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Abu Dhabi à la folie ! Le débrief du CCS

Le Roi est mort ! Vive le roi ! En ce dimanche 12 décembre 2021, à Abu Dhabi, un 34ème nom est venu s’inscrire au palmarès des champions du monde de Formule 1; Max Verstappen. Si la saison a été mouvementée, les dernières courses et les derniers tours de l’année ont parfaitement résumé ce que les passionnés aiment dans ce sport, l’imprévisible et la folie !

Une finale tant espérée

Il faut avant tout restituer le contexte. 0 point, 1 victoire, c’est ce qui permet de différencier Max Verstappen, leader du championnat, et Lewis Hamilton, son dauphin. Dès lors, l’équation est simple, celui qui terminera devant l’autre à l’issue de la course deviendra champion du monde (à condition qu’ils terminent dans les points bien sûr). Il n’y a que 2 fois, dans l’histoire de la Formule 1, que deux pilotes abordent la dernière course à égalité de points, la première fois, c’était en 1974 entre Fittipaldi et Regazzoni, la seconde, entre Max et Lewis.

Cette course s’annonce donc comme celle du siècle. Les deux pilotes sont au même niveau, les monoplaces n’ont cessé d’évoluer et ne peuvent se départager. D’un côté, le Britannique, septuple champion du monde, cherche à obtenir son huitième titre. De l’autre, le fougueux Néerlandais est à la quête de son tout premier. Bref, Abu Dhabi accueille une finale exceptionnelle, qui marquera l’histoire peu importe le résultat.

Le début du week-end historique que l’on s’apprêtait à vivre, avec Hamilton et Verstappen ensemble lors de la traditionnelle conférence de presse (crédit: Antonin Vincent)

Après des essais qualificatifs offrant à nos protagonistes les deux premières places sur la grille, le combat peut enfin avoir lieu. Max Verstappen, en pole et avec des pneus softs, doit impérativement prendre un bon départ afin de pouvoir s’envoler et se « débarrasser » de ses pneus le plus sereinement possible. Lewis Hamilton lui, doit maintenir le contact afin de conserver l’avantage stratégique qu’il possède avec ses gommes mediums.

Abu Dhabi, théâtre des rêves ?

Si depuis quelques années, la dernière course à Abu Dhabi servait simplement aux pilotes de profiter de l’ambiance et du soleil du golfe, cette année est différente. Le titre se joue lors de cette dernière course ! Après un mauvais départ de Verstappen, pourtant mieux placé et en gommes tendres, Lewis Hamilton prend dès le départ, la tête de la course, avec pour objectif de ne plus la lâcher.

Mais c’est sans compter sur le tempérament du pilote Red Bull. Bien blotti dans les échappements de la Mercedes lors de la ligne droite, le désormais champion du monde se jette à l’intérieur, en freinant très (trop ?) tardivement. Le monde croit au contact, suspendu à la voix des commentateurs, ils vont peut-être s’accrocher et devoir abandonner. Cependant, l’expérimenté Hamilton, vigilant dans ses rétroviseurs, s’écarte, contraint de court-circuiter le virage.

Le départ déjà fou de cette course complètement folle, ou l’incident du virage n°6 fera couler beaucoup d’encre (crédit: Canal+ F1)

La première mèche est allumée. Les radios s’agitent, Hamilton doit rendre la position pour Red Bull, Verstappen a tassé le Britannique pour Mercedes. La FIA tranche, rendant une première (il y en aura d’autres) décision polémique, Lewis Hamilton n’a pas à rendre la position, il conserve sa première place. Après le premier tour, le pilote Mercedes est virtuellement champion.

L’obligation d’une stratégie agressive

Après ce départ explosif, c’est l’heure de la gestion, tant des pneus que de l’essence. Et à ce jeu-là, c’est Lewis Hamilton qui est le plus fort. Solidement installé en tête, il creuse progressivement l’écart, bien aidé par le dirty air (air sale) qui vient perturber le flux aérodynamique et les pneus déjà en souffrance de Verstappen. La course à Abu Dhabi est toujours comme ça, et malgré les quelques modifications sur le tracé, il est toujours aussi difficile de voir du spectacle en piste lors de ce Grand Prix.

Red Bull doit se ressaisir pour permettre à Verstappen de se rapprocher. Relégué à 7 secondes du leader, le Néerlandais rentre aux puits au 14ème tour, pour se débarrasser de ses maudits pneus softs, chausser des gommes dures et espérer undercuter (s’arrêter plus tôt pour bénéficier d’un meilleur rythme en course et revenir sur la monoplace de devant). Mais Mercedes veille, le tour suivant, c’est Hamilton qui rentre et chausse également des pneus durs. Les deux pilotes sont donc sur la même stratégie, et 8 secondes les séparent.

Il aura fallu tenter le tout pour le tour afin de permettre à Verstappen de triompher, comme cette stratégie audacieuse (crédit: Red Bull Content Pool)

Red Bull se devait d’arrêter Verstappen, non seulement en raison de ses pneus, mais également pour forcer Hamilton et Mercedes à couvrir la stratégie de l’écurie autrichienne. Se trouve dès lors en tête, ce brave Sergio Perez, avec des gommes usées, dont les années de prolongation de contrat dépendront de sa capacité à maintenir et ralentir Hamilton qui fond sur lui. Le Mexicain, bien motivé à rester chez Red Bull, se transforme en « cavalier d’échec » comme le dit Julien Fébreau, le commentateur de Canal+.

Les coéquipiers, pièce maîtresse de l’équation

Pendant que Valtteri Bottas est à la traîne, profitant de son dernier Grand Prix chez Mercedes pour faire de l’éco-conduite et déballer sa panoplie de moments forts chez Mercedes; à savoir son manque d’agressivité lors des dépassements, Perez, lui, se bat pour son coéquipier. Le Mexicain retiendra Hamilton derrière lui pendant un tour entier. À force de défense, de lutte, il permet à son jeune leader de revenir juste derrière son rival. L’écart est passé de 8 secondes, à seulement une seule.

La superbe défense de Sergio Perez face à Lewis Hamilton, pour permettre à son coéquipier de revenir (crédit: Canal+ F1)

Mais, malgré cet effort, la Mercedes reste toujours aussi véloce, Hamilton creuse à nouveau l’écart, et envisage de plus en plus le titre. Toutefois, une première alerte sonne, au 34ème tour. Antonio Giovinazzi, suite à une panne moteur, gare son Alfa Roméo à l’extérieur d’un virage, la FIA décide de sortir la Virtual Safety Car. La deuxième polémique est actée, cette longue VSC aurait très bien pu découler sous une Safety Car bien réelle, tant l’attente était longue. Mais cette fois encore, Masi et les commissaires ont subi.

Hamilton vient de dépasser la ligne de départ, il ne peut pas rentrer aux stands. Verstappen et Perez eux, en profitent pour s’y jeter, chaussant de nouvelles gommes destinées à chasser le pilote anglais. Mercedes est piégée, ils ne peuvent plus prendre le risque de faire arrêter Hamilton, la VSC peut s’arrêter à tout moment. Ainsi, Verstappen ressort avec 16 secondes de retard sur Hamilton, il lui reste 20 tours, mais il a des pneus neufs.

Abu Dhabi, terres de surprises ?

Tout donner, c’est ce qu’explique Red Bull à son jeune pilote afin d’espérer chercher la victoire. Et pendant les premiers tours, l’espoir renaît. Max Verstappen grappille 1 seconde par tour, il se rapproche. Mais c’est sans compter sur la gestion de Lewis Hamilton, qui parvient à maintenir un écart de 12 secondes entre lui et la Red Bull. La fin semble proche, Hamilton se rapproche de son huitième titre.

Mais c’était sans compter sur le plus néerlandais des canadiens. Au 53ème tour, et après un duel avec Mick Schumacher, Latifi découvre le système de contrôle de traction, ou plutôt, découvre qu’il n’y en a pas. Il perd le train arrière de sa Williams et vient taper le mur dans le virage n°14. La Safety Car est déployée, Verstappen rentre à nouveau pour chausser des gommes tendres, Hamilton et Mercedes sont à nouveau piégés.

« Come on Max, give it everything ! »

Allez Max, donne tout ! Les mots de Gianpiero Lambiase, l’ingénieur de Max Verstappen

Certains se demandent pourquoi Hamilton ne s’est pas arrêté, que c’est un manque d’agressivité de la part de Mercedes. Mais l’écurie allemande se trouve dans la position du chassé, et dès lors, ils ne peuvent que réagir, et pas agir. Si Hamilton s’arrête, Verstappen reste en piste et conserve l’avantage de la position. Son agressivité est connue de tous, il ne faut pas prendre le risque de le re-dépasser. Si Verstappen s’arrête, impossible de s’arrêter le tour suivant, Verstappen repasserait devant grâce à la Safety Car, et re-belote. Il faut donc l’accepter, Hamilton terminera cette course en gommes usées.

Le brouillon de la FIA

C’est à ce moment-là que la FIA décide de sortir le grand jeu. Déjà à la peine depuis le début de la saison et quelques courses, Masi et son équipe ont proposé une masterclass de choix controversés durant ce week-end. Ce dernier sera d’ailleurs fatal à Lewis Hamilton. Avec la Safety Car, ses 11″8 secondes d’avance sur Verstappen fondent comme neige au soleil, ils ne sont séparés que par 5 voitures retardataires.

Les commissaires avaient pourtant le choix. Déployer une Safety Car et risquer de voir la course se finir derrière la voiture verte, ou bien annoncer un drapeau rouge, suspendre temporairement la course le temps de nettoyer les débris et ainsi offrir 5 derniers tours de folie. D’autant que si drapeau rouge il y a, les pilotes sont en mesure de chausser de nouvelles gommes, pouvant offrir un beau duel entre les deux protagonistes.

Lewis Hamilton, derrière la Safety Car, encore protégé à ce moment là par 5 monoplaces « retardataires » (crédit: F1 Getty Images)

La FIA prônant le « Let them race » -adage utilisé pour signifier qu’il faut laisser les pilotes se battre et éviter d’interférer dans ces batailles- depuis quelques courses, elle prend tout le monde à contre-pied en laissant ainsi la Safety Car et ne déployant pas de drapeau rouge. La tension est à son comble, il ne reste que 3 tours, et la question des retardataires n’a pas encore été abordée.

Des derniers tours de folie

Dans un premier temps, Masi et son équipe décident de ne pas permettre aux retardataires de récupérer leur tour en doublant la Safety Car, ce qui est normalement la procédure habituelle. La perte de temps serait énorme, et le risque de finir la course sous SC causerait de grosses controverses. À la radio, Verstappen peste « Décision logique » dit-il ironiquement. Horner interpelle Masi, ce dernier, plus hésitant qu’un Bottas qui dépasse, répond « Donne-moi une seconde…« .

Au tour 57, il ne reste plus que deux passages de ligne pour permettre à Hamilton d’être couronné. Mais, retournement de situation, Masi se contredit et change de décision. Seules les monoplaces intercalées entre Hamilton et Verstappen sont autorisées à regagner leur tour. Le choix est incohérent, mais il a le mérite d’exister. Il ne reste plus personne entre Hamilton et Verstappen, les 21 précédents Grand Prix et les 57 tours à Abu Dhabi n’ont servi à rien. Le titre va se jouer sur un tour.

Max Verstappen, profitant de ses pneus neufs pour dépasser Hamilton lors du dernier tour à Abu Dhabi (crédit: Getty Images)

Les feux de la Safety Car sont éteints, la course va reprendre. Verstappen se porte à hauteur de Hamilton, à la limite de le dépasser, nouvelle polémique, on ne peut dépasser sous régime de voiture de sécurité ! Cet incident, bien que contesté par Mercedes après course, sera rejeté par la FIA.

Un dernier tour pour l’histoire

La course reprend ! Hamilton résiste lors du premier secteur, malgré ses pneus durs usés. Verstappen persiste, il sait que sa bonne étoile vient de lui offrir une opportunité rêvée. À l’épingle du virage n°5, avant la ligne droite, le Néerlandais se jette à la corde. En tête il s’illustre par des zig-zags pour « casser » l’aspiration dont cherche à bénéficier Hamilton.

À la sortie de la ligne droite, le pilote Red Bull glisse, la dernière chance de Hamilton se trouve ici. Mieux ressorti, il se porte à hauteur de son rival, abordant le virage suivant à ses côtés. Mais Verstappen bénéficie de la corde et surtout, de meilleures gommes. Il freine plus tard, tourne plus facilement et aborde le dernier secteur d’Abu Dhabi dans la peau d’un champion du monde. Il passe la ligne, les larmes aux yeux, il a réalisé son rêve, celui de devenir champion du monde.

Le dernier tour de cette course complètement folle, avec le duel entre Verstappen et Hamilton (crédit: Canal+ F1)

Max Verstappen est donc le nouveau champion du monde, 2021 après une course complètement folle. Virtuellement champion pendant 57 tours, Hamilton a vu ses espoirs s’écrouler comme la crédibilité de la FIA. Mais c’est pourquoi la F1 est un sport qui détonne et passionne. Jusqu’au dernier virage, du dernier tour, de la dernière course, personne ne sait qui sera le champion du monde.

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