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Liam Tourki : « Les JO ? C’est un grand rêve… »

Seul représentant de l’Equipe de France, hommes et femmes confondus, en snowboard halfpipe, Liam Tourki, 22 ans, se confie avec bonne humeur au CCS, sur son parcours, sa discipline et sur ses rêves de Jeux Olympiques…

Si tu devais te présenter pour les gens qui ne te connaissent pas ?

« Je m’appelle Liam Tourki, je suis originaire de Grenoble, j’ai commencé le snowboard quand j’avais 4 ans, et en compétition vers 7-8 ans ! Je suis rentré au club des 7 Laux, où je suis toujours. Je suis resté à Grenoble avant de déménager vers Albertville pour être au collège à Moûtiers dans une classe sport, où j’avais un emploi du temps aménagé. Après cette année de 3e, j’ai été sélectionné au pôle France, j’étais donc au lycée à Albertville, je faisais du snow l’hiver et les cours l’été.

Au début je faisais toutes les disciplines en snowboard, du border cross, du slopestyle, du halfpipe, même du slalom ! Et quand je suis rentré au lycée à Albertville, je me suis spécialisé en halfpipe. C’est très dur de se concentrer sur plusieurs disciplines en même temps. A un certain niveau, ça demande tellement d’investissements pour être performant dans une seule, que j’ai pris la décision d’en choisir une ! »

Liam Tourki à ses débuts en snowboard

Qu’est-ce que le halfpipe ?

« C’est comme un gros U, un demi-tube de neige, de 150-200 m de long, avec des murs de 6 m de haut, dans lequel on doit aller le plus haut possible tout en faisant les figures les plus compliquées possible. C’est là qu’on va marquer le plus de points. D’autres éléments entrent en jeu : en coupe du monde, les juges se basent sur une fiche de critères qu’ils appellent DAVE (N.D.L.R, Difficulty, amplitude, variety and execution). Mais le plus important c’est d’aller haut (rires) ! On n’a pas de points attribués pour telle ou telle figure, c’est le run dans sa globalité qui va être noté. »

As-tu les infrastructures nécessaires pour t’entraîner en France ?

« Il n’y a plus de pipe en France. Il y en avait encore avant le Covid-19, mais, en réalité, le nombre baissait chaque année. Je m’entraîne surtout en Suisse, à Leysin, Laax ou Crans Montana. C’est un peu cher mais ils ont toujours des bons pipes et c’est ce qui me permet de rester au niveau ! »

Essaies-tu de créer tes propres figures ou t’inspires-tu de ce qui a déjà été réalisé ?

« Beaucoup de tricks ont déjà été fait, mais il en reste également de nombreux à faire ! Pour l’instant j’essaie surtout de faire ce qui a été fait (rires), c’est quand même plus simple ! Mais dans ma tête j’ai toujours envie d’essayer quelque chose de nouveau, de différent, car il y a un critère de variété en compétition. C’est donc important de se démarquer des autres et de faire les choses à sa manière. »

Le fait d’être jugé par des personnes, ce qui est subjectif, est-il délicat à appréhender ? 

« Ça peut l’être parfois, mais en général ça ne me dérange pas. On a l’habitude, on sait comment ça marche. A la base je suis quand même un grand fan de snowboard, si je ne suis pas en finale ou sur une compétition je vais de toute manière la regarder, et je suis le premier à juger ! Donc cela ne me dérange pas qu’on me juge derrière (rires). »

Plongez dans le pipe avec un run d’entrainement de Liam

Comment s’organise ta semaine type de course ?

« J’arrive en général le dimanche ou le lundi. Ensuite on a deux jours d’entrainement qu’on partage avec les skieurs : nous le matin, eux l’après-midi et inversement. Avec des blocs de 2 h 30, voire 3 heures, si la rotation est longue, si le télésiège est lent … (rires). Après on va avoir une journée de repos, les qualifications, un nouveau jour de pause, et enfin la finale. Les journées de repos pour nous correspondent aux jours où ce sont les skieurs qui pratiquent. C’est une longue semaine mais finalement pas si intense que cela. »

Les jours de repos tu ne peux donc pas utiliser le pipe. Comment occupes-tu ces journées ?

« On se regroupe avec les autres athlètes, on fait pas mal de trucs en commun. On va faire un peu de sport, du foot, du basket, courir, ou réaliser une petite séance d’abdos. Mais c’est tout, après on va boire une bière (rires) ! L’ambiance est chouette, mais c’est aussi parce que je suis un jeune qui ne vise pas encore le titre. Ceux qui gagnent, dans le Top 5-6, ne sont pas dans le même état d’esprit que nous, ils sont moins potes entre eux… »

Tu es le seul représentant français hommes et femmes confondus en snow halfpipe. Comment se passe tes déplacements ?

« Je m’entraîne avec une équipe américaine car la fédération française ne m’aide pas dans le coaching, donc je me débrouille. J’ai un coach américain, mais c’est plutôt une équipe internationale finalement. Pareil pour les déplacements et les voyages, je commence à avoir pas mal de potes donc je m’arrange avec eux. Là par exemple à Copper Mountain, j’étais avec une Américaine, une Allemande, un Italien, leurs coachs, on était dans une grosse maison tous ensemble c’était sympa ! Sinon quand le slopestyle français est sur le même site que moi, je me cale avec eux. A Mammoth pour la prochaine course, je serai dans le même logement, je pourrai profiter de la voiture. Et même si on n’a pas le même planning le coach m’aide, donc c’est cool. »

Liam qui s’envole au dessus du mur du pipe

Il n’y a que quatre épreuves de halfpipe programmées cette saison, en comptant celle des Jeux Olympiques. Comment l’expliques-tu ?

« C’est vrai que ce n’est pas beaucoup. Les dernières saisons il y avait cinq coupes du monde de disputées. L’année dernière était encore un peu spéciale avec le Covid-19, il n’y en a eu que trois en comptant les mondiaux. Cette saison, on aurait dû commencer la coupe du monde en Nouvelle-Zélande cet été mais tout était fermé et ils n’ont pas pu l’organiser. Et c’est toujours spécial en année olympique, c’est l’objectif de tout le monde. Donc il faut caser les courses avant mais il n’y a pas beaucoup de places, surtout pour notre discipline qui demande une infrastructure demandante en neige. Peu de stations sont capables d’organiser une coupe du monde, et encore moins sont celles qui ont la volonté de le faire… »

Avec quatre courses par an, comment fais-tu financièrement ?

« J’essaie d’attraper un maximum d’aides de la fédération, des sponsors, d’organisations comme la Région ou le Département, mais ça ne suffit pas. Il y en a beaucoup qui sortent de ma poche ! Donc je travaille souvent l’été. »

Tu dis que tu es encore un jeune qui ne se bat pas pour le titre. Quelles sont tes ambitions ?

« Mon premier objectif est clairement d’aller aux JO ! C’est un peu spécial parce que la fédération française de ski ne me donne pas de critère particulier. Elle m’a simplement dit que j’irai si je suis capable de ramener une médaille ! Ce qui est un peu aléatoire dans notre sport : il suffit que je sorte un gros run, que les meilleurs aient de moins bonnes conditions ou qu’ils fassent une erreur, et ce sont les 7e et 8e sur le podium… Tout est possible ! Le seul vrai critère est celui imposé par la fédération internationale qui prend les cinq meilleures coupes du monde de chaque athlète des deux dernières saisons, ainsi que les résultats obtenus aux championnats du monde. Et il faut faire partie du Top 24. Mais pour l’instant oui je ne pense qu’à Pékin, je n’ai pas encore réfléchi à la suite. Et finalement pour mon sport, je ne suis pas si jeune ! Celui qui fait 2e aux JO de Sochi avait 16 ans, donc ça fait relativiser (rires). »

Liam contre la paroi du pipe

Quand on te parle des Jeux Olympiques, qu’est-ce que cela éveille chez toi ?

« C’est un grand rêve ! De pouvoir y aller, représenter mon pays… Pourtant, je n’ai pas été baigné dans l’esprit JO. J’ai découvert ça par moi-même quand j’ai commencé à participer à des compétitions internationales. Avant cela je ne m’y intéressais pas vraiment, je faisais du snowboard pour faire du snowboard et je ne savais pas trop ce qui se passait en dehors des 7 Laux et des 2 Alpes (rires) ! La première fois que j’ai regardé les Jeux c’était à Sochi en 2014, j’avais 15 ans, et je regardais le gars qui avait mon âge (Ayumu Hirano (JAP), deux fois médaillé d’argent aux JO, à Sochi et PeyongChang, N.D.L.R) faire deuxième là-bas (rires) ! »

Les semaines vont vite s’enchainer jusqu’aux Jeux avec notamment les X Games 15 jours avant, un événement vraiment un part dans le monde du freestyle. Qu’est-ce que cela t’évoque ?

« Alors pour le coup si je n’étais pas trop branché JO quand j’étais jeune, j’étais à fond dans les X Games (rires) ! Je ne vais pas dire que cela me tente plus, mais niveau snowboard, je serai plus fier de me faire inviter aux X Games parce que ça reconnait davantage mon niveau dans le monde du snowboard que les Jeux. C’est vraiment le graal pour les snowboardeurs ! »  

Après avoir commencé sa saison de coupe du monde par une 20e place à Copper Mountain, être resté aux États-Unis pour fêter Noël avec de la famille à Los Angeles, et pour s’entraîner dans les meilleures conditions, Liam Tourki sera de retour ce samedi 8 janvier 2022 à Mammoth Mountain, en Californie, pour la deuxième étape de la saison. Un nouveau rendez-vous important sur le chemin qui le mènera peut-être jusqu’à Pékin.

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