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Un Grand Prix mouvementé: Le débrief du CCS

Lors de l’arrivée au calendrier du Grand Prix d’Arabie Saoudite, le 5 novembre 2020, pour la saison suivante, nombreuses critiques ont fusé. Pays en contradiction avec les principes de liberté que l’on peut se faire, circuit pas encore construit, tout laissait à supposer que ce Grand Prix allait s’apparenter à un fiasco. Et puis, ce week-end, comme Noël avant l’heure, un miracle est arrivé.  Un Grand Prix d’une intensité rare, mêlant rebondissements et drames.

Jeddah a donc accueilli le Premier Grand Prix de son histoire, et au risque de blesser certains puristes, ce week-end de course s’est révélé passionnant. Encore en construction il y a quelques semaines, experts comme amateurs pensaient que ce circuit ne verrait pas le jour pour cette année, en raison des nombreux délais et des travaux colossaux qu’il fallait encore effectuer. Mais, finalement, après plus de 8 mois de dur labeur, Jeddah a donc vu le jour, non pas sans de nombreux (trop ?) gros efforts fournis par les ouvriers.

Un Grand Prix décrié

Une destination… surprenante

Lorsque le calendrier 2021 est sorti, nombreux sont ceux qui ont tiqué. Ces destinations exotiques, que ce soit pour le spectacle ou pour des questions politiques, ne faisaient pas fantasmer les acteurs et amateurs de la Formule 1. Plus particulièrement, c’est le fameux Grand Prix d’Arabie Saoudite, plus précisément à Jeddah, qui posait question. Ce circuit, urbain et au bord de mer, n’était pas encore construit au moment de son annonce au calendrier, laissant à questionner les choix et agissements de Liberty Média.

Le circuit de Jeddah, urbain et étroit, mais propice à de longues lignes droites (crédit: Yacht Charter Fleet)

Pour ce qui est de la morphologie du tracé, sa philosophie se rapproche d’un Bakou, dans l’atmosphère comme dans la philosophie du tracé. Mais avant même de se pencher sur le circuit en lui même, le problème du choix du lieu se posait. L’Arabie Saoudite ne semble pas en total accord avec les droits que souhaite promouvoir Liberty Media. L’imposition d’un dress code (atténué finalement) pour les spectateurs, ou le simple fait que les femmes n’aient le droit de conduire que depuis 4 ans (des pensées pour Sebastian Vettel et son #Race4Women) venant appuyer ces propos.

Le scandale de la construction

L’autre gros problème concernant ce Grand Prix demeurait dans sa construction. Les conditions de travail des ouvriers, tout comme l’impact environnemental qu’allait causer la création de ce circuit laissaient perplexe. Sans dévoiler grand chose, et au risque d’en étonner certains, les ouvriers saoudiens sont exploités, travaillent beaucoup pour très peu de revenus. Le constat est simple, le mardi précédant le Grand Prix, le circuit n’était toujours pas terminé. Les ouvriers du circuit s’empressant d’installer les dernières barrières, d’arranger les tribunes.

De même, bien que Jeddah ait pu accueillir cette 21ème manche du championnat du monde 2021, a quel prix ont-ils pu y arriver ? Le lieu, construit en seulement 8 mois, ne respirait pas l’aisance et l’assurance que l’on pouvait retrouver dans des circuits plus occidentaux, et habitués à accueillir la Formule 1. Les risques encourus donc par les pilotes étaient plus élevés qu’à la normale, la disposition du circuit et sa finition ne permettant pas de faire mieux.

La construction du circuit, terminé en seulement 8 mois, à quelques jours du Grand Prix (crédit: F1only)

Mais un Grand Prix apprécié

Des essais crescendo

Ce circuit, donc, s’affirme donc comme un Bakou 2.0, urbain mais avec de grosses vitesses de pointe. C’est simple, durant un tour, les pilotes sont à 70% du temps le pied sur l’accélérateur, pour des vitesses moyennes tournant autour de 250km/h. Dès lors, les premiers tours de pistes des pilotes, malgré les heures de simulateurs, ressemblaient plus à de la reconnaissance qu’à de la recherche de performance. Après quelques grosses frayeurs, c’est donc Charles Leclerc qui est parti à la faute, lors des EL2, venant taper le mur du virage 22. Malgré des dégâts impressionnants, le monégasque s’en est sorti indemne.

Les pilotes abordaient donc la séance de qualifications avec un esprit mitigé. « Relax », comme Max Verstappen et Lewis Hamilton, mais également sous pression, la moindre erreur mettant fin à leur séance. Après une Q1 sans surprise, laissant sur le carreau les deux Haas, les deux Aston Martin à la dérive, ainsi qu’un Nicholas Latifi à la quête de performance tout le week-end, la Q2 venait offrir son premier lot de surprises. À l’exception de Lando Norris, qualifié en soft, tous les autres pilotes ont fait le choix de sortir en médium, afin de pouvoir profiter d’un relai plus tranquille pour le lendemain. 

Des erreurs et un tour presque parfait

Carlos Sainz, trop en confiance avec sa Ferrari, s’offre donc une belle frayeur après un coup de raquette. Malgré un léger contact de son aileron arrière avec le mur, il repart pour une deuxième tentative, qui ne lui permettra pas d’améliorer sa position, P15. De même, son remplaçant chez McLaren, Daniel Ricciardo, n’a pu trouver la faille, terminant à une triste 11ème place. S’ensuit un Kimi Raikkonen revigoré depuis quelques courses, Fernando Alonso et son Alpine, ainsi que George Russell. La surprise revient à Antonio Giovinazzi, ayant extrait le plein potentiel de son Alfa Roméo pour accéder à la Q3.

Max Verstappen, à seulement un virage du « tour du siècle », semblable à celui de Lewis Hamilton à Singapour 2018 (crédit: Canal+ F1)

De cette séance de qualification, il sera possible de retenir de nombreuses choses, mais s’il faut n’en retenir qu’une, ça sera la fabuleuse passe d’armes entre Hamilton et Verstappen, Bottas en arbitre. Après une première tentative offrant la pole à Hamilton, et une amélioration de son temps lors de la seconde, le néerlandais s’élançait. Tout le tour durant, il était à la limite, grappillant des centièmes et millièmes à chaque virage. Le tour s’annonçait légendaire, historique, et avec 4 dixièmes d’avances à l’amorce du dernier virage, Verstappen s’apprêtait à mettre un gros coup de massue aux Mercedes. Et puis, le drame. Un blocage de pneus poussa le pilote Red Bull à toucher le mur, le contraignant à abandonner sa tentative et sa monoplace. Hamilton s’élancera donc en pole, Verstappen « seulement » troisième.

Un départ (trop) calme

La tragédie grecque allait s’annoncer passionnante, mais on ne l’imaginait pas à ce point. A la chasse aux points lors de ce week-end, Lewis Hamilton ne s’attendait peut être pas à aborder Abu Dhabi à égalité de point avec son rival au titre. Mais que ce fut dur ! Sa victoire, Hamilton la doit à de la patience, de la persévérance et surtout, nombreux faits de course qui auraient pu tourner contre sa faveur.

Pourtant, le départ et les premiers instants de la course laissaient supposer à une balade de santé pour le britannique. Peu inquiété lors de l’extinction des feux, et surtout bien protégé par son coéquipier Bottas, le champion du monde déroulait, assommant tour après tour d’un meilleur temps en course. Et puis, la première complication dans l’équation arriva; Mick Schumacher dans le mur, Safety Car déployée. Les deux Mercedes se jetaient dans les stands, délaissant la tête à Max Verstappen. Cependant, après quelques tours passés derrière Bernd Mayländer, Michael Masi et son équipe déployaient un drapeau rouge. La course est arrêtée.

Après un début de course assez calme, la Safety Car est déployée suite à l’accident de Mick Schumacher, suivi d’un drapeau rouge (crédit: Italy24News)

Des drapeaux rouges à tout va

Un petit rappel est surement de rigueur: lorsqu’une course est interrompue, les pilotes ont la possibilité de chausser de nouvelles gommes lors de l’interruption, et ce, sans contrainte de pénalité ou de perte de temps. De ce fait, lors du « restart », Max Verstappen, s’élançait de la première position. Les feux s’éteignent, Hamilton mieux parti, essaye de prendre la tête à Verstappen, sans succès. Le néerlandais, comme à son habitude, défend durement et sort de piste afin de conserver sa position. L’acte semble litigieux, mais le constat est là; il conserve sa première place, devant Esteban Ocon et Lewis Hamilton.

Cependant, quelques virages après ce départ, un nouvel accrochage entrainera un second drapeau rouge. Verstappen, pénalisé, se voit contraint de rendre les positions gagnées et s’élancera donc derrière Hamilton et Esteban Ocon. Son départ, malheureusement, ne sera pas assez mis en valeur, venant se jeter à la corde, surprenant son rival britannique et ainsi prendre à nouveau la tête de la course. Lancé derrière lui, le septuple champion du monde ne lui lâche pas une miette, grappillant tour après tour les dixièmes le séparant du DRS.

La fameuse collision entre les deux leaders du championnat, lors du 38ème tour, qui a fait débat (crédit: presticebdt)

Une tension inégalée

Hamilton en chasseur, Verstappen en chassé, cela durera jusqu’au drame du 38ème passage de ligne. Lors du tour précédant, Hamilton, suffisamment proche, tente une attaque. Verstappen, fort de son duel remporté quelques instants auparavant, effectue une défense rugueuse, se poussant lui-même et Hamilton hors de la piste. La manoeuvre est jugée illicite et le pilote Red Bull doit laisser sa position au pilote Mercedes, ce qu’il ne fera pas d’emblée. Ce n’est qu’au tour suivant que l’on verra Verstappen ralentir, actionnant jusqu’à deux fois sa pédale de frein, afin de laisser passer Hamilton avant la zone de détection de DRS.

Le britannique n’est pas dupe, mais surtout, il ne sait pas ce qu’il se passe, n’étant pas informé. Lui non plus ne souhaitant pas offrir son aspiration et un DRS à son rival, ralentit à son tour, puis, faute de freiner, harponne le diffuseur de la Red Bull. Cet incident, bien qu’il n’ait pas causé d’abandon ou de dommages trop importants, demeure comme l’instant majeur de cette course, où la tension était à son comble, aucun des deux pilotes ne souhaitant lâcher prise.

Une bataille finale à Abu Dhabi

Suite à cet incident, Hamilton, non sans peine, parviendra à se débarrasser de son jeune rival, à l’agonie avec ses pneus. Ce dernier se verra par ailleurs, pour l’ensemble de ses actions, sanctionné d’une pénalité de 5 secondes dans un premier temps, pour n’avoir pas laissé passer Hamilton lors du tour 37. Puis, dans un second temps, pour son « brake test » qui a entrainé la collision entre les deux protagonistes, d’une seconde pénalité de 10 secondes. Hamilton s’était dans tous les cas envolé, Verstappen ne pouvait plus rien espérer.

Les deux rivaux à égalité de points avant le dernier Grand Prix, l’équation est simple, celui qui franchira la ligne devant l’autre sera couronné champion (crédit: Instagram F1)

Ce Grand Prix laissera donc une grosse empreinte dans cette saison 2021. De par les critiques reçues, ou encore la surprise offerte par une telle course, Jeddah a permis aux passionnés de F1 de rêver. Plus encore, grâce à cette course complètement folle, la dernière manche à Abu Dhabi sera le climax de la saison, les deux pilotes se retrouvant à égalité de points avant la dernière course. Alors, rien que pour cela, merci Jeddah.

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