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Les doublons en ski alpin, une crainte pour les athlètes ?

Après une année durant laquelle la traditionnelle tournée américaine de début de saison avait dû être annulée en raison de la crise sanitaire, le circuit de la Coupe du Monde est de retour outre-Atlantique. Et pour les hommes de la vitesse, il ne s’agira pas d’être jetlag, puisque non pas une, mais bien deux descentes, ainsi qu’un Super-G, sont programmés à Lake Louise. Un format de « double-header » pour la discipline reine que nous serons amenés à retrouver plus tard dans la saison sur les pistes les plus mythiques, et non moins redoutées, de Wengen et Kitzbühel. Une programmation excitante pour les coureurs (et pour nous), mais qui peut poser question, lorsque l’on sait que ces courses interviendront à quelques jours des Jeux Olympiques…

Deux descentes sur le Lauberhorn de Wengen, ainsi que sur la Streif de Kitzbühel, cela fait forcément frissonner tous les amoureux et passionnés de ski alpin. Surtout lorsque l’on se souvient du week-end du Hahnenkamm de l’an passé, qui avait déjà vu se dérouler deux descentes dans la station autrichienne (reprise de Wengen qui avait été annulée). Un week-end couronné par un fantastique doublé de Beat Feuz, qui ne s’était encore jamais imposé dans la Mecque du ski. Les capacités de Kitzbühel à pouvoir organiser un tel événement, ainsi que les difficultés liées au Covid encore bien présentes l’an passé (différentes restrictions en fonction des cantons et régions), avaient rendues ce week-end possible. Cette saison, le calendrier, bien qu’encore prévisionnel et soumis aux évolutions climatiques et sanitaires, est fait comme cela.

Le suisse Beat Feuz après sa victoire sur la Streif de Kitzbühel

Les raisons d’un tel calendrier

Ce choix, qui n’a pas été expliqué par la Fédération International de Ski, peut cacher plusieurs raisons. Tout d’abord celle liée à la situation sanitaire, toujours délicate dans plusieurs pays. Et nous savons que moins il y a de déplacements, moins il y a de risques de provoquer un nouveau cluster au sein du cirque blanc. Les épreuves de Lake Louise ont également longtemps été menacées. Ainsi, assurer quatre descentes en deux week-end permet d’effectuer un nombre suffisant de descentes pour la Coupe du Monde, sachant qu’il n’y en aura que deux après les Jeux Olympiques, à Kvitfjell et à Méribel pour les finales.

Nils Allègre, membre de l’équipe de France de vitesse, a accepté de nous livrer ses impressions sur ce calendrier : « Il faut d’abord savoir que nous, les athlètes, ne sommes à aucun moment sollicités dans le processus d’élaboration du calendrier. De mon point de vue, ces doublons que l’on ne va pas seulement retrouver à Kitz’ et Wengen, mais aussi dès ce week-end à Lake Louise (2 descentes et 1 super-G) et à Beaver Creek (2 super-G et 1 descente), ne servent qu’à rétablir l’équilibre entre la technique et la vitesse en vue du gros globe. Dans le but de donner plus de chance aux gars de la vitesse de pouvoir rivaliser ».

Nils Allègre en super-G à Bormio (ITA)

Une de ces courses prévue au mois de janvier doit également remplacer une autre classique du circuit, celle de Garmisch, absente du calendrier cette saison (date habituelle correspondante au début des JO). Seule la technique se rendra sur la Kandahar pour deux slaloms fin février. Mais pourquoi ne pas se rendre à Saalbach ou à Santa-Caterina ? Ces pistes qui ont déjà accueilli plusieurs manches de Coupe du Monde, pas plus tard que l’an passé pour la station autrichienne. C’est, il faut l’avouer, moins vendeur, et au cœur d’une année olympique, les places dans le calendrier se font rares… Cette solution qui propose deux courses par week-end se révèle clairement bénéfique sur ce point. Nils confirme ce point : « Je ne suis clairement pas pour ces doublons, mais c’est une belle solution de facilité dans un calendrier ultra chargé avec les Jeux ».

La santé au cœur des préoccupations

Il est en effet quand même légitime de se soucier de l’état de santé des athlètes. Comment vont-ils ressortir du week-end sur la Streif après avoir enchainé 4 descentes en 8 jours, auxquelles nous pouvons ajouter les entrainements qui sont parfois décisifs pour les sélections, et qu’il ne faut pas négliger ? Et ce à seulement 12 jours du premier entrainement prévu pour les Jeux Olympiques à Pékin, objectif suprême pour tout athlète (même si certains descendeurs peuvent hésiter avec une victoire à Kitzbühel tant elle est mythique). On ne sort forcément pas indemne de deux tels week-end de Coupe du Monde, surtout sur ces pistes. On rappelle que Wengen n’est ni plus ni moins que la plus longue du calendrier (près de 2m30s si l’on part du sommet), et que Kitzbühel est la plus attendue, mais pas la plus tendre de la saison, avec ses fameux passages de la Mausefalle (la souricière), de l’Hausbergkante, et de la traverse.

Plongez au cœur de la mythique streif de Kitzbühel.

Pour Nils, au delà de la fatigue qu’ils engendreront, ces doublons posent tout d’abord un problème sportif : « Sportivement ce n’est clairement pas intéressant, et ça va obligatoirement fausser la donne ! Pour celui qui aime et qui est en place sur le week-end, c’est jackpot. A l’inverse, si tu te loupes sur la première, c’est compliqué de se remettre dedans dès le lendemain. Après, forcément il y aura de la fatigue, surtout après avoir enchainé Wengen et Kitzbühel tu as raison, mais c’est comme ça il faudra faire avec, et ce sera pour tout le monde pareil. Pour la FIS, le fait de nous avoir enlevé Garmisch, compense le fait d’avoir 2 descentes à Kitz’, car on aura ensuite deux semaine de repos avant les JO… »

Dans un sport où la santé des athlètes est déjà mise à rude épreuve, avec chaque saison un nombre important de blessés, n’est-ce pas trop ? La FIS tient depuis 2006 des statistiques relatives aux blessures dans toutes les disciplines. En alpin, on recense environ 30% des athlètes de Coupe du monde victimes d’une blessure ces derniers hivers (avec un pic à plus de 40% lors de la saison 2010-2011). Le nombre de blessures graves est stable : environ 10% des athlètes en subissent chaque hiver (la rupture des ligaments-croisés représentant entre 5% et 8%). Mais les skieurs le savent, cela fait partie de leur sport, et lorsque l’on connaît tout le mythe et l’histoire qui gravitent autour du mois de janvier et de ses classiques, en avoir une double dose, cela signifie également pour ces hommes avoir une double chance de remporter un de ces monuments, une occasion incroyable à saisir…  

Nous pensons à Adrien Théaux, le français qui a subi une lourde chute lors du stage à Copper Moutain, doit d’ores et déjà tirer un trait sur cette saison.

Des impasses à prévoir ?

Il paraît inimaginable de voir un des favoris ou prétendants au podium, ne pas tenter sa chance dans le but de se préserver pour les Jeux Olympiques. Surtout que pour beaucoup de nations, ces courses serviront de dernières références pour les coaches et les responsables nationaux pour former leur sélection en vue de l’évènement, afin d’envoyer les quatre plus en forme tenter d’aller chercher un métal précieux à Pékin. La sélection française sera d’ailleurs connue le 25 janvier, 3 jours après la deuxième descente de Kitzbühel, et jour de slalom à Schladming. Pour beaucoup, aucun relâchement ne sera permis, peut-être même aux entrainements, ce qui va faire puiser dans les ressources. Il serait alors très intéressant de voir un outsider ou un concurrent ayant sa place assurée pour le JO, s’économiser, afin d’arriver à son pic de forme le jour J, le 6 février pour ces messieurs.  

Un sujet délicat pour Nils Allègre : « Sur la question des possibles impasses juste avant Pékin, c’est très intéressant ce que tu dis, et honnêtement je ne sais pas trop quoi répondre. Si certains favoris ressentent un coup de fatigue à ce moment là, pourquoi pas, ils ont l’expérience et choisiront ce qu’il y a de mieux pour leur corps. C’est pareil pour ceux qui auront leur place assuré, pourquoi pas, et cela sera en effet très intéressant d’observer les choix de chacun. Ce que je sais, c’est que dans leur situation, je n’aurai pas envie de faire d’impasse. Je trouve important de ne négliger aucune épreuve de Coupe du Monde et de garder le rythme, et comme je te l’avais expliqué avant de partir pour cette tournée, notre sport ne se résume pas à un pic de forme, beaucoup d’autres facteurs entrent en jeu, et il est primordial de les travailler avant l’évènement ! »

Pour la vitesse, la saison de Coupe du Monde commence ce vendredi avec la tournée américaine. Le début d’une semaine très chargée puisque dès la fin de la troisième course programmée dimanche, il faudra se rendre à Beaver Creek pour le premier entrainement prévu mardi prochain… C’est le départ du marathon du cirque blanc qui nous emmènera jusqu’à Pékin en février et à Méribel-Courchevel pour les finales en mars, moment ou nous pourrons tirer les conclusions de cette saison particulière..

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