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L’ombre de Sir Alex plane toujours sur Old Trafford

Qu’ils semblent loin ce soir de mai 1999 au Camp Nou et ce but d’Ole Gunnar Solskjær à la 90e+3. En déclin sportivement depuis de longues saisons maintenant, le club paye surtout les nouvelles priorités de la direction. Cinq petits trophées sont venus timidement consoler les supporters d’une formation loin des standards qui étaient les siens. Entre déception et espoir, retour sur quelques facteurs de la gestion mancunienne qui ont précipité l’affaiblissement d’un club phare du royaume.

Un club à la recherche d’identité

Quatre derrière, des ailiers virevoltants, du spectacle et un esprit sûr de ses forces. Voilà la recette qui a permis aux fidèles d’Old Trafford de régner sur le royaume durant les 27 ans de service du manager écossais. L’équipe d’Alex Ferguson jouait pour ses fans. Elle n’oubliait jamais la notion de divertissement jusqu’au Fergie Time. Depuis, cinq coachs se sont succédé mais aucun d’entre eux n’a su imposer une tactique capable de faire se lever les foules comme le faisait celle de Sir Alex. Ni le football de possession de Van Gaal, ni le jeu défensif de Mourinho n’ont réussi à satisfaire le public mancunien. Aujourd’hui, on est encore loin, très loin, de la folie qui régnait dans le jeu du club anglais.

Et cette folie est également absente au sein de l’effectif de Manchester United. Le manager écossais impressionnait par sa capacité à diriger un effectif aux égos démesurés. Roy Kean, Cantona, Ferdinand, Vidic, Rooney… Tous ont été gérés d’une main de maître par l’illustre manager mancunien. Toujours au service du collectif, ils ont été les leaders des grandes victoires de Manchester United sous Sir Alex. Leur rage de vaincre et leur caractère ont poussé leurs coéquipiers à se dépasser et à former un collectif uni. Jamais on a senti un effectif se dérober à l’autorité naturelle de Ferguson. Demandez à Beckham et son arcade s’il était bon de tenir tête au manager écossais…

Les altercations avec Ferguson ont laissé des traces dans la carrière de Beckham (Sporting Pictures)

Mais ces leaders manquent aujourd’hui au club du nord de l’Angleterre. Depuis 2013 et malgré de grands noms, aucun n’a su véritablement reprendre le flambeau des illustres meneurs d’hommes mancunien. Rooney a décliné sportivement dès le départ d’Alex Ferguson, Pogba n’a jamais réussi à s’imposer comme un leader de vestiaire… Le retour de Ronaldo aurait pu combler ce manque mais son arrivée ne semble pas suffire à insuffler un nouvel élan au collectif. Elle n’a pas non plus empêché l’éviction d’Ole Gunnar Solskjær.

1,3 milliards de transferts : pour quels résultats ?

Pour revenir sur le devant de la scène, Manchester devra donc trouver une nouvelle identité de jeu. Identité qui devra être incarnée par des leaders qui manquent au club depuis de longues années maintenant. Recruter semble indispensable pour un club qui ne s’est jamais montré avare sur le marché des transferts. Déjà sous Ferguson, le MU n’hésitait pas à casser sa tirelire lorsque c’était nécessaire. Les transferts de Rio Ferdinand en provenance de Leeds pour 46 millions (record de l’époque pour un défenseur), ou de Juan Sebastián Verón pour 42,6 millions, nous montrent que le club de Sir Alex savait se donner les moyens de ses ambitions. Et il ne se trompait d’ailleurs que rarement. Si Verón ou Anderson sont perçus comme des erreurs de casting, les autres échecs ne se chiffrent pas très haut. Et ils n’ont pas empêché le club de régner sur le royaume. En axant sa stratégie de recrutement dans une véritable logique sportive, Ferguson a permis au club de rester sur le toit du foot anglais.

Mais aujourd’hui, les sommes investies par Manchester United pour regagner les sommets ne produisent pour l’instant que peu de résultats. Pire, ils sont surtout le fruit d’un investissement marketing. Si les transferts de Paul Pogba (105 millions d’euros) ou d’Anthony Martial (80 millions d’euros) ne sont pas catastrophiques au point d’être considérés comme des flops, ils ne sont pas non plus de franches réussites. Mais que dire des arrivées d’Angel Di Maria (75 millions d’euros), de Romelu Lukaku (82 millions d’euros), ou encore d’Harry Maguire (87 millions d’euros) ? Aucun d’entre eux n’a su, de près ou de loin, justifier les sommes exorbitantes investies dans leurs transferts. La démission d’Ed Woodward, incarnation du virage marketing qu’a pris MU, pourrait amener le club à revoir sa politique de recrutement.

Manchester United, quatrième club le plus actif sur le marché des transferts au cours des dix dernières années (CIES)

Mais les supporters d’Old Trafford ont de quoi espérer un avenir meilleur. De Giggs à Rashford, Manchester United a toujours su s’appuyer sur son centre de formation. La volonté de former des joueurs sur le terrain mais également des hommes en dehors a fait la renommée de la formation à la MU. Ferguson n’a d’ailleurs jamais hésité à puiser dans la jeunesse mancunienne pour dresser une équipe première compétitive. Quand bien même les médias estimaient en 1995 que “You can’t win anything with kids”, Sir Alex a toujours eu confiance en sa formation et en a même fait l’ossature de ses victoires. Et quand ils n’étaient pas directement formés au club, les jeunes joueurs de l’équipe première explosaient à Manchester. À l’instar des Ronaldo, Nani, ou Rooney, tous ont franchi un cap en évoluant sous les ordres d’Alex Ferguson.

Et cette tradition tend à se perpétuer. Avec huit joueurs de son centre de formation au sein de son effectif, MU est le club de Premier League à intégrer le plus d’éléments formés dans son propre vivier (à égalité avec Chelsea). De plus, les arrivées de jeunes éléments qui ont besoin de franchir un palier comme Amad Diallo, ou besoin de renouveau pour poursuivre leur progression, à l’instar de Jadon Sancho, témoignent de cette coutume des Reds Devils de baser leur succès sur le talent de leur formation.

Manchester United est le club anglais qui compte le plus de joueurs issus de son centre de formation au sein de son effectif. (Transfermarkt)

La SuperLeague et les dérives du foot-business

Et si les transferts réalisés par la direction mancunienne ont une forte connotation marketing, ce n’est pas un hasard. Rachetés en 2005 par Malcom Glazer, les Reds Devils sont dès lors tombés dans l’ère du marketing et de l’hyper communication, tuant à petit feu l’appartenance populaire du club par les fans. Des fans qui n’ont pas hésité à protester dès le rachat de MU par l’américain, en créant le FC United. Le club avait pour objectif de proposer aux Mancuniens un autre football : populaire et détenu par les supporters. Bien loin des dérives du foot-business.

Aujourd’hui quatrième club le plus valorisé au monde selon Forbes, l’entreprise MU se porte très bien. Et ce, malgré les résultats sportifs. Un foot-business qui a atteint son paroxysme au printemps dernier, avec le projet avorté de la Super League. À l’initiative du projet, Manchester United n’a fait que renforcer la colère de ses supporters à l’égard de la direction. Au point que ces derniers eurent l’idée d’envahir le stade d’Old Trafford lors de la réception de Liverpool, le dimanche 2 mai 2021. « Vous pouvez acheter notre club, mais vous ne pourrez pas acheter notre cœur et notre âme », pouvait-on lire sur les banderoles de certains manifestants. Une ultime preuve que le divorce entre les fans et la direction est bel et bien consommé.

Les supporters avaient un message à faire passer lors de l’envahissement de la pelouse d’Old Trafford, le 2 mai dernier (AFP)

Après presque une décennie de galère, Manchester United semble encore bien loin de retrouver les sommets du foot anglais. Entre déclin sportif et rupture entre la direction et une grande partie des supporters, l’avenir proche semble bien compliqué pour le club le plus titré de Premier League. Fraîchement débarqué dans le nord de l’Angleterre, Ralf Rangnick sera le sixième technicien à prendre d’assaut le lourd héritage de Sir Alex. L’enjeu est immense : ramener du rêve dans un “Theatre of Dreams” où les supporters sont insomniaques depuis bien trop longtemps.

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