Omnisport Rugby

Le rugby anglais en chansons

Au cœur d’une rivalité séculaire, la France et l’Angleterre sont deux nations intimement liées. Quand on pense à Jeanne d’Arc, Napoléon, Guillaume le Conquérant, la bataille de Trafalgar, de Waterloo, la crise de Fachoda, Courtney Lawes et Jules Plisson… on peut dire que ces nations se sont construites l’une contre l’autre. Entre les « Grenouilles » et les « Rosbifs », l’entente est tantôt cordiale, tantôt glaciale. Une chose est sûre, le Crunch, cette année, va encore déchaîner les passions. Si l’on attend des hommes de Fabien Galthié de faire le travail sur le terrain, les supporters des Bleus auront un rôle à jouer en tribunes : faire taire les Anglais. Car s’il y a bien quelque chose qu’on ne peut pas leur enlever, c’est qu’ils aiment chanter. (Getty Images)

Swing Low, Sweet Chariot

Si vous regardez le rugby international, vous connaissez cet air. Il résonne depuis bien longtemps dans les travées de Twickenham et ailleurs. Les supporters toulonnais et clermontois se souviendront peut-être de l’avoir entendu lors de la finale de la Coupe d’Europe 2015 à Londres. La même année, Swing Low, Sweet Chariot est choisi comme hymne officiel de la Coupe du monde, dans une version plus moderne interprétée par Ella Eyre. La démocratisation de ce chant daterait de 1987 et d’un tournoi de rugby à sept disputé à Twickenham. Les spectateurs l’avaient entonné pour rendre hommage au joueur Martin Offiah, surnommé « Chariots » en référence au film oscarisé Les Chariots de feu. Pour certains, c’est le 19 mars 1988 que le public l’a chanté une première fois pour célébrer le triplé de l’ailier Chris Oti, joueur noir de l’équipe d’Angleterre, contre l’Irlande.

Le 8 novembre 2014 à Twickenham, le XV de la Rose était tombé face aux All Blacks (21-24) malgré la ferveur de son public.

En 2020, une polémique éclate quand la fédération anglaise (RFU) déclare examiner ce chant. En cause, son origine esclavagiste. Le Royaume-Uni, où l’esclavage a été aboli en 1833, a joué un rôle actif dans la traite négrière, le commerce d’esclaves noirs déportés d’Afrique vers le continent américain. C’est au milieu du XIXe siècle que Wallace Willis, ancien esclave indien affranchi, écrit Swing Low, Sweet Chariot. Son refrain, « Swing low, sweet chariot / Coming for to carry me home » (« Balance-toi doucement, doux chariot / Venu me porter chez moi »), évoque l’espoir des esclaves de trouver un réconfort dans l’au-delà, comme le prophète Élie qui aurait rejoint le paradis en chariot.

Dans une série de tweets publiée en juin 2020, l’ancien talonneur du XV de la Rose Brian Moore explique pourquoi la chanson Swing Low, Sweet Chariot est problématique à ses yeux.

S’en suit un vif débat outre-Manche. Swing Low, Sweet Chariot est une institution, ses paroles sont même affichées dans l’enceinte de Twickenham. Chacun y va de son avis. Finalement, la RFU n’interdit pas le chant et un programme de sensibilisation est mis en place, notamment via les réseaux sociaux, pour expliquer les origines de l’hymne officieux du XV de la Rose.

God Save the Queen

Cet air, vous ne le connaissez que trop bien. Vous l’entendez chaque fois que les Bleus affrontent la Perfide Albion, vous y pensez en écoutant le morceau homonyme des Sex Pistols. Vous ignorez peut-être que God Save the Queen, ou God Save the King (que Dieu protège la Reine/le Roi), est né grâce à l’anus de Louis XIV. Début 1686, le Roi-Soleil, grand amateur d’équitation, a une fistule anale. Il ne peut plus monter à cheval. À une époque où une intervention chirurgicale est aussi risquée qu’une passe sautée de Sébastien Vahaamahina, le succès de l’opération est fêté.

« Que l’hymne des Anglais naquit d’un anus, voilà qui ne cesse de me faire rire sans toutefois me surprendre. »

La Marquise de Créquy

Madame de Brinon écrit Grand Dieu sauve le Roi en l’honneur de cette prouesse médicale et Jean-Baptiste Lully est chargé de composer une mélodie. En 1714, le compositeur Haendel, en visite à Versailles note l’hymne pour en adapter le texte et le soumettre au roi George 1er. God Save The King devient l’hymne officiel en 1745 et depuis 1837, il alterne avec God Save The Queen quand femme est sur le trône, ce qui est le cas depuis 1952 et le couronnement d’Élisabeth II.

À Twickenham le 10 février 2018, les Anglais étaient venus à bout du pays de Galles (12-6) grâce à un doublé de Jonny May.

En janvier 2016, le député du parti travailliste Toby Perkins propose au gouvernement de mener une consultation publique au sujet d’un changement d’hymne. Car God Save the Queen est bel et bien l’hymne britannique et non pas l’hymne anglais. Et il ne vous aura pas échappé que les autres sélections britanniques comme l’Écosse et le pays de Galles chantent leur propre hymne, Flower of Scotland et le Hen Wlad fy Nhadau. L’intervention du député, très médiatisée, suscite l’intérêt dans la société anglaise. Jerusalem, un fameux air adapté du poème And did those feet in ancient time de William Blake, est cité pour devenir l’hymne officiel de l’Angleterre. Les chants patriotiques Land of Hope and Glory et There’ll Always Be an England sont aussi mentionnés.

Malgré les polémiques, Swing Low, Sweet Chariot est toujours entonné à Twickenham et God Save the Queen est toujours joué avant le coup d’envoi des matchs du XV de la Rose. On entendra à coup sûr l’hymne britannique au Stade de France le 19 mars. En revanche, si l’on entend Swing Low, Sweet Chariot, c’est que les supporters anglais n’ont pas été réduits au silence. Est-ce que ce serait une mauvaise nouvelle ? Non. Si l’on aime autant les détester, c’est parce que cette rivalité – dans le monde du sport – est aujourd’hui amicale. Sorry, good game.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :