réalisateur de la Coupe d’Europe en 2011 et 2012. Il a aussi évolué en France pendant deux saisons au Racing 92 avec 40 matchs joués pour 350 points inscrits. D’un point de vue individuel, il est récompensé par le titre de meilleur joueur du monde en 2018, rejoignant Keith Wood parmi les Irlandais ayant reçu ce prix. Leader d’une des meilleures équipes de tous les temps et probablement celle de la dernière décennie, Jonathan Sexton a marqué de son empreinte le rugby moderne. 

Jonathan Sexton avec le trophée de la victoire en 2011 après la victoire du Leinster contre les Saints de Northampton ( irishtimes.com )

À son arrivée dans l’équipe du trèfle, il doit faire face à la concurrence d’un mythe, Ronan O’Gara. Déjà âgé de 24 ans, Sexton saisit sa chance et prend petit à petit la place de titulaire, l’ouvreur du Munster devant se contenter des fins de matchs. Un métronome dans le jeu Irlande capable d’orienter et d’accélérer le rythme avec son équipe. Il peut tout faire. Occuper le terrain par son jeu au pied millimétré, prendre les espaces laissés par les défenses. Il est toujours à l’origine des actions de son équipe et est toujours au soutien de ses attaquants. Il sait gérer les fins de matchs pour apporter les points de la gagne comme lors de la finale 2009 en Champions Cup contre les Tigers ou contre la France en 2018 avec un drop de plus de 40 mètres pour donner la victoire à l’Irlande à la 82ème minute. En défense, il n’a pas peur d’aller au contact ce qui lui a souvent été néfaste pour sa carrière. En effet, Jonathan Sexton a enchainé les nombreuses blessures mais aussi les commotions, le privant des terrains pour de longues périodes. Si certains spécialistes ont toujours alerté sur les risques pour son après carrière, Sexton a toujours voulu continuer quitte à mettre sa santé en danger. 

Ces blessures commencent à s’enchainer et le joueur est de plus en plus ménagé par sa province du Leinster. Des matchs manqués à répétition et une non sélection pour la tournée des Lions en Afrique du Sud symbolisent cette nécessité pour Andy Farrell de préparer l’avenir sans gâcher la fin de l’ère Sexton. 

Les Candidats potentiels 

Joey Carbery

C’est un revenant. Il était le successeur attitré de Sexton à ce poste. Mais les blessures en ont décidé autrement. Convoqué lors de la coupe du Monde 2019, il a eu l’occasion de disputer trois rencontres. Pourtant, il a failli manquer ce grand rendez-vous en raison d’une blessure à la cheville contre l’Italie lors d’un match de préparation. Finalement, il a pu voyager au Japon et disputer cette coupe du monde mais il a probablement aggravé sa blessure lors de la compétition. À la suite de cet événement, il ne rejoue qu’en décembre avant de se blesser au poignet. Au même moment, sa province du Munster décide d’envoyer son ouvreur sur la table d’opération pour sa cheville, l’éloignant des terrains jusqu’en septembre 2020 selon les prévisions. Malheureusement durant l’été, l’ouvreur irlandais connaît une nouvelle désillusion, la province du Munster annonçant une indisponibilité indéterminée. Finalement c’est seulement 60 semaines après son dernier match qu’il retrouve les terrains de Pro14. Une formidable nouvelle pour le joueur qui n’a cessé de travailler pour revenir à son poste. Cette longue absence lui a permis de prendre son temps pour revenir à 100% physiquement et ainsi éviter une rechute: « David ( Nucifora ), Andy ( Farrell ) et moi avons parlé avec Joey la semaine dernière et nous voulons tout ce qu’il y a de mieux pour lui. Nous connaissons sa réputation dans la province et le rugby irlandais et à quel point il est important pour nous tous. Notre priorité est de prendre soin de lui. C’est un jeune homme avec un grand talent sur le plan sportif et un avenir radieux, nous sommes là pour soutenir Joey à chaque étape en lui donnant le temps dont il a besoin  » ( Johann van Graan, manager du Munster ).

Une formidable nouvelle pour le XV du trèfle et pour le rugby globalement. Le Munster a récupéré son ouvreur titulaire pour le Pro14. Un joueur complet que ce soit au pied ou dans le jeu. Véritable gestionnaire, il a cette capacité à attaquer la ligne défensive adverse et profiter des trous laissés. Il possède une bonne fiabilité au pied avec une bonne réussite au pied. Il a l’avantage d’avoir une certaine expérience internationale avant sa blessure ce qui peut jouer dans l’esprit de Farrell dans l’optique de trouver un remplaçant à Sexton à l’avenir. Le principal secteur à travailler pour lui est probablement sa défense. Il manque trop souvent ses plaquages ce qui en fait une cible privilégiée pour les attaques adverses. 

Joey Carbery ( nouvelles-du-monde.com )

Cette fébrilité défensive ne joue pas l’idée du staff irlandais qui a fait confiance à son ouvreur pour les matchs d’été malgré un retour seulement depuis mars. Il a été mis au poste de titulaire, jouant 133 minutes jouées sur l’ensemble de la tournée pour 27 points inscrits. Des performances saluées par ses entraineurs:  » C’est la première fois que je travaille avec Joey. Pendant 18 mois, il est resté assis là à se tourner les pouces et à ne pas avoir d’opportunité, mais il est revenu en douceur comme quelques joueurs qui n’ont pas joué au niveau international depuis un certain temps, ça prend un peu de temps (…). Mais je pense que lui et Jamison Gibson Park ont bien performé. Je pense qu’ils ont assez bien contrôlé le jeu et encore une fois, ce n’est que le début de la récupération de Joey vraiment en termes d’où il est là  » ( Mike Catt après la victoire contre le Japon ). 

Il n’est pas encore à 100% mais il retrouve peu à peu son jeu au point d’entrevoir le bout du tunnel après un an et demi de blessures. Il monte en puissance avec le Munster en ce début de saison et fait partie du groupe irlandais pour les matchs d’automne, l’occasion pour lui de se montrer avant le tournoi. Il joue 29 minutes contre le Japon et 27 contre la Nouvelle-Zélande. Il inscrit 3 pénalités pour garder les All Black à distance dont une ultra importante à la 73ème du milieu des terrains, permettant aux Irlandais de se mettre à l’abri d’un essai non transformé. Il devrait être titulaire pour le dernier match contre l’Argentine avec la blessure de Sexton, l’occasion de s’affirmer comme l’avenir de l’Irlande à ce poste.  

Ross Byrne

Il est celui qui prend la place de Sexton en club avec les différentes blessures et matchs du XV irlandais au point de devenir pendant une grande partie de la saison le titulaire au poste d’ouvreur du Leinster. Il est le genre de numéro 10 très bon au pied pour occuper du terrain. Il peut aussi faire des petits coups de pied en profondeur pour surprendre la ligne défensive et lancer ses arrières. Il est un véritable métronome et lance le jeu de son équipe. Tous les ballons du Leinster passent par lui. Parfois, il n’hésite pas à attaquer lui-même la ligne défensive même s’il reste un 10 à l’ancienne avec un côté plutôt gestionnaire. Le point fort de Ross Byrne est sa fiabilité au pied. Ainsi, l’année dernière, il n’a manqué qu’un seul coup de pied avec la franchise irlandaise pour un pourcentage de réussite de 97%. Une solidité permettant au Leinster de sécuriser de nombreux matchs parfois serrés.

Pourtant, il y a quelques saisons de cela, le joueur irlandais n’était pas l’assurance tous risques. Il manquait de nombreux coups de pied pour un pourcentage plutôt faible pour un buteur avec 78% en 2016/2017 et 74% la saison suivante. Une progression impressionnante qui lui permet aujourd’hui d’avoir toute la confiance de Leo Cullen et son staff. Aujourd’hui, il est probablement le 10 titulaire pour le Leinster qui n’a pas hésité à le titulariser en demi-finale de Champions Cup aux dépens de Sexton contre LaRochelle. Ce match, malheureusement perdu pour les Irlandais, a été l’occasion pour l’ouvreur de fêter son 100ème match avec la province irlandaise:  » Ross a été un peu plus en marge avec l’Irlande et il est plus enraciné dans ce que nous faisons au Leinster. Ce ne sont que des différences subtiles, ni l’un ni n’autre n’est bon ou mauvais. Ross a une image très, très claire de ce que nous essayons de faire ici  » ( Leo Cullen avant le match contre LaRochelle ).

Ross Byrne ( Getty Images )

Son expérience et sa régularité depuis plusieurs saisons en font un candidat sérieux pour une place de titulaire. Néanmoins, il n’arrive pas à passer le palier à l’international. Il n’a débuté que deux matchs avec le XV du trèfle, Sexton et Burns restant devant lui dans la hiérarchie. Depuis sa première sélection, le 3 novembre 2018 contre l’Italie, il se contente de quelques bouts de matchs et ne parvient pas à reproduire ses performances réalisées avec sa province. Ces mauvaises prestations sont critiquées avec le XV du trèfle à commencer par certaines légendes du pays comme Brian O’Driscoll :  » Je n’avais pas l’impression qu’il y avait une quelconque fluidité dans la gestion de la ligne arrière, tout était assez statique dans l’expédition de la passe, ce qui rend les choses assez faciles pour la défense française ( O’Driscoll après le match de Ross Byrne contre la France lors du dernier tournoi des VI nations ).

Mais aussi de Keith Wood, premier joueur à recevoir le titre de meilleur joueur du monde en 2001:  » Ross Byrne entrant ce week-end n’a pas assez montré. Je pensais qu’il avait montré il y a environ six ou sept semaines, l’un des matchs qu’il a joué, il a commencé à prendre le ballon sur la ligne, j’ai dit  » wow, s’il fait ça, il a une chance d’avancer  » et maintenant c’était un gros matchs et il n’a pas avancé « ( Keith Wood ).

Il semble beaucoup moins décontracté lorsqu’il joue avec l’Irlande et n’arrive pas à avoir le rôle de gestionnaire qu’il a avec le Leinster. Alors Ross Byrne doit-il se contenter d’une place de remplaçant dans le XV du trèfle et rester un joueur seulement de club ? C’est la question qu’on peut se poser. Il a montré dans le passé qu’il pouvait progresser. Il a encore 26 ans et peut avoir le déclic au niveau international si Andy Farrell décide de lui accorder sa confiance. Mais la concurrence est rude car son frère montre le bout de son nez et possède une belle cote Outre-Atlantique.

Harry Byrne

Il est l’avenir au poste d’ouvreur au Leinster. Petit frère de Ross, il progresse de plus en plus au point de devenir un candidat sérieux au poste de titulaire de sa province en Pro14. Il a un style bien différent de son ainé. Plus percutant, il se propose beaucoup pour faire avancer l’attaque du Leinster. Il a une bonne qualité de passes lui permettant de créer des décalages sur les côtés pour accélérer le jeu. Son jeu de passe fait de lui un formidable créateur qui peut prendre la suite de Sexton. La saison passée, il a pu encore plus montrer son talent avec 10 titularisations en raison des matchs internationaux, rendant indisponible son capitaine et son frère Ross. Il a pu montrer tout l’étendue de son talent avec 3 essais inscrits, 4 offloads et 6 passes avant essais, la troisième meilleure marque de la saison en Pro14. Il termine meilleur marqueur du Leinster avec 91 points inscrits, le sixième plus gros total en Pro14. Il a une certaine fiabilité au niveau du pied avec 85% de réussite cette saison.

Harry Byrne ( independent.ie )

Il est très à l’aise au jeu au pied pour gagner du terrain et pour apporter du danger dans la défense adverse. Grâce à ses coups de pied, deux essais ont été inscrits, le premier dans ce classement dans le championnat. Contrairement à son frère, il attaque beaucoup plus la défense, ce qui fait de lui un joueur plus polyvalent. Il a malheureusement manqué quelques matchs surtout au moment de la Rainbow Cup, arrêtant sa bonne dynamique. Il peut encore progresser en défense avec seulement 82% de plaquages réussis mais en amélioration par rapport à la saison précédente avec 75% de réussite. 

Après un tournoi moyen pour le XV du trèfle avec un Sexton amoindri et des remplaçants pas à la hauteur, beaucoup ont souhaité l’arrivée d’Harry au poste de numéro 1. Mais il est probable que le manque d’expérience dans les grands rendez-vous ont motivé le staff à le laisser mûrir avec sa province. Les blessures l’ont aussi mis de côté comme lors de la Rainbow Cup où il n’a joué que 2 rencontres, aucune en tant que titulaire. Une méforme qui a aussi retardé son premier cap avec le XV du trèfle malgré les absences de Sexton et Ross Byrne, laissés au repos. Finalement, il a disputé son premier match lors de la large victoire des Irlandais contre les Etats-Unis en jouant 26 minutes et transformant 3 essais. Une première expérience au niveau international qui a été particulière pour le joueur:  » Jouer pour votre pays, en particulier au rugby dans cette équipe irlandaise, c’est un honneur et j’ai vraiment adoré  » ( Harry Byrne ).

Il est le plus jeune des trois et semble avoir encore une certaine marge de progression. Il peut devenir le digne successeur d’O’Gara et Sexton à ce poste. En côtoyant son ainé en club et en sélection, il peut encore s’améliorer. Il a tout pour devenir le numéro 1 à ce poste et Farrell aurait tort de s’en priver.  

Les autres pistes

Derrière ces trois favoris, on peut penser à d’autres joueurs comme Billy Burns qui a eu sa chance durant le dernier tournoi. Malheureusement ses contre-performances avec de nombreux échecs au pied, y compris son coup de pied en touche manqué contre le Pays De Galles à la dernière minute, ont semblé le faire descendre dans la hiérarchie. À l’image de Ross Byrne, il ne parvient pas à passer le cap entre son club et le XV du trèfle. Il semble désormais être derrière l’aîné des Byrne mais aussi derrière Carbery et le jeune Henry Byrne. Il a laissé passer sa chance sous Andy Farrell, n’étant pas sélectionné pour les matchs de cet automne. 

L’autre prétendant aurait pu être Paddy Jackson qui possède déjà une solide expérience avec le XV du trèfle. Mais les problèmes rencontrés en dehors du terrain semblent l’empêcher à jamais de retrouver le XV irlandais malgré des bonnes performances avec les London Irish. 

Enfin, Jack Carty n’a jamais réussi à vraiment s’imposer dans cette équipe depuis ses débuts en 2019. Il n’a disputé que 10 matchs avec le XV du trèfle pour deux titularisations et 16 points inscrits même s’il a eu l’occasion de disputer la coupe du Monde au Japon en 2019. Plus âgé que les autres, il a peu de chances de prétendre à une place de titulaire en vue de 2023. Il n’en reste pas moins un bon joueur de rugby au sein d’une équipe joueuse qu’est le Connacht. Il est d’ailleurs le meilleur marqueur de ce début de saison dans l’Union Rugby Championship avec 56 points inscrits. Pas le plus médiatisé, il est néanmoins appelé pour compenser la blessure de Sexton pour ce dernier match d’automne. Si ses bonnes performances du début de saison se confirment, il peut espérer faire partie du groupe et obtenir un peu de temps de jeu. 

Un passage de témoin en douceur

Sexton sait qu’il risque d’être dur de poursuivre jusqu’en 2023 avec tous ses problèmes de santé. Sa dernière blessure en date renforce encore plus les doutes concernant son avenir en tant que titulaire de la sélection. Toujours aussi important dans cette équipe, il vient de célébrer ses 100 caps contre le Japon et reste la pièce maîtresse du sélectionneur anglais derrière son pack. Idole dans son pays, il suffit de voir l’atmosphère et la réaction de ses coéquipiers lors de son essai pour voir que sa présence est primordiale. Véritable compétiteur, il a tout connu et a toujours réussi à se relever malgré les blessures. Néanmoins, Andy Farrell doit préparer l’avenir et installer un numéro 10 plus jeune pour préparer la coupe du Monde 2023 qui reste l’objectif de nombreuses équipes et du XV du trèfle. Sexton lui-même reste indécis sur son avenir: « En ce moment, j’adore ce que je fais. J’adore m’entraîner, mon corps va bien, mon esprit aussi. Dans un monde idéal, j’adorerais continuer. Ce que j’ai appris de l’année dernière, c’est que vous ne pouvez rien prévoir trop à l’avance. Je prends match par match, saison par saison. La Fédération a été très bonne avec moi depuis sept ans, depuis que je suis rentré de Paris. On a pris une décision à la fin du dernier Tournoi des 6 Nations et je ne pense pas que ce sera différent cette année. Attendons la fin du Tournoi 2022 et voyons où nous en sommes » ( Jonathan Sexton, avant les matchs d’automne ). 

Avec cette blessure, il devrait être rétabli pour le tournoi mais avec un manque important de compétition. Le moment pour Farrell de faire confiance aux jeunes et conserver Sexton pour des fins de match à enjeux ou serrés. L’ouvreur du Leinster sait ce que c’est d’être face à la concurrence de jeunes joueurs. Il a lui-même vécu cette situation dans le sens inverse lorsqu’il arrive pour prendre la place d’O’Gara. La rivalité entre les deux s’est fortement ressenti à travers leurs différentes confrontations lors des Leinster – Munster de la grande époque:  » Notre relation a mal commencé. Quand il est entré sur le terrain lors de cette demi-finale Munster-Leinster à Croke Park en 2009, je savais très peu de choses sur lui, voir rien du tout. Il n’était même pas vraiment un grand nom au Leinster même s’il était sur la scène depuis un certain temps. Je peux encore imaginer Johnny se tenant au-dessus de moi en train de crier quand ils ont marqué un essai – clairement une libération de frustration  » ( Ronan O’Gara dans son autobiographie ).

Jonathan Sexton, célébrant l’essai de son équipe contre le Munster d’O’Gara en demi-finale de champions Cup ( balls.ie )

Ils ont fini par cohabiter et se partager le poste jusqu’à la retraite du manager Rochelais en 2013. Aujourd’hui, ils sont devenus amis et il est probable que cette rivalité a aidé l’ouvreur du Leinster à progresser. Cette fois-ci, Sexton a conscience qu’il doit passer le témoin et la cohabitation avec les plus jeunes sera surement plus simple à assurer pour Farrell. Le principal problème se pose dans les successeurs qui sont encore trop jeunes ou en proie aux blessures. Carbery a très peu joué ses dernières saisons mais il aura l’occasion de montrer tout son talent ce dimanche contre l’Argentine en vue du tournoi 2022. Le joueur a marqué des points contre la Nouvelle-Zélande en rentrant dans son match malgré la pression et la meilleur équipe du monde face à lui. Le match de dimanche est l’occasion de confirmer cette bonne prestation. Farrell devrait réfléchir à cette possibilité avec une équipe qui semble avoir trouvé son jeu. Un pack remodelé et une équipe composée à 90% de joueurs du Leinster pourraient permettre aux frères Byrne d’avoir leur mot à dire. Une autre légende semble avoir déjà fait son choix:  » C’est une menace offensive comme je pense pas que nous en ayons dans d’autres 10 à tous les niveaux, y compris Johnny Sexton. Il y a certainement des aspects de son jeu qui suscitent l’enthousiasme. C’est un type de joueur offensif complètement différent de Jonny Sexton  » ( O’Driscoll en parlant de Carbery lors d’un podcast « Off The Ball » en septembre ). Le joueur a marqué des points contre la Nouvelle-Zélande en rentrant dans son match malgré la pression et la meilleure équipe du monde face à lui. Le match de dimanche est l’occasion de confirmer cette bonne prestation. 

Sexton est une légende en Irlande et il a marqué le monde du rugby lors de la dernière décennie. Il mérite une meilleure fin que celle de finir sur des blessures à répétition. La solution est de conserver son rôle de capitaine au sein du vestiaire et laisser un jeune être le nouvel organisateur du jeu irlandais. Reste à voir si Sexton aura les capacités physiques de tenir jusqu’en 2023 où il aura déjà 38 ans. S’il venait à s’arrêter à l’issue du tournoi 2022, la relève est là pour prendre la suite et offrir peut-être un dernier titre à leur capitaine lors de celui-ci. 

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