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Michael Masi, ennemi public numéro un

à quand remonte le dernier Grand-Prix sans polémique autour des décisions des commissaires ? Manque de cohérence, suspicions de favoritisme, prises de décisions tardives, les critiques envers la direction de course ne manquent pas cette saison. Un homme est particulièrement ciblé par ces critiques. Directeur de course de la F1 depuis 2019, Michael Masi semble faire l’unanimité contre lui. Alors que la lutte pour le titre est plus intense que jamais, l’australien ne parvient pas à calmer les tensions.

Le jeudi 14 Mars 2019 à Melbourne, la veille du début de la saison 2019 de F1 et du Grand-Prix d’Australie, le paddock est endeuillé par la disparition soudaine de Charlie Whiting. Directeur de course de la F1 depuis 1997, le britannique de 66 ans était un homme reconnu et apprécié par l’ensemble des acteurs du sport. Il connaissait la F1 mieux que quiconque et s’était rendu indispensable pour le bon fonctionnement d’un Grand-Prix. Mais alors que le Grand-Prix d’Australie débutait le lendemain de sa disparition, la FIA a du lui trouver un remplaçant en urgence.

Masi, le protégé de Charlie Whiting

La première expérience de Michael Masi en F1 remonte à 2010 et l’organisation du Grand-Prix inaugural de Corée du Sud. Mais l’australien de 42 ans a fait des gammes dans sa terre natale, notamment en Supercars et en Rally. Ce n’est qu’en 2018 qu’il va mettre un premier pied en Formule 1. La FIA décide de le nommer avec Scot Elkins comme adjoint de Charlie Whiting suite aux départs de Laurent Mekies (Ferrari) et Marcin Budkowsky (Renault). A l’issue de la saison 2018, Masi n’a qu’une dizaine de Grand-Prix passés aux côtés de Charlie Whiting. Pour 2019, la FIA prend la décision d’envoyer Elkins en Formule E et de laisser Masi aux côtés de Whiting sur toute la saison.

Hommage rendu à Charlie Whiting avant le départ du GP d’Australie 2019 (crédit: crash.net)

Le décès de Whiting change évidemment les choses pour Masi, qui est propulsé au poste de directeur de course. Malgré sa faible expérience en F1, Masi dit avoir les compétences nécessaires pour assurer sa fonction. Cependant, il a avoué que deux ou trois ans supplémentaires aux côtés de son « mentor » n’auraient pas été de trop. D’autant plus que la Formule 1 possède des caractéristiques uniques par rapport aux autres catégories. De plus, la place qu’a occupé Charlie Whiting pendant toutes ces années a été centrale et le remplacer n’est pas une mince affaire. Beaucoup d’acteurs de la F1 se sont exprimés suite à son décès, en soulignant son irremplaçabilité.

La première saison de Masi en F1

Le premier Grand-Prix de Michael Masi a été selon lui un des plus difficiles de sa carrière. La course en elle-même s’est déroulée de manière paisible mais le décès de Charlie Whiting est encore présent dans toutes les têtes à ce moment-là. Le début de saison se passe assez tranquillement pour Masi. Il prend ses marques petit à petit et l’ensemble du paddock fait en sorte que son acclimatation se passe au mieux.

Au Grand-prix du Canada, les choses s’intensifient pour Masi. La pénalité infligée à Sebastian Vettel pour avoir gêné Sir Lewis Hamilton a suscité de nombreuses critiques de la part du public et des médias. Masi réaffirme la politique du « Let them race » (laissez-les faire la course) et annonce que les règles peuvent changer mais pas avant 2020.

Moins d’un mois plus tard, le Grand-Prix d’Autriche a lieu. Max Verstappen s’impose grâce à une manœuvre sur Charles Leclerc jugée illicite par certains mais non sanctionnée par les commissaires. La différence de traitement entre la manœuvre de Vettel et celle de Verstappen fait évidemment réagir. Charles Leclerc annonce que son style de pilotage va devenir plus agressif sur les prochaines courses. Cependant, cette politique nouvelle en F1 ne déplait pas forcément aux pilotes. Leclerc s’impose à Monza grâce notamment à une manœuvre autoritaire sur Hamilton.

Le duel Leclerc-Hamilton à Monza 2019

La suite de la saison est marquée par un Grand-Prix d’Allemagne chaotique à cause de la météo. Le premier Grand-Prix sous la pluie de Michael Masi s’est déroulé avec de nombreux accidents. Ensuite, le décès d’Anthoine Hubert en F2 au Grand-Prix de Belgique secoue de nouveau le paddock. La réintroduction du drapeau noir et blanc comme avertissement pour les pilotes, première mesure majeure de Masi, s’est avérée concluante.

2020 et la saison COVID

La saison 2020 ne débute pas de la meilleure des façons pour Masi et la F1. D’ailleurs, elle ne débute même pas. Le Grand-Prix d’Australie a été annulé à la dernière minute après la révélation de cas de Covid au sein du paddock. Finalement, le départ de la saison est donné début juillet en Autriche. Entre-temps, l’actualité de la F1 s’articule autour d’un accord secret signé entre Ferrari et la FIA par rapport aux suspicions de triche émises sur le moteur Ferrari. L’achat de pièces Mercedes par Racing Point fait aussi beaucoup parler.

Toujours est-il que Michael Masi n’a aucun pouvoir de décision sur ces questions. La principale préoccupation de ce dernier en 2020 a plutôt concerné la mise en place du protocole sanitaire établi par la FIA. Et sur ce point-là, difficile de faire des reproches à Masi et à son équipe. Malgré un format réduit mais plus concentré, 17 courses ont eu lieu cette année-là.

Marquée par des accidents assez violents comme Kvyat à Silverstone ou Stroll au Mugello, cette saison a surtout mis en valeur les avancées de la F1 en termes de sécurité des pilotes. L’évènement de la saison a probablement été l’accident effroyable de Romain Grosjean a Bahreïn, qui s’en est sorti miraculeusement

« Je suis vraiment reconnaissant de m’en être sorti sans aucune blessure et je tiens à remercier la FIA et la F1 pour toutes les normes de sécurité qu’ils ont mises en place ces dernières années. Je reviendrai plus fort. »

Stroll suite a son crash au Mugello en 2020

La lutte RedBull – Mercedes et le début des ennuis

Les changements de régulations avant le départ de la saison 2021 ont fait que désormais, Mercedes possède un concurrent de taille pour le titre. RedBull a enfin la possibilité d’offrir à Max une voiture qui peut lui permettre de remporter le titre. Verstappen et Hamilton n’hésitent pas à explorer les limites du règlement cette année sur la piste. Masi et les commissaires de courses semblent partagés entre le fait d’appliquer le règlement stricto sensu et le fait de laisser les deux faire le spectacle. Tous les acteurs de la F1 ont l’impression que les sanctions peuvent changer d’un weekend à l’autre.

Malheureusement pour Masi, la liste des reproches que l’on peut lui faire cette saison est beaucoup plus longue. Parlons de la sécurité des pilotes, tant mise en valeur la saison passée. Au Grand-Prix d’Azerbaïdjan cette année, suite à un accident, Lance Stroll s’est retrouvé coincé sur la piste à côté de monoplaces frôlant les 240 km/h. Masi a mis plus de 30s avant de faire intervenir la Safety car, un délai beaucoup trop long. Alors que des débris occupaient une grande partie de la piste et que Stroll était toujours dans sa monoplace, difficile de comprendre pourquoi la Safety car n’est pas intervenue plus tôt.

Accident de Verstappen à Baku et réaction de Leclerc sur la Safety Car

Quelques tours plus tard, rebelotte. Alors que Max Verstappen se dirige tranquillement vers la victoire, il est victime à son tour d’une crevaison. Probablement causée par des débris laissés par Stroll, sa voiture va finir sa course au niveau de la ligne d’arrivée en bout de ligne droite. Là encore, Michael Masi va prendre un temps fou avant de sortir la Safety Car. Cela va provoquer l’incompréhension et la colère de certains pilotes comme Charles Leclerc, n’hésitant pas à dire que cette décision trop tardive était « une blague ».

Des critiques qui vont s’intensifier au cours de la saison

A Silverstone, le premier accrochage entre Hamilton et Verstappen a lieu. Le premier envoie le second dans le bac à gravier, qui va ensuite terminer sa course dans le mur à Copse. Alors que Verstappen passe des examens médicaux, la course est interrompue par Michael Masi. S’ensuit le fameux échange radio sur le mail reçu par ce dernier de la part de Toto Wolff, avant que la sanction tombe. Hamilton est pénalisé de dix secondes, ce qui ne l’empêche pas de s’imposer. Horner et RedBull sont furieux et demandent un réexamen de la sanction, qui ne va pas aboutir.

En Belgique a eu lieu une « course » de deux tours sous voiture de sécurité. Autant vous dire que beaucoup de fans ont en travers de la gorge la décision de Michael Masi de les faire patienter plusieurs heures pour ce triste spectacle. Ne parlons pas des spectateurs présents ce jour-là à Spa. Se succèdent ensuite l’accrochage entre Verstappen et Hamilton à Monza, l’anomalie détectée sur le DRS d’Hamilton au Brésil, l’incompréhension autour des limites au Qatar…

En bref, si le paddock a été indulgent avec Michael Masi un certain temps, ce n’est clairement plus le cas cette saison. Le manque de clarté du règlement quant aux sanctions à appliquer en cas de litige et le manque de réactivité de Masi est pointé du doigt. Même si Whiting a commis des erreurs par le passé, son absence semble encore se faire sentir à l’heure actuelle. Masi laisse transparaître un certain agacement dans les quelques échanges radios avec les écuries qui sont transmis aux fans cette année.

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