Draft NBA

Les drafts qui ont marqué l’histoire (Part.1)

Fini le masochisme, il est grand temps de se faire plaisir. En parallèle de la série sur les plus grosses déceptions dans l’histoire des drafts, le CCS vous propose de revenir sur les plus grandes cuvées de prospect NBA. En effet, chaque décennie nous a réservé un millésime exceptionnel bon à déguster sans parcimonie. Retour sur les drafts des cinquante dernières années qui ont marqué l’histoire par leur densité en talents et en accomplissements. Attention “Hall of Famer” en approche. Organisée de façon chronologique, notre sélection n’est ni exhaustive ni hiérarchisée, la seule notion présente ici étant le plaisir. Caisse de six. A apprécier sans modération.

La draft 1960

Faits marquants de la draft

En 1960, le système de draft est bien différent de celui que l’on connaît aujourd’hui. Cent joueurs, ayant tous effectués leur quatre années de cursus universitaire peuvent se présenter face aux équipes NBA. La ligue ne comporte que huit équipes. Il faut “seulement” vingt-et-un tours pour choisir cent un joueurs, rien que ça. Depuis le milieu des années 50, la NBA est en pleine révolution socio-économique. Des affrontements entre syndicat des joueurs et le board de la jeune ligue éclatent. Au centre des débats, le statut et les droits des joueurs.

Toutes ces tensions explosent avec la grève des joueurs pour le All-Star Game de 1964, un moment gravé dans les mémoires NBA. Un championnat encore archaïque qui recèle d’exotisme que l’on peut regretter… ou pas ! Avant la draft, abandonnant leur “first pick”, les différentes franchises avaient le luxe de pouvoir choisir un lycéen à moins de quatre-vingt kilomètres de leur siège. C’est le « territorial pick ».

Oscar Robertson à la lutte avec Jerry West – crédits : pristinauction.com

Les emblêmes de la draft

Le 11 avril 1960, à New-York, a lieu la quatorzième draft de l’histoire. Historique, elle nous offre deux des plus grands “guards” de l’histoire, “Hall of Famer”, Jerry West et Oscar Robertson.

Le premier, avec une carrière faite de paradoxe, a vu sa silhouette être utilisée pour le logo le plus connu au monde, le logo NBA. Iconique, le joueur des Lakers de Los Angeles a connu une histoire compliquée avec la compétition. Comble du paradoxe, il est le seul joueur de l’histoire a remporté un titre de MVP des finales (1970) sans soulever le trophée Larry O’Brien. Malchanceux ou victime d’une des plus grandes dynasties de l’histoire NBA (les Celtics de Bill Russell remportent huit titres consécutifs), il joue 9 finales et ne réussit à en gagner qu’une seule. Joueur qui a révolutionné le jeu avec sa polyvalence  de “combo-guard”. Il était à la fois un énorme passeur, meilleur esturgeon de la ligue avec 9,7 caviars par match mais aussi un scoreur émérite, meilleur marqueur de la ligue en 1969-1970 et 27,0 points par match en carrière.

De son côté, Oscar Robertson a marqué l’histoire avec sa panoplie de joueur complet. Véritable machine à triple-double, il a détenu le record jusqu’à l’arrivée dans la ligue de l’électrique Russell Westbrook. Avec des moyennes en carrière de 25,7 points, 9,5 passes et 7,5 rebonds, il fait partie du gratin des joueurs NBA ayant marqué sa génération (11 fois All-NBA Team et 12 fois All-Star) mais également les générations futures comme en témoigne la médiatisation de l’exploit de l’ancien joueur de OKC. Il est également le rookie de l’année sur cette cuvée de draft, devant Jerry West. La consécration arrive en 1964 avec un titre de MVP.

Un cocktail de talent

En plus de ces deux joueurs mythiques, la draft 1960 fait preuve d’une grosse densité de talent avec cinq Hall of Famers.

Lenny Wilkens, drafté en sixième position, jouit d’une carrière très solide notamment à la passe, meilleur passeur en 1969-1970 et quatre fois deuxième au début des années 70. Meneur gestionnaire, il garde une assise solide au scoring avec 16,5 points par match. Cependant, le joueur des Hawks va faire grandir sa légende avec une accession au Hall of Fame, à la fois en tant que joueur et entraîneur. En effet, dernier grand entraîneur-joueur de l’histoire, il va réussir à glaner un titre de champion avec Portland en 1979. Il a détenu le record de victoire pour un coach avant d’être détrôné par Don Nelson. Il est nommé à la tête de Team USA pour le JO de 1996, consacrant ainsi une carrière magnifique.

Tom Sanders et Al Attles complètent cette liste. Joueurs de complément, ils doivent leur renommée à des parcours jonchés de gloire et faits marquants. Le premier fait partie de la grande équipe des Celtics des années 60. Il remporte huit bagues, excusez-nous du peu ! Le second, quant à lui, après une carrière quelconque, atteint le graal en 1975. Pionner en étant le deuxième entraîneur afro-américain de l’histoire NBA, il a marqué cette classe de draft 1960.

La draft 1974

Faits marquants de la draft

Vestige des reliques NBA, la draft 1974 se compose de dix tours où dix-sept équipes choisissent cent soixante-dix-huit joueurs avec au minimum un diplôme universitaire. Cependant, cette année marque l’arrivée des classes d’âge non diplômées. La règle du “hardship rule va permettre à des joueurs d’être déclarés admissibles alors qu’ils n’ont pas encore terminé leur cursus universitaire.

Fort de la jurisprudence Spencer Haywood, vingt joueurs sont alors sélectionnables malgré leur âge. Le procès détermine, qu’en raison des difficultés financières de la NBA, les joueurs doivent garer la possibilité de gagner leur vie plus tôt afin d’anticiper un manque à gagner éventuel. Aujourd’hui, cette nouveauté a une résonance toute particulière avec les proportions de joueurs qui, sans être allés à la fac, peuvent tout de même intégrer la grande ligue (aujourd’hui, l’âge minimum est de 19 ans). Autre bizarrerie, non sans charme, le “first pick” continue de se déterminer à pile ou face. Une magie qui n’existe plus mais qui devait booster les ventes de pacemakers parmi les fans concernés.

Spencer Haywood avec le maillot de Denver – crédits : denver.cbslocal.com

Tête de liste

Outre les facéties juridiques et théâtrales, cette classe de draft est une des plus fameuses des années 70 mais également de l’histoire. Avec deux Hall of Famer, Bill Walton et George Gervin, la promo 1974 a du répondant.

Même avec une carrière écourtée par les blessures, Bill Walton a réussi à marquer l’histoire de la grande ligue. Après avoir roulé sur la NCAA, il est drafté par Portland avec qui il gagne, à la force de ses épaules, ses lettres de noblesse. Un titre de MVP des finales en 1977, champion la même année, un titre de MVP l’année suivante (18,9 points, 13,2 rebonds, 5 passes, 2,5 contres) font de lui un joueur incontournable des années 70. Après plusieurs années sans jouer, il finit en beauté avec la grande équipe des Celtics des années 80. Dans un rôle différent, il joue en sortie de banc. Il remporte un nouveau titre en 1986 agrémenté du trophée de meilleur sixième homme, laissant une trace indélébile sur les tablettes.

De son côté, George Gervin, après un parcours universitaire tumultueux, rejoint d’abord l’ABA. Il en devient rapidement une des égéries. Coulé financièrement, il quitte le Squires pour les Spurs de San Antonio qui rejoignent la NBA en 1977. Hall of Famer, il cumule sept All-NBA et douze All-Star. Surtout, il était une source de points intarissable, quarantième de la liste des scoreurs avec plus de vingt mille points. Quatre fois meilleur scoreur de ligue, il est flashé à 33,1 lors de la saison 1979-1980. L’absence de titre majeur l’empêchera d’acquérir une plus grande renommée. Cependant, il reste un scoreur légendaire pour les aficionados de la balle orange.

Les petits plus

En plus de ces deux têtes de gondole, le vivier 1974 a fait naître douze All-Stars. Très prolifique, des joueurs comme Bobby Jones ou Maurice Lucas ont permis de gonfler la notoriété de cette draft. Jones, défenseur ultime, accède onze fois à l’équipe défensive de l’année. Il glane même un titre de meilleur sixième homme, le premier de l’histoire. Patron défensif de Sixers champion en 1983, il a réussit à être cinq fois All-Star avec des statistiques qui n’ont rien d’exceptionnelles.

Maurice Lucas a lui aussi contribué à faire connaître cette draft. Cinq fois All-star, il était à la fois un scoreur solide et un défenseur reconnu. Il fait partie de l’équipe de Portland championne en 1977 au côté d’un certain Bill Walton. D’autres joueurs, comme John Drew ou Jamaal Wilkes, méritent d’être cités pour leur parcours exemplaire faisant de cette promotion une année qui se détache des autres.

La draft 1984

Faits marquants de la draft

La trente-huitième draft de la NBA est la dernière à utiliser le système de sélectionnés déjà vu en 1960. Dix tours, mais surtout le fameux tirage au sort entre les deux derniers de la ligue l’année précédente. En 1985, David Stern met en place la première loterie pour déterminer les positions de chaque franchise. Épuisé par les arrangements entre équipes, à l’image de la fin de saison 84 des Houston Rockets, il décide de mettre un peu plus d’incertitude sur la première place de la draft poussant les équipes à jouer jusqu’au bout.

En effet, les Rockets perdent seize de leur vingt-et-un derniers matchs. Pendant ce temps, les Clippers, une équipe très faible, sortent leur meilleur match de la saison contre un bon Jazz, les éjectant ainsi du tirage au sort. N’ayant plus d’intérêt dans la prochaine draft en raison d’un transfert, cela humait la fumisterie à plein nez. Finalité, le commandant en chef continue son tour de vis entamé dès son arrivée et change le système afin de redorer l’image de la ligue.

Tableau de la draft 1984 – Crédits : marca.com

Un cap, un roc et une péninsule

Hakeem Olajuwon, Michael Jordan et Charles Barkley font tous les trois parties du panthéon du basket. Vénérés comme des dieux par les geeks de la balle orange, ils ont tous un trophée de MVP qui habille leur bibliothèque. Ce trio magique, jamais réunit sur le maillot de Team USA, font de cette promotion, une promotion hors-norme.

Notamment, Michael Jordan qui règne sur le basket pendant la quasi totalité des années 90. En effet, il engrange cinq titres de MVP, un titre de meilleur défenseur, six bagues et six titres de MVP des finales. Il est le rookie de l’année 85. Il collectionne les équipes de l’année (All-Star-Game, dix All-NBA First Team et neuf ALL-NBA Defensive Team). Surtout, il domine un sport par une technique délicieuse alliée à un jeu aérien impressionnant. Véritable star mondial, sa légende va bien au-delà du basket faisant de lui un des plus grands sportifs du siècle.

Ne se contentant pas de si peu, le numéro un de la draft Hakeem Olajuwon n’est pas en reste. Joueur très complet, il cumule quasiment autant d’équipe NBA défensive que d’équipe All-NBA (respectivement cinq et six). Défenseur élite, il est le meilleur contreur de l’histoire. Deux titres de MVP des finales et un de MVP de saison régulière en 1994 viennent compléter un palmarès déjà bien garni avec deux bagues de champion. Sa mobilité légendaire pour un joueur de sa taille, sa technique suave ont permis à Hakeem « The Dream » de laisser un héritage inoubliable.

Comme si cela ne suffisait pas, un tracteur adossé d’un moteur de Ferrari, goinfre de rebonds et de scoring fait également parti de cette classe de super-héros du basket. Quatrième joueur de l’histoire à totaliser 20000 points, 10000 rebonds et 4000 passes, plus petit qu’un ailier fort habituel, Charles Barkley domine les raquettes des années 90 jusqu’au titre de MVP en 1993. Plus de dix saisons en 20 points, 10 rebonds minimum, cinq First Team et onze All-Star-Game font de lui un des meilleurs de l’histoire malgré ses différents échecs en playoffs.

Une draft surdimensionnée

Avec ces trois monstres, la classe 1984 pouvait déjà prétendre a être rangée parmi les grands crus. Pourtant, l’histoire ne s’arrête pas là.

En effet, cette année sort de l’ordinaire par son incroyable densité de talent. Nombreux sont les joueurs de cette génération qui ont laissé une marque dans l’histoire de la grande ligue. A ce titre, meilleur exemple, John Stockton a tellement dominé à la passe que ses records ne sont toujours pas effacés des tablettes. Il ne le seront peut-être jamais. Il cumule un total de 15806 passes et 3265 interceptions en carrière, des records toujours d’actualité. En plus d’une carrière incroyable, Stockton est devenu la référence en terme de passing (neuf fois meilleur passeur de la ligue) mais également de longévité (dix-neuf saisons). Dix fois All-Star et onze All-NBA, ce géant du jeu a encore un peu plus étoffé la légende de la cuvée 84.

Cette place dans l’histoire, elle la doit également à l’incroyable nombre de All-Star qu’elle contient. En effet, Otis Thorpe, Kevin Willis et Alvin Robertson connaissent également les joies du match des étoiles durant leur carrière. Histoire d’entretenir sa légende, la draft 1984 est aussi la draft d’Oscar Schmidt, « Hall of Famer » et sniper infatigable. Il ne joue jamais en NBA pour continuer de régaler avec son équipe nationale notamment lors des JO. Il devient une véritable légende de la compétition.

La draft 2003

Faits marquants de la draft

La draft 2003 est sans doute une des plus grandes cuvées de l’histoire multipliant les grands crus comme des bouteilles d’eau. Avec neuf All-Stars, un Hall of Famer (potentiellement quatre), 4 titres de MVP, 4 titres de MVP des Finales, un titre de MIP et de sixième homme, le palmarès de la classe 2003 est à couper le souffle. Elle se déroule selon le système que l’on connaît aujourd’hui. Elle se compose de deux tours et d’une loterie pour attribuer les choix aux franchises.

Concentré de talent au All-Star-Game – Crédits : NBA

Surtout, elle est le théâtre d’un des plus horribles choix de draft (on y revient !). Darko Milicic est choisi en deuxième position devant une floppée de All-Stars. En effet, dans la famille des busts de draft, on peut difficilement trouver mieux que le joueur serbe. Après une famélique carrière en NBA (une pointe à 8 points de moyenne tout de même !), il stoppe tout pour retourner au pays et devenir agriculteur. En amoureux de la balle orange, il signe un contrat avec Novi Sad en 2019 en D3 serbe.

La draft aux Hall of Famers

Le 26 juin 2003, les Cleveland Cavaliers choisissent Lebron James en première position. Star annoncée, Lebron ne déçoit pas. Sa carrière est toujours en cours et ses accomplissements sont déjà impressionnants. Quatre bagues dans trois clubs différents , quatre titres de MVP, seize fois All NBA, 4 MVP des finales, le Hall of Fame ne fait aucun doute. Sans doute un des meilleurs joueurs de tous les temps pour une cuvée mythique, cela ne pouvait être autrement. Alors que les flops, même dans le top 5, sont monnaie courante, la classe 2003 fait exception. Dans les cinq premiers, le “king” mis à part, il y a déjà un membre de la secte de Springfield, Chris Bosh, et deux candidats potentiels. Il nous faut parler en terme de potentialité pour rester mesuré.

En effet, Carmelo Anthony et Dwayne Wade n’ont pas encore rejoint la Mecque du basket, mais pour combien de temps ? Le joueur mythique des Knicks joue encore mais son curriculum vitae est déjà bien rempli. Six fois All-NBA, dix fois All-Star et un titre de rookie de l’année… oups pardon c’est Lebron James qui a encore récolté les lauriers cette année là. Dwayne Wade, de son côté, arrive sur la pointe des pieds. Il montre son talent à peine trois ans après son entrée en NBA. L’année 2006 montre l’étendue de son basket, il remporte le trophée avec le Heat de Miami avec, en prime, un titre de MVP des finales. Le reste de sa carrière n’est que volupté, le laissant comme l’un des meilleurs « poste deux » de l’histoire NBA.

Une densité impressionante

La photo de classe 2003 n’est pas encore complète. Chris Kaman, Josh Howard, Mo Williams et Kyle Korver viennent densifier une draft qui n’en avait pas besoin. Tous All-Stars, avec des carrières plus ou moins remplies, ils ont réussi à inscrire leurs noms sur les tablettes NBA.

Chris Kaman, robuste « poste quatre » avec des moyennes “average”, connaitra la gloire en 2010 avec une sélection au All Stars Game. Avec 18,5 points et 9,3 rebonds par match, il remplace Brandon Roy blessé. Kyle Korver, artilleur longue distance unidimensionnel, garde longtemps un côte en NBA grâce à sa précision de loin (une saison à 53,6 % à trois points record NBA). Après dix-sept ans de carrière, toujours utile, il réussit à décrocher une place au match des étoiles après une belle saison avec les Hawks. Avec Mo Williams et Josh Howard qui complètent la photo, la draft 2003 demeure un véritable concentré de talent dont la NBA a su extraire le meilleur nectar.

Kyle Korver sous le maillot des Hawks – Crédits : USA TODAY

Loin d’être totalement enivré par ce petit horizon de l’histoire des drafts, d’autres cuvées nous attendent pour revenir sur les grand crus qu’elles nous ont légués. Mais pour l’instant, savourons les pépites de ces quatre drafts. Nous reviendrons très vite pour fouiner dans l’histoire de la grande ligue à la recherche de nouvelles promotion dorée.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :