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Agathe Bessard : « Un vrai cycle de 4 ans qui nous emmènerait au podium en 2026 serait la finalité ! » 

En lice pour écrire l’histoire, et devenir la première femme française de l’histoire à disputer les Jeux Olympiques dans sa discipline, le skeleton, Agathe Bessard se confie sur son parcours, son sport, ainsi que sur la cagnotte qu’elle a lancé afin de pouvoir se rapprocher de son rêve olympique…

Embarquez avec Agathe lors d’une descente sur la seule piste française

Si tu devais de présenter en quelques mots pour les gens qui te découvrent…

« Je m’appelle Agathe Bessard, j’ai 22 ans et je suis originaire de La Plagne. Je pratique le skeleton depuis que j’ai 14 ans ! »

L’âge légal pour pratiquer cette discipline était alors de 14 ans justement, c’est donc une date que tu as attendu avec impatience ou cela t’est venu à ce moment-là ?

« Aujourd’hui, l’âge légal est descendu à 12 ans, et finalement c’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire ! Mon papa était directeur technique de la piste de bob’ de La Plagne, donc j’ai passé énormément de temps au bord de la piste étant plus jeune, et c’est un sport qui m’a toujours attiré, donc j’ai attendu 14 ans pour faire ma première descente (rires) ! Ça a complètement répondu à mes attentes et j’en suis là aujourd’hui… »

En attendant tu as pratiqué du ski alpin en compétition, mais cela n’a jamais été un objectif en soi ?

« Je me faisais plaisir en ski, mais je savais très bien que je n’aurai pas de carrière de haut niveau en alpin. J’espérais vraiment que le skeleton corresponde à ce que je cherchais, ce qui a été le cas, donc je n’ai plus eu de questions à me poser ! »

Agathe Bessard à la fin de la poussé au moment de s’installer sur le skeleton

Lorsque l’on commence le skeleton on passe d’abord par la luge ou le bobsleigh ? Ou tu as tout de suite voulu te jeter la tête en avant ?

« J’ai fait une saison de luge quand je ne pouvais pas skier à cause d’une blessure, et je n’ai pas du tout accroché ! Le bob’ ne m’attire pas du tout non plus, donc le skeleton s’est finalement présenté comme une évidence pour moi ».

Sur une saison, le skeleton que tu utilises est-il toujours pareil ? Ou tu peux influer sur des réglages en fonctions des courses ?

« L’engin en lui-même est le même, on le garde sur plusieurs saisons, par contre on peut jouer sur le poids, on n’est seulement limité à 102 kg maximum avec nous tout équipé et le skeleton. Donc en fonction du poids de l’athlète, le poids de l’engin varie. On a également différentes paires de patin, que l’on change en fonction des types de glace et des conditions ».

On voit qu’il n’y a pas de gabarit type, vous êtes toutes différentes, quel serait le profil idéal ?

« Il ne faut clairement pas être trop grande car lors de la poussée on est pliée en deux, et les jambes ont du mal à passer (rires) ! Bien sur pas trop lourde à cause de la limite de poids, mais aussi parce que le skeleton doit faire le sien. Les plus gros gabarits vont finalement souvent s’orienter vers le bob’ ».

Agathe Bessard à la poussé, moment primordial en skeleton.

Une grande partie de la performance se fait également sur le pilotage, comment en tant qu’athlète parviens-tu à jouer sur la direction pendant la descente ?

« Si je dois effectuer une toute petite correction dans une ligne droite par exemple, je n’ai qu’à bouger ma tête d’un côté ou de l’autre, et cela va réagir en dessous de moi ! Dans les virages, on a ce que l’on appelle des « points de pression », ce sont des moments où la pression vient s’appuyer sur nous, et c’est là que nous devons piloter. Et en fonction de l’importance du tournant, on agit avec les épaules, ou bien en plus avec les genoux, et si on doit vraiment faire une grosse action on ajoute les pieds ! ».

Et ce sont des choses que tu fais au feeling sur la piste ?

« Avant de descendre on fait une reconnaissance à pied avec l’entraineur, où on discute des lignes, parce que pendant la descente on ne voit pas grand-chose (rires) ! Les entraineurs nous filment aux points stratégiques lors des entrainements, pour que l’on puisse analyser et s’améliorer en vue de la course le lendemain. Après on revient tous les ans sur les mêmes pistes, on les fait même deux fois par saison pour certaines donc on commence à les connaitre ».

Sais-tu déjà à quoi va ressembler ton calendrier jusqu’au mois de février, et les Jeux Olympiques que tu rêves de disputer ?

« Oui on en a déjà parlé avec mon entraineur, on a pris des décisions sur les courses que l’on fera, celles qu’on ne fera pas pour en privilégier une autre, et celles qu’on a en suspend en fonction d’où on en sera au général ! Parce que pour se qualifier aux JO, il faut être dans le top 25 de l’IBSF (fédération internationale), un classement qu’ils vont établir le 16 janvier en prenant les 7 meilleurs résultats de la saison ! »

Agathe en pleine courbe.

Tu reviens justement de Chine, où tu as pu tester la piste olympique, quelles ont été tes sensations ?

« Je reviens contente d’être allé là-bas et d’avoir pu découvrir la piste ! Je suis revenu avec les points clés que l’on aura à travailler si on y retourne en février, pour ne pas perdre de temps et optimiser au mieux les entrainements que l’on aura avant les Jeux. Tout est déjà calé avec l’entraineur pour savoir où il faudra axer la préparation pour être la plus rapide possible ! »

Justement tu as une nouvelle entraineuse, la lettone Lelde Priedulena, 7e des Jeux de PeyongChang, était-elle avec toi en Chine et qu’est-ce qu’elle t’apporte au quotidien ?

« Malheureusement elle n’a pas pu faire le voyage avec nous, c’était un peu compliqué à gérer mais on ne s’en est pas trop mal sorti, je lui envoyais des vidéos et elle m’apportait des corrections. Le problème avec les vidéos c’est l’angle, cela peut tronquer la réalité. Au quotidien, elle m’aide beaucoup mentalement à prendre les choses comme elles viennent, à ne pas me stresser dès que quelque chose ne va pas dans le bon sens. On essaye de toujours prendre le meilleur de chaque situation et de s’adapter. On ne se met pas la pression, on sait que les courses arrivent, ce qu’on doit faire et ce qu’on peut faire, il n’y a plus qu’à ! »

Pour les JO, tu as ta part du contrat à remplir avec cette place à assurer dans le Top 25, mais tout le monde peut participer à réaliser ton rêve en faisant un don sur la cagnotte que tu as lancé. Peux-tu nous expliquer comment tu as eu cette idée et à quoi servira l’argent récolté ?

« J’en suis arrivé là pour plusieurs raisons, j’ai une saison qui me coûte très chère (90 000€), avec notamment Lelde mon entraineur qui est à ma charge, donc sa rémunération, les déplacements, les hôtels… ainsi que les miens avec les entrainements ! L’aide que la fédération m’apporte n’est pas suffisante pour couvrir tous ces frais. Heureusement, le club de La Plagne, la station et les sponsors m’aident énormément mais ce n’était pas suffisant. Alors je me suis dit, pourquoi ne pas faire appel au grand public ! Et ça fait très chaud au cœur de voir qu’autant de monde s’intéresse, et grâce à eux ma saison se déroulera beaucoup plus facilement. Ça montre bien que la France est une grande nation sportive ! »

Agathe au départ de la piste qui sera utilisée lors des Jeux Olympiques

Pour comprendre les performances d’un point de vue globale, que te manque-t-il face aux meilleures notamment les allemandes ? C’est justement une question de moyens et d’infrastructures ou cela joue également avec l’expérience ?

« Je pense que c’est un mélange de tout ! Il me manque forcément de l’expérience car on est un sport d’expérience. Mais c’est sur que si l’on se compare aux grosses nations qui arrivent avec 3 athlètes mais 8 staffs autour, tu te dis « ah oui il nous manque quelque chose mais on va y arriver » (rires) ! Mais c’est aussi pour cela que j’ai prit une coach étrangère, elle m’apporte toute son expérience, que ce soit sur la discipline, sur le plan physique ou mentale et c’est un gros plus ! »

Les Jeux Olympiques sont donc pour toi l’objectif de cette saison, quel moment t’as fais prendre conscience que c’était quelque chose d’unique que tu voulais vivre à tout prix ?

« Ce moment je ne l’ai pas vécu à la télévision, mais bien dans la réalité aux Jeux de la jeunesse à Lillehammer en 2016, où j’ai décroché la médaille de bronze ! C’était une première expérience chez les bébés olympiques mais c’était déjà énorme. Et je n’avais qu’une envie, les faire chez les grands et y performer ! ».

Lorsque l’on voit les difficultés pour boucler un budget notamment, vois-tu ces Jeux de Pékin comme une finalité ou bel et bien comme le début d’une belle carrière ?

« J’espère déjà que c’est la dernière année où je galère vraiment autant ! J’ai pour projet de partir sur un vrai cycle de 4 ans, élaboré et très précis qui nous emmènerait au podium en 2026, ça serait la finalité ! Pour pouvoir me dire que tous les sacrifices que j’ai fait, que mes parents ont fait, n’auront pas servi à rien ! »

Agathe sera à suivre dès ce vendredi pour la première course de sa saison. C’est le début d’un long chemin qui l’emmènera peut-être jusqu’à Pékin au mois de février prochain, pour y disputer les Jeux Olympiques et écrire une belle page de l’histoire du sport français…   

Sa cagnotte :

https://ibelieveinyou.fr/fr/project/711/devenir-la-premiere-francaise-en-skeleton-aux-jo

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