Ski Alpin Sports hiver

Nils Allègre à propos de Kitzbühel : « On sent l’histoire qui gravite autour de nous »

Redoutée et admirée, aussi bien par les athlètes que par tous les amoureux du ski, la Streif de Kitzbühel est le plus grand monument de la saison de Coupe du Monde. Ce ruban vertigineux de 3 312 m de long, a forgé sa légende grâce à des performances incroyables. On pense aux cinq victoires du maître des lieux, Didier Cuche, ou encore au doublé en une journée de Luc Alphand, dernier français vainqueur dans le temple du ski en descente. Mais aussi à des chutes toujours plus terrifiantes, comme celle de Daniel Albrecht en 2009 qui dira adieu à sa carrière après avoir passé plusieurs semaines dans le coma. Kitzbühel, c’est un week-end à part, synonyme de tous les excès, et qui ne laisse personne indifférent.

Le temps d’un week-end, du 21 au 23 janvier 2022, cette petite ville glamour et branchée du Tyrol autrichien, située à 800 m d’altitude, devient le centre du monde du cirque blanc, pour un moment hors du temps. Kitzbühel, c’est la Mecque du ski. Des descendeurs.

Kitzbühel, c’est d’abord une piste, la Streif. Nils Allègre, auteur de son premier top 10 en descente sur cette même piste en 2021, nous la présente.

« Le départ est un des plus extrêmes du circuit avec Bormio, mais c’est peut-être encore plus impressionnant à Kitz’, parce qu’on voit les mecs littéralement disparaitre en sautant la Mausefalle (la souricière en français, un saut avec une inclinaison de pente à 85 %, N.D.L.R). C’est hyper raide ! À la réception, c’est une ligne droite avec une énorme compression pied droit. Les trente premières secondes sont extrêmes, c’est très technique et ça accélère super fort. Ensuite on a un enchainement de trois courbes très importantes avec le Steilhang. C’est ce qui va conditionner toute notre vitesse pour le plat. On doit être super juste. »

Nils Allègre sur le saut de la Mausefalle. Crédit photo : Agence Zoom

« C’est différent de Bormio où l’on va vite tout le long avec de grandes courbes. Ici, on a cette première section très impressionnante, et ensuite un long chemin qui permet de reprendre un peu ses esprits. Quand je rentre sur le chemin, j’ai un flash et je me demande si j’ai bien fait, si je suis vite. On sait si on a réussi notre Steilhang ou pas, et si on arrive avec de la vitesse. Il faut vite arriver à switcher pour être dans le présent et penser courbe après courbe. Il ne faut pas ressasser.

« C’est la course de l’année »

S’ensuit une partie plus vallonée qui ne propose pas un gros dénivelé mais qui reste difficile à skier pour moi. C’est une partie plus fluide même si ça dépend de la qualité de la neige. Mais clairement il y a moins de pente et la moindre faute coûte cher. Chaque année je perds un peu de temps. Je vais essayer de faire mieux et de trouver les clés pour aller vite. Et ce jusqu’à l’Hausberg… Là, on sait qu’on repasse en mode combat pour 35 secondes ! On a le saut en direction, la réception et une nouvelle grosse compression pied droit qui nous propulse dans le dévers. Après ça, on doit encore plonger dans le dernier mur d’arrivée, une ligne droite où on atteint les 140 km/h, c’est vraiment rock !

C’est d’abord la piste en elle-même qui a forgé le mythe. C’est la course de l’année ! On est dans le pays du ski. C’est une religion là-bas. Cette année, c’est la 82e édition et on sent l’histoire qui gravite autour de nous. »

Le saut de l’Hausbergkante et sa vue plongeante sur l’arrivée. Crédit photo : Agence Zoom.

On pense notamment au téléférique du Hahnenkamm, et ses bennes rouges, qui permettent de monter jusqu’au départ vertigineux de la Streif. Sur chacune d’entre elles est inscrit le nom d’un vainqueur dans la station autrichienne. Un détail qui fait partie du monument, et qui participe à sa légende.

Un spectacle apprécié

Kitzbühel, c’est aussi des moyens colossaux déployés, pour proposer un grand spectacle, tout en respectant et en assurant au mieux la sécurité des athlètes.

« À Bormio, ils préparent la piste de manière très limite. Ici, c’est vraiment orienté vers le spectacle et c’est fait de manière plus rigoureuse je trouve. C’est extrême mais il y a tout ce décor, comme la cabane de départ Red Bull, une infrastructure qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Et cet engouement autour de la course qui te donne un peu d’énergie en plus. Quelque chose que j’ai un peu de mal à trouver à Bormio, par exemple. Tout est tourné vers les athlètes, on a toujours un super public passionné, respectueux de tout le monde et qui encourage tout le monde ! On est vraiment déçu qu’il n’y ait que 1 000 personnes cette année. La foule donne un supplément d’âme. On a plaisir à ressentir qu’on fait partie d’un tel événement, que les gens aiment. »

La foule rassemblée en bas de la Streif pour la descente.

Tout le long du week-end, on assiste à un véritable show qui encadre les courses. Le samedi soir, après la descente, se tient le podium en bas de la Streif, qui est envahi par des dizaines de milliers de spectateurs encore présents. Une ambiance incroyable qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur le circuit. Un feu d’artifice est tiré du dévers et du dernier mur pour clôturer cette journée reine sur la Streif et inciter les passionnés à poursuivre la nuit dans les rues de la ville…

Kitzbühel, une épreuve à part pour les descendeurs

« Techniquement on ne la prépare pas différemment. De toute façon, on ne peut pas. Il est impossible de trouver ce genre de conditions à l’entrainement. Mentalement, c’est une charge émotionnelle fatigante. Après le week-end, on est un peu éprouvé. Mais pendant, c’est une énergie supplémentaire. J’avais de l’appréhension la première fois. Et c’est encore le cas maintenant ! On sait à quoi s’attendre, on sait que ce sera difficile, qu’on sera toujours surpris par quelque chose. Cela dépend des conditions, mais ce n’est jamais facile.

La semaine, on va la descendre quatre fois la piste, ce n’est pas qu’une course ! Même s’il y a moins de tension lors des entraînements, la tension est imposée par la piste et son exigence. Il faut arriver à se régénérer la nuit, à bien dormir, ce qui n’est pas toujours simple, tu cogites forcément. Je ne sais pas quel est le secret pour arriver frais le dernier jour (rires). Tu es obligé de faire les entrainements avec une grosse intensité, sinon la piste te balade. Ce n’est pas un match amical ! Les entraînements sont d’autant plus important qu’ils nous permettent de prendre nos marques afin de s’exprimer au mieux le jour de la course. Des fois on fait notre meilleur passage au premier entrainement car on se pose moins de questions. On le fait à l’instinct et c’est ce qui marche. »

La réception glacée du saut de l’Hausberg, dans une pente record.

La pression des JO

« Le fait d’être en sélection pour les Jeux Olympiques rajoute forcément une pression supplémentaire, que ce soit sur une piste ou sur une autre. J’essaie de pas y penser. Et c’est finalement peut-être un avantage que ce soit à Kitzbühel car je vais être obligé de me concentrer sur la course en elle-même, sans penser au reste. Ça m’enlèvera peut-être cette pression ! »

Pour certains descendeurs, une victoire dans la Mecque de Kitzbühel serait plus signifiante qu’un titre olympique. Qu’en est-il pour toi ?

« C’est difficile de trancher, j’ai du mal à me projeter… C’est vrai que Kitz’ pour les connaisseurs, c’est quelque chose d’immense. Et gagner devant 60 000 personnes ca doit être incroyable… C’est un ensemble qui rend cette course si particulière. »   

Et cette année encore, les descendeurs sont gâtés. Car deux descentes sont programmées ce week-end si la météo se montre assez clémente. Nils Allègre et le reste des flèches tricolores seront à suivre dès ce vendredi 21 janvier 2022 pour la première d’entre elles. Eux qui tenteront d’arracher un des derniers précieux billets pour les Jeux de Pékin…

(2 commentaires)

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :