Hockey LNH

Mario Lemieux et Pittsburgh, une histoire d’amour sans égale

Nombreux sont les joueurs ayant marqué une franchise que ce soit par leurs performances individuelles, les titres ou en étant l’image de celle-ci. Néanmoins, il existe peu d’exemples comparables au lien unissant Mario Lemieux et les Penguins. Tout d’abord joueur puis propriétaire, il a tout gagné. Il a sauvé sa franchise d’une disparition probable pour en faire l’une des plus reconnues du monde. Aujourd’hui, il passe la main en revendant ses parts au sein des Penguins, marquant la fin d’une page à Pittsburgh. La rédaction vous propose de revenir sur cette histoire d’amour entre la franchise de Pennsylvanie et Mario Lemieux. 

Une légende sur la glace 

Mario Lemieux est probablement le seul joueur à avoir pu accrocher Wayne Gretzky en terme de performances. Le natif de Montréal est arrivé avec l’étiquette de futur superstar. Il faut dire que ses performances en LHJMQ ont de quoi faire tourner les têtes. En 200 matchs, il inscrit 562 points dont 247 buts. Il se présente logiquement au repêchage de la LNH en 1984 et c’est en ce 9 juin que l’histoire d’amour entre Lemieux et Pittsburgh commence. Il arrive dans une franchise en grande difficulté sur la glace avec le pire bilan de la dernière saison. En dehors des patinoires, l’équipe est aussi en proie à des difficultés financières et une délocalisation dans une autre ville est envisagée. Alors la signature d’un joueur aussi fort que Lemieux fait entrevoir la possibilité de maintenir la franchise en Pennsylvanie pour les fans. Du côté du staff, l’enthousiasme est de mise:  » Personne issu du hockey junior n’a jamais montré autant de potentiel que Mario, jamais » ( Bob Berry, entraineur des Pens à ce moment-là ).

Un centre à la production hors du commun

Mario Lemieux impressionne tout de suite sur la glace. Sa première saison attire les foules et les caméras autour de celui qui se place dans les standards de «  The Great One ». Une aubaine pour les Penguins, la franchise ayant besoin de vendre des places pour faire face aux difficultés financières. Pour sa première saison, il inscrit 100 points dont 43 buts. Il est logiquement élu meilleure recrue par la LNH et reçoit le Calder. Lemieux devient aux yeux des observateurs celui qui a les capacités de suivre la cadence infernale de Gretzky. Pour certain, il est probablement le deuxième meilleur joueur de la LNH et il ne cesse de confirmer les louanges à son encontre. L’année suivante, il poursuit sur les mêmes bases avec 141 points dont 48 buts, ce qui lui permet d’être récompensé par le Pearson, récompensant le meilleur joueur selon ses pairs. Mario Lemieux montre ses capacités de buteur. Il est difficile à arrêter grâce à sa taille et possède une puissance dans son tir. Il est devenu, en quelques matchs, le métronome des Penguins même s’il n’arrive pas tout de suite à les guider aux séries, échouant de peu à chaque fois. 

Mario Lemieux à son arrivée dans sa ville d’adoption ( brainofbraun.wordpress.com )

Tout au long de sa carrière, Lemieux est comparé à Gretzky qui éblouit les patinoires de la LNH de son talent. Mais le natif de Montréal n’est pas en reste et marque l’histoire de la ligue lors de la saison 1987/1988. Il continue ses performances de haute volée avec 168 points inscrits dont 70 buts tandis que son ainé des Oilers a connu une saison «  moyenne » avec 149 points inscrits dont 40 buts mais seulement 64 matchs joués. Si lors de cette dernière saison à Edmonton Gretzky remporte une quatrième Coupe Stanley et le Conn Smythe, c’est bien « Le Magnifique » qui remporte les trophées individuels en saison régulière. Il remporte le trophée Hart mettant fin à une série de huit trophées remportés par « The Great one » entre 1980 et 1987. Il est aussi le meilleur pointeur de la saison mettant fin à sept années de domination du centre d’Edmonton. Une saison historique qui place Lemieux dans la légende tant personne ne voyait un joueur capable de concurrencer Gretzky. Encore aujourd’hui, beaucoup considèrent que sans la concurrence de ce dernier, Lemieux aurait eu plus de récompenses individuelles.

L’année suivante, il réalise une nouvelle fois cet exploit avec 199 points inscrits, le plus haut total pour un joueur derrière Gretzky sur une saison. A l’occasion de celle-ci, il rejoint le groupe fermé des joueurs ayant inscrit 50 buts en 50 matchs en inscrivant le 50ème à son 46ème match. Il est accompagné de Maurice Richard, Mike Bossy, Wayne Gretzky trois fois. Ils seront rejoints ensuite par Brett Hull par deux fois. Il est aussi le premier joueur à inscrire 5 buts d’une différente manière en un seul match le 31 décembre contre les Devils. Il marque un but en 5vs5, en infériorité et supériorité numérique, sur un tir de fusillade et dans le but vide. Un exploit retentissant pour finir l’année. Cette saison-là, il qualifie les Penguins pour les séries, ses premières à titre personnel. La franchise s’arrête finalement en finale de division avec une défaite difficile en sept matchs contre le rival, les Flyers. 

Une consécration collective entachée par des problèmes de santé

Lemieux continue les saisons à haut niveau même si les blessures au dos commencent à l’handicaper et lui faire rater des matchs. Bien suppléé par Jaromír Jágr, sélectionné au 5ème choix en 1990, il remporte deux Coupes Stanley en 1991 et 1992. Des saisons où il n’a pas beaucoup joué en régulière mais il s’est montré irréprochable pendant les séries avec 44 points inscrits puis 34 l’année suivante. Il est logiquement récompensé avec le trophée Conn Smythe à deux reprises. Il a accompli son rêve en remportant cette Coupe avec sa franchise. Après des années de doutes en raison des blessures, il a su tout donner pour atteindre cet objectif. Malheureusement la saison suivante, les problèmes de santé viennent le hanter et cette fois-ci le constat est terrible. Mario Lemieux est atteint de la maladie de Hodgkin, un cancer. Un tournant dans sa carrière et qui vient stopper son ascension folle. Il doit suivre un traitement par radiothérapie. Il est éloigné six semaines des glaces et revient le 2 mars 1993 pour un match contre les rivaux des Flyers. Un retour surprenant que personne n’attendait. Le matin même, il subit son dernier traitement avant de rejoindre l’équipe à Philadelphie:  » Je me souviens qu’il y avait beaucoup de buzz. Personne ne pensait vraiment qu’il jouerait. Il n’a pas volé avec l’équipe, et nous ne savions pas s’il jouait. Il y avait un énorme buzz dans l’arène quand il est sorti qu’il revenait. C’était l’ancien Spectrum » ( Rod Brind’Amour, attaquant des Flyers ).

Le retour de Lemieux après son cancer applaudi par les fans des Flyers

Pour montrer à quel point Lemieux est une légende, il reçoit une ovation des fans des Flyers pour son retour et inscrit même 2 points dont 1 but. Néanmoins, il continue à avoir des problèmes de dos et doit se résoudre aux opérations et à ne pas participer à la saison 1994/1995. Il revient pour deux saisons où il inscrit respectivement 161 et 122 points avant d’annoncer la fin de sa carrière. Pour ses derniers coups de patins dans les patinoires de la LNH, il reçoit une nouvelle ovation à la Civic Arena des Flyers pour l’ensemble de sa carrière et quitte donc la ligue après cette défaite au premier tour en cinq matchs des séries éliminatoires 1997. Ils sont peu à avoir autant marqué la LNH, il est seul à avoir été applaudi par les fans des Flyers alors qu’il évolue pour les Penguins. Pourtant Mario Lemieux l’a fait. Il termine sa carrière avec 834 matchs joués, 1649 points dont 683 buts. Il faut ajouter à cela 2 Coupes Stanley, 2 Conne Smythe, 3 trophées Hart et 6 Art Ross. Une page se tourne à Pittsburgh et le plus dur est à venir, la franchise étant orpheline de son capitaine. Désormais elle compte s’appuyer sur Jaromi Jagr pour la propulser vers le haut.

Il a placé au centre de la ligue, une franchise qui n’avait encore rien gagné. Une équipe jeune de 17 ans lorsqu’il arrive et pourtant il l’a mené vers les succès. Il l’a relancé économiquement grâce à son image. Son arrivée est considérée par beaucoup comme le premier sauvetage des Penguins à Pittsburgh. Mais l’histoire entre « Le Magnifique » et sa ville ne pouvait pas rester sur une carrière abrégée par les blessures.

Mario Lemieux, le sauveur des Penguins 

La franchise de Pittsburgh est déjà fragile à l’arrivée de Mario Lemieux. Située dans un petit marché, le maintien de celle-ci devenait de plus en plus difficile pour les propriétaires de l’époque que son Howard Baldwin et Roger Marino. L’équipe est placée en banqueroute après une baisse considérable des tickets pour les matchs. Lors de la dernière saison de Lemieux, l’équipe vend en moyenne 12 000 places contre 8 300 la saison précédant la banqueroute. L’équipe enchaine les dettes et se retrouve dans une situation compliquée à l’image de nombreuses équipes de LNH à l’époque. Finalement, la situation devient intenable entre le salaire restant à payer à Lemieux et les autres joueurs, la franchise est placée en banqueroute. Difficile d’imaginer une telle situation après avoir connu la période du « Magnifique ». Celle-ci n’a finalement fait qu’illusion et a masqué la faiblesse du projet financier des Penguins qui se dirigent alors vers un rachat et une délocalisation. 

Le rachat de la franchise

C’est à ce moment-là que Lemieux écrit probablement la page la plus importante de son histoire avec les Penguins et la ville de Pittsburgh. Il se présente avec un groupe d’investisseurs afin de racheter l’équipe et ainsi éviter la délocalisation de celle-ci. Alors que rien ne laisse penser à un retour de sa part, il est inconcevable pour lui de laisser voir sa franchise d’adoption déménager de sa ville. Il propose de convertir ses salaires impayés en devenant propriétaire majoritaire de la franchise. Il fait alors face à deux autres projets avec celui de la Fox Sports Net, diffuseur des matchs des Pens et celui de SMG qui gère la patinoire de la franchise américaine. Finalement le 24 juin 1999, le juge donne sa chance au projet de Lemieux. Il met alors en place des changements au sein de l’organisme financier en recrutant Ken Sawyer pour diriger le secteur des finances mais aussi Tom Rooney, cousin du propriétaire des Steelers, Dan Rooney pour gérer l’exploitation de l’équipe. Il obtient un financement de l’Etat de Pennsylvanie à hauteur de 50 millions de dollars pour une nouvelle arène et met en place un système pour permettre au plus grand nombre de fans de se rendre aux matchs des Pens. 

Les Penguins sont sauvés par Mario Lemieux, ce dernier devenant le premier ancien joueur à devenir propriétaire d’une franchise. Il prend une place un peu plus importante dans le coeur des fans des Penguins:   » Je ne voulais pas que cela se produise. Nous avons décidé que j’achèterais moi-même avec des investisseurs en ville  » ( Mario Lemieux ). Un attachement réciproque qui s’est définitivement installée entre les fans et Mario Lemieux. Celui qui est arrivé à peine majeur dans cette ville et ne parlant que très peu anglais, devient le sauveur de cette franchise qui l’a toujours soutenu et aimé:  » Les partisans m’ont été très fidèles au fil des ans, soutenant ma carrière. Ils étaient là aussi pendant des moments difficiles – deux chirurgies du dos, un cancer. Donc, la relation ne s’est améliorée qu’au fil des ans. Perdre le hockey ici serait dévastateur non seulement pour l’équipe de hockey, mais pour la ville. Maintenant, nous avons une certaine stabilité avec la franchise  » ( Mario Lemieux ). Le rachat est chiffré à 107 millions de dollars, aidé par Ron Burkle et John Surma et d’autres minimes investisseurs. Il récupère 25% des parts et Ron Burkle 19%, le reste étant partagé par les autres investisseurs. Désormais Lemieux a les cartes en main pour reconstruire cette franchise en lui permettant d’être stable financièrement. Petit à petit, il met en place ses réformes mais une chose lui manque plus que tout: la glace. 

Mario Lemieux et Ron Burkle, les nouveaux propriétaires de la franchise de Pittsburgh ( JOE WOJCIK )

Un retour surprise sur les patinoires

Dans un article rédigé par Katie Strang chez TheAthletic, ses proches confient qu’il a tout prévu depuis quelques mois en reprenant une condition physique digne d’un sportif professionnel. Néanmoins il doit encore travailler sur la glace pour reprendre ses repaires. Si le talent ne disparaît jamais, Mario Lemieux n’a pas joué depuis trois ans au hockey. Il doit réadapter son corps. Il met alors dans la confidence Jay Caufield, son ancien coéquipier chez les Penguins et analyste pour les matchs de la franchise. Ils s’entrainent et Mario Lemieux espère garder tout cela secret le temps d’être sûr de pouvoir revenir. Malgré un travail dur et différentes épreuves à affronter pour son retour, il reste confiant bénéficiant du soutien de Caufield. Il commence à annoncer aux principaux dirigeants de la franchise son intention de revenir sur la glace. Après avoir appelé Gary Bettman et la NHLPA pour connaître de la possibilité d’un tel retour, les rumeurs commencent à émerger sur un possible retour de sa part. C’est tout une ville qui se met à rêver de cette possibilité même si beaucoup ont du mal à y croire. Lemieux justifie son choix à l’époque:  » Parce qu’Austin ne m’a jamais vu jouer  » ( Mario Lemieux ).

Il est inconcevable pour lui que son fils ne le voit pas jouer une fois dans sa carrière, ce dernier n’ayant que 4 ans et n’a donc pas de souvenir de son père sur les patinoires de LNH. Mais au-delà du symbole, c’est aussi toute l’économie des Penguins qui voit ce retour d’un bon oeil. Les billets ont toujours du mal à se vendre en début de saison même s’il n’y a rien d’alarmant, les Steelers étant l’équipe la plus suivie de Pittsburgh. Le retour du « Magnifique » serait aussi une possibilité d’attirer de nouveaux partenaires économiques en mettant la lumière sur la franchise. Un retour bénéfique pour tout le monde finalement. Pour montrer l’impact de Lemieux sur la ville de Pittsburgh, à l’annonce de son retour, les demandes n’ont cessé de s’accroitre pour obtenir une place:  » Je suis avec les Penguins depuis un certain temps. Je ne suis pas sûr d’avoir déjà connu cette vitesse de vente intense ( Chad Slencak, Vice-président des ventes de billets aujourd’hui ). Pour son premier match, toutes les hautes personnalités de la ville sont présentes du maire au conseil de la ville, montrant l’influence du canadien sur la ville. 

Retour de Mario Lemieux contre les Leafs de Toronto

Tout le monde ne parle que de son retour. Alors que les Steelers sont en difficultés, les médias n’ont quasiment pas prêté attention à l’annonce du licenciement de Kevin Gilbride, le coordinateur offensif de la franchise de football américain. Tous les reporters se rendent au centre d’entrainement des Penguins pour traiter de cette actualité chaude. Si de nombreux sportifs ont eu un impact important sur leur franchise et leur sport, aucun joueur n’a autant marqué une ville. Alors que le football américain est religion en Amérique du Nord, un canadien a réussi à attirer toute l’attention autour de lui et de sa franchise dans la ville. Pittsburgh ville des Steelers, des Pirates de Roberto Clemente, a un nouveau maître avec Mario Lemieux. Il est inconcevable de ne pas parler de Pittsburgh sans citer son nom. Il marque définitivement la légende de la ville avec son mandat de propriétaire couronné de succès. 

Une prise de pouvoir couronnée de succès 

Le retour de Lemieux est un succès avec trois points inscrits et une large victoire 5/0 contre les Leafs de Toronto. Il est logiquement élu première étoile du match et reçoit une ovation des fans. Avec Jaromír Jágr, ils réussissent à qualifier les Penguins en séries mais ils échouent en finale de conférence contre les Devils en sept matchs. Finalement à l’été 2001, Jaromír Jágr est échangé aux Capitals signifiant la fin de l’ère Lemieux / Jágr à Pittsburgh. Une reconstruction s’annonce d’autant que le « Magnifique » est en proie aux blessures. Il dispute seulement 101 matchs sur les trois saisons avant le Lock out. Il a un pic à 91 points lors de la saison 2002/2003 mais cela n’est pas suffisant et les Pens jouent désormais la loterie pour récupérer des jeunes joueurs. Ils récupèrent Marc-André Fleury, Evgeni Malkin. Après le retour sur les patinoires, Lemieux fait le choix d’arrêter définitivement sa carrière après 26 matchs lors de la saison 2005/2006. Il a eu l’occasion de jouer avec celui qui doit prendre sa relève sur la glace : Sidney Crosby, le nouveau visage de la ligue.

Après avoir joué le rôle de mentor dans le vestiaire, il reste proche du groupe et du staff pour apporter son expérience pour une franchise possédant assez de talents pour installer une dynastie. Mario le sait très bien, il a conscience d’avoir dans sa franchise son successeur. La situation possède quelques similitudes avec son arrivée à Pittsburgh. Un jeune canadien qui a émerveillé la ligue québécoise par son talent. Un centre considéré comme le meilleur joueur de sa génération qui arrive dans une franchise en pleine difficulté et qui a besoin de retrouver les sommets. Pour mettre dans les meilleures conditions sa jeune pépite, Lemieux l’héberge chez lui à Pittsburgh. Il a permis à son joueur star de pouvoir se concentrer sur la glace, s’adapter à son statut, à sa nouvelle vie dans une grande ville américaine.

Mario Lemieux et Sidney Crosby, le passage de témoin entre les deux meilleurs joueurs de l’histoire des Penguins ( ballecourbe.ca )

La construction d’une nouvelle arène, achèvement du travail de Lemieux

Avant de connaître les sommets avec cette équipe, Lemieux doit se concentrer une nouvelle fois sur les investissements pour permettre à la franchise d’être saine économiquement. Si le projet sportif a pris une nouvelle tournure avec le repêchage de Crosby, qui est secondé par Fleury au poste de gardien et de Malkin, les Penguins restent une franchise fragile économiquement. Ils possèdent l’arène la plus vieille de toute la ligue. Le Mellon Arena a été inauguré en 1961 et les Penguins y jouent leurs matchs depuis 1967. Lemieux sait qu’il a besoin de construire une nouvelle arène pour aider l’équipe financièrement. L’arrivée de Crosby est un moyen de concrétiser ce projet. En 2006, de nouvelles rumeurs émergent sur un rachat de l’équipe par Jim Balsillie. Un accord a été trouvé pour l’achat de la franchise pour 175 millions de dollars mais celui-ci ne s’est pas conclu, Balsillie voulant délocaliser la franchise à Hamilton. Une décision impensable pour Lemieux:  » C’était très important pour nous de le garder ici à Pittsburgh  » ( Mario Lemieux ).

En parallèle, Lemieux continue de négocier avec l’État de Pennsylvanie pour la construction de la nouvelle arène. La société « Isle of Capri Casinos Inc » a promis de construire une nouvelle arène pour 290 millions de dollars sans coût pour les contribuables ou l’équipe à condition que le «  Pennsylvania Gaming Control Board » accorde la licence de jeu à l’équipe.  En effet, en 2004, une loi dans l’État a prévu d’allouer des licences pour que les casinos opèrent sur le territoire. Il est prévu que la ville de Pittsburgh récupère une de celle-ci. Un bon moyen pour la franchise de s’associer à une entreprise qui payerait la nouvelle arène avec les revenus que peuvent engendrer les casinos et la possibilité d’utiliser la marque «  Penguins » et les fans. C’est alors ce qu’espère David Morehouse, consultant de la franchise, en s’associant à cette entreprise. 

Malheureusement le plan tombe à l’eau. Le 20 décembre 2006, l’organisme accorde la licence à Don Barden, mettant fin aux espoirs d’arène. Quelques jours après le retrait de Balsillie pour le rachat, Mario Lemieux se retrouve dans une situation compliquée. Avec Ron Burkle, ils commencent à voyager dans les différentes villes prétendantes pour une délocalisation avec Kansas City, Las Vegas ou encore Houston. Gary Bettman est lui aussi impliqué en tant que dirigeant pour décider de l’avenir de la franchise. Finalement le miracle arrive début 2007. Le gouverneur de l’époque, Ed Rendell, annonce que les représentants du gouvernement sont d’accord pour financer l’arène de 290 millions de dollars avec l’argent des salons de machines à sous de l’État. Une délivrance pour Mario Lemieux qui a encore réussi à sauver la franchise:  » C’est un grand jour pour le hockey. Je suis heureux d’être ici aujourd’hui pour annoncer un accord avec la ville, le comté et l’État pour la garder pendant 30 ans. C’était mon objectif et je suis heureux que nous l’ayons enfin atteint  » ( Mario Lemieux ).

Différents accords économiques ont été conclus en plus mais les Penguins ont désormais leur nouvelle arène. Alors que le contrat avec la Mellon Arena expire le 30 juin, un accord a été trouvé pour rester jusqu’à l’ouverture de la prochaine arène. Elle ouvre définitivement le 27 juillet 2010 et permet aujourd’hui aux Pens d’avoir à disposition une salle d’une capacité de 18 387 places. L’entreprise « Consol Energy » achète le Naming de l’arène avant que « PPG Industries » récupère celui-ci en 2016. Des investissements en plus en partie dus au projet sportif et au travail de Lemieux pour maintenir cette franchise à Pittsburgh. 

La création d’une dynastie sous Lemieux

Pour revenir à la glace, les Penguins ont remporté trois Coupes Stanley sous Lemieux. Malgré sa qualité de propriétaire, il a continué à être autour des Penguins et des choix sportifs. Il est là pour aider ses joueurs, pour apporter des conseils, son expérience. Son aura a joué auprès des joueurs. Il a soutenu son équipe alors que celle-ci est menée 3/2 lors des finales de 2009:  » Nous sommes ensemble une famille. Nous n’avons besoin de personne c’est seulement avec nous, victoire ou égalité. Je pense vraiment que c’est notre année. Nous gagnerons mardi et gagnerons la Coupe vendredi  » ( Texto de Mario Lemieux à l’ensemble de l’équipe avant le match 6 ). L’équipe remporte ce match six 2/1. Un dernier match est à gagner à Détroit. Une nouvelle fois, il essaye de motiver son équipe:  » C’est une chance unique de réaliser votre rêve d’enfant de gagner une Coupe Stanley. Jouez sans crainte et vous réussirez ! Rendez-vous au centre de la glace  » ( Texto de Mario Lemieux avant le match 7 ). Ils finiront par remporter cette coupe. Sa troisième, la première en tant que propriétaire. 

Il a eu un impact important dans les choix de Jim Rutherford pour entourer Crosby et Malkin. Tous les choix réalisés ont permis à la franchise de remporter deux années de rang la Coupe Stanley, une première pour une franchise dans l’ère de la masse salariale. Il rentre un peu plus dans l’histoire grâce aux exploits de son équipe. Il a fait partie de toutes les Coupes Stanley remportées par les Penguins. Il en totalise cinq et sa reconversion en tant que propriétaire est un succès. Si de nombreux sportifs ont échoué dans leur rôle d’après carrière, Lemieux a probablement fait mieux qu’il ne pouvait l’espérer. Certes, il a eu l’avantage d’avoir une équipe compétitive mais tous ses choix dans les dirigeants pour la franchise ont été un succès. Il a toujours fait passer l’intérêt des Pens en avant. Toutes ses décisions se sont avérées payantes et la franchise de Pittsburgh a marqué l’histoire de la LNH. Alors que Gretzky n’a pas réussi dans sa reconversion en tant qu’entraineur des Coyotes, Lemieux a lui réussi celle-ci en tant que propriétaire. Finalement si Gretzky a été devant Lemieux dans sa carrière de joueur, ce dernier a beaucoup mieux géré l’après carrière.

Mario Lemieux soulevant sa troisième Coupe Stanley en tant que propriétaire, sa cinquième à titre personnel ( nhl.com )

Une revente permettant la pérennité des Penguins

Sa franchise a réussi jusqu’à la saison 2021/2022 à tenir une série de matchs à guichets fermés, un record en LNH. Une sécurité financière mise à mal par la pandémie qui a changé la donne. Elle a rappelé la fragilité de la franchise qui se trouve dans un petit marché et avec des investisseurs moins importants que d’autres équipes. Ils sont les seuls à avoir accepté l’aide de 4,8 millions de dollars du « Paycheck Protection program ». La franchise s’est expliquée en raison du refus de SEA de reporter temporairement le paiement du loyer pour l’arène. Une décision critiquée par certains mais qui montre surtout que l’absence de fans pendant cette pandémie a encore plus créé un trou financier pour la franchise. L’heure est à la revente et en ce début de saison, Lemieux et Brian Burke ont trouvé un accord avec le «  Fenway Sports Groupe » pour la revente des Penguins. Une organisation déjà bien implantée dans le monde du sport avec Liverpool et les Red Sox comme propriété ainsi que 50% d’une écurie de Nascar. Un groupe valorisé à 7 milliards de dollars après un investissement en mars de 750 millions de dollars par RedBird Capital Partners. Parmi les investisseurs, se trouve le joueur de NBA des Los Angeles Lakers LeBron James. Une vente d’environ 900 millions de dollars a été conclu entre les deux clans, un record en LNH. 

Néanmoins Mario Lemieux et Ron Burkle vont garder des parts dans la franchise et vont être proche du groupe concernant la franchise. C’est probablement la chose la plus importante pour les Penguins puisque l’ancien joueur peut avoir un regard sur les activités des Pens et du Groupe Fenway. Une arrivée d’un groupe solide financièrement et surtout porté sur le sportif, les Red Sox et Liverpool étant particulièrement compétitifs dans leur ligue. Même si le côté « business » reste important à leurs yeux, la présence de Mario Lemieux permet de maintenir ce côté familial ainsi que les différents dirigeants installés à certains postes. En effet, Mario Lemieux a aujourd’hui créé une grande famille à Pittsburgh et peut partir le coeur serein avec une franchise qui est entre de bonnes mains et peut ainsi entrevoir plus sereinement la fin de l’ère Crosby et la probable reconstruction qui suit. La photo sortie récemment où LeBron James arbore un maillot des Penguins a fait le tour du monde, montrant la nouvelle dimension médiatique des Penguins. Un joueur qui peut servir en tant que vitrine. 

L’ère Lemieux prend fin avec cette revente. La franchise et la ville lui doivent beaucoup pour le travail accompli. Son arrivée en tant que joueur a été un premier miracle pour maintenir l’équipe. Son retour en tant que propriétaire, un second miracle. Le dernier a probablement été l’arrivée de Crosby et la construction de la nouvelle arène. Un tout accompagné d’une réussite d’un point de vue sportif. Il n’est pas étonnant qu’une statue du « Magnifique » se trouve devant l’arène des Penguins. Il a réussi à mettre une franchise de hockey au centre de l’attention dans une ville où les Steelers et les Pirates ont l’avantage en principe. Il est l’emblème d’une ville et il est probable que personne ne dépasse l’impact d’un tel joueur sur sa ville adoptive dans le monde du sport. 

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