Tennis

Open d’Australie 2022 : une première semaine prometteuse

Le premier Grand Chelem de l’année à Melbourne a déjà offert aux amateurs de la petite balle jaune son lot de surprises, spectacle et rebondissements tant sur le circuit masculin que féminin. Ce premier évènement majeur de l’année 2022 en tennis est l’occasion de revoir tous les meilleurs joueurs et meilleurs joueuses sur des matchs à enjeu et la quête du précieux premier sésame. Un Grand Chelem souvent atypique de par ses formats en night session tardifs, des matchs décousus où les athlètes doivent retrouver leurs premiers repères et se remettre dans le bain du format Grand Chelem toujours éprouvant physiquement. Retour sur cette première semaine aussi prometteuse que qualitative en termes de niveau de jeu.

Une première quinzaine à rebondissements et exploits inattendus

Bien souvent, l’Open d’Australie, placé en tout début d’année après les fêtes où les joueurs et joueuses jouent pour beaucoup leurs premiers matchs de l’année, offre des surprises et des matchs attractifs. On se souvient notamment de l’accession en demi-finale d’Aslan Karatsevou, en 2021, ou encore de l’Open d’Australie 2018 qui a vu Kyle Edmund et Chung Hyeon accéder aux demi-finales.

Lors de cette édition 2022, chez les hommes, il est à noter l’élimination surprise d’Alexander Zverev, lui le n°3 mondial et vainqueur du dernier Masters. Il s’est cassé les dents sur le fantasque gaucher Denis Shapovalov avec une défaite cinglante en trois petits sets 6/3, 7/5, 6/3. Une prestation inaboutie de l’Allemand face à un joueur toujours dur à lire dans le jeu et capable de coups d’éclats extraordinaires sur un court de tennis lorsqu’il est dans un bon jour. Ce fut sans doute le premier tremblement de terre à Melbourne : Voir celui qui faisait figure de favori pour le titre final, avec Rafael Nadal et Daniil Medvedev, échouer si tôt.

Andrey Rublev s’est aussi vu barrer la route prématurément face à Marin Cilic dans un match ouvert avec une défaite en quatre sets et un match globalement maîtrisé par Marin Cilic, non loin de retrouver son meilleur niveau. Robert Bautista Agut, tête de série n°15, a vu son Open d’Australie s’arrêter dès les 16e de finale contre un joueur qui ne cesse de progresser. En la personne de Taylor Fritz. Andy Murray, qui avait opéré une bonne préparation avant la quinzaine australienne, a été sorti dès le deuxième tour de façon surprenante par le Japonais Daniel Taro. Une défaite expéditive en trois sets.

Le Canadien Denis Shapovalov vainqueur de l’Allemand Alexander Zverev en 8e de finale de l’Open d’Australie à Melbourne le 23 janvier 2022. (Source photo : La Provence)

Chez les femmes, c’est plus que jamais un tableau ouvert qui se dresse cette année. Hormis l’ultra favorite Ashley Barty qui se promène sur ses terres, il apparaît bien difficile de dégager une deuxième favorite qui saura contrecarrer les plans de l’Australienne. Ni Paula Badosa, éliminée contre Madison Keys en 16e de finale, ni Maria Sakkari, battue par Jessica Pegula, ni Naomi Osaka, sortie par Amanda Anisimova, n’auront su faire illusion dans ce tournoi.

Barbara Krejcikova, tête de série n°4, reste en lice et jouera contre la revenante Madison Keys justement. Iga Swiatek, solide depuis le début du tournoi, défiera en quarts de finale Kaia Kanepi, vainqueuse de la Bélarusse Aryna Sabalenka – d’ailleurs bien décevante depuis plusieurs semaines. Mais c’est surtout vers un autre quart de finale que nos attentes et espoirs seront placés. Car Alizé Cornet a réussi l’exploit de se hisser jusqu’en quart de finale pour la première fois de sa carrière !

Une magnifique quinzaine pour les Français

Gael Monfils célèbre sa victoire contre Miomir Kecmanovic et retrouve ainsi les quarts de finale de l’Open d’Australie pour la première fois depuis 2016 (AP Photo/Tertius Pickard).

L’année 2021 était famélique quant aux performances des joueurs français et françaises dans le bilan des Grands Chelems. Pas un(e) seul(e) ne s’est hissé(e) jusqu’en deuxième semaine d’un tournoi du Grand Chelem. Tout simplement. Ainsi, il fallait s’armer d’un optimisme sans faille pour espérer voir dès cet Open d’Australie une amélioration dans le bilan français tant 2021 était catastrophique. C’est peut-être quand l’espoir paraît le plus lointain, quand on s’y attend le moins que l’on est le plus agréablement surpris.

Cet Open d’Australie est d’ores et déjà une vraie réussite côté français avec Alizé Cornet et Gaël Monfils en quart de finale. Si les dernières performances de Gaël Monfils, avec notamment sa victoire récente à Adelaïde en faisait un favori côté français, qui aurait misé une pièce sur Alizé Cornet ? Probablement personne. C’est un exploit magistral qu’a été en mesure de réussir la Française, avec pas moins de trois têtes de série d’éliminées. Et non des moindres : Ni Garbiñe Muguruza, ni Tamara Zidansek ni Simona Halep n’ont su venir à bout de la trentenaire, habitée d’une soif de revanche et d’une énergie indéfectible. C’est donc face à Danielle Collins, mercredi 26 janvier 2022, que la Française tentera de poursuivre son formidable parcours et d’accéder à sa première demi-finale en Grand Chelem.

Pour sa 63e participation à un tournoi du Grand Chelem, Alizé Cornet s’est qualifiée, lundi 24 janvier 2022, à son tout premier quart de finale majeur en battant Simona Halep à l’Open d’Australie (AFP).

Coté masculin, cette quinzaine aura régalé les amateurs chauvins du tennis français, à n’en point douter. Gaël Monfils poursuit son parcours sans faute (le Français est le seul joueur en quart de finale à n’avoir pas concédé le moindre set) et défiera, ce mardi 25 janvier 2022 au soir, Matteo Berrettini pour une place en demi-finale. Un match qui s’annonce aussi intense qu’explosif.

On se souvient forcément de la dernière rencontre entre ces deux joueurs : lors de l’US Open 2019, là aussi en quart de finale. L’Italien était venu à bout du Français dans un combat titanesque. Mais depuis, les choses ont bien changé. Gaël Monfils semble avoir retrouvé toutes ses sensations tennistiques, une motivation retrouvée. L’Italien, lui, est maintenant solidement installé dans le top 10 et démontre aussi toute sa régularité en Grand Chelem (son quatrième quart de finale d’affilée en Grand Chelem). C’est donc avec impatience que l’on attend ce match.

Toutefois, ce serait faire offense à Adrian Mannarino et Benoît Paire de ne parler que des quarts de finale de l’Open d’Australie. En effet, que dire du tournoi d’Adrian Mannarino si ce n’est qu’il a dépassé nos attentes ! Agé de 33 ans, c’était sans réelles attentes ni certitudes que le Français, originaire du Val d’Oise, abordait cette quinzaine australienne. Opposé dès le deuxième tour à Hubert Hurckaz (tête de série n°10), Adrian Mannarino a livré sans doute la performance la plus aboutie de sa carrière en écœurant le Polonais, sans solution et s’inclinant sèchement 6/4, 6/2, 6/3. Un exploit retentissant, à même de lui redonner toute la confiance nécessaire pour le tour suivant, qu’il passait brillamment en lessivant le Russe Aslan Karatsev 7/6, 6/7, 7/5, 6/4 après près de 4 heures de jeu.

C’est donc face à Rafael Nadal que Adrian Mannarino connaissait là son premier huitième de finale de sa carrière à l’Open d’Australie. Une montagne se dressait devant lui. Une marche sans aucun doute trop haute, mais une opposition dans laquelle le Français aura eu le mérite de faire plus qu’exister. Et parfois même de faire douter le taureau de Manacor. Des regrets sans doute avec quatre balles de set non converties dans la première manche. Mais au-delà de cette défaite logique et honorable 7/6, 6/2, 6/2, c’est bien un niveau de jeu consistant et régulier capable de le faire gagner face à des top joueurs qu’il faudra retenir du joueur désormais classé à la 69e place.

L’Espagnol Rafael Nadal et le Français Adrian Mannarino après leur match du quatrième tour de l’Open d’Australie à Melbourne le 23 janvier (AFP/William West).

Cet Open d’Australie avait décidé de nous gâter. Et même Benoit Paire, que l’on pensait perdu pour le tennis, offrait au public français un solide tournoi durant cette quinzaine australienne en se hissant jusqu’au troisième tour, après avoir battu Thiago Monteiro au premier tour et le Bulgare Grigor Dimitrov au second tour. Même face à un top 5 comme l’est Stefanos Tsitsipas, Benoit Paire s’est montré résilient, accrocheur, solide. Finalement défait en quatre manches 6/3, 7/5, 5/7, 6/4, c’est surtout un niveau de jeu retrouvé et une belle mentalité que l’on retiendra de son tournoi.

Quel plaisir en effet de revoir le Français épanoui sur le court et à même de retrouver son meilleur tennis. Il est aussi à mentionner l’honorable tournoi de Corentin Moutet, défait dans un véritable combat et une cruelle défaite face à Sébastian Korda au troisième tour. C’est donc avec bien plus d’espoirs et d’attentes pour les Français(es) que l’on peut aborder la saison 2022. Et on ne va pas bouder ce plaisir après un néant tennistique qui aura duré bien trop longtemps dans le clan français.

Le match de la quinzaine : l’opposition de style entre Medvedev et Kyrgios

Le numéro deux mondial, Daniil Medvedev a du batailler et jouer son meilleur tennis pour franchir l’obstacle Nick Kyrgios au deuxième tour (victoire 7/6, 6/4, 4/6, 6/2 – Source : AFP)

S’il était à retenir et à ne pas manquer un match de cette première semaine d’Open d’Australie, c’était probablement cette opposition de style entre le fantasque joueur Nick Kyrgios et le favori du tournoi Daniil Medvedev. C’est dans une ambiance déchainée où les fans locaux s’en donnaient à cœur joie pour enflammer cette partie et encourager leur protégé que s’affrontaient le Russe et l’Australien.

Un véritable match de tennis où les deux joueurs ont joué à leur meilleur niveau, avec des points fantastiques par moments et quelques trick shots dont Nick Kyrgios a le secret. Le genre de match qui ne laisse pas indifférent, y compris pour les néophytes du tennis. L’ambiance était presque suffocante à certains moments, pesante pour Daniil Medvedev sacrément chahuté par le public australien. Mais jamais le Russe n’a montré de failles dans son jeu ou dans son attitude sur le court.

C’est indéniablement ce type de match qui laisse de grands regrets concernant Nick Kyrgios, dont le style de jeu et le talent mériteraient d’être placés sous le feu des projecteurs bien plus souvent. C’est bien face à un joueur régulier, solide, imperturbable que Nick Kyrgios voyait pourtant son Open d’Australie s’arrêter prématurément, la faute à un classement non protégé (Kyrgios est classé 115e mondial). Ce n’est certainement pas un classement qui reflète le véritable niveau de Nick Kyrgios, capable de battre absolument n’importe quel joueur (avant ce match, il menait 2/0 dans les confrontations directes contre Daniil Medvedev) et d’enflammer n’importe quel court de tennis.

Toutefois, ce Daniil Medvedev était bien trop fort pour que l’Australien puisse réellement espérer, jamais usé physiquement ni véritablement déstabilisé par les coups de boutoir et sucreries de Kyrgios. Le Russe s’est montré redoutable en confirmant, s’il en était encore besoin, qu’il était bien à la place qu’il méritait et qu’il faudra être dans un grand jour pour espérer le prendre au meilleur des trois manches.

Projection sur les quarts de finale et deux tableaux ouverts

En l’absence de Roger Federer, Novak Djokovic, Dominic Thiem, le forfait aussi de Casper Ruud, c’est un tableau plus ouvert que 2021 qui se dressait dès le début du tournoi. Et l’élimination précoce de Alexander Zverev a confirmé cette tendance. Quatre joueurs parmi les huit engagés en quart de finale connaitront leur premier quart de finale ici à Melbourne (Matteo Berrettini, Félix Augier-Aliassime, Denis Shapovalov et Jannik Sinner).

Denis Shapovalov contre Rafael Nadal, Félix Augier-Aliassime contre Daniil Medvedev sont sûrement sur le papier les deux quarts de finale les moins équilibrés. Mais seront, sans aucun doute, deux matchs à ne pas manquer. Félix Augier-Aliassime confirme enfin tout son potentiel. Auteur de deux prestations très solides auparavant face à Daniel Evans et Marin Cilic, il n’aura rien à perdre face à Danill Medvedev qui aura lui, au contraire, tout à perdre ici. Denis Shapovalov, avec son jeu ultra offensif et sa patte gauche pourrait bien résister à Rafael Nadal et vouloir défendre chèrement sa peau. Le Canadien a d’ailleurs remporté le dernier duel.

Les deux autres quarts de finale Monfils contre Berrettini, Stefanos Tsitsipas contre Jannik Sinner semblent plus indécis : Aucun véritable large favori ne se dégage. Les deux Italiens arrivent en confiance. Matteo Berrettini a évité les deux pièges espagnols contre Carlos Alcaraz et Pablo Careno Busta, et il a surtout gagné le dernier duel contre Gaël Monfils lors de l’US Open 2019. Un avantage non négligeable pour aborder en confiance ce match. Mais le Français a lui passé nettement moins de temps sur le court. Ce match devrait se terminer en quatre ou cinq set et offrir un match spectaculaire.

L’issue finale de l’opposition Stefanos Tsitsipas – Jannik Sinner est tout autant complexe à prédire. Le Grec, poussif depuis sa finale à Roland Garros, a franchi les différents obstacles qui se sont dressés devant lui, tant bien que mal. Et surtout dans la douleur, ce lundi 24 janvier 2022, face à Taylor Fritz (victoire en 5 sets 4/6, 6/4, 4/6, 6/3, 6/4). Jannik Sinner s’est, lui, montré redoutablement efficace cette nuit contre l’Australien Alex De Minaur, avec une victoire impressionnante en trois petits sets 7/6, 6/3, 6/4. L’Italien arrivera sans doute avec plus de certitudes que le Grec et aura une vraie carte à jouer face un joueur en manque de confiance et moins frais physiquement.

C’est donc une quinzaine qui enchante les fans de tennis et, a fortiori, les fans français et italiens avec deux représentants en quart de finale. Les attentions seront forcément rivées vers nos deux chances tricolores avec Gaël Monfils, opposé en quart de finale contre Matteo Berrettini, mardi 25 janvier 2022, et Alizé Cornet face à l’Américaine Danielle Collins, mercredi 26 janvier 2022. Ashley Barty et Daniil Medvedev font office de favoris pour le titre final à Melbourne. Mais cet Open d’Australie a encore démontré que des surprises étaient toujours possibles et qu’aucun match n’était facile dans ce chaud et épuisant climat australien. Une chose est sûre : on a déjà hâte de se régaler devant les premiers quart de finale qui s’annoncent exceptionnels.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :