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Loeb-Ogier, le duel des Sébastien

17 titres, 133 victoires, une domination sans partage depuis 2004 (en excluant 2019) : c’est ça le palmarès des Sebastien en WRC. Loeb a su mettre la France sur la carte du rallye. Ogier, lui, a réussi à entretenir cette culture de la gagne, au point de se porter à hauteur de son ainé. Si Sébastien Loeb semble le plus reconnu, le natif de Gap, quant à lui, œuvre depuis afin d’inverser la tendance. Leur retrouvailles à Monte-Carlo il y a une semaine, le 24 janvier 2022, a encore offert un spectacle somptueux, accentuant leur domination sur le monde du rallye.

Le règne de Sébastien Loeb

Une arrivée tonitruante chez les grands 

L’histoire d’amour entre Loeb et le WRC débute en 2001. Sous les couleurs officielles de Citroën, le jeune alsacien aura droit à ses débuts face à la crème du rallye mondial, en Italie. Sans se dégonfler, Sébastien Loeb décrochera son premier podium devant de grands noms du rallye. Qui aurait osé parier sur la suite de son histoire ?

Les bons résultats du Français lui ouvriront ainsi les portes du WRC en tant que pilote officiel de Citroën. Son premier rallye de 2002, à Monte-Carlo, terminera de faire douter les plus pessimistes : Loeb termine 1er (finalement déclassé pour une pénalité mécanique) et prouve à tous les espoirs placés en lui.

Les débuts de Loeb en WRC, à Monte-Carlo en 2002 (crédit : Rallye-Passion France)

Avant 2003, le monde du WRC n’était pas considéré comme terre des pilotes français. Certes, le titre de Didier Auriol en 1994 avait pu mettre en lumière cette discipline. Mais face au règne d’Alain Prost en Formule 1, le rallye n’avait pas sa place. L’année 2003 marque ce tournant, avec l’arrivée comme écurie officielle de Citroën en WRC.

Leur armada, constituée de Carlos Sainz Sr, Colin McRae et d’un jeune Français du nom de Sébastien Loeb fait trembler : leur domination n’est plus qu’attendue. Pour son retour à Monte-Carlo, c’est d’ailleurs ce dernier qui parviendra à signer enfin sa première victoire et à se placer comme un sérieux candidat aux ambitions de titre.

La genèse d’un grand

La suite de la saison comporte des hauts et des bas pour Sébastien Loeb. Vainqueur à nouveau en Allemagne et à San Remo, il se voit contraint à l’abandon en Argentine ou en Grèce. Cependant, ses bons résultats tout au long de la saison au volant de la Xsara lui permettent de lutter pour le titre jusqu’à la dernière échéance de l’année. Malgré une grosse bataille pour le titre pilote, Citroën, en vue du sacre constructeur, ordonne à Sébastien Loeb d’assurer un podium. Le Français s’exécute et laisse échapper le titre pilote pour un point seulement.

Une saison record pour Loeb et Elena en 2004, avec 6 victoires en 16 courses, et à la clé, un titre de champion du monde (crédit : Rallye Sport)

Après une trêve hivernale tournée sous le coup du développement et de l’amélioration des points faibles chez Citroën, Sébastien Loeb est de retour, accompagné de Carlos Sainz, afin de conquérir ce qui sera, le premier de ses neuf titres pilotes. Durant une saison marquée par sa domination, l’ainé des Sébastien se retrouvera sacré avant même le dernier rallye. Sa sixième victoire en Australie, lors de la dernière course, ponctuera sa saison exceptionnelle. Il rejoint désormais Didier Auriol au palmarès des champions français, avec l’ambition cependant de le dépasser.

Le sacre de l’empereur Sébastien

Pendant neuf années, la domination de Sébastien Loeb sera sans partage. Avec des records, comme sa saison 2005 à 129 scratchs ou son année 2008 à 11 victoires (en 15 courses), une rivalité au sommet face au Suédois Marcus Grönholm ou encore son refus d’être titré à la suite de la mort de Michael Park, copilote décédé des suites d’un accident durant une spéciale. Seul quintuple champion du monde des WRC en 2008, Loeb ne cesse de rafler les victoires. L’arrivée de la nouvelle génération de pilotes, courant 2009, ne lui fait pas peur, l’Alsacien continue d’asseoir sa domination.

« Je ne peux pas penser me retrouver champion du monde comme ça, dans ces circonstances là. […] C’est un sport. Je me bats à la régulière et, à partir du moment où Marcus [Grönholm, ndlr] se retire, je préfère ne pas gagner. »

Auréolé de six titres de champion du monde WRC -le seul à ce moment dans l’histoire- Sébastien Loeb attaque la nouvelle décennie comme il a terminé la précédente, avec un nouveau titre. Au cours du rallye de France, Sébastien Loeb égale Michael Schumacher en s’adjugeant un 7e titre pilote, accompagné sur le podium d’un homonyme et jeune compatriote, Sébastien Ogier. Ce dernier, encore novice et débutant dans la discipline, poursuit son apprentissage et demeure bien décidé à venir embêter son ainé.

Le successeur Sébastien Ogier

Des débuts et une cohabitation difficile

De son côté, la carrière du plus jeune des Sébastien débute en 2009, au moment du 6e titre de Loeb. Dans le même giron que le sextuple champion du monde, Sébastien Ogier roule pour Citroën, qui a convenu de sa participation pour les six premières épreuves du championnat WRC. Et dès ses débuts, il surprend, avec un podium et une victoire à Monte-Carlo, (n’étant pas à ce moment là, une épreuve du WRC). La saison suivante, en 2010, il dispute sa première saison complète en WRC. Au volant d’une Peugeot 207 S2000, il décrochera la première victoire de sa carrière en WRC, au Portugal.

Sébastien Ogier, lors de sa victoire au Rallye de l’Acropole en 2011, course durant laquelle des consignes d’équipes ont eu du mal à passer (crédit: AFP)

Cette saison est fondatrice pour la carrière du Gapençais, aux côtés du pigiste Kimi Raïkkönen. Si bien que l’année suivante, il se retrouve propulsé comme titulaire au sein de l’équipe officielle Citroën. C’est le début de la cohabitation -difficile- des Sébastien. À des niveaux de performances similaires, les deux Français luttent tout au long de la saison pour le titre. Loeb glane cinq victoires et le titre pilote, Ogier décroche lui aussi cinq victoires, mais se voit contraint d’exécuter les ordres de Citroën, lui demandant de jouer le jeu de leur pilote numéro 1.

A la conquête d’une nouvelle réputation

Malgré son grand talent, Sébastien Ogier, dont les relations avec Loeb se sont largement ternies, se voit renvoyé de chez Citroën. Son crime : s’être attaqué au roi Sebastien Loeb, désormais octuple champion du monde. Non sans se démonter, Ogier prend le risque de signer chez Volkswagen, nouvelle équipe en WRC qui cherche à développer leur Skoda Fabia en 2012. Malgré quelques résultats prometteurs, Ogier voit Loeb décrocher son 9e titre et quitter le monde du WRC comme une légende, lorsque lui terminera sa saison sur une anonyme 10e place au championnat.

Sébastien Ogier au volant de la Skoda Fabia en 2012, année difficile pour les résultats (crédit: Skoda Motorsports)

Peut-être libéré par le départ de Loeb, et sûrement aussi grâce à un très gros programme de développement de la Volkswagen Polo R, Sébastien Ogier domine la saison 2013. Avec neuf victoires en treize spéciales, il n’y a plus débat : Son titre est largement mérité. Mais ce sera sans compter sur les deux années suivantes, où le Gapençais dominera tout autant le WRC pour s’adjuger son deuxième et troisième titre mondial. La supériorité sur ses adversaires est totale, sa Polo roule sur la concurrence. Avec désormais trois titres, la réputation d’Ogier est lavée : Il n’est plus le jeune coéquipier de Sébastien Loeb mais bien la nouvelle référence du Rallye.

Sébastien le Second

Pour la quatrième année consécutive, Sébastien Ogier sera associé à l’équipe Volkswagen et son copilote Julien Ingrassia. Mais pour lui, le plus difficile n’est pas de gagner un titre, c’est de le défendre. Sébastien Ogier, désormais quadruple champion du monde, prend place dans l’histoire du WRC et du sport automobile français. Il est parvenu à succéder à son aîné, et même à le faire oublier. Cependant, malgré une année couronnée de succès, Volkswagen annonce son départ du rallye. Le Français se voit contraint de tenter un nouveau saut dans l’inconnu en signant chez M-Sport.

Le troisième titre de champion du monde pour Sébastien Ogier, au rallye d’Australie en 2015 (crédit: AFP)

Durant les deux années passées dans l’écurie britannique et malgré une domination moindre que lors de ses précédentes années, Ogier s’adjuge ses 5e et 6e titres pilote. Une performance qui le place juste derrière l’autre Sébastien. Les deux Français se retrouvent au sommet du WRC. La performance d’Ogier est d’autant plus notable qu’il a su les décrocher avec deux constructeurs différents.

Son retour pour un an chez Citroën, en 2019, laisse une seule part d’ombre dans son palmarès,avec une 3ème place en fin d’année. Il se relance dès 2020 en signant chez Toyota Gazoo Racing. Avec l’acquisition de ses 7e et 8e titres, il se place aux côtés de Sébastien Loeb comme une légende de sa discipline.

Qui est le meilleur des Sébastien ?

L’ambition pour Ogier

Un seul titre les sépare. Si Sébastien Loeb, avec 80 victoires et 9 titres de champion du monde (avec sa récente victoire à Monte-Carlo en 2022) domine en terme de statistiques, les performances de Sébastien Ogier ne sont pas à négliger. Fier de ses 8 titres et 54 victoires, il se distingue par sa capacité à avoir gagné avec trois constructeurs différents. Ce que n’a pu faire son ainé, fidèle à Citroën. Alors, si en terme de statistiques, la victoire revient à Sébastien Loeb, l’ambition pourrait peut-être être adjugée à son cadet qui n’a pas eu peur de tenter et de prendre des risques en rejoignant différentes équipes et en gagnant.

« Ogier est le meilleur de l’histoire lorsqu’il s’agit de duel »

Jari-Matti Latvala au sujet de Sébastien Ogier, son coéquipier puis pilote

En terme de duel pur, pour citer l’illustre Jari-Matti Latvala : « Ogier est le meilleur de l’histoire lorsqu’il s’agit de duel. » Le chef d’équipe et ancien coéquipier de Sébastien Ogier en est certain, il suffit de voir les différents combats remportés par le Gapençais. Neuville, Ott Tänak ou encore Elfyn Evans, nouvelle pépite du rallye : il les a tous vaincus. Pour les plus tenaces, il aurait même eu la possibilité de battre Sébastien Loeb en 2011 si ce n’était pour le jeu d’équipe. Et ainsi inverser la tendance en termes de titres glanés.

La régularité pour Loeb

D’un autre côté, Sébastien Loeb est le précurseur de la gagne. Sans lui, qui sait si la France aurait pu gagner sa place dans les cartes du rallye. Son côté prodromique et sa domination face à des équipes officielles, comme Ford, Subaru, Skoda ou encore Mitsubishi, laissent comprendre la grandeur de l’exploit du Français. De plus, à la différence de son jeune homonyme, Sébastien Loeb n’a jamais perdu dans la défense de son titre, remportant ses neufs championnats d’une seule traite, lorsque Ogier a pu voir une ombre sur son impressionnant tableau de chasse.

Si le débat afin de savoir qui des deux Sébastien est le meilleur est loin d’être fini, il faut avant tout apprécier l’exploit que les deux pilotes ont réussi à faire. À eux deux, ils ont dominé pendant près de deux décennies le rallye mondial. Alors même si l’un possède un plus grand palmarès ou que le second a su dominer et s’imposer avec panache partout ou il est passé, il convient de profiter de l’héritage qu’ils ont laissé. Leur passe d’armes à Monte-Carlo en 2022 a vu Loeb l’emporter mais on espère que ce duel ne sera pas leur dernier. Pour qu’ils continuent à nous époustoufler.

Crédit Couverture : Motorsport Images

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