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Gymnastique : Les 10 moments marquants de 2021

A quelques jours de la fin de l’année 2021, retour sur les moments les plus marquants de l’année en gymnastique. Le tout avec en point d’orgue les Jeux Olympiques de Tokyo où se sont affrontés les meilleurs gymnastes mondiaux. Découvrez dix moments de l’année sans ordre particulier !

Le retour de la gymnastique russe au sommet de l’Olympe

29 et 25 ans, c’était le temps depuis lequel les russes n’étaient pas montés sur la première marche du podium en équipe aux Jeux Olympiques, respectivement pour les femmes et les hommes. Depuis 5 olympiades, les japonais et chinois se partagent les médailles d’or chez les messieurs. Chez les femmes, roumaines, et américaines régnaient quasi sans partage sur la gymnastique depuis 1996 à l’exception du sacre des chinoises à domicile en 2008.

Et même aux championnats du monde sur la période, on ne compte qu’une victoire pour les femmes russes, en 2010. Avant des victoires roumaines principalement, après uniquement des victoires américaines. Même constat chez les messieurs où les hommes n’avaient jamais gagné sous la bannière de leur nouveau pays avant leur victoire en 2019. Les chinois n’ont en effet laissé que des miettes aux autres : un titre pour la Biélorussie et un pour le Japon en quasiment 30 ans.

A l’aube des Jeux de Tokyo, il était quasiment impossible d’imaginer les femmes gagner face aux américaines. Si leur domination semblait pourtant moins importante, il n’y avait pas de raison qu’elles ne s’imposent pas. Même constat pour les hommes à l’équipe expérimentée, championne du monde en titre et comptant les deux derniers champions du monde individuels, mais décimée par les blessures de dernière minute.

L'équipe russe de gymnastique constituée de David Belyavskiy, Nikita Nagornyy, Artur Dalaloyan et Denis Ablyazin en or aux Jeux Olympiques
David Belyavskiy, Nikita Nagornyy, Artur Dalaloyan et Denis Ablyazin en or à Tokyo (Loïc Venance/AFP)

Et pourtant, face aux locaux, les russes pourtant troisièmes des qualifications raflent la mise pour 0,103 points. Une marge infime mais suffisante pour retrouver les sommets. Le lendemain, la compétition est moins complexe pour les russes déjà en tête de plus d’un point à la surprise générale après les qualifications. Dans une finale qui voit les chinoises, troisièmes des qualifications s’effondrer, elles profitent également du retrait de Simone Biles pour suivre l’exemple des hommes la veille avec une marge de plus de 3 points plus que confortable. Fin de la disette des dernières décennies pour la Russie, qui devrait pourtant attendre pour avoir un titre au bon nom de son pays chez les femmes. Mais peut-être sont-elles plus performantes sous le nom d’équipe unifiée ou bien de ROC.

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Liliia Akhaimova, Viktoriia Listunova, Angelina Melnikova et Vladislava Urazova apportent la première médaille d’or à la Russie au concours par équipe de gymnastique depuis 1992
Liliia Akhaimova, Viktoriia Listunova, Angelina Melnikova et Vladislava Urazova apportent la première médaille d’or à la Russie au concours par équipe depuis 1992 (Alexeï Filippov/Sputnik)

Danusia Francis vit son rêve olympique

C’est l’une des belles images des Jeux Olympiques de Tokyo. Pourtant ici, pas de médaille, pas de victoire, ni même de qualification. Danusia Francis était réserviste de l’équipe britannique lors des Jeux de Londres. Après un passage en NCAA où elle a matché avec UCLA, elle vivait cet été ses premiers Jeux. Ce faisant, elle était la seconde jamaïcaine à y participer, ayant changé de nationalité sportive entre temps. Comme beaucoup, il s’agissait du rêve de toute une vie. Un rêve qui allait bientôt de nouveau être brisé. Danusia Francis se blesse au genou peu de temps avant les qualifications. Les résultats ne sont pas bons : rupture du ligament croisé. Il lui est alors impossible de concourir.

Après une période de réflexion, elle décide de tout de même participer. Elle n’était de toute façon pas aux Jeux Olympiques pour une médaille. Non, elle y était comme des centaines d’athlètes juste pour ce rêve de vivre dans le village et de pouvoir dire j’y étais, je suis un athlète olympique. Son intervention aux barres asymétriques dure 11s et se déroule sous les encouragements du reste du plateau. Les juges ne lui tiennent pas rigueur de la courte durée de son enchainement. Elle finit avec la meilleure note de difficulté de la journée 9,033. Et ce jour-là, Danusia qui a fini tout en bas du classement était peut-être la personne la plus heureuse.

Daiki Hashimoto, un japonais pour en remplacer un autre sur le toit du monde

La gymnastique artistique masculine sort d’une domination totale par Kohei Uchimura « King Kohei« . Entre 2009 et 2017 aucun titre mondial lui échappe. Régulièrement blessé dernièrement, celui qui restera certainement comme l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand, gymnaste de tous les temps, n’est pas engagé au concours général individuel. Non présent également en équipe, il est inscrit en tant que spécialiste en cheval d’arçons et barre fixe.

Son absence l’empêche de réaliser un triplé historique. Elle laisse également une place vacante et libre pour un nouveau champion olympique. Les candidats tout désignés sont alors Nikita Nagornyy, champion du monde en titre, ainsi que les chinois Xiao Ruoteng et Sun Wei. Pourtant après les qualifications c’est le jeune japonais Daiki Hashimoto qui mène devant Nagornyy et Ruoteng.

Dans une finale relevée, le japonais mène après les deux premiers agrès, notamment grâce à une excellente performance au cheval d’arçons. Un passage en dessous aux anneaux et des bonnes performances de ses concurrents aux barres parallèles et saut le met à mal. Il n’est que troisième avant le dernier agrès : la barre fixe. Auteur d’un excellent passage, Daiki Hashimoto s’impose devenant par la même occasion le plus jeune champion olympique du concours général de l’histoire. Il remonte sur la première marche du podium une seconde fois quelques jours plus tard pour un podium en barre fixe, son agrès porte-bonheur. Le japonais succède donc à son coéquipier sur le toit de l’Olympe.

Daiki Hashimoto à la barre fixe en finale du concours général de gymnastique à Tokyo
Hashimoto à la barre fixe lors de la finale du concours général à Tokyo (Getty images)

Rebeca Andrade, quand la persévérance paye

L’histoire de Rebeca Andrade est surtout celle de la persévérance. Promise depuis longtemps à un bel avenir dans la gymnastique, la gymnaste enchaîne les blessures graves. En effet depuis le début de sa carrière en senior en 2015, elle s’est rompu 3 fois le ligament croisé droit. La première fois avant les mondiaux 2015. Après des Jeux Olympiques à domicile où elle finit 11ème au concours général individuel, mais où elle avait montré tout son potentiel en finissant deuxième des qualifications, elle se le rompt une seconde fois en 2017 lors de l’échauffement des mondiaux. Elle se blesse une troisième fois au même genou en 2019 quelques temps avant les mondiaux qu’elle rate une nouvelle fois.

La gymnaste ne songe pourtant à aucun moment à arrêter. Elle est certainement l’une des grandes gagnantes du report des Jeux Olympiques. Elle fait son retour à la compétition et obtient son ticket pour les Jeux lors des Championnats Pan-Américains début 2021. A cette occasion, elle prend la première place du classement général.

Le 29 juillet, Rebeca Andrade devient la première brésilienne à gagner une médaille en gymnastique aux Jeux Olympiques. Elle finit alors deuxième du concours général individuel derrière Sunisa Lee. Deux jours plus tard, elle inscrit une nouvelle fois son nom dans l’histoire de son pays en devenant la première championne olympique de sa discipline, au saut cette fois. Quelques mois plus tard et après avoir eu le droit de porter le drapeau brésilien lors de la cérémonie de clôture des Jeux, rebelote, lors des championnats du monde cette fois. Elle s’y impose au saut avant de prendre la médaille d’argent aux barres asymétriques.

Rebeca Andrade au sol lors de la finale du concours général individuel de gymnastique à Tokyo
Rebeca Andrade au sol lors de la finale du concours général individuel (Jonne Roriz/COB)

Whitlock, Derwael, Jingyuan… Les spécialistes ne craquent pas

Aux Jeux Olympiques, plusieurs noms apparaissaient comme favoris de leur discipline pour des médailles aux agrès. Et une bonne partie d’entre eux n’a pas déçue :

Max Whitlock, double champion olympique à Rio (sol & cheval d’arçon). En lisse uniquement au cheval d’arçons, le triple champion du monde de la discipline n’a pas faibli. Malgré une cinquième place en qualifications, le champion olympique en titre a conservé celui-ci au Japon. Avec sa note de difficulté nettement supérieure aux autres, le britannique a pu se permettre quelques petites erreurs d’exécution sans se mettre en grand danger. D’ordinaire habitué à caler sa note de départ sur celles des autres, le fait qu’il passe en premier l’a forcé à envoyer son plus grand niveau de difficulté pour limiter les risques.

Nina Derwael, double championne du monde des barres asymétriques. A Tokyo, la belge ne faiblit pas sur son agrès de prédilection. Obtenant déjà un excellent classement au concours général, elle devient championne olympique aux barres quelques jours plus tard. Avec une note de difficulté bien supérieure à ses concurrentes et la deuxième note d’exécution, elle s’impose avec une marge relativement importante. Ce faisant, elle devient la première belge championne olympique de gymnastique de l’histoire. Pour l’anecdote, ses entraineurs sont ceux qui entrainaient à l’époque Emilie Le Pennec, unique championne olympique en gymnastique française et sacrée… aux barres asymétriques.

Artem Dolgopyat, double vice-champion du monde au sol. L’israélien était l’un des favoris. En effet, il était souvent sur le podium ces dernières années. De plus les absences de Kenzo Shirai (retraite) et Artur Dalaloyan (blessure) ouvraient des places sur un podium dont les champions du monde et olympiques bougent assez régulièrement. Dans une compétition malgré tout relevée, il profite d’erreurs de grands favoris au podium ou à la victoire (Nagornyy en finale, Yulo en qualifications). Il finit par obtenir la première victoire israélienne de l’histoire, grâce à sa note de difficulté plus élevée que celle de l’espagnol Zapata.

Zou Jingyuan, double champion du monde des barres parallèles. Le chinois a tenu son rang. Auteur de deux prestations de très au vol, il a surclassé la concurrence, notamment grâce à sa note de difficulté fort élevée (6,9, 2ème plus haute), mais surtout grâce à son exécution particulièrement propre qui lui vaut 9,366 en qualifications et 9,333 lors de la finale.

Max Whitlock champion olympique de cheval d'arçons
Max Whitlock de nouveau titré sur son agrès préféré (Xinhua/Shutterstock)

Sunisa Lee reine olympique inattendue

Après les qualifications pour la finale du concours général, tout semblait possible. En effet, on comptait 6 gymnastes en moins d’un point. Le retrait de Simone Biles rebat une nouvelle fois les cartes à deux jours de la finale. Alors que personne ne se posait réellement de questions sur l’identité de la future championne olympique, elles sont désormais quatre à pouvoir y prétendre fortement : Rebeca Andrade, Sunisa Lee, Angelina Melnikova & Vladislava Urazova. Entre la première et la quatrième : 0,3 point. Entre Lee et Urazova, moins de 0,1 point.

A la fin, c’est la jeune américaine Sunisa Lee qui s’impose devant la brésilienne et les deux russes, notamment grâce à ses excellentes barres asymétriques. Elle continue ainsi la dynastie américaine débutée en 2004 par Carly Patterson et qui a vu par la suite être sacrées Nastia Liukin, Gabrielle Douglas et Simone Biles.

Sunisa Lee, championne olympique inattendue du concours général individuel de gymnastique
Sunisa Lee, championne olympique inattendue du concours général individuel de gymnastique (Laurence Griffiths/Getty)

Angelina Melnikova, nouvelle championne du monde

Comme souvent après une année olympique, il y a moins d’enjeux aux championnats du monde suivants. Cette année ne déroge pas à la règle, d’autant plus qu’ils étaient seulement quelques mois après la fin des Jeux Olympiques. Alors que l’intégralité de l’équipe américaine est partie voguer vers d’autres horizons, Angelina Melnikova et d’autres ont vu en une absence de prise de repos une occasion unique : celui d’être enfin sacrée championne du monde.

La gymnaste russe s’est donc imposée en novembre au Japon. Un moment attendu et qui vient conclure son excellente année olympique et boucler de la meilleure des façons sa carrière. En effet, déjà à Rio, elle finit troisième mais était parvenue à se qualifier à toutes les finales. Il ne lui manque désormais plus que le titre individuel aux Jeux Olympiques après ses 2 troisièmes places de cette année. Avec ce titre, elle est la première championne du monde non américaine depuis 2011 et le sacre d’Aliya Mustafina. Une belle histoire tant elle a connu un bas suite aux Jeux Olympiques de Rio où elle n’avait même pas réussi à se qualifier en finale du concours général individuel.

« Mes capacités ne se sont ouvertes qu’après mes 20 ans. J’ai senti ma vraie force physique, et exactement ce que je peux faire en gymnastique. J’ai une meilleure compréhension de mon corps. J’étais vraiment surprise parce que je pensais que c’était fini, mais il s’avère que cela ne faisait que commencer. »

Angelina Melnikova dans une interview sur sa carrière à olympics.org

Outre ce changement au niveau de la dynastie mondiale, qui pourrait ne pas durer les américaines faisant malgré tout 2ème et 3ème, ce titre est aussi un rappel qu’une gymnaste n’est pas finie si elle n’a pas tout réussi à 16 ans. Et cette année olympique et mondiale l’aura rappelé à bien des reprises avec les médailles de : Andrade (22 ans), Skinner (24 ans), Murakami (24 ans), Biles (24 ans), Schäfer (24 ans). Mais surtout avec la première médaille olympique de Vanessa Ferrari 31 ans qui se pare d’argent au sol à Tokyo presque 10 ans après sa dernière médaille mondiale, l’argent au sol en 2013.

Angelina Melnikova championne du monde de gymnastique en novembre 2021
Angelina Melnikova, sacrée championne du monde au Japon en novembre 2021 (AP/Hiro Komae)

Samir Aït Saïd et le rêve olympique compliqué

Samir Aït Saïd commence les Jeux Olympiques à la tête de la délégation française. En compagnie de Clarisse Abgegnenou, il mène la délégation française lors de la cérémonie d’ouverture. 4 ans après sa très grave blessure au saut lors des Jeux de Rio, il veut monter sur le podium olympique. S’il n’a auparavant jamais obtenu une médaille mondiale, son palmarès européen est garni et il a très souvent frisé la médaille.

A Tokyo, les choses débutent plutôt bien. En effet, il finit 3ème des qualifications derrière le grec maître de la discipline Elefthérios Petroúnias et le chinois Liu Yang spécialiste de la discipline. Il présente pour l’occasion un élément tout nouveau qui porte désormais son nom dans le code des points. Mais la malchance se mêle une nouvelle fois de son aventure. Il se blesse au biceps quelques jours avant la finale. Malgré cette blessure plus qu’handicapante, il termine 4ème de la finale derrière le binôme chinois et le grec. Malgré son immense déception, il a donné rendez-vous à tout le monde à Paris, où il espère enfin avoir le destin de son côté et se parer d’or.

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Samir Aït Saïd aux anneaux lors d'une épreuve de gymastique des Jeux Olympiques
Samir Aït Saïd aux anneaux lors des Jeux Olympiques (Lionel Bonaventure/AFP)

Biles, Downie, Voss, quand les gymnastes reprennent le contrôle de leur sport et de leur corps

L’année 2021 n’a pas échappé aux nombreux scandales. Après des années de silence sur les conditions d’entrainement, et autres non-joyeusetés, les gymnastes parlent. Les américaines ont lancé les hostilités avec l’affaire Larry Nassar il y a quelques années. Depuis, il ne se passe pas deux mois sans qu’une nouvelle gymnaste parle. Et tous les pays sont concernés. Un mal sur le moment pour un immense bien par la suite. Les gymnastes aiment leur sport et elles n’ont désormais plus envie de se voir l’être retiré par d’autres.

Les soeurs Downie ont fait beaucoup de bruit après s’être attaquée à leur fédération. C’était l’une des premières fois que des gymnastes encore en activité le faisaient. L’une des conséquences a peut-être été la non-sélection de Rebecca pour les Jeux Olympiques. La vice-championne des barres asymétriques en titre était en effet une énorme favorite pour la première place aux Jeux.

Mais 2021 n’a pas été que l’année des critiques. Elle a également été celle des grandes avancées. Aux championnats d’Europe, les allemandes apparaissent pour la première fois dans des combinaisons. Certaines gymnastes ne se sentent en effet pas à l’aise en justaucorps. Contrairement à d’autres sports, cela fait longtemps que cette tenue est autorisée en compétitions, elles n’avaient juste jamais été portées jusque là. En les revêtant, Sarah Voss et ses coéquipières voulaient montrer que chacun était libre de pratiquer son sport dans la tenue la plus adaptée et que ces tenues pouvaient également être élégantes que cela soit au niveau amateur ou haut-niveau.

Plus tard dans l’année, Simone Biles a été saluée par l’ensemble des athlètes pour avoir osé dire stop et avoir fait passer sa santé avant les Jeux. En abandonnant pendant la finale par équipe, elle a permis d’ouvrir le débat sur la santé mentale des sportifs de haut-niveau. Mais il a également permis de parler d’un mal qui touche les gymnates : les twisties. Ce phénomène connu d’un grand nombre d’entre eux est en effet très dangereux. En concourant, elle aurait mis sa vie en jeu, mais également la seconde place acquise par ses coéquipières.

La fin d’année se conclue favorablement pour les gymnastes américaines. Alors que l’argent gagné par les victimes de l’affaire Nassar a fait la une des médias, ce n’était pourtant pas l’élément clé de l’accord conclu avec la fédération. Dans celui-ci, il est prévu qu’au minimum une ancienne victime d’abus soit intégrée au niveau décisionnaire de la fédération de gymnastique américaine. Si le temps dira comment les choses évolueront, l’ouverture de la parole des athlètes est de bon augure pour la suite.

Sarah Voss, gymnaste allemande lors de la qualification des Championnats d'Europe de gymnastique artistique à Bâle (Suisse), le 21 avril 2021. (FABRICE COFFRINI / AFP)
Sarah Voss en combinaison lors des Championnats d’Europe en avril 2021 à Bâle, Suisse (FABRICE COFFRINI / AFP)

Des retraites en pagaille

Comme toujours après une année olympique de nombreuses et nombreux gymnastes rangent les maniques au placard. Retour sur quelques grands noms qui ont arrêté cette année, avec les deux plus marquants en tête :

Kenzo Shirai : Le japonais a pris sa retraite peu de temps avant les Jeux, la faute à des blessures trop handicapantes. Le spécialiste du sol termine une carrière pleine de médailles mondiales. Il est triple champion du monde du sol, une fois au saut, une fois en équipe et également champion olympique en équipe à Rio et médaillé de bronze au saut. Spécialisé en saut et sol, il est connu pour ses difficultés importantes, notamment en terme de vrilles. Il laisse à la gymnastique mondiale 6 éléments à son nom : 3 au sol et 3 au saut.

Kenzo Shirai celebrates after his floor routine during the men's team final at the Rio Olympics on Aug. 8, 2016 in Rio de Janeiro. | REUTERS
Kenzo Shirai lors des Jeux Olympiques de Rio (Reuters)

Larisa Iordache : La gymnaste roumaine a annoncé sa retraite mi-décembre. Principale concurrente de Simone Biles pendant plusieurs années, elle souffrait de blessures depuis quelques années. Sa carrière reste l’une des meilleures de la dernière décennie avec des titres européens et des médailles mondiales à la pelle. Le seul regret dans sa carrière reste ses mésaventures aux Jeux Olympiques. Elle est privée de Jeux par sa fédération en 2016 au profit de Catalina Ponor alors que l’équipe roumaine n’avait pas réussi à se qualifier. C’était pourtant elle qui avait sécurisé le quota individuel grâce à son podium aux mondiaux 2015 et elle s’était imposée aux championnats nationaux malgré une blessure devant sa rivale.

Par la suite, son corps lâche, notamment sa cheville dont elle se rompt le tendon d’Achille pendant l’échauffement des mondiaux 2017. Après des années compliquées sur le plan santé, ce modèle de perséverance avait réussi à se qualifier pour Tokyo aux Championnats d’Europe 2021 en terminant première des qualifications. C’était quelques mois après avoir signé son grand retour après plus de 3 ans loin des praticables lors de ceux 2020 où bien des pays ne s’étaient pas déplacés.

Mais cet été, l’aventure olympique avait pris fin en qualifications lorsqu’elle se blesse en sortie de poutre. Essayant jusqu’au bout de participer, elle fait forfait durant l’échauffement de la finale, laissant sa place à une personne qui aurait pu avoir une chance de victoire. Sa carrière ne survit pas à cette nouvelle blessure. Avec elle, plus qu’une gymnaste particulièrement appréciée et un symbole de la gymnastique ces dernières années, c’est peut-être également le dernier élément de la grande Roumanie qui disparaît.

Larisa Iordache gymnaste roumaine en poutre
Larisa Iordache en poutre (Yves Logghe / AP)

Epke Zonderland : Le Néerlandais Volant a annoncé sa retraite juste après Tokyo. Le néerlandais de 35 ans était spécialiste de la barre fixe. Triple champion du monde et triple vice-champion du monde de la discipline, il n’est pas parvenu à se qualifier en finale des Jeux sur son agrès préféré à cause d’une mauvaise préparation à cause de soucis de santé.

Giulia Steingruber : La suissesse de 27 ans, spécialiste du saut a annoncé sa retraite tout début octobre. Avec 10 médailles aux championnats d’Europe pour 6 en or, elle est l’un des plus beaux palmarès de ces dernières années. En 2015, elle est même sacrée au concours général individuel. Une fois médaillée de bronze aux mondiaux à Montréal en 2017 et aux Jeux Olympiques de Rio, son départ laisse un grand vide dans la gymnastique Suisse.

Mai Murakami : La japonaise a pris sa retraite sur une médaille d’or au sol et une de bronze à la poutre en novembre dernier devant son public. Si elle n’a jamais pu concurrencer Simone Biles, elle est vice-championne du monde au concours général en 2018 et double championne du monde au sol. Son palmarès est également complété par sa médaille de bronze obtenue en compagnie de la russe Melnikova cet été à Tokyo.

Oskana Chusovitina : La gymnaste ouzbèke de 46 ans, championne olympique avec l’équipe unifiée de l’ancienne URSS en 1992, avait annoncé sa retraite suite aux Jeux de Tokyo. Figure de la gymnastique ayant traversé les époques, la doyenne de la gymnastique mondiale avait alors fini 14ème des qualifications en saut. Spécialisée depuis des années sur cet agrès, elle avait été chaudement félicitée par ses concurrentes dans le Centre de gymnastique d’Ariake vide de public. Mais cette grande habituée des retours est déjà sortie de sa retraite et prépare actuellement les Jeux Asiatiques de l’année prochaine, avant peut-être de pousser pour des derniers Jeux (ou pas ?) à Paris en 2024 ?

Il reste également de nombreux inconnus dont on ne connaît actuellement pas le futur. L’ère de Simone Biles a-t-elle touché à sa fin ou la reverra-t-on ? Kohei Uchimura roi absolu de la discipline a-t-il fait sa dernière apparition lors des mondiaux de gymnastique à domicile ? Max Whitlock, les russes prenant de l’âge s’arrêteront-ils ? Les gymnastes américaines qui viennent d’entrer en NCAA retenteront-elles l’élite d’ici quelques années ?

2021 fut une année dense en gymnastique mettant en avant de magnifiques moments de sport, de nouvelles difficultés, mais également de beaux instants fair-play sur les plateaux de compétitions. Reste désormais à voir ce que nous apportera la prochaine année que ce soit au niveau français et mondial. En effet, malgré leur absence de médaille à la fin, les françaises ont montré de magnifiques choses à Tokyo qui seront à concrétiser dans les prochaines années.

Crédits images titre : REUTERS/Dylan Martinez & Xinhua/Wang Lili

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