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NBA – Andrew Wiggins, autopsie d’une rédemption

Les Warriors de Golden State réalisent une saison 2021-2022 tout à fait brillante avec une actuelle deuxième place dans la Conférence Ouest et un bilan de 29 victoires et 9 défaites. Steph Curry est en mode MVP, Draymond Green candidate pour le titre de meilleur défenseur de l’année, Steve Kerr mène toujours ses troupes d’une main de maître et Klay Thompson est sur le point de revenir sur un parquet NBA. Bref, tous les feux sont au vert. Dans l’ombre de ces stars, un joueur mérite sa part de reconnaissance : Andrew Wiggins. Défense élite, efficacité offensive rare, Wiggins réalise une saison brillante qui contribue à la réussite des Warriors. Analyse et décryptage. (Couverture : Blue Man Hoop)

De l’étiquette de prodige à celle de déception frustrante, il n’y a qu’un pas, ou plutôt il y a huit saisons en NBA pour Andrew Wiggins. Attendu comme le « futur de la NBA », l’ailier canadien de 26 ans a déçu dans le Minnesota en essuyant en même temps un torrent de critiques. Mais aujourd’hui, dans un contexte collectif épanouissant, Andrew Wiggins fait peau neuve pour enfin endosser un rôle dans lequel il excelle. Déterminant en défense et efficace en attaque, le numéro 1 de la Draft 2014 est en train de se racheter une réputation en NBA. Autopsie d’une rédemption.

Andrew Wiggins ou l’itinéraire d’un prodige décevant

Andrew Wiggins est l’un des tout premiers phénomènes médiatiques du basketball dans la nouvelle ère du numérique. En 2009, à seulement 14 ans, le Canadien est identifié dans une vidéo YouTube mettant en valeur les meilleurs espoirs du basket de demain : 5 millions de vues, un sommet pour l’époque. Et puis tout s’est enchaîné. La hype est immense pour celui que certains appellent « The Michael Jordan of Canada ».

Remportant tous les trophées individuels de High-School en 2013, il arrive avec un an d’avance dans l’Université de Kansas. Placé entre Wilt Chamberlain et Danny Manning en couverture de Sports Illustrated, Andrew Wiggins endosse très vite l’étiquette de « talent générationnel ». Lors de son unique saison à Kansas, le jeune canadien dévoile certains flashes exceptionnels mais certaines incertitudes deviennent persistantes.

Sports Illustrated du 9 octobre 2013

Sélectionné en première position de la Draft NBA 2014 par les Cavaliers de Cleveland, Andrew Wiggins prend aussitôt la direction de Minnesota en échange de Kevin Love qui vient épauler le retour de LeBron James aux Cavs. La suite, vous la connaissez. Cinq saisons et demie chez les Wolves, des attentes immenses, du potentiel qui n’a jamais semblé être exploité, des critiques acerbes et un bilan qui se cristallise autour d’un seul mot : déception. Attitude parfois désinvolte, choix de tirs catastrophiques, implication défensive minimale, une création pour lui-même discutable, et pour les autres quasi inexistante. La fin dramatique de l’expérience Jimmy Butler en 2019 pousse les Wolves à s’interroger sur la construction de son effectif.

Andrew Wiggins chez les Wolves, une expérience décevante

Le prodige Andrew Wiggins n’a pas su devenir le franchise player tant attendu par la NBA et par les fans des Wolves. Pourtant, ses chiffres sont loin d’être ridicules, mais ils sont à des années-lumières de ce que nous pouvions espérer. Minnesota décide de s’accrocher au projet Wiggins. En octobre 2017, il signe une extension de contrat maximale de 147,7 millions de dollars sur cinq ans. Un contrat voué aux gémonies tant Andrew Wiggins entretient la frustration et la déception chez les Wolves durant les deux saisons qui suivent.

Alors, lorsque la direction de Minnesota entrevoit l’opportunité de se débarrasser de ce contrat tout en attirant un des amis proches de son nouveau franchise player désigné, Karl-Anthony Towns, elle n’hésite pas une seule seconde. Le vendredi 7 février 2020, les Golden State Warriors échangent D’Angelo Russell aux Timberwolves contre Andrew Wiggins et plusieurs choix de Draft. Beaucoup d’observateurs se demandent quel sera le rôle de Wiggins aux Warriors. Comment intégrer un ailier au joueur individualiste dans une équipe réputée pour son collectif ? Wiggins à Golden State pour quelques mois, une simple monnaie d’échange ? Dans tous les scénarios, le destin en NBA d’Andrew Wiggins prend le chemin d’un échec retentissant.

Andrew Wiggins, une révolution défensive personnelle

Après avoir disputé seulement 12 rencontres lors de la saison 2019-2020 sous le maillot des Warriors, saison de son transfert, Andrew Wiggins a réalisé un exercice 2020-2021 plutôt encourageant. Avec une ligne statistique (18,6 points en 71 matchs, 4,9 rebonds et 2,4 passes) très proche de ses années à Minnesota, Wiggins redonne un peu le sourire aux observateurs mais reste toujours frustrant et son nom reste accroché aux nombreuses rumeurs de transfert durant l’été 2021.

Un joueur en confiance fondu dans un collectif idéal

Pourtant, à l’ouverture de la saison 2021-2022, Wiggins est bel et bien un Warrior. Les tendances positives de la saison dernière se matérialisent rapidement avec notamment une réelle métamorphose défensive. Bien évidemment, les Warriors réalisent une saison défensive exceptionnelle, portés par un Draymond Green favori pour trophée de DPOY. En 38 rencontres, Golden State affiche un defensive rating de 102,2, le meilleur de la ligue. Mais derrière l’ailier fort star des Warriors, Andrew Wiggins est probablement le deuxième meilleur défenseur de l’équipe. Cette métamorphose, il la doit à un contexte d’équipe plus que favorable.

Steve Kerr a participé à la métamorphose défensive d’Andrew Wiggins

Pour Steve Kerr, l’idée du commerce autour de Wiggins était simple en 2020 : pallier les départs à l’aile d’un point de vue défensif. Les Warriors viennent de perdre Kevin Durant, André Iguadola, Shawn Livingston et Klay Thompson reste blessé. Dès son arrivée, le coach de Golden State a été clair avec lui : « Il fait plus de deux mètres et il peut garder tous les gars que nous ne pouvons plus garder. C’est donc la première chose que nous lui avons dit : « Ecoute, c’est ce dont nous avons besoin et tu en es absolument capable. » » Être entouré de joueurs triple champion NBA a grandement contribué à rebooster la passion, le moral et le statut d’Andrew Wiggins.

« Nous sommes au sommet de l’Ouest. Tout le monde se motive. Je suis entouré par la grandeur. Être autour de Steve, de Bob, de Steph, Draymond, Klay, des gens qui ont remporté plusieurs championnats et qui ont dirigé la ligue depuis longtemps. Et ces gars croient en moi. Chaque jour, que ce soit offensivement ou défensivement. Offensivement, ils me font confiance avec le ballon. Défensivement, ils m’ont mis sur le meilleur joueur de l’autre équipe. Juste ça, c’est motivant. « 

– Andrew Wiggins, ESPN, mercredi 5 janvier 2022

Ce ne pas un secret : l’environnement des Warriors est probablement le plus positif de la ligue, comme le fût celui des Spurs à la grande époque. Andrew Wiggins a changé son appréhension du basket par rapport à son passage à Minnesota. Concerné en défense, le Canadien apprend à gagner sans être la première option offensive de son équipe.

 « J’ai l’impression d’avoir beaucoup marqué au Minnesota et personne ne s’en soucie. Mais maintenant je suis ici, je joue un basket-ball gagnant, je bouge mon c*l. Je joue la meilleure défense que je puisse jouer.

– Andrew Wiggins, ESPN, mercredi 5 janvier 2022

Andrew Wiggins, une mue vers un défenseur élite

Les chiffres confirment la mutation de l’ailier canadien. Le potentiel défensif détecté chez Wiggins en high school et en NCAA semble enfin apparaître au haut niveau. Andrew Wiggins exploite ses qualités athlétiques hors du commun pour perturber le meilleur attaquant adverse. Quelques exemples en pagaille : il a réussi à tenir Ja Morant à 2/7 le jeudi 28 octobre 2021, de même contre les Celtics le vendredi 17 décembre 2021 où Jayson Tatum termine à 1/7 lorsque Wiggins était son plus proche défenseur. Le résultat ? Wiggins est peut-être aujourd’hui l’un des défenseurs les plus polyvalents de la ligue.

La « versatilité » défensive d’Andrew Wiggins – CraftedNBA

Parmi les joueurs ayant disputé plus de 30 rencontres cette saison et avec plus de 30 minutes par match, Andrew Wiggins pointe au second rang de la ligue avec un defense rating de 100,8. En creusant davantage, il est simple de s’apercevoir à quel point Wiggins est devenue un perturbateur. Lors de sa dernière saison avec Timberwolves, l’ailier canadien limite ses adversaires directs à 46,1 % de réussite, dont 36,1 % à 3 points et un peu reluisant 52,2 % à 2 points.

Cette saison, il fait parti des meilleurs de la ligue, notamment lorsqu’on prend en compte la difficulté de l’opposition. Wiggins tient ses adversaires à 42,3 % de réussite au général, descend l’adresse extérieure à 34,8 % et parvient à limiter à 48,2 % à 2 points les attaquants qu’il garde. Limiter son adversaire à 42,3 % FG ? Le meilleur score de la ligue parmi les joueurs ayant disputé plus de 30 rencontres. Un différentiel de presque quatre points qui doit aussi être mis en perspective avec le fait qu’il défend sur le meilleur extérieur adverse chaque soir.

La stat RAPTOR de Wiggins depuis le début de sa carrière – Crédit : FiveThirtyEight

Utilisons désormais une statistique avancée bien connue des analystes, le RAPTOR pour Robust Algorithm (using) Player Tracking (and) On/Off Ratings. Une statistique barbare mise en place en 2019 par le site FiveThirtyEight. RAPTOR est une statistique plus-moins qui mesure le nombre de points qu’un joueur contribue à l’attaque et à la défense de son équipe pour 100 possessions, par rapport à un joueur moyen de la ligue. Pour la première fois de sa carrière, Andrew Wiggins affiche une note positive en attaque (+0,4) ET en défense (+1,5). Bien sûr, le contexte collectif rend service à Wiggins, mais le voir rapporter 1,5 point par 100 possessions défensives est une véritable prouesse. Ou du moins, ce qu’on attendait de lui il y a quelques années. En se focalisant sur la défense, Andrew Wiggins a réussi à simplifier et à épurer son jeu offensif pour gagner en efficacité.

Andrew Wiggins, une efficacité offensive vertigineuse

Nous le rappelions dans notre premier paragraphe : l’efficacité et les choix offensifs d’Andrew Wiggins ont longtemps été discutables. À juste titre. Pour relativiser cette affirmation, il faut prendre en compte le rôle de Wiggins aux Wolves. Il était clairement l’option numéro 1 de son équipe. Si l’on retire l’année et demie de présence de Jimmy Butler et son année rookie, Andrew Wiggins avoisine aisément les 28 % d’usage. Depuis son arrivée aux Warriors, ce pourcentage tombe en dessous des 25 %. Une baisse significative qui nous sert de porte d’entrée pour expliquer en quoi le rôle de Wiggins aux Warriors est bien différent que dans le Minnesota.

Un nouveau rôle pour une nouvelle vie

Terminé l’Andrew Wiggins porteur de ballon qui tente en vain de créer son propre tir. Sous Steve Kerr, l’ailier canadien se concentre un rôle de second scoreur derrière Steph Curry, ou plutôt, porte la responsabilité d’être la seconde option quand le Chef est pris par la défense. Résultat, sa manière de jouer en attaque a changé.

Données NBA.com

Lisez notre graphique comme tel : lors de la saison 2016-2017, 45 % des tirs pris par Andrew Wiggins étaient des pull-ups ; 39,30 % étaient des tirs pris à moins de 3 mètres de l’arceau ; et 14,30 % étaient des catch-and-shoots. Comment cela peut être interprété ? Un joueur qui prend davantage de pull-ups que de catch-and-shoots est un joueur qui tient davantage le ballon et se rend moins dépendant des autres. Pour des joueurs qui réussissent dans ces situations d’isolation comme Kevin Durant ou Kawhi Leonard ce n’est pas un souci. Quand l’efficacité n’est pas au rendez-vous, le résultat est tout autre.

C’est ainsi que Steve Kerr a modifié l’utilisation d’Andrew Wiggins en l’inscrivant dans le rôle de 3&D très similaire à celui d’Harrisson Barnes entre la saison 2012 et 2016. Un ailier athlétique polyvalent en défense, capable de transpercer les ailes par des courses rapides pour finir près du cercle et de rentrer des trois points sur une passe. En comparant avec les statistiques d’Harrisson Barnes lors de la saison 2015-2016, nous remarquons une utilisation très similaire avec l’Andrew Wiggins version 2021-2022. Cette saison, pour la première fois de sa carrière, l’ailier canadien est davantage utilisé sur des situations de catch-and-shoot que sur pull-up.

Source : CraftedNBA

C’est exactement ce qu’illustre cette araignée de l’utilisation par type de jeu d’Andrew Wiggins. Il est majoritairement utilisé en tant que spot-up shooteur. Vient ensuite deux catégories, les cuts et en tant que porteur de ballon. Et si Andrew Wiggins s’épanouit tant dans ce nouveau rôle, c’est qu’il est désormais extrêmement efficace sur ces phases de jeu.

Constant & efficace, voici le nouveau Andrew Wiggins

En raison d’un rôle que les médias, les scouts et les entraîneurs lui ont imposé depuis son plus jeune âge, Andrew Wiggins s’est souvent retrouvé à forcer des tirs qu’il n’était tout simplement pas capable de rentrer. Désormais, sous Steve Kerr, c’est un tout autre Andrew Wiggins que nous avons sous les yeux. Regardez attentivement l’évolution de ses pourcentages :

Données NBA.com

Le constat est simple et sans appel : lors de cette 2021-2022, Andrew Wiggins atteint des sommets en carrière dans chaque catégorie en matière de réussite au tir. La progression à 3 points est vraiment impressionnante et se transpose dans son efficacité. Avec un eFG% de 56,70 %, Andrew Wiggins pointe au 32ème rang de la ligue, toutes positions confondues. Uniquement chez les ailiers, Wiggins est 6ème de NBA, devant des joueurs comme Kevin Durant, Luka Doncic ou Khris Middleton.

Le plus surprenant est peut-être son efficacité à 3 points. Avec 42,5 % de réussite sur les tirs extérieurs, Andrew Wiggins pointe actuellement au 16ème rang de la ligue dans cette catégorie. Impressionnant. Et ce n’est pas une question de volume. Wiggins tente 5,3 tirs à 3 points par rencontre cette saison alors que sur sa carrière, ce chiffre stagne à 3,9. Non, il s’agit réellement d’une meilleure mise en condition, de meilleures opportunités et de meilleurs choix.

Shot chart Andrew Wiggins cette saison – Source : Statmuse

Les statistiques sur les lignes extérieures sont exceptionnelles pour un garçon très longtemps critiqué pour son adresse à 3 points. Et effectivement, c’est une question d’opportunités proposées par le collectif des Warriors. Cette saison, Andrew Wiggins tente 32,6 % de 3 points depuis les corners pour une superbe réussite de 47,5 %. Deux pourcentages qui constituent des sommets en carrière pour l’ailier canadien. Dernier point, comparez la shot chart de Wiggins cette saison avec… celle de la saison 2015-2016, sa meilleure saison statistique jusqu’à présent.

Shot chart Andrew Wiggins en 2015-2016 – Source : Statmuse

Andrew Wiggins n’est plus le même homme. Le prodige, le talent générationnel est bien loin. Malgré tout, l’ailier canadien semble avoir trouvé sa place en NBA. Concentré et déterminé, il est devenu l’un des meilleurs 3&D de la ligue. Défenseur élite et polyvalent, il a gagné en maturité au contact des Warriors de Steve Kerr. Cette métamorphose se transpose en attaque où Wiggins est devenue un redoutable shooteur sur les lignes extérieures, terriblement efficace dans un rôle très similaire à Harrisson Barnes lors du premier titre de Golden State sous l’ère Curry. Il fait du Barnes, mais en mieux. Reste à savoir quel impact aura le retour de Klay Thompson sur son jeu et son rôle. En attendant, Andrew Wiggins est arrivé au 4ème rang des votes pour l’All-Star Game 2022 lors du premier pointage chez les fans. Une reconnaissance pour le prodige déchu.

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