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NBA : Nouvelles règles pour une nouvelle vie

Devant votre télé, ordinateur ou bien, petits chanceux, dans les travées d’une salle NBA, il est devenu commun d’entendre une bronca du doux son : « Refs you suck, refs you suck, refs you suck ». Chant légitime ou pas, les arbitres font encore une fois parler d’eux en ce début de saison. L’évènement mis en cause ? La nouvelle règle anti-flopping qui vise les attaquants « tricheurs » instaurée par Adam Silver et le directeur de la formation des arbitres Monty McCutchen. Plus d’une douzaine de matchs ont été joué par toutes les équipes et des tendances plus ou moins bien vécues par les joueurs ressortent. Entre les partisans de l’attaque et ceux de la défense, les discours divergent. Direction le vestiaire des arbitres pour voir ça de plus près, mais pas trop non plus sinon c’est AND ONE!

« Nous voulons que le basket soit joué, et non trafiqué »

Les deux dernières saisons 2019/2020 et 2020/2021 sont celles qui ont vu le plus de points marqués depuis l’instauration de la ligne à 3 points à l’été 1979. Les champions sortants, les Milwaukee Bucks, ont terminé la saison passée à 120,1 points marqués par match devant les Brooklyn Nets et leurs 118,6 points. La PACE, c’est à dire le nombre de possessions jouées par une équipe sur 48 minutes, dépasse les 100 depuis la saison 2015/2016, menée dans cette catégorie statistique par les Kings et les Warriors de l’époque. Depuis cette PACE n’a fait qu’augmenter jusqu’à atteindre les 105,5 par les Bucks lors de l’exercice 2019/2020 ! Pour avoir un ordre de comparaison la 30ème équipe lors de cette année là est Charlotte avec 96,24, soit la PACE moyenne des années 90-2000 ! La génération Warriors et ses cinq finales de suite est devenue référence depuis le milieu des années 2010 et tout ce qui s’en suit : up-tempo, spacing, sur-utilisation de la ligne à 3 points et abandon progressif du mid-range.

Stephen Curry cherchant la faute sur Nassir Little – Source : GettyImages

Le show est présent pour tout novice de la NBA c’est évident mais pour les connaisseurs et suiveurs de longue date, des dents ont commencé à grincer. Une défense aux abonnées absentes tout au long de la saison régulière est LA raison principale du désaveu de certains fans. Cataloguée comme décennie offensive, les années 2010 peuvent néanmoins être scindées en deux : une époque pré-2015 et une époque post-2015, comprenez une période pré-Warriors et une période post-Warriors. Le lien avec l’augmentation de la PACE est de mise ainsi que les cartons offensifs. Pour exemple seuls trois joueurs dépassent les 50 points lors de la saison 2012/2013 : Stephen Curry (54), Kevin Durant (51) et Kevin Love (51). Rien que pour la saison 2019/2020, 23 fois cette marque de 50 points est égalée ou dépassée par un total de 12 joueurs dont 61 points scorés, deux fois, par, et Damian Lillard, et James Harden.

Cette récente orgie offensive dans l’histoire de la NBA fait la part belle aux débats. Des personnes ayant connu les matchs des années 90-2000 ont du mal à reconnaître la ligue d’aujourd’hui. En effet lors de cette période la défense est de rigueur, les fautes sont moins vite sifflées (et on ne parlera pas de l’époque Bad Boys des Pistons fin des années 80), le jeu demi-terrain est prodigués par les coachs et le rôle défensif des joueurs est essentiel. Dorénavant le jeu « small ball » prônés par les Dubs depuis 2015, cette volonté d’un jeu plus rapide, plus axé sur le scoring a créé des dérives dont les mouvements « non-naturels » des scoreurs cherchant à aller plus rapidement sur la ligne des lancer-francs. Certains joueurs ont fait de ces provocations du défenseur un de leurs atout offensif, citons les plus connus : James Harden, Trae Young, Stephen Curry, Damian Lillard, Luka Doncic ou bien Bradley Beal.

C’est un secret de polichinelle de dire que les arbitres NBA sont de plus en plus la cible des critiques et quolibets tant au niveau des joueurs, entraîneurs que des journalistes et fans de la ligue nord-américaine. Dans les plus souvent cités pour leurs coups de sifflet contestables et contestés (ou pas d’ailleurs) : Scott Foster, Ed Malloy, Kane Fitzgerald, Lauren Holtkamp ou bien Marc Davis. Victimes collatérales de l’augmentation du rythme et de la vitesse du jeu mais aussi des plus « malins » cités précédemment, la NBA a pris conscience que quelque chose devait changer pour le jeu, les supporters ou spectateurs. « La réflexion sur les gestes non-naturels ont été au centre des discussions afin d’épurer le jeu et revenir à des gestes techniques normaux, à la beauté du jeu. Le comité de direction a été d’un soutien unanime dans la décision à prendre. » Byron Spruell, Président des Opérations de la NBA

Scott Foster – Photo by Garrett Ellwood/NBAE via Getty Images

Pour se faire ce sont sur trois actions offensives que les arbitres doivent désormais revoir leur jugement : l’attaquant accroche anormalement un défenseur, l’attaquant lance sa jambe vers le défenseur, l’attaquant change brusquement de direction vers le défenseur. Dorénavant ces actions ne sont pas sifflées et sont passibles d’une faute offensive. Fini les lancer-francs donnés trop facilement.

« Le comité de compétition* voulait plus d’équité entre attaque et défense. La direction dans laquelle le jeu a évolué lors de la dernière décennie basé sur le spacing rend la défense très difficile. Le comité s’est donc penché sur les actions offensives « anormales » Monty McCutchen

*Le comité cité par McCutchen est une assemblée de 14 personnalités de la NBA dont le propriétaire des Hornets et légende des Bulls, Michael Jordan mais aussi le représentant des joueurs Chris Paul ainsi que Kyle Lowry et le coach des Pistons Dwane Casey. Ces 14 personnes ont remis au goût du jour la défense en ouvrant un échange avec la ligue.

Un début de saison tendu entre arbitres et « provocateurs »

Première conséquence de cette nouvelle règle, près de deux à trois fautes de moins sont sifflées par match et en moyenne une équipe ne va « que » 20 fois sur la ligne des lancer-francs alors qu’elle y allait 23 fois la saison dernière. Les premières « victimes » ? Les mêmes cités précédemment, James Harden étant devenu la tête de gondole de cette nouvelle règle : « Ça reste du basket au final. Peu importe l’importance qu’on lui accorde, une faute est une faute. C’est assez simple. J’ai l’impression qu’on met trop l’accent sur les règles ou sur certains joueurs. Je ne suis pas du genre à m’en plaindre. Je demande simplement à chaque arbitre de siffler s’ils voient une faute. J’ai parfois l’impression qu’au démarrage d’un match, c’est déjà prédéterminé. Mais je leur demande simplement de siffler ce qu’ils voient. »

D’un rating offensif moyen de 112,3 la saison dernière, les trente franchises présentent dorénavant un moyenne de 107, ce qui représente la plus grosse baisse de l’histoire d’une année sur l’autre si cela reste ainsi. La meilleure attaque détenue par les Warriors est de 115,1 points par match et cette nouvelle règle ne semble pas affecter plus que ça Stephen Curry, candidat à la course au titre du MVP encore une fois : « C’est évidemment beaucoup plus plaisant à regarder ! J’aimais bien les anciennes règles quand elles allaient en ma faveur. C’est assez amusant parce que, pendant la pré-saison, contre Portland, il y a eu une action où j’ai essayé de provoquer une faute comme ça. Mais au fil du temps, vous vous débarrassez de ce réflexe, et vous trouvez d’autres options. J’ai regardé d’autres matchs, et je dirais que 9 fois sur 10, les nouveaux coups de sifflet sont les bons. »

James Harden a culminé à 11.8 lancer-francs tentés en 2019/2020, il ne tourne qu’à environ 4 à 5 dorénavant – Source : GettyImages

Qu’on se le dise, les joueurs concernés par ce revirement des coups de sifflet d’une saison à l’autre sont clairement les postes extérieurs. Plus petits et moins physiques que la normale, les drives au panier étaient plus envisageables dans les saisons précédentes et certains n’adhèrent pas à ces nouveaux « no-calls ». Damian Lillard déclarait récemment : « La manière avec laquelle les matchs sont arbitrés est inacceptable. Je ne veux pas aller trop loin pour qu’ils en fassent des caisses, mais les explications, les coups de sifflet qui sont oubliés… franchement. En attaquant la saison, je ne pensais pas que les changements de règles allaient m’affecter, car je n’essaye pas de piéger les arbitres. C’est inacceptable. »

Trae Young, quant à lui, prenait récemment des pincettes mais le fond de sa pensée rejoint clairement celui du meneur des Blazers : « Je ne veux pas prendre une trop grosse amende, mais c’est frustrant. Il y a beaucoup de fautes non sifflées. C’est frustrant. Cela ne vise pas seulement un ou deux joueurs. Damian Lillard n’a sans doute jamais tourné à 17 points de moyenne depuis son année rookie. Regardez Devin Booker aussi, qui tourne à 18 points… Lorsqu’un joueur va droit au cercle et qu’il est déséquilibré, il y a faute. Il y a des situations où ce sont toujours des fautes et il va y avoir des blessés. »

Dans un débat il y a deux camps les pour et les contre. Sortant de l’école européenne, le français Evan Fournier salue cette décision : « C’était très frustrant pour moi depuis des années. Je n’aime pas faire de comparaisons, mais quand on arrive d’Europe, on a des gars qui ne sont pas aussi physiques et athlétiques qu’ici. Résultat, comme rookie, je faisais faute sur faute, sur faute… Et j’étais là, à ne pas comprendre. Mais je pense que la NBA a fait un super boulot. On doit s’adapter. En tant que fan, je pense que c’est mieux car on ne veut pas voir des gars passer leur temps à piéger les arbitres. On veut aussi cette atmosphère de playoffs pendant la saison régulière aussi. Parce qu’ils ne sifflent pas de la même manière en playoffs et c’est comme ça que le jeu doit être. Et j’aime ça. À 100 %. »

Enfin tandis que Kyle Kuzma se réjouit que « c’est la meilleure chose que la ligue a faite dans son histoire récente », Draymond Green, comme à son habitude, ne mâche pas ses mots : « Est-ce que je peux dire à quel point c’est plaisant de regarder du basket sans ces coups de sifflet à la con ? Je suis désolé, je n’ai pas le droit d’utiliser des gros mots en interview c’est ça ? Est-ce que je peux dire à quel point c’est plaisant de regarder du basket sans ces terribles coups de sifflet ? Les gars trichaient et s’accrochaient aux défenseurs pour avoir des fautes. J’adore vraiment regarder du basket cette année. J’avais un peu arrêté de regarder la NBA parce qu’il y avait trop de flopping et les gars trichaient pour avoir des lancers-francs. Donc je pense que c’est super. »

Lauren Holtkamp (à gauche) et Ashley Moyer-Gleich (à droite), deux des sept arbitres féminines de la NBA, symbole d’un changement des mentalités. A quand Becky Hammon au poste de head coach ?

Est ce que la NBA va devenir plus physique grâce à ce changement de règles ? Il est fort probable que les défenseurs auront plus d’options pour contre-carrer les nombreux skills des attaquants adverses mais les « refs » seront toujours sur le parquet pour veiller au grain. Les rookies ou joueurs de banc ont toujours besoin d’en faire deux fois plus pour obtenir les coups de sifflet tandis que les All-Stars n’en demande des fois pas tant. Telle est la NBA. Cette nouvelle balance rééquilibrée entre attaque et défense va peut-être, et nous l’espérons, redonner le goût de défendre à la nouvelle génération car ne l’oublions pas, ce qui fait un grand joueur, c’est sa capacité à être décisif des deux côtés du terrain. McCutchen déclare : « Nous voulons être sûr que le basket ne devienne pas trop dur dans d’autres compartiments du jeu ou trop physique dans une direction qui pourrait nous échapper ». En clair, les attaquants auront toujours de quoi nous éblouir et filocher à tout va mais sans artifices à partir de cette saison. Affaire à suivre.

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