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Hamilton et l’affaire du DRS

De la catastrophe au miracle ! C’est ainsi que l’on pourrait résumer le week end de Lewis Hamilton à Sao Paulo, il y a environ une semaine. Si le britannique a remporté le Grand Prix après une course complètement folle, son périple sud-américain n’a pas été de tout repos. La faute à des défaillances et des concurrents aux aguets de chaque micro-délégation au règlement. 

Un Hamilton impérial le vendredi

Avant même le début de l’événement à Interlagos, la situation semblait compliquée pour Mercedes et son pilote phare. Relégué à 19 points de son rival, Max Verstappen, Lewis Hamilton se devait de performer sur un circuit normalement « typé » Red Bull. Cependant, un changement de moteur thermique -le cinquième cette saison- allait contraindre le Britannique à subir une pénalité de 5 places sur la grille pour dimanche. Ce changement de moteur allait pourtant être le sauveur de Mercedes, permettant à son pilote de se surclasser devant les Red Bull lors de ce week-end.

Plein de confiance, et déterminé à relancer la course au titre, Hamilton entame la séance de qualification avec l’obligation de se qualifier devant le jeune Néerlandais afin d’espérer obtenir un avantage stratégique pour les courses de samedi et dimanche. Après une Q1 et une Q2 sans réelle surprise, place à la Q3, où le pilote de la Mercedes impressionne, décrochant la pole et en reléguant Verstappen à plus de 4 dixièmes. La bataille lors de la qualification sprint semble prometteuse, les passionnés de F1 profitent de leur fin de soirée l’eau à la bouche, espérant de belles passe d’armes demain.

Lewis Hamilton en pole le vendredi, avant que les décisions ne tombent et le relèguent à la dernière place (crédit: Motorsport.com)

Toutefois, cette soirée est loin d’être terminée, car quelques instants plus tard, la Mercedes n°44 se trouve sous investigation, après une réclamation aussi mesquine que valable de la part de Red Bull. Le motif: l’aileron arrière de la Mercedes, et plus particulièrement son DRS, ne serait pas légal. Le système de flap, qui permet à la partie haute de l’aileron de se lever afin de permettre une meilleure pointe de vitesse, serait défaillant.

« La distance entre le volet mobile et le profilé principal doit être comprise entre 10 mm et 85 mm lorsque le système DRS est déployé.« 

Article 3.6.3 du règlement technique de la FIA

Selon le dernier paragraphe de l’article 3.6.3 du règlement technique de la FIA: « La distance entre le volet mobile et le profilé principal doit être comprise entre 10 mm et 85 mm lorsque le système DRS est déployé. » L’écart entre les deux volets pour Hamilton, était lui, de 85,2mm… Cet écart, bien qu’infime, suffit ainsi à toute écurie de porter réclamation et demander l’inspection de cet aileron arrière, ce qu’a fait Red Bull.

Des agissements lourds de conséquences

Si l’aileron arrière de Lewis Hamilton était illégal, la décision de la FIA aurait dû être rendue relativement rapidement. Mais c’est sans compter sur l’impulsif Max Verstappen, qui, dans un élan d’acteur hollywoodien, décide d’inspecter et de toucher cet aileron. L’erreur est commise, sous régime de parc fermé, il est interdit de toucher les composantes d’une monoplace, que ce soit la sienne ou bien celle d’un concurrent.

Dès cet instant, la situation se complique. Red Bull, qui avait réclamé une inspection de cet aileron, se tire une balle dans le pied et ouvre une brèche dans laquelle Mercedes ne va pas hésiter à plonger. Invoquant le contact de Max Verstappen avec la voiture, Mercedes n’hésite pas à déclarer que cette défaillance n’est due qu’à cause de leurs rivaux. Cependant, cette accusation peut difficilement tenir, lorsque l’on sait que ces mêmes ailerons peuvent supporter une charge de plus d’1,5 tonnes.

La règlementation DRS, qui suppose une ouverture comprise en 10 à 85mm lors de l’ouverture de la partie mobile (crédit: F1Only.fr)

Mais la règle est ainsi, il ne faut pas toucher aux monoplaces. Dès lors, la tâche s’est compliquée pour les commissaires de la FIA, qui doivent prendre en compte cette action, et rendre une décision peut être cruciale dans la course au titre. Deux heures durant, les spécialistes et amateurs de la Formule 1 ont attendu une décision, pour que cette dernière ne soit reportée au lendemain, quelques instants seulement avant le début de la course sprint.

Les plus optimistes espéraient une réprimande, une amende, quand les plus pessimistes s’attendaient à une disqualification, c’est cette dernière décision qui est finalement arrivée. Ainsi, une heure à peine avant le début de la course sprint, Hamilton apprend que sa monoplace est jugée illégale, les espoirs de victoire et donc de titre semblent s’éloigner encore un peu. Sa première place revient à son rival pour le championnat du monde, Max Verstappen, quant à lui, il s’élancera de la dernière position, avec pour objectif de limiter au maximum la casse.

Le panache de « Sir Lewis Hamilton »

La situation peut donc sembler injuste. D’un côté, Lewis Hamilton se retrouve disqualifié et part dernier sur la grille, lorsque Verstappen, lui, s’en tire avec une simple amende -à ses frais- mais une première place. Cependant, ce n’est pas ce qui va décourager l’anglais, qui, bien aidé par son nouveau moteur, se lance dans une remontée infernale, dès la course du samedi. En seulement 24 tours, il réussit à dépasser 15 voitures, une véritable prouesse quand on connaît les difficultés à se suivre et à dépasser avec les F1 de nos jours.

Lewis Hamilton déchaîné lors de la qualification sprint, dépassant Charles Leclerc pour le gain de la 6ème place (crédit: Autosport)

De son côté, Verstappen se retrouve surpris au départ, laissant la porte ouverte à Valtteri Bottas (pour une fois) qui s’empare de la première place et ne la laissera plus filer. Le plan de Mercedes est en marche. L’objectif est de contenir Verstappen derrière le Finlandais, pendant que Lewis continue sa folle remontée. Et cela va fonctionner, à la fin du sprint, Bottas termine en 1ère position, le néerlandais le talonnant, lorsque Hamilton réussi l’exploit de finir 5ème, devant les McLaren et la Ferrari de Leclerc, il s’élancera donc 10ème sur la grille du dimanche, devant toujours effectuer sa pénalité.

Le lendemain, la course demeure toujours aussi prometteuse, le Britannique étant dans l’obligation de revenir au contact de son jeune rival, il se doit de prendre des risques. Après un début de course dantesque, il apparait rapidement dans les rétroviseurs des deux Red Bull, que son coéquipier n’a pu contenir. Se débarrassent facilement de Sergio Perez, il a pour ligne de mire Max Verstappen, et leur duel tiendra les amateurs de F1 en haleine pendant de nombreux tours. Au 41ème tour, Hamilton se trouve suffisamment proche de la Red Bull pour obtenir le droit d’utiliser le fameux DRS qui lui a causé tant de torts, et peut donc espérer porter une attaque.

Hamilton, mieux sorti, se trouve devant Verstappen à l’approche du virage (crédit: Motorsport)
Le Néerlandais retarde son freinage, contraignant les deux pilotes à sortir hors de piste (crédit: AutoEvolution)
Les deux pilotes à l’extérieur de la piste, Verstappen ressort devant (crédit: F1i)

Bien sorti des « esses » et du virage 4, il se blottit derrière les échappements de la Red Bull, pour se décaler et tenter de l’enrouler au virage 5. Mais la défense de Verstappen est toujours aussi rugueuse qu’à ses débuts, et il contraint le Britannique à l’accompagner à l’extérieur de la piste, repoussant son freinage et ratant le point de corde. Sous enquête, cette action semble dangereuse, et volontaire de la part de Verstappen, mais les commissaires n’ouvriront pas d’investigation, à la grande incompréhension de la plupart des spécialistes.

Des commissaires dépassés par les évènements

Bien que cet incident n’ait pas eu de conséquence sur la finalité de la course, Lewis Hamilton la remportant avec un panache et une détermination que l’on n’avait pas revu depuis un bon moment, il convient toutefois de se questionner sur les décisions des commissaires lors de ce week-end. Ces derniers, critiqués depuis quelques temps désormais, semblaient à contre-temps, dépassés par les événements et à la recherche d’un moyen pour se sortir de ces situations sans trop de dégâts.

La décision de disqualifier Lewis Hamilton pour son DRS semblait logique, la voiture étant illégale. Mais alors, pourquoi attendre autant de temps pour rendre une décision aussi facile à exprimer ? Sanctionner Max Verstappen pour la touchette sur l’aileron à la fin des qualifications l’est également, mais pourquoi Sebastian Vettel, spécialiste de l’inspection, n’a jamais été réprimandé ? Ces jugements posent questions, bien que le verdict final soit le bon, cependant, la non-sanction du 41ème tour pose problème, notamment en raison d’une jurisprudence qui s’est déroulée au cours de cette même année.

Lando Norris, en difficulté, viendra tasser Sergio Perez dans les graviers, lors du GP d’Autriche 2021, ce qui entrainera une pénalité pour le Britannique (crédit: BFM/RMC Sport)

Revenons au début de saison. Lors du Grand Prix d’Autriche, Lando Norris, en forme étincelante au volant de sa McLaren, se trouve talonné de près par Sergio Perez pendant de la course. À la sortie d’un virage, en glisse, il laisse entrevoir une porte pour le Mexicain, qui va la saisir. À l’extérieur, Perez tente de dépasser Norris, qui viendra tasser la Red Bull dans l’herbe et les graviers. Le geste est dangereux, Perez allait probablement passer, Norris subira donc une pénalité de 5 secondes. Lors de cette même course, le même incident se produira, cette fois-ci avec Leclerc et Perez, et le Mexicain agira de la même manière, subissant lui aussi donc, une pénalité de 5 secondes.

Dès lors, si les commissaires pénalisent Norris et Perez, pourquoi ne pénalisent-ils pas Max Verstappen ? Malgré cet accroc, Hamilton a quand même gagné la course, cette action n’a eu donc aucune conséquence sur le résultat final. Mais, lors de l’enquête, il ne faut en aucun cas juger la conséquence de l’acte, mais simplement l’action en elle-même. Les actions en Autriche étant réprimandées, il semblerait donc logique que celle au Brésil le soit également. Toutefois, il est possible de penser que les commissaires, après un week-end chargé d’enquêtes et de décisions, ne voulaient sans doute pas interférer encore un peu plus dans une course au titre aussi passionnante qu’indécise.

Cette course à Interlagos a donc pu révéler de nombreuses informations. Non, Lewis Hamilton ne s’avouera jamais vaincu, même disqualifié, même pénalisé, il continuera de se battre jusqu’au dernier tour de la dernière course. De plus, les commissaires, peut-être dépassés par les événements, permettrait d’envisager du changement dans le mode de fonctionnement de ces derniers. Enfin, dimanche dernier, cette course a pu rappeler à tous à quel point la F1 est un sport magnifique, qui permet à tous de vibrer, que ce soit dans les gradins ou devant leur télé.

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