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Le Stade toulousain et les ailes qui ne volent plus

Battus pour la troisième fois de la saison et muselés à un seul essai, les Toulousains avaient essuyé leur premier revers depuis près de deux ans face à l’UBB, il y a de ça 15 jours. Face aux Girondins, les Stadistes étaient apparus assez inoffensifs. Habitués aux ailiers qui flambent et régalent le public d’Ernest Wallon, ceux-ci sont en panne sèche depuis le début de la saison. Tentatives d’explications.

« Jeu de mains, jeu de toulousains », le fameux dicton qu’adorent scander les supporters toulousains serait-il en train de devenir obsolète ? Au-delà de cette petite provocation, un constat. Les ailiers du Stade toulousain ne sont auteurs que de six essais sur les 33 inscrits par leur équipe depuis le début de la saison. Nous parlons ici des joueurs qui évoluent sur les ailes des Rouge et Noir et non pas des ailiers à proprement parler puisqu’Ugo Mola adore posséder des joueurs polyvalents et que les Tauzin, Mallia, Lebel, Médard peuvent occuper et couvrir plusieurs postes. Revenons à nos moutons. La saison dernière, le club de la ville rose avait inscrit 40 essais à ce stade de la saison. Les ailiers tels que Kolbe, Lebel, ou encore Guitoune, qui occupait quelques fois ce poste, en étaient à 12 réalisations en 12 journées. Soit deux fois plus que cette saison.

L’absence de Kolbe explique tout ?

Dans cette situation, comment ne pas penser à Cheslin Kolbe ? L’actuel joueur du RCT, qui n’a pas encore connu la moindre titularisation avec Toulon en raison d’une blessure, était un joueur cadre des Rouge et Noir. Et avec lui, l’assurance d’au moins une dizaine d’essais inscrits par an. L’an dernier, il avait d’ailleurs marqué six essais lors des douze premières rencontres, soit tout autant que l’ensemble des ailiers du Stade toulousain durant cette première partie de saison. La question n’est pas de savoir si le sud-africain est plus fort que Bonneval, Tauzin ou encore Lebel. Mais bien de comprendre si Kolbe était un feu-follet, capable de coup d’éclat sans aides extérieures, ou bien si cette saison, pour l’instant, le jeu des lignes arrière toulousains est moins léché. Le Springbok n’était pas qu’une machine à aller dans l’en-but. Kolbe créait des espaces, des décalages et emmenait une incertitude qui ne plane plus, ou beaucoup moins, autour des lignes arrière rouge et noir. Dès lors, les défenseurs concentrent plus leur attention sur les joueurs capables d’amener de l’incertitude. La saison passée, Kolbe jouait ce rôle et permettait à ses coéquipiers de profiter de plus d’espaces. Mais depuis le début de l’exercice en cours, seul Antoine Dupont semble pouvoir emmener un véritable danger. Romain Ntamack l’épaule, mais ce n’est pas suffisant.

Des ailiers en difficulté

Derrière une charnière qui brille de mille feux et qui pèse sur les défenses adverses, les finisseurs du Stade toulousain ont plus de mal. Bien évidemment, Pita Ahki n’entre pas dans cette catégorie tant le néo-zélandais marche sur l’eau et fait du bien à l’attaque des haut-garonnais. C’est autour de lui que le problème existe. Matthis Lebel, Lucas Tauzin et Arthur Bonneval sont les trois joueurs qui sont apparus sur les ailes des Rouge et noir cette saison. À eux trois, ils comptabilisent seulement 4 des 33 essais inscrits par leur équipe. Alors oui bien sûr, ce n’est pas une fin en soi. L’équipe est composée de 15 joueurs, 23 avec les remplaçants et tous sont des potentiels marqueurs d’essais. Mais l’ailier est néanmoins plus attendu dans la zone de marque que ses coéquipiers.

Les statistiques de Tauzin, Bonneval et Lebel cette saison en Top 14.

Ci-dessus, les statistiques offensives des trois ailiers principaux des Stadistes. Lucas Tauzin est celui qui a été le plus utilisé même s’il avait commencé la saison au centre. Ayant participé à cinq rencontres de plus que ses deux coéquipiers, c’est lui qui présente le plus grand nombre de plaquages cassés, de courses avec ballon mais également de mètres parcourus ballon en main. Mais lorsque l’on analyse les performances purement statistiques, c’est Arthur Bonneval qui réalise la meilleure saison. Seulement 7 matchs, deux réalisations, soit une de plus que ses deux compères. Il est également celui qui a le plus franchi. En termes de mètres parcourus par match, c’est lui qui devance Lebel et Tauzin. Matthis Lebel est, peut-être, celui dont le rendement déçoit le plus.

Meilleur marqueur de la saison dernière et véritable révélation, le natif de Samatan marque le pas depuis le début de l’exercice en cours. Un nouveau statut à appréhender et des défenseurs qui l’attendent beaucoup plus. L’effet de surprise a disparu. Il faut ajouter à cela un nouveau statut d’international qui pourrait expliquer cette baisse de niveau chez le jeune homme de 22 ans.

Les « gros » plus forts 

Si les ailiers stadistes ne plantent plus autant c’est que d’autres les ont remplacés. Cette saison, Ugo Mola et son staff peuvent compter sur un 8 de devant ultra-performant. Ils sont 9 à avoir inscrit au moins un essai cette saison (Jelonch et Tolofua sont à 3 tandis que Mauvaka en est à 2) et représente 4 essais sur 10 pour les Toulousains (42% pour les plus pointilleux). Ce pack, qui s’est peu montré à son avantage sur la pelouse de Chaban Delmas lors de la dernière rencontre en Top 14, est pourtant le véritable point fort des Haut-Garonnais. Malgré l’absence des Internationaux durant la tournée d’Automne, les Toulousains ont pu s’appuyer sur un paquet d’avant très compétitif, emmené par un Selevasio Tolofua en forme olympique.

Selevasio Tolofua réalise un match plein contre le RCT à Ernest-Wallon

Le numéro 8 toulousain est parvenu à faire oublier les absences de Cros et Jelonch durant les matchs du XV de France, bien accompagné par des Placines, Miquel et autres Youyoutte, qui ont répondu présents lorsque le staff haut-garonnais a fait appel à eux. Et lorsque les Bleus sont revenus ou étaient présents en début de saison, cette équipe présente l’un des plus beaux packs du monde. Baille, Marchand, Mauvaka, Flament, Meafou, les frères Arnold, Jelonch, Cros, Tolofua. Tous sont internationaux. La saison dernière, ce 8 de devant, mâchait le travail pour les funambules des lignes arrière qui n’avaient plus besoin que de quelques percées dont ils avaient le secret pour parvenir en terre promise. À l’heure actuelle, les trois-quart étant moins performant, les avants gardent plus longtemps le ballon, enchaînent davantage les temps de jeu et se voit donc plus souvent marqueurs d’essais.

Nelson Épée, l’évidence ?

Lebel, Tauzin, Bonneval, Mallia, Delibes voire Médard et Guitoune sont les joueurs qui occuperont tout au long de la saison les ailes du Stade toulousain. Pourtant, un nom revient de plus en plus lorsque l’on évoque les trois-quarts toulousains ces dernières semaines. Et pourtant il ne fait pas partie de l’effectif des champions de France. Il s’agit de Nelson Épée. Le jeune joueur de 20 ans, est actuellement prêté à France 7. Pourquoi en parle t-on autant ? Car, pour certains, il est le successeur annoncé de Cheslin Kolbe.

Le triplée de Nelson Épée face aux USA avec France 7

La ressemblance est frappante. Casque sur la tête, jambes de feu et crochets dévastateurs, l’ancien U20 est l’attraction de l’équipe de France à 7. C’est simple, au dernier tournoi à Dubaï, celui-ci a inscrit un triplé face aux USA devenant le deuxième français à réussir un tel exploit. Son début de saison en Sevens est remarqué et remarquable. 11 essais en 5 étapes et une place sur le podium des meilleurs marqueurs d’essais derrière l’Irelandais Kennedy et Soyizwapi. Et tout cela pour sa première saison au rugby à 7. Des appuis déroutants, une vitesse folle, il n’en fallait pas plus pour que les supporters toulousains veulent déjà voir revenir leur jeune joueur. Mais Ugo Mola et son staff ont déjà prévenu, ce n’est pas à l’ordre du jour, les supporters des Rouge et Noir devront donc patienter.

En attendant Nelson Épée, le Stade toulousain va devoir s’appuyer sur les joueurs actuels de l’effectif. Matthis Lebel, bien qu’en délicatesse depuis le début de la saison, figure parmi les meilleurs ailiers de notre championnat et devrait repartir de l’avant d’ici quelques temps. Lucas Tauzin va devoir hisser son niveau de jeu pour espérer disputer les rencontres couperets en fin de saison. Arthur Bonneval réussit un bon début de saison et va devoir maintenir ce niveau de jeu s’il veut continuer à avoir du temps de jeu. Maxime Médard et Juan Cruz Mallia, qui couvrent les postes d’arrière et ailiers, se tiennent également prêts. À l’heure actuelle, cette baisse de rendement des ailiers des Rouge et Noir n’est pas alarmante, puisqu’ils sont deuxième du championnat. Nous continuerons d’observer si les finisseurs toulousains parviennent à aider davantage leurs coéquipiers à inscrire des essais, auquel cas cette équipe deviendra encore plus dangereuse derrière un 8 de devant qui rayonne déjà en Top 14 et coupe d’Europe. Affaire à suivre !

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