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A Philadelphie, les Aigles sont les rois… au sol

Il y a les chiffres, et il y a le terrain. Dans le cas des Eagles, les deux ont tendances à se concilier. Ainsi, rien des deux côtés du ballon ne venait contester un bilan comptable de 2-5, résultat d’un début de saison moribond. Pas de quoi déprimer les fans des Eagles, et ce pour deux raisons. D’abord, parce qu’ils ont l’habitude, leur franchise les ayant déjà fait souffrir de nombreuses fois. Ensuite, parce que le front office possède de nombreux atouts en vue de la reconstruction future… Jusqu’à ce que d’un coup, les Aigles se mettent à bien jouer. Très bien jouer même! Un bilan de 3-1 sur les 4 derniers matches, un score cumulé de 138 à 75, les chiffres sont sans appel. Mais qu’en dit le terrain?

Le playcalling, de balbutiements à bulldozer

Lorsque Nick Sirianni arrive à Philadelphie, il y amène le style offensif de son mentor bien connu des fans des Eagles, Frank Reich. Un style basé sur un jeu de course performant qui ouvre des espaces dans la défense, et un jeu aérien qui fait la part belle aux Yards Après Réception. Il hérite également d’un QB sophomore au profil particulier: Jalen Hurts. S’il est un passeur perfectible, Hurts amène une motricité qui le rend dangereux et difficile à défendre. Il peut ainsi devenir une extension du jeu de course, de quoi étirer encore plus les défenses. Pourtant, lors des premiers matches, Hurts n’est presque pas inclus dans le schéma de course. Sirianni conserve un style traditionnel, comme celui qu’il utilisait l’année précédente avec le néo-retraité Philip Rivers. Pas le même profil.

Lors du match contre les 49ers (semaine 2), les Eagles ont appelés 22 jeux de courses dont seulement 7 (Design Runs, Options…) utilisaient Hurts comme partie intégrante de l’action. C’est trop peu lorsque l’atout majeur de son QB est sa mobilité. A déplorer également, l’absence de Play Action qui aurait offert des espaces à la passe, une belle opportunité de mettre en confiance le jeune QB. Sur la même rencontre, seules 6 play actions sont utilisées.

Après cet échec, Sirianni s’enferme dans un plan de jeu basé sur de la passe courte et des screens, pour un résultat non moins décevant. La courbe s’inverse finalement au moment du match contre les Lions pendant lequel les Eagles courent un total de 39 fois (!!!) sans compter Hurts. Les schémas restent assez classiques mais plus diversifiés pour mettre en valeur le duo Boston Scott – Jordan Howard.

La ligne offensive domine dans les tranchées et crée de nombreuses brèches dans la défense. Le retour de Lane Johnson et Jordan Mailata consolide ce groupe qui devient à nouveau la force motrice de cette attaque. Tout n’est pas parfait mais la recette est désormais connue. Résultat sur les semaines suivantes, les Eagles (l’une des équipes qui passaient le plus sur les 3 premières semaines) changent complètement de style et laissent la course dicter le rythme du match:

Ironie du sort, les Eagles courent plus depuis la blessure de leur RB titulaire, Miles Sanders. Revenu en semaine 10 face au Saints, Sanders a pu profiter de la bonne dynamique de son équipe en totalisant 16 courses pour 94 yards, ses deux meilleures marques de la saison.

Jalen Hurts comme extension du jeu à la course

Mais c’est aussi l’inclusion de Hurts dans le jeu de course qui est à noter depuis quelques semaines. Sirianni a mis quelques semaines à s’ajuster à son nouveau QB, mais le duo semble se comprendre à merveille depuis quelques semaines. Dimanche soir, les Eagles affrontaient les New Orleans Saints, une des trois meilleures défenses contre la course. Sirianni a pu montrer lors de ce match que le regain de forme de son équipe était tout sauf un hasard, avec plusieurs schémas bien sentis:

Si une course de 4 yards peut vite être oubliée, celle-ci est schématiquement très intéressante. D’abord, la motion pre-snap écarte complètement le numéro 20 (Pete Woerner) de la boîte et donne un look favorable pour la ligne offensive. La course appelée est ensuite une option entre Hurts et Sanders, avec le numéro 94 (Cam Jordan) comme défenseur à lire. Jordan reste à l’intérieur pour défendre une course « classique » donc Hurts garde le ballon et aurait pu engranger un meilleur gain si les CB n’avaient pas fait un excellent travail sur l’extérieur. Sur le 3rd & 2 qui suivra cette action, Hurts gardera une nouvelle fois le ballon pour un 1st down très important.

L’inclusion de Hurts passe aussi par une meilleure utilisation de la RPO (pour rappel: https://cafecremesport.com/2021/06/07/rpo-tout-savoir-sur-le-pick-roll-sauce-nfl/). Exemple avec cette action:

Demario Davis (56) est le défenseur à lire

Et oui! La RPO sert aussi à courir! Et on ne cessera jamais de le répéter d’ailleurs… Cela permet également (comme ici) d’avoir un RB supersonique comme Myles Sanders lancé sur l’extérieur. Les blocs de la OLine sont magnifiques et permettent au joueur de 24 ans d’accélérer sans être touché par un défenseur. Gros gain de 20 yards.

Jalen Hurts en distributeur

L’éclosion de Jalen Hurts passe aussi par ses progrès à la passe. Ou plutôt par un appel de jeux qui lui va mieux. Car Hurts n’est pas meilleur qu’il ne l’était au début de saison, juste plus à l’aise. Avec un jeu de course performant que les défenses doivent respecter, les espaces derrière s’ouvrent. Si on regrette encore l’utilisation trop rare de la play action, Hurts bénéficie également de temps dans sa poche pour lire le terrain, encore une fois grâce à une ligne dominante. Sirianni réussit très bien, de son côté, à lui créer des lectures simplifiées:

Sur cette 3rd & 6, Boston Scott est déplacé vers l’extérieur de la formation et un LB, Demario Davis, le suit. C’est une indication claire que la défense est en Man Coverage. A côté de Scott, Dallas Goedert et Greg Ward courent des tracés croisés qui permettent de libérer Goedert. Le CB qui en est responsable est perdu dans le trafic et le TE peut aller chercher les Yards après Réception pour le 1st down et quasi TD. Pour Hurts, c’est du tout cuit, et c’est surtout le résultat d’un appel bien senti de la part de Sirianni.

Une deuxième RPO, pour un résultat différent cette fois.

Cette fois-ci, retour sur la RPO, bien plus présente récemment qu’elle ne l’était en début de saison. Sauf qu’ici, on ne court pas: on passe! Et encore une fois, c’est la bonne décision de la part de Hurts. Le CB joue la course et (même) so ce n’est pas réellement lui le défenseur à lire) laisse une grosse fenêtre de tir pour une passe facile et, encore une fois, des yards balle en main. C’est ça, ce qu’on appelle faciliter la vie de son QB.

Non, Jalen Hurts n’est pas le franchise QB. Pas encore, du moins. Le jeune passeur progresse et ses jambes lui permettent d’aller chercher les 1st downs quand son équipe en a besoin, mais il doit encore progresser dans sa poche. Mais en attendant, les Eagles gagnent, et avec la manière. Car derrière Hurts, il y a un ligne offensive dominante, un très solide duo DeVonta Smith/Dallas Goedert à la réception, et une palette offensive de plus en plus variée. Les Eagles viennent de coler 30 et 40 points à deux des meilleures défenses de la ligue, et la marge de progression est encore énorme. Imaginez…

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