Rugby

En Bretagne, le rugby fait son trou

Depuis quelques années, le rugby breton se développe, porté par un RC Vannes tête de gondole d’une région qui respire de plus en plus le ballon ovale. Récit d’une mue progressive, portée par l’engouement du public et une structuration sérieuse.

Parfois il suffit d’une seconde pour anéantir les rêves de toute une région. Lorsque le Biarrot Gavin Stark traverse le Stade de la Rabine à la 80e minute le 30 mai 2021, c’est toute la Bretagne du rugby qui reçoit un coup sur la tête : Vannes ne montera pas en Top 14. La demi-finale de pro D2 qui l’oppose au Biarritz Olympique a donné son verdict. 33-34 pour les Basques, les espoirs énormes sont douchés en une fraction de seconde. 

Vannes, locomotive d’un région en plein développement rugbystique

La déception passée, il faut tirer des enseignements. Et ils sont positifs. Le RCV, c’est déjà cinq ans d’ancienneté dans l’antichambre du Top 14, sommet du rugby français. Après de longues années en Fédérale 1, passées à se structurer autour d’un projet cohérent, le club breton est devenu une place forte de la Pro D2. Le stade de la Rabine, qui abrite l’un des plus beaux publics de France, est aujourd’hui un bastion redouté des autres formations.

Et le début de saison difficile des hommes de Jean-Noël Spitzer – 9e du classement à l’heure où ces lignes sont écrites – ne fait que ternir partiellement la belle progression des Bleu et Blanc. Tourné autour d’un centre de formation fort, en témoigne l’éclosion du jeune Nolan le Garrec à la mêlée du Racing ou du troisième ligne aile Grégoire Bazin, et d’une armée de bénévoles et partenaires, le RC Vannes semble incarner l’exemple parfait de la figure de proue. Tout ça dans une région en pleine croissance rugbystique.

Des clubs qui montent

Cette émulation profite à de très nombreux clubs de l’Ouest. On observe depuis quelques années une structuration de nouvelles places rugbystiques fortes, au pays du cyclisme et du football. Le Rennes étudiant club (REC) est de ceux-là. Le club noir et blanc s’est développé progressivement à la fin du XXe siècle jusqu’à accéder, en 1997, à la Nationale 3, ancêtre de notre Fédérale 3, puis à la Nationale 2 en 2000. 

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Après des années d’ascenseur entre les deux divisions, le club a obtenu une montée historique en Fédérale 1, le 27 mai 2018, devant 1500 supporters partagés entre effervescence et émotion. Cette montée était celle de toute une génération. « Plein de mecs qui ont fait l’aventure du début jusqu’à la fin », « des joueurs qui sont finalement assez nombreux à être en Fédérale 1 aujourd’hui », explique Nicolas Bohic Dossal, ancien 3e ligne du REC faisant aujourd’hui les beaux jours de Saint Malo. 

Aujourd’hui, le projet rennais s’est développé autour de ses entraîneurs, Yann Moison puis Kevin Courties. « On a changé de dimension », ajoute Nicolas Bohic Dossal. Le recrutement du club illustre parfaitement ce cercle vertueux qui traverse le rugby breton. Des joueurs comme Fred Hickes, puissant centre fidjien ou les demis de mêlée, Tim Menzel et Lucas Ollion, ont fait les beaux jours de Vannes avant de s’illustrer sous le maillot blanc et noir. Rennes est, à l’aube de l’année 2022, 5e de sa poule de Fédérale 1, à seulement un point du 3e, l’Olympique Marcq-en-Barœul.

La mêlée du Stade Rennais, face à Niort, début décembre 2021 (Photo : Dominique Deblaise )

Dans les divisions inférieures, le processus est le même : Des clubs qui se structurent de plus en plus, des pôles de formations solides et des recrutements de plus en plus ambitieux. Cela permet à des nombreuses structures bretonnes de s’implanter à long terme dans le paysage rugby. Le SC Le Rheu rugby – 6e de sa poule – est maintenant bien installé dans les joutes de la Fédérale 2 et se structure entre joueurs historiques du club et un recrutement impressionnant. Notamment chez le voisin rennais. 

L’équipe du Rheu, lors de la victoire contre Tours, le 12 décembre 2021 (Photos : Oval’Images)

Des clubs comme Plabennec, Plouzané, Fougères ou Saint-Malo – qui a signé cette saison un partenariat avec le club vannetais – commencent eux aussi à montrer les crocs en Fédérale 3. Saint Malo, 1er de sa poule, est un club « jeune, qui a envie de progresser », toujours selon son flanker Nicolas Bohic Dossal. Il note tout de même un manque d’infrastructures, qui peut être « limitant pour le club ». Le regard du club corsaire, « qui est quasiment monté de division d’année en année », semble quand même résolument tourné vers la Fédérale 2. 

Le Stade Rennais, figure de proue d’un rugby de haut niveau

Le rugby féminin n’est pas en reste. Lénaïg Corson, Sandrine Agricole, Caroline Drouin, la liste des joueuses passées par le Stade Rennais rugby, bastion du rugby français et l’équipe de France, est interminable. Deux fois vice-champion de France depuis son accession en Elite 1, le Stade est devenu un passage incontournable pour toutes les meilleures équipes de l’Hexagone. Aujourd’hui 5e de sa poule, il faut saluer la longévité d’un club misant sur « La Formation avant tout », selon les mots de son site Internet.

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Le parcours de joueuses comme Jade Ulutule, neuf sélections en équipe de France à XV, illustre cet objectif. « Elle était déjà à l’école de rugby du Stade Rennais, elle avait 13 ans », explique Paul Rey, membre du comité de la Ligue de rugby et fin connaisseur du Stade Rennais rugby. Aujourd’hui, des équipes féminines se créent ou perdurent dans de très nombreux clubs bretons. « On voit fleurir, à droite à gauche, pas mal d’associations et de clubs qui commencent à monter des sections féminine », reprend Paul Rey. Équipes indispensable à l’ouverture d’une région pour un rugby pour tous. 

Au premier plan, Caroline Drouin, demi d’ouverture du Stade Rennais, lors de la défaite contre le Stade Français Paris, le 19 décembre 2021. (Photo : Dominique Deblaise)

Tous ces exemples permettent d’illustrer la dynamique vertueuse, fruit de la coopération entre les clubs et d’un réel engouement dans la région. L’avenir semble dégagé pour une région qui se met à vivre de plus en plus au rythme du rugby. En témoignent l’affluence des demi-finales de Top 14 au Roazhon Park de Rennes en 2016 ou l’exceptionnel France-Afrique du Sud féminin à la Rabine le 6 novembre 2021.  

Il ne faut pas oublier tous les autres éducateurs et bénévoles qui s’occupent des clubs, de la 4e série à la semi-professionnelle fédérale, et qui sont tous partie intégrante de l’éclosion d’une vraie identité rugby en terre bretonne. Évidemment, la Bretagne n’a pas encore le bassin de club du Sud-Ouest ou la densité de formation de la région parisienne. Mais l’important est là. Le mouvement est lancé et il semble ne pas vouloir s’arrêter de si tôt.

Matthieu Cazalets

Crédit photo de couverture : Johanna Martin

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