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La folle épopée du Binga FC

Pensionnaire de deuxième division malienne, le Binga FC a réussi un incroyable parcours en se qualifiant pour les barrages de la Coupe de la confédération de la CAF (C2). Retour sur ces multiples exploits, accomplis en dépit de finances limitées et de conditions logistiques sommaires.

Fondé en 2009, le club de la région de Bamako grimpe en D2 dès 2013. Depuis la saison 2020/2021, la jeune formation est sous le feu des projecteurs. Cette formidable histoire commence par des prouesses mémorables réalisées en Coupe du Mali. Les Rouges et Blancs dominent trois représentants de première division et rallient la finale où ils retrouvent le Stade Malien. Face à ce monument du football local, le petit poucet fait plus que rivaliser. Pour preuve, à la 88ème minute, les hommes d’Ousmane Guindo mènent 2-0 face à leur prestigieux adversaire, vainqueur de 23 championnats nationaux. Cependant, le favori parvient à retourner la situation et à triompher 3-2 au bout du temps additionnel, bien aidé par deux penalties litigieux.

Yacouba Tangara, journaliste pour Planète Sport Mali, se remémore cette folle aventure : « Ils ont éliminé des équipes de premières divisions comme l’USC Kita qui joue le milieu du tableau ou le Djoliba AC, l’un des grands clubs du pays. C’était incroyable face au Djoliba AC, personne ne comptait sur eux, ils ont été menés mais ils ont remonté le score et ils ont gagné aux tirs au but ». Malgré la défaite en finale, cette superbe épopée ne reste pas sans récompense. Grâce au doublé coupe-championnat du Stade Malien, le Binga FC obtient un ticket pour la C2. Mais pour accéder aux poules, la formation de deuxième division doit d’abord passer par un véritable parcours du combattant. Au programme : deux tours éliminatoires et un barrage.

Lors de la première double confrontation, l’équipe de Bamako valide un premier exploit et maîtrise les Libériens du MC Breweries. Le match aller donne lieu à une performance remarquable : « Les supporters ont bénéficié d’une prestation XXL. Quand ils ont ouvert le score, les gens n’y croyaient pas. Puis ils ont corsé l’addition en menant 2 puis 3 à 0. Les gens étaient très contents après avoir vu du beau football, ils ont gagné avec la manière. Quand on a pris la réaction des joueurs, il n’était pas surpris. Ils disaient qu’ils y croyaient, ils étaient en confiance » décrit Yacouba Tangara.

2000 kilomètres avalés en bus et en voitures

Le club de D2 remporte également le retour 2 à 0. Un résultat décroché malgré des conditions de transports plus que sommaires. Les Rouges et Blancs sont contraints de parcourir les 1000 kilomètres jusqu’à Monrovia en bus. À partir de la Côte d’Ivoire, la route devient même impraticable. La formation malienne termine donc son périple en voitures. Le budget du petit poucet ne lui permet pas de se déplacer en avion comme le raconte le reporter malien : « On a posé la question au président, il dit qu’ils veulent aller étape par étape. Parce qu’ils ne savaient pas si l’équipe pouvait aller loin donc il avait jugé nécessaire à ce qu’ils débutent par la plus petite somme« .

Adama Maïga, Vice-président du club, appuie ces propos : « Les déplacements en bus s’expliquent par nos moyens financiers limités et une gestion efficiente de nos maigres ressources« . Dans un podcast diffusé par RFI, Kaoussou Magassa, correspondant à Bamako avance une autre explication possible : « Faute d’avoir bénéficié de subventions des instances du football ou de la fédération malienne pour prendre l’avion c’est par la route que le Binga FC relie Monrovia« .

Pour son deuxième tour préliminaire, les Rouges et Blancs tombent contre l’ASFA Yennenga. Les Burkinabés s’imposent 0-1 à l’aller. Pour autant, le petit poucet ne perd pas espoir. En témoignent les souvenirs en zone mixte de Yacouba Tangara : « À la fin du match, l’entraîneur ou les joueurs pensaient qu’ils allaient remonter. Ils ont dit que le match retour ne serait pas comme le match aller« . Le Binga FC s’organise mieux pour la préparation de la seconde rencontre et rejoint Abidjan (Yennenga n’avait pas de stade homologué) quelques jours en avance, toujours par voie terrestre, pour se reposer et s’exercer. Sur le terrain, la formation de D2 hausse également son niveau de jeu. Ces ingrédients réunis lui permettent de renverser la vapeur. Au bout du suspens, elle l’emporte finalement aux tirs au but (0-1, 7 tab à 6).

Le club s’est donné les moyens pour concrétiser son rêve

Pour accomplir ces exploits, le Binga FC s’est appuyé sur ses entraînements acharnés effectués ces derniers mois : « Depuis qu’ils ont su qu’ils étaient qualifiés pour la coupe de la confédération, ils n’ont pas lâché, ils ont fait une semaine de pause et après ils ont repris le travail » relate le journaliste de Planète Sport Mali. Le travail ou encore la discipline sont justement les valeurs mises en avant par Adama Maïga. Le Vice-président insiste aussi sur la qualité de ses éléments, sur : « leur talent et leur état d’esprit pour hisser très haut le drapeau national« . Concrètement, sur le pré, le petit poucet propose un style séduisant  : « C’est un jeu basé sur la possession, c’est une équipe très agressive. Ils n’hésitent pas à aller chercher l’adversaire, à dribbler, à faire des efforts, à compenser les erreurs des uns et des autres« , affirme Yacouba Tangara.

Qui plus est, les joueurs sont en pleine confiance. Leurs résultats récents en attestent. Si la D2 n’a pas repris, le Binga FC parvient à programmer régulièrement des rencontres disputées : « Au Mali il y a beaucoup d’académies de qualité. Chaque week-end, ils essayent de choisir ce genre d’adversaires ou des adversaires de première division. Chaque semaine, ils jouent deux matchs de haut niveau, ce qui fait qu’ils maintiennent la forme. Leur dernier match était contre l’US Bougouba qui joue en première division. Ils ont battu cette équipe 3-0. Donc c’est une équipe qui est en confiance et qui est restée sur sa lancée » détaille le suiveur du football africain.

Adama Maïga croit en la qualification de ses protégés pour la phase de groupes : « Les joueurs sont très motivés et ambitionnent de poursuivre l’aventure. Nous préparons la rencontre avec sérénité et abnégation« . Pour concrétiser cette formidable épopée, le Binga FC va d’abord devoir écarter le Zanaco FC de son chemin. Les Zambiens ont été reversés en provenance des éliminatoires de la Ligue des Champions. Pour autant, avant la rencontre Yacouba Tangara était optimiste : « C’est vrai que Zanaco est un habitué des compétitions africaines mais le Binga n’a plus rien à perdre, ils sont déjà rentrés dans l’histoire. Nous avons jeté un coup d’œil sur les prestations de Zanaco. C’est une équipe mal en point en championnat et en compétition africaine, elle n’a pas atteint son niveau habituel. Binga est en train de monter en puissance et va bénéficier du retour à domicile”.

Un bouleversement de dernière minute

Pour le match aller à Lusaka, le club de D2 a (enfin) pu prendre l’avion. En effet, il aurait fallu près d’une semaine pour parcourir en bus les 7500 kilomètres depuis Bamako. La première manche a eu lieu hier après-midi. Le Binga FC s’est incliné lourdement en terre zambienne (3-0). Pour inverser la situation le week-end prochain, les Rouges et Blancs pourront compter sur le soutien inconditionnel du public, comme l’indique le reporter local : « Il y a une solidarité pour les équipes qui vont représenter le Mali sur le continent africain. Si le Binga ou n’importe quelle équipe du Mali joue, tous les supporters se rallient derrière cette équipe. S’ils doivent jouer dans un stade de 25 000 places, les tribunes seront remplies au minimum à 80%. Tout le monde sera derrière cette équipe. Il y a une union sacrée autour du Binga FC« .

L’exploit sera d’autant plus difficile que cette belle aventure a connu un sérieux coup dur la semaine passée. Ainsi, les dirigeants ont suspendu le contrat de l’entraîneur Ousmane Guindo. Celui-ci évoque la volonté du président d’interférer dans ses choix d’hommes et de tactiques. L’opposition du coach aurait abouti à sa mise à l’écart. Adama Maïga confirme le départ de l’entraîneur mais a tenté de rassurer quant à l’impact de cette décision sur le groupe  : « Le contrat de l’entraîneur a été suspendu pour des raisons qui lui ont été notifiées par correspondance du club. Le moral de l’équipe n’est nullement entamé« . Le résultat d’hier semble montrer le contraire. Reste à savoir si les joueurs seront capables de digérer ce bouleversement pour réaliser un nouvel exploit et continuer à écrire l’histoire.  

(Crédit photo de couverture : Facebook Binga FC)

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