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Kyle Dugger et la défense des Patriots, une symbiose intraitable

7 victoires consécutives, c’est la série en cours chez les Patriots. 7 victoires, après un départ timoré et un bilan de 2-4, aujourd’hui la donne a changé, en partie grâce au QB rookie Mac Jones, mais aussi et surtout grâce à une défense de fer qui a trouvé son rythme de croisière. L’escouade défensive a dû réapprendre à jouer cette année, et développer son jeu autour du Sophomore Kyle Dugger. Le joueur est une pièce centrale d’un système qui répond aux besoins de la NFL moderne ainsi qu’aux forces en présence dans l’effectif.

Les Patriots passent la seconde

Bill Belichick a mis 6 matchs à prendre les mesures de sa défense, de son effectif, à s’adapter et à repenser son système pour permettre à ses meilleurs joueurs d’évoluer ensemble sur le terrain. Les chiffres parlent en sa faveur, sur la première partie de saison, les Patriots ont encaissé en moyenne 21,2 points par match, une moyenne honnête mais loin des 10,5 (!) sur cette deuxième portion. 10,5 points encaissés en moyenne qui résultent sur 6 victoires (7 maintenant). Certes, il faut remettre un peu de contexte autour de ses statistiques: affronter les Jets, les Panthers ou même les Titans sans Derrick Henry, A.J. Brown et Julio Jones permet sans nul doute de booster les statistiques défensives d’une équipe. Reste que, shutout un adversaire n’est pas donné à tout le monde et que sur la période les Patriots ont réussi cet exploit contre les Falcons.

Si on se penche du côté des statistiques d’équipe, les voyants sont aussi au vert, voici une liste non exhaustive de ce que fait de mieux la franchise de la Nouvelle-Angleterre (statistiques comptant jusqu’à la 12ème journée, avant le MNF contre les Bills):

  • 25 Turnovers produits (T-2nd) dont 17 sur les 6 derniers matchs
  • 19 Interceptions (1er)
  • 5,6 yards nets par tentatives (T-3ème)
  • 26,8 % de pression sur le QB adverse tout en ne blitzant que 22.7% du temps

De la semaine 7 à 12 :

  • -0.229 Défense EPA/play (1st, 2nd AZ -0.116)
  • 39.4% Défense Success Rate (3rd)
  • -0.322 Défense Dropback EPA/play (1st, 2nd NYG -0.171)

Vous l’aurez compris, la défense des Patriots est une milice anti-aérienne en phase avec son époque de Pass Heavy Offense. Elle s’appuie sur des individualités fortes, avec Matthew Judon pour mettre de la pression sans utiliser beaucoup de personnel sur la ligne, avec J.C. Jackson (un des tous meilleurs ballhawk de la NFL) et avec des profils polyvalents comme celui de Kyle Dugger qui est devenu un rouage irremplaçable.

Kyle Dugger, le dagger

En 2020, Kyle Dugger, après 4 années dans la petite faculté de Lenoir-Rhyne se présente à la draft. A ce moment-là de l’histoire, les rapports sur son jeu sont unanimes, Kyle est un projet, un joueur diablement athlétique mais qui mettra du temps à se développer. Car en effet, Dugger brille sur les terrains de deuxième division universitaire juste grâce à son profil physique, grand (1m88), puissant (100kg), rapide aussi (4.49 lors du 40 yard dash au combine). Personne ne lui résiste au second échelon universitaire, si bien que sa fac le fait jouer en Running Back pour marquer quand elle en a besoin. Mais l’utiliser en attaque est une fantaisie, tant Kyle Dugger est un excellent plaqueur. En effet, les lignes de courses sont maitrisées, la technique individuelle du plaquage est parfaite. Néanmoins, le problème pour des joueurs conçus dans un tel moule, c’est l’adversité affrontée. Car lorsqu’on est jamais mis en difficulté physiquement, pas besoin de travailler des qualités qui deviennent pourtant nécessaire en NFL : La lecture, la compréhension du jeu et même les instincts.

Ce sont donc beaucoup d’interrogations qui se murmurent chez les différents front-offices des franchises NFL. Quel est son poste ? Est-il capable de lire une attaque, une play action, une player option ? A 24 ans n’est-ce pas trop vieux pour encore progresser ? Malgré toutes ces questions, pour la majorité spéculatives, un homme, dans sa maison, avec son petit PC portable sur sa table de salon, son chien à ses côtés n’hésite pas une seconde au moment d’annoncer son premier pick lors de cette draft 2020. Bill Bellichick avec le choix n°37, lors du 2nd tour sélectionne Kyle Dugger.

Pour l’entraîneur, c’est la pièce manquante d’une défense qu’il cherche à moderniser depuis la fin de l’ère Brady (2019). Moderne c’est le mot, comme ce profil hybride LB/S qui se fait de plus en plus sa place en NFL et qui sied à merveille à Kyle Dugger. Pour le joueur, le lieu d’atterrissage est parfait, comment rêver mieux pour un défenseur que de continuer d’apprendre (s’il en a envie bien sûr vu le caractère de Bill) avec LA référence du coaching en NFL. Après une année de rodage et d’infusion, leur association prend désormais une tournure prolifique.

Système solaire

Bill Belichick était un adepte de la Cover 2 ces dernières années, avec une préférence pour la Man coverage au vu de la qualité de ses Cornerbacks (Gilmore, Jackson…). Depuis maintenant deux ans, le vieux sage a entamé une conversion vers une forme de Cover 1, s’appuyant sur le vétéran Devin McCourty en single high au fond du terrain. Le reste est de l’adaptation.

Sur le début de saison une vraie Cover 1 était utilisée, avec de la défense en homme à homme sur la quasi-totalité du terrain. Un schéma simple, amélioré par la présence récurrente de 3 safeties sur le pré dans une configuration 3-3-5 plutôt dense dans la zone axiale mais qui ne collait peut être pas aux qualités des joueurs dépêchés à l’intersaison. Hightower de retour après une année hors des terrains pour cause de Covid ne parvenait plus à suivre efficacement un TE, Jalen Mills avec un profil de FS/CB excellant en coverage semblait aussi subir certains duels et Adrian Phillips, utilisé près de la zone de scrimage, se retrouvait souvent effacer de la photo par des feintes ou des couvertures flat.

« Les Patriots sont passés de la deuxième fréquence d’utilisaiton de couverture homme à homme sur les sept premières semaines de la saison à une des équipes qui utilise le plus la défense de zone sur les deux derniers matchs. Sur cette période, ils ont amené Justin Herbert à réaliser une de ses plus mauvaises prestations cette saison et ils ont marqué plus de points en défense contre les Panthers qu’ils en ont accordé. »

Andrew Callahan, dans le Boston Herald, le 12 Novembre 2021

Et après 7 semaines de compétition, vintle temps des adaptations. Belichick réorganisa sa défense en une Cover 3, en adéquation avec les qualités de chacun. Dans ce système Kyle Dugger est d’une efficacité redoutable, capable de venir couvrir les zones intermédiaires qu’on lui assigne avec une réussite rare. Ses capacités physiques lui permettent de réagir rapidement à la passe, de couvrir une grande portion du terrain et ce système lui octroie de rester dans une position qu’il affectionne : face au jeu. Ainsi depuis une position de Linebacker il est passé maître dans l’art de détruire une screen ou une passe de checkdown dans le flat. De plus ses aptitudes au plaquage lui permettent d’être tout aussi efficient en cas de jeu de course. On notera aussi que sa polyvalence ne lui empêche pas de reculer d’un cran pour couvrir plus profondément le fond du terrain dans la vieille cover 2 ou même de s’aligner face au WR/TE le plus physique de l’équipe adverse en homme à homme.

Kyle Dugger est aujourd’hui une pièce difficilement dissociable d’un système performant. A titre personnel sa feuille de stat est noircie dans la majorité des catégories :

  • Utilisation sur 81% des snaps défensifs
  • 3 interceptions
  • 65,9% de passes complétées allouées
  • 62 plaquages solo (T-8ème et T-1er parmis les DB)

Analyse vidéo

Le système à 3 safeties des Patriots apporte une polyvalence appréciée. Avec ce groupement, la défense peut s’adapter, présenter différents morphes qui seront efficaces face à une majorité des attaques modernes.

Face à une attaque qui présente une formation « old school », dense sur la ligne offensive et un QB sous le centre, les Patriots aiment répondre par une ligne défensive fournie elle aussi. Les deux OLB se présentent sur les extérieurs de la ligne défensive, la majorité du temps le WILL (Weak side Linebacker, ici en haut de votre écran) contrôle l’extérieur sans se jeter éperdument dans un gap, le SAM (Strong side Linebacker) lui a tout le loisir de détruire les espaces créent par la OL, le Strong Safety s’occupant de contenir les courses extérieures. Le MIKE (Middle Linebacker) lui est accompagné au centre par le deuxième Safety. Le Free Safety et les Cornerbacks s’occupent en couvrant la profondeur en Cover 3 si Play Action il y a.

Même conformation défensive ici avec des CB qui jouent une couverture homme à homme. On peut admirer le travail de Dugger pour effacer le block du RT adverse et forcer le RB à revenir intérieur sur Bentley. Dugger a des capacités et des intincts de Linebacker dans le jeu au sol. Son alignement à la position n’est pas anodin.

Même personnel mais morphe différent ici. Adrian Phillips le S recule dans l’axe au côté du MIKE, Dugger descend donc d’un cran pour couvrir profondément dans une Cover 2 classique. Kyle est capable de défendre en reculant, sa couverture couplé à celle de ses coéquipiers permet le sack sur Matt Ryan.

Face à des profils offensifs tournés sur le jeu aérien, la défense des Patriots évoluent. Un Safety laisse sa place à un Nickelback au besoin. Ce dernier se charge personnellement du Slot Receiver en homme à homme. Le reste se transforme en Cover 3 classique ici depuis un front en Double Mug (les deux MLB partent depuis le centre de la ligne défensive).

Depuis sa position de Linebacker, Kyle Dugger dans cette couverture joue en avançant. Dans cette configuration, ses capacités sont mises en application à leur plein potentiel. Kyle détruit les screens et les passes dans le flat avec technique et vitesse.

Les Patriots n’abandonnent pas pour autant leur bonne vieille Cover 1, ici avec une défense hybride à majorité en zone.

Face à des profils de WR/TE, grands, puissants et même rapides, Kyle Dugger peut prendre ses responsabilités en 1 contre 1 grâce à ses facultés athlétiques.

Si Kyle Dugger laisse Kyle Pitts attraper le ballon sur le jeu précédent, il est assez près pour le plaquer immédiatement. Un peu plus loin dans le drive, il sort complétement Pitts de sa route et permet l’interception de Devin McCourty.

Jared Cook ne peut rien faire.

La faculté de Kyle Dugger à faire la transition de couverture à jeu au sol est excellente. Belichick le sait bien et lui donne une multitude de responsabilités dans le centre du terrain. Sa vitesse pour fermer les espaces libres et sa technique de plaquage sont sensationnelles, encore une fois, demandez à Justin Herbert.

Sa polyvalence LB/S font de lui une arme hybride « létale » pour la défense du Massachusetts. Un profil convoité de plus en plus par tous les coordinateurs défensifs du pays en voie de modernisation.

Hier soir, les Patriots ont remporté une victoire importante contre leur rivaux de division de Buffalo. Un score de 14-10 qui pourrait laisser croire une nouvelle performance défensive de haut vol de la part de la franchise de New England, et pourtant, sans Dugger sur liste Covid, cette escouade a semblé plus friable. Bentley et Hightower dans le rôle de Kyle au centre du terrain ont été ciblés et battus un bon nombre de fois. La prestation générale reste bonne mais sans les conditions météo déplorables, le résultat du match aurait pu être bien moins flatteur. La bye week tombe à peak à Foxborough pour récupérer une (LA) pièce maîtresse du système Belichick et continuer de briller sur la fin de saison.

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