Rugby

Tournoi des VI nations : Les jeunes joueurs à suivre du XV de la rose

Le tournoi des VI nations n’a jamais semblé autant resserré entre les différentes équipes. Bien difficile celui qui peut prédire le classement final au soir du 19 mars après le Crunch. Si cette édition est aussi indécise, c’est en raison des générations proposées par les sélectionneurs. Le continent européen n’a peut-être jamais eu autant de joueurs aussi talentueux en même temps. Il suffit de regarder les listes dévoilées pour voir la jeunesse au pouvoir dans certains effectifs. La rédaction vous propose un petit tour des joueurs à suivre cette année. Aujourd’hui, la jeune garde d’Eddie Jones pour faire oublier le dernier tournoi du XV de la rose. 

Mark Atkinson, le centre vétéran de Gloucester

Il est l’un des plus vieux de cet effectif et pourtant il est l’un des moins expérimentés. Mark Atkinson a fait le bonheur de Gloucester depuis plusieurs saisons mais il n’a jamais eu l’occasion de faire partie du groupe anglais avant l’année dernière. Pourtant, le centre anglais a déjà joué plus de 100 matchs en premiership et a fait partie des Gloucester de Danny Cipriani, l’une des équipes les plus imprévisibles. Il a connu sa première sélection lors de la tournée d’automne en rentrant en jeu contre les Tonga. Il a bien failli ne pas jouer cette rencontre mais un forfait de dernière minute lui a permis d’être dans les 23 joueurs retenus par Eddie Jones. 

Un vétéran parmi les novices de ce tournoi dans le XV de la rose. Annoncé plutôt comme un joueur présent pour dépanner en cas de blessures, il peut potentiellement débuter dans ce tournoi. Avec le forfait d’Owen Farrell et de Manu Tuilagi, le poste de centre est amputé de deux cadres. Si Slade paraît intouchable au poste de 13, l’autre place est l’objet de nombreuses convoitises. Tous les observateurs y vont de leur pronostic. Joe Marchant aurait pu être l’heureux élu mais le sélectionneur australien a décidé de le positionner à l’aile. Luke Northmore est encore inexpérimenté et il peu probable que le sélectionneur Australien prenne le risque de le lancer dans ce match avec une forte odeur de revanche. 

( therugbypaper.co.uk )

Face à ce manque de profondeur à ce poste, Mark Atkinson semble être l’homme de la situation. Son entraîneur, voit en lui la meilleure option pour ce tournoi :  » Je pense que Marcus Smith et Mark Atkinson feraient le meilleur partenariat 10-12 du VI nations (…). Mark est le meilleur attaquant en 12 de la ligue. Il peut redresser la ligne, il porte fort, il a les mains douces et il a une grande vision, sachant où se trouve l’espace  » ( George Skivington, entraîneur de Gloucester ). Le dernier mot revient à Eddie Jones mais Mark Atkinson a l’expérience en club que d’autres n’ont pas et il peut l’utiliser pour ce tournoi. Le sélectionneur australien a fait le choix d’une paire de centres Slade / Daly pour commencer le tournoi. Une expérimentation qui ne présage pas sur le futur d’Atkinson. Il se tient prêt en cas de contre-performance de cette paire.  

Orlando Bailey, la surprise du chef

C’est la surprise d’Eddie Jones. Pas forcément attendu pour être dans le groupe en raison de son inexpérience, Eddie Jones a semblé vouloir le voir avec le groupe Anglais. Il est vrai que depuis le début de saison, l’ouvreur sort du lot dans une équipe de Bath en grande difficulté. Il a déjà l’opportunité de s’entraîner chaque jour avec l’un des ouvreurs les plus talentueux de sa génération en la personne de Danny Cipriani. En le convoquant dans le groupe élargit, Eddie Jones montre son intérêt pour lui. C’est l’occasion de le voir travailler au quotidien et de l’incorporer à ce groupe. Il a été mis devant Ford pour le poste de remplaçant derrière Marcus Smith lors de la première convocation. Un geste fort de Jones. 

( somersetlive.co.uk )

Il est très peu probable que le joueur joue cette année. Avec un Marcus Smith en pleine forme depuis le début de l’année avec en ligne de mire ce tournoi, il est certain que Jones lui donne les clés du jeu. L’absence de Farrell permet au sélectionneur australien de confier le XV à l’ouvreur des Quins à un peu plus d’un an et demi de la coupe du Monde en France. Avec Ford convoqué dans le groupe après le forfait du capitaine anglais, Orlando Bailey se retrouve troisième dans la hiérarchie sauf grosse surprise. Il a pu apprendre des deux meilleurs ouvreurs du championnat cette saison lors de ce rassemblement. Malheureusement une blessure au tendon risque de l’éloigner de l’équipe nationale pour les prochaines semaines. Une grosse déception pour lui après avoir vécu l’émotion d’une convocation pour le camp d’entraînement. La durée d’indisponibilité n’a pas été communiqué mais il peut espérer revenir si la blessure est légère.  

Luke Northmore, le redoutable et discret centre des Quins

Il est l’autre surprise d’Eddie Jones dans cette liste. Pas forcément dans le groupe des joueurs convoqués en début de saison, Luke Northmore a su monter en puissance sur la saison pour devenir un élément incontournable chez les Quins. Il est habitué à alterner au poste de centre avec Marchant mais aussi sur les ailes pour compenser les absences. Un joueur polyvalent pas forcément titulaire indiscutable dans le XV des Quins mais qui fait partie assurément des joueurs de référence de cette équipe. Il a relevé son niveau de jeu durant la période automnale avec les absences des internationaux et l’arrivée de la Champions cup. Il profite surement des absences de nombreux joueurs à ce poste et le manque de joueurs confirmés mais il ne faut pas en faire un joueur pris au rabais. 

Il suffit de voir ses performances depuis novembre. Sur ses 7 matchs disputés, il a inscrit 6 essais. À chaque fois qu’il a été titularisé en 13, il a inscrit un essai. Son alchimie avec André Esterhuizen est parfaite. Il sait se proposer sur la ligne en arrivant lancé pour casser la ligne de défense et ainsi faire avancer les Quins. Il est difficile à arrêter une fois la ligne cassée et sa vitesse lui permet souvent de ne plus jamais être revu. Il sait aussi parfois se créer des occasions tout seul tel un centre en repiquant vers l’intérieur pour profiter du trou laisser par la défense. Il a cette palette technique impressionnante qu’il exploite à son maximum avec une équipe des Quins ultra-offensive. Sans être un titulaire en permanence, il est déjà à 7 franchissements cette saison ce qui montre sa capacité à apporter le danger à tout moment. S’il doit améliorer un secteur c’est probablement celui de la défense où il peut être pris sur une passe en montant trop rapidement pour anticiper. Ce petit défaut se ressent moins lorsqu’il évolue au poste de centre. 

( Marek Dorcik/ProSports/Shutterstock )

Alors Luke Northmore a peu de chances d’être titulaire dans ce tournoi. 13 de formation, il voit sa route barrée par Slade. À moins que le centre d’Exeter soit positionné en 12 par Jones, Northmore risque de se contenter au maximum du banc sauf blessure de l’international anglais. Moins habitué à jouer au poste réservé à Farrell en sélection, il est peu probable que Jones le positionne ici malgré l’alchimie avec Marcus Smith, son ami depuis l’académie. Néanmoins, il peut clairement trouver une place dans les 23 pour espérer connaître sa première sélection avec le XV de la rose. Le sélectionneur australien aime bien jouer avec 6 avants sur son banc et seulement deux arrières. Avec sa polyvalence au poste de centre et d’ailier, il peut servir à Jones pour s’adapter en cas de difficulté de son équipe. Quoi qu’il arrive, faire partie du groupe pour préparer le tournoi est une aubaine pour Northmore.

Pas le joueur le plus en vue des Quins médiatiquement, il mérite de prendre la lumière avec cette convocation. Il a aussi l’occasion de voir l’exigence au niveau international ce qui ne peut lui faire que du bien pour sa fin de saison avec l’équipe londonienne. 

Alfie Barbeary, le troisième ligne revanchard  

C’est le tube du moment Outre-Manche sur les deux derniers mois. Il faut dire que le troisième ligne impressionne sur les pelouses de premiership malgré des Wasps amoindries par les blessures de ses cadres. Avec les nombreux absents, il a pris le leadership au sein de l’équipe de Coventry avec des résultats probants. Une victoire contre les invincibles Tigers de Leicester, les faisant chuter pour la première fois de la saison. Puis la semaine suivante un succès contre les Champions d’Europe en titre du Stade Toulousain. Puissant, il est difficile à arrêter pour les défenseurs qui sont obligés de s’y mettre à plusieurs. Le problème est qu’il est aussi très fort techniquement ce qui lui permet de pouvoir faire un offload si un de ses coéquipiers suit son avancée. 

Il a une trajectoire particulière puisqu’il a commencé à jouer en tant que talonneur. Il participe au tournoi des VI nations des moins de 20 ans en 2019 avant de jouer un match lors de la coupe du monde des – 20 ans où il rentre en jeu lors du match contre l’Irlande. Malheureusement pour lui, il prend un carton rouge au bout de cinq minutes. Néanmoins, il est promis à un grand avenir alors qu’il n’a que 19 ans. Il fait ses débuts avec les Wasps en premiership en 2020 après la pandémie. Après un premier essai contre Worcester lors de son entrée en jeu, il est positionné en troisième ligne contre Leicester quelques semaines plus tard pour sa première titularisation. Ce match est celui de la consécration avec 3 essais inscrits. Il prend une place de plus en plus importante d’autant que son équipe est en pleine bourre. Il est alors promis à un grand avenir, certains l’imaginant déjà dans le XV de la rose. 

Il participe au formidable parcours de son équipe qui atteint la finale du championnat perdue contre Exeter. Il ne participe pas à celle-ci mais il est attendu pour prendre un rôle plus conséquent la saison prochaine en gagnant sa place en tant que titulaire. Il poursuit sur sa lancée gagnant sa place dans le XV de départ en étant repositionné en 8. Un nouveau poste pour lui mais qui lui permet d’exprimer encore plus son talent avec ce côté bulldozer. Malheureusement pour lui, l’année 2021 est un calvaire avec seulement deux rencontres disputées entre janvier et novembre. À l’instar de nombreux joueurs des Wasps, il enchaîne les blessures. Il est écarté des terrains pendant longtemps, ralentissant sa progression. Il n’est revenu qu’en novembre mais il a rapidement retrouvé le rythme et sa place au sein du XV de départ. 

( coventrytelegraph.net )

Sa capacité à s’adapter aux besoins de son coach lui a permis d’évoluer à différentes positions que ce soit en numéro 8 ou sur l’aile. Il est rapide, puissant et en défense, il n’est pas facile de le faire reculer. Il faut être solide sur ses appuis pour l’arrêter. Il crée de l’espace et profite des trous laissés dans la défense pour s’envoler dans le camp adverse. Les blessures successives l’année dernière ont montré peut-être une faiblesse au niveau du physique. Certes les blessures sont récurrentes dans le rugby mais il ne faudrait pas que Barbeary devienne habitué à l’infirmerie. Même si la troisième ligne semble être un secteur dans lequel le XV de la rose est bien fourni, il peut prétendre à une place en numéro 6 derrière un joueur comme Lawes. Au poste de numéro 8, il risque d’avoir du mal à bouger Sam Simmonds et Alex Dombrandt, probablement les deux meilleurs joueurs du continent à ce poste. 

Même s’il n’a pas été retenu pour le premier match, il a été incorporé dans le groupe anglais par Jones après deux mois fantastiques. Si le physique tient, il peut avoir sa chance dès cette année si  la durée d’indisponibilité de Lawes se poursuit et son remplaçant Ludlam ne confirme pas. 

Joe Heyes, le pilier formé par Dan Cole

La trajectoire de Joe Heyes est vraiment singulière. Encore gardien de but à Nottingham Forest à 14 ans, il se tourne vers le rugby dans la même ville malgré une famille proche du football depuis plusieurs générations. Il est d’abord centre puis numéro 8 avant de passer pilier droit à 16 ans. Une ascension rapide en deux ans de rugby où il parvient à se faire remarquer et ainsi intégrer la meilleure académie du pays, chez les Tigers. Un joueur travailleur qui ne demande qu’à apprendre et qui prend du plaisir sur le terrain. 

Malgré son peu d’expérience, il se fait rapidement remarquer dans l’académie. Par rapport aux piliers habituels, Joe Heyes est plutôt grand avec 1 mètre 93 mais il réussit à faire de cette taille un atout. Il monte rapidement dans l’équipe première dès 2018. Il joue une grande partie des matchs en tant que remplaçant d’un certain Dan Cole, son mentor au sein des Tigers. Il dispute la même année le tournoi des VI nations des moins de 20 ans ainsi que la coupe du monde avec le XV de la rose. L’année suivante, il joue quelques matchs titulaires en raison de la coupe du monde 2019 au Japon qui voit Dan Cole jouer pour l’équipe nationale.

Joe Heyes n’a que 20 ans mais il montre déjà une certaine maturité, une force pour permettre à son équipe d’avancer ainsi qu’une capacité à arrêter les offensives adverses. Il dispute aussi les matchs de Challenge cup en faisant partie du XV de départ. De semaine en semaine, il s’affirme et alterne de plus en plus les matchs avec un Cole vieillissant. Même si l’équipe des Tigers n’est pas dans sa meilleure forme avec des résultats compliqués, il commence à attirer l’oeil des observateurs qui commencent à voir en lui le digne successeur du légendaire pilier droit anglais. Steve Borthwick l’a compris et il fait cohabiter les deux pour préserver son vétéran et donner plus de responsabilité au jeune Heyes. Il fait partie de l’équipe des Tigers qui parvient à se hisser jusqu’en finale de la Challenge Cup avec Montpellier. Une défaite au goût d’apprentissage pour cette jeune génération de Leicester. Ses bonnes prestations ainsi que la tournée des Lions lui permettent de disputer deux matchs avec le XV de la rose contre les Etats-unis et le Canada. Deux rencontres en tant que titulaires qui montrent bien les attentes placées en lui par Jones. 

( leicestermercury.co.uk )

Très fort en mêlée, il a la chance d’évoluer derrière l’un des meilleurs de sa génération. Il a aussi l’occasion durant les entraînements d’affronter son vis-à-vis Ellis Genge. Dans le système des Tigers, il est utilisé pour pilonner la défense et ainsi l’épuiser, laissant plus d’espace aux arrières. Eddie Jones aime s’appuyer sur des avants physiques capables d’épuiser les défenseurs adverses mais aussi d’être solides défensivement. À droite, il est en concurrence avec Kyle Sinckler et Will Stuart. Néanmoins les deux connaissent une saison compliquée avec leurs clubs respectifs et les performances de Heyes ne peuvent pas être oubliées par le sélectionneur australien. Même s’ils sont encore devant, ils n’ont pas une place assurée. Ils doivent se montrer sur les premières rencontres au risque de voir Heyes pointer le bout de son nez.

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Joe Marchant / Louis Lynagh 

Raffi Quirke / Harry Randall

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