Sélections nationales

CAN 2010, l’invincible Égypte

En novembre 2009, l’Algérie prive l’Égypte d’une qualification à la Coupe du Monde 2010. Cette rencontre aux allures de scandale et de polémique a fait couler de l’encre et du sang. À peine deux mois plus tard, les Pharaons laveront cette humiliation en remportant la CAN 2010. Un troisième sacre consécutif historique pour les hommes d’Hassan Shehata.

Un parcours honorable

Déjà vainqueur en 2006 et 2008, l’Égypte débarque en Angola avec la volonté de décrocher un troisième sacre consécutif. Aucun pays n’avait encore réussi cet exploit. Les Pharaons, le Ghana et le Cameroun se sont tous arrêtés à deux. Pour entrer dans cette CAN 2010, les Égyptiens doivent alors affronter le Nigéria, le Bénin et le Mozambique dans le groupe C. Les hommes de Hassan Shehata terminent premier du groupe. Ils l’emportent face au Nigeria, demi-finaliste en 2006 et l’un des favoris lors de chaque édition. Ils se défont ensuite du Bénin et du Mozambique. L’Égypte termine s’attribue la première place avec 7 buts marqués pour seulement 1 encaissé.

Les Égyptiens, large vainqueurs de l’Algérie en demi-finale de la CAN 2010. (Crédit : Eurosport)

Pour les quarts de finale, les Pharaons héritent du Cameroun du grand Samuel Eto’o. Après une phase de poule entièrement maîtrisée, l’Égypte se défait plus difficilement des Lions Indomptables. Les hommes de Paul Le Guen ouvrent le score sur un but contre-son-camp d’Ahmed Hassan. Il égalise par lui-même quelques minutes plus tard. Les deux sélections se départagent en prolongation, Gedo puis Ahmed Hassan, une nouvelle fois, viennent donc mettre les coups de grâce. L’Égypte se dirige alors tout droit vers une demi-finale très attendu contre l’Algérie. La victoire est totale, 4 buts à 0 et une revanche humiliante sous les signes de tensions sûrs, et en dehors du terrain.

« On aurait pu gagner, mais nous sommes tombés contre l’équipe qui a le mieux joué dans ce tournoi »

Milovan Rajevac, sélectionneur du Ghana et défait en finale par l’Égypte

L’Egypte donne donc rendez-vous au Ghana en finale de cette CAN 2010. Les Black Stars ont quant à eux battu l’Angola puis le Nigéria. De plus, moins de 6 mois plus tard, les Ghanéens accéderont aux quarts de finale de la Coupe du Monde 2010. Elle figure avec l’Egypte comme l’équipe à abattre. Le coup d’envoi est donné le 31 janvier 2010, à 17 heures dans le stade à l’Estádio Nacional 11 de Novembro de la ville de Luanda. Après avoir été malmenés par la vivacité des joueurs de Milovan Rajevac, les Pharaons s’en sortent grâce à un but de Gedo à 5 minutes de la fin du temps réglementaire. Une victoire synonyme d’un septième sacre et d’une domination toujours plus grande du continent africain.

Hassan Shehata, le vieux Pharaon

Alors âgé de 61 ans, Hassan Shehata dirige donc pour la dernière fois la sélection égyptienne lors d’une CAN contre le Ghana. Il arrive en 2004 à la tête de l’Égypte, dans l’objectif de redorer le blason des Pharaons. À peine 2 ans plus tard, il remporte la cinquième CAN de l’histoire de la sélection. Il réitère cet exploit en 2008 et donc en 2010. Dans ses effectifs, aucune « star », le joueur le plus célèbre est Mohammed Zidan. Excellent joueur de football, mais très peu connu dans le monde du football malgré un long passage en Bundesliga, il termine dans le meilleur XI de la compétition. Hassan Shehata a donc su fédérer un collectif solide, stable et une identité de jeu redoutée dans toute l’Afrique. Son Égypte reste l’une des équipes les plus difficile à jouer de l’histoire de la CAN.

« Ils ont essayé de sous-estimer mes accomplissements. Il y a eu une guerre contre moi. C’est comme si tout le monde voulait oublier le fait que j’ai remporté trois titres africains d’affilée avec l’Égypte. »

Hassan Sheata à NewsAfrica en 2017

Hassan Shehata a compris la recette durant ses 6 années de règne sur le football africain. Il débute sa CAN 2006 par un système en 3-5-2 et termine alors par ce même système en finale de la CAN 2010. Cette tactique permet d’apporter le surnombre au milieu tout en profitant de l’apport offensif des pistons sur les côtés. Les 3 défenseurs centraux jouent aussi un rôle important, ils laissent les pistons monter sur les attaques en couvrant l’espace dans le dos laissé par les joueurs de couloir. El Mohammadi paraît comme le joueur le plus « sous-côté » de cette CAN 2010. Son apport et son efficacité sur son aile droite ont été des atouts majeurs à la victoire finale de l’Egypte. 

Hassan Shehata, l’un des meilleurs sélectionneurs de l’histoire de la CAN. Crédit (Le magazine du Football Arabe)

Le jeu d’Hassan Shehata est basé sur l’offensif. L’Égypte termine meilleure attaque de la compétition avec 15 buts marqués en 6 matchs. En comparaison, la France avait inscrit 14 réalisations en 7 matchs pendant la Coupe du Monde 2018. Le tacticien sait comment pratiquer un football attiré par les filets adverses. Le sélectionneur égyptien peut compter sur son canonnier Ahmed Hassan, auteur de 3 « golazos ». L’attaquant de pointe, Mohammed Zidan, facilite l’adaptation à chaque système. Capable de s’imposer dans tous les styles, il sait faire jouer ses partenaires, mais aussi marquer quand il le faut.

L’Égypte face à son destin

La victoire de l’Égypte lors de cette CAN 2010 paraissait évidente. Toutes les planètes étaient alignées. Chance ou destin, les Égyptiens devaient gagner cette troisième Coupe d’Afrique consécutive. Un homme semble être la personnification de ce destin. Il a joué seulement 17 matchs en Europe, lors d’un prêt à Hull City en 2013. Gedo, le meilleur buteur de cette CAN n’est jamais dans le onze titulaire. En 6 entrées en jeu, il inscrit donc 5 buts. Si, bien sûr, tout n’est pas seulement chance et bonne étoile, marquer lors de 5 matchs sur 6 sans jamais les débuter reste peu probable. Il agit en sauveur, et est d’ailleurs le seul buteur lors de la finale. Ce Gedo, version CAN 2010 est la définition même de « super sub » ou « joker ». 

« Je ne m’y attendais pas du tout. Le Dieu a été avec nous et c’est avec grâce que l’Égypte a triomphé »

Gedo répondant aux questions des journalistes juste après la finale contre le Ghana

Ahmed Hassan, milieu de terrain, termine quant à lui deuxième au classement des buteurs. La spécialité principale du joueur le plus capé de l’histoire de la sélection égyptienne est son apport au milieu de terrain. Son volume de jeu et son expérience des grandes compétitions (vainqueur de 4 CAN) apportent la crainte de ses adversaires. Lors de la CAN 2010, Ahmed Hassan se démarque par une frappe de balle hors du commun. Des « boulets de canons » débloquent ainsi des situations, notamment contre le Cameroun. Comme un signe du destin, sur ses tirs très éloignés plus osés les uns que les autres, les gardiens commettent des erreurs de mains. Tout ce que l’Égypte tente, elle le réussit.

Ahmed Hassan, 4 CAN, 185 sélections et véritable légende de la sélection égyptienne. (Crédit : Eurosport)

Les arbitres se présentent comme les derniers « signes du destin » pour la victoire finale lors de cette CAN 2010. Les concurrents directs de l’Égypte s’en plaignent « L’arbitre a aidé l’Égypte, mais je ne vais pas m’en prendre qu’à lui car nous sommes en Afrique et nous avons encore beaucoup de choses à apprendre. » déclarait Samuel Eto’o à Gentside. Le match contre l’Algérie reste le plus polémique concernant l’arbitrage « en faveur » des Pharaons. Les Fennecs ont reçu 3 cartons rouges et la défaite par 4 buts à 0 n’a jamais été digérée. En plus de leur excellent niveau sur le terrain, l’Égypte a aussi profité des planètes qui s’alignaient pour les emmener sur le sommet de l’Afrique une septième fois. 

« Remplacer une équipe qui a remporté 3 titres africains est très difficile. » Étonnamment, les Égyptiens ne se qualifient pas pour les 3 CAN suivantes, la fin d’un cycle. Hassan Shehata dénonce le « Printemps Arabe » qui empêchait les Égyptiens de penser au football et de commencer une nouvelle ère.

Crédit image mise en avant : France Football

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