CAN 2021 Foot

CAN 2022 – L’année de la réussite pour le Sénégal ?

« Aujourd’hui, c’est l’Algérie qui est éliminée. Mais ça aurait pu être une autre équipe. Le continent est en train de progresser. Il n’y aura aucun match facile », regrette Aliou Cissé, sélectionneur du Sénégal au moment de commenter l’élimination du tenant du titre. Qualifiée en huitième de finale, sa sélection a pu le constater lors de la phase de groupe. Vainqueurs du Zimbabwe dans une rencontre compliquée, remportée en tout de fin de match sur un pénalty, les Lions n’ont pu faire mieux que 0-0 face à la Guinée puis au Malawi. Pourtant, le Sénégal reste l’un des pays favoris de la compétition, un statut certes ancré mais fragilisé à l’heure d’affronter le Cap Vert.

Le Sénégal et la CAN, une longue histoire de « je t’aime moi non plus »

C’est un crève-cœur pour l’ensemble du pays. Malgré la présence dans son histoire de plusieurs générations dorées, notamment celle du début du XXIème siècle, aucune n’a encore réussi à inscrire son nom au palmarès. Pourtant les occasions furent nombreuses. Dès sa première participation, en 1965, le Sénégal fait bonne impression en terminant quatrième. Une performance remarquable puisque la jeune nation, indépendante depuis 1960 seulement, se paye le luxe de s’imposer 5-1 en phase de poule contre l’Ethiopie, mastodonte du continent pour l’époque et vainqueur de l’édition 1962.

Toutefois il faudra patienter vingt-cinq longues années avant de connaitre de nouveau le frisson des exploits. En 1990, les Lions de la Téranga se hissent encore au pied du podium. Invaincue durant la phase de poule, l’équipe vient notamment à bout du Cameroun, tenant du titre, grâce à des réalisations de Mamadou Diallo et Moussa N´Daw (2-0). Un succès qui n’en appellera malheureusement pas d’autre, l’Algérie s’imposant devant son public en demi-finale (2-1) pour remporter son premier trophée face au Nigéria ensuite.

Parcours du Sénégal en Coupe d’Afrique des Nations (crédit : wikipédia)

Un scénario rêvé pour le Sénégal lors de l’édition suivante puisqu’en 1992, c’est en son sein qu’est organisé l’événement. La sélection échoue cette fois en quart de finale au Stade de l’Amitié à Dakar, devant 35 000 spectateurs qui ont pu y croire jusqu’au bout. Le Cameroun prend cette fois sa revanche en s’imposant à la 89ème minute, Ernest Ebongué inscrivant l’unique but du match. Cette équipe ne leur réussi pas.

Dix ans plus tard, les Sénégalais chutent de nouveau face aux Lions Indomptables. Mais cette fois-ci, en finale. La première de leur histoire (0-0, 3-2 aux tirs au but). Dans une atmosphère étouffante à Bamako, 50 000 personnes se bousculent et finissent même installés dans les marches. L’actuel coach de la sélection, Aliou Cissé, manque son face à face avec le gardien camerounais. Ce qui leur coûte la victoire. Un véritable regret pour cette génération extraordinaire qui réalisera quelques mois plus tard un parcours incroyable à la Coupe du monde 2002, en atteignant les quarts de finale de la compétition et en se payant le luxe de battre les champions du monde Français lors du match d’ouverture (1-0). Malgré ses tentatives, celle-ci ne pourra faire mieux lors des éditions suivantes en 2004 et 2006, s’inclinant coup sur coup face au futur vainqueur de l’épreuve (la Tunisie puis l’Egypte).

(crédit : wikipédia)

Une habitude dont le pays semble y prendre gout. Après un creux générationnel, ponctué par trois éliminations en phase de poule, le Sénégal est revenu en force ces dernières années. En 2019, et devant 75 000 spectateurs, les coéquipiers de Sadio Mané atteignent une nouvelle fois la finale. Déjà tombeur des Lions en phase de poule, Bounedjah servi par Bennacer trouve le chemin des filets dès la 2ème minute de jeu. Malgré un combat acharné pendant 90 minutes, les Fennecs s’imposent à nouveau et privent ainsi une nouvelle fois les Sénégalais de la victoire.

Un passé difficile et amer qui laisse croire que les joueurs d’Aliou Cissé reviennent cette année avec un seul objectif : Prendre leur revanche et soulever la coupe.

Un effectif « star » qui peut mener à la victoire ?

Fort de ce statut de vice-champion, la sélection sénégalaise sort également d’une très belle phase de qualification de CDM 2022. En effet, son bilan de 5 victoires et 1 match nul (15 buts marqués, 4 encaissés) lui permet d’affirmer ses ambitions, d’autant que seul le Maroc est parvenu à la défaire depuis la finale de la CAN 2019, pour 12 victoires et 6 matchs nuls. Grâce à ses bons résultats, la sélection est la meilleure au classement FIFA du continent (20ème). En plus d’une forte histoire avec la compétition, Aliou Cissé peut compter sur un effectif puissant pour faire face à cette compétition.

A commencer par Edouard Mendy. L’actuel gardien de Chelsea est sacré meilleur gardien de la saison 2020-2021 le 26 août dernier. L’ancien joueur du Stade Rennais commence le championnat 2021/2022 avec 12 clean sheet et 18 buts encaissés en 26 rencontres. Un statut qui ne peut que rassurer son coach et ses coéquipiers. Kalidou Koulibaly est lui aussi considéré comme l’un des meilleurs à son poste. Vainqueur de la coupe d’Italie en 2020 avec Naples, le joueur de 30 ans s’est très vite imposé en leader. Le défenseur central est impliqué dans quatre buts en Serie A lors de ce début de saison (deux buts et deux passes décisives). En plus de ses habitudes défensives, il est capable de pousser son équipe dans les phases offensives.

Valeur marchande des sélections participantes de la CAN 2022 (srouce : Transfermarkt.de)

Le coach peut également compter sur d’autres joueurs forts en ce début de CAN, tels que Sadio Mané ou encore Idrissa Gana Gueye. Pour ce dernier, « l’objectif, c’est la victoire finale ». Des paroles qui peuvent rassurer les supporters : les coéquipiers de Kalidou Koulibaly veulent bel et bien gagner cette année. Selon Robert Malm, ancien international togolais et maintenant consultant pour beIN sport, « c’est certainement l’effectif le plus complet, avec un homme fort à toutes les lignes. Aliou Cissé a cette diversité un peu partout sur le terrain. ». Pour preuve, le Sénégal possède la plus grosse valeur marchande de la compétition. Plus de deux fois supérieur à celle du Cameroun, le pays organisateur cette année.

Malheureusement, tout n’est pas si rose. Avec la crise sanitaire, onze cas positifs ont été détectés au début de la compétition dans l’effectif sénégalais, dont Edouard Mendy et Kalidou Koulibaly. Un coup dur pour Aliou Cissé qui a dû aligner son troisième gardien, Seny Dieng, face au Zimbabwe. À la tête de la sélection Sénégalaise depuis 2015, Cissé est en proie à de nombreuses critiques ces derniers temps. Le technicien sénégalais ne jouit plus de sa côte d’antan. Enfin, avec une moyenne d’âge des onze titulaires (lors du dernier match) à 28,9 ans et des prestations en déclin, le groupe sénégalais a peut-être besoin d’un vent de fraîcheur.

Des individualités solides mais un groupe encore en rodage

Outre les individualités, Aliou Cissé peut également compter sur un groupe solide et combatif. Il est habitué au 4-2-3-1, l’un de ses deux dispositifs phares et qui a fait ses preuves sur les derniers matchs du Sénégal. Cette composition est efficace car elle exploite bien les forces de chaque ligne de l’effectif et permet un positionnement flexible.

11 type du Sénégal (crédit : demivolée.com)

Abdou Diallo et Kalidou Koulibaly constituent une charnière centrale solide, appuyée par Edouard Mendy. Cette défense constitue à elle seule un atout majeur de la sélection. Pour compléter ce trio, Saliou Ciss et Bouna Sarr. En plus d’être efficaces à leur poste, ces deux joueurs sont capables de se projeter facilement en avant et offrent ainsi de nouvelles possibilités à l’équipe. En ce qui concerne le milieu de terrain, Idrissa Gueye et Cheikhou Kouyaté sont des éléments décisifs. Tous les deux ont de très bonnes capacités de récupération mais également de transmission de balle. Leurs performances permettent à la fois d’assurer le pressing mais également de se projeter vers l’avant rapidement.

L’attaque, quant à elle, n’a plus qu’à concrétiser. Ismaïla Sarr et Keita Baldé s’imposent très facilement dans les défenses adverses. Les deux ailiers arrivent, grâce à leur vitesse, à créer des décalages intéressants. Ces derniers peuvent compter sur la finition de Sadio Mané et Boulaye Dia. Complémentaires, les deux joueurs sont les points de fixation du jeu sénégalais. Avec cette équipe, Aliou Cissé semble avoir les cartes en main.

Pour autant, le jeu pratiqué est décevant sur cette phase de poule. En manque d’emprise, il est très direct, précipité et souvent brouillon et n’exploite pas totalement l’habilité technique de ses joueurs. Résultat, malgré son effectif de stars, le Sénégal est bousculé par des adversaires valeureux. Exemple frappant lors de son entrée dans la CAN, le 10 janvier, face au Zimbabwe. L’équipe parvient à s’imposer in extrémis avec un but sur pénalty à la dernière minute (90 + 7). Sur le plan comptable c’est une très bonne opération. Mais sur le contenu, il y a beaucoup de choses à redire. Les Lions de la Téranga ont longuement trébuché sur une équipe du Zimbabwe courageuse.

Les joueurs d’Aliou Cissé ont joué durant les vingt premières minutes avec de très bonnes intentions : un bloc équipe très haut, combiné à un pressing intensif pour empêcher les relances courtes du Zimbabwe (screen 1). Offensivement, les Sénégalais se sont caractérisés par une capacité de projection très verticale (screen 2) et en nombre (présence de 5 joueurs dans les 20 derniers mètres du Zimbabwe, screen 3) Par la suite, cette mise en place tactique s’est avérée moins efficace, l’équilibre entre la ligne défensivement et le quatuor étant moins en défaveur des derniers. Le milieu étant plus rapproché de la défense, la capacité de projection s’est avérée moins opérant.

D’ailleurs, les meilleures occasions sénégalaises ont été sur coup de pied arrêté ou via des actions individuelles faisant suite à des relances longues venant des 30 derniers mètres sénégalais (screen 4). Une longue période creuse, sans rythme et avec de vraies difficultés à compenser les manques physiques causés par la chaleur. Pourtant le but, dans les dernières secondes de la partie, provient de cet effort de pressing et de présence dans le camp adverse (screen 6), la récupération faisant suite à une erreur individuelle d’un défenseur pressé par deux joueurs (screen 5).

Pour Aliou Cissé, la route va être longue mais pas impossible. Au vu de l’historique et de l’effectif, les Lions de la Téranga peuvent allez loin. Le coach sénégalais à un mois pour ramener, avec son équipe, la victoire tant attendue aux supporters.

(Crédit photo de couverture : PA Images / Icon Sport)

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