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2007, année référence pour le rugby italien

L’Italie affronte l’équipe de France aujourd’hui à 16h au Stade de France pour l’ouverture de son Tournoi des VI Nations. Un grand défi se présente pour la formation du tout récemment intronisé sélectionneur Kieran Crowley. Le néo-zélandais a la lourde tache de relancer le rugby italien après plusieurs années de vaches maigres. Effectivement, depuis 2007, la squadra azzura est en stagnation. Pourtant, cette même année aurait pu constituer la rampe de lancement de l’ovalie transalpine. Retour sur cette saison où les italiens ont affirmé leur présence dans le monde du rugby.

Une génération « dorée »

Ce n’est qu’en 2000 que l’équipe d’Italie de rugby à XV va rejoindre le Tournoi, qui devient donc le Tournoi des VI Nations. Sept ans plus tard, les Azzurri amorcent la compétition avec de très bons joueurs de rugby. Pour débuter avec le pack et la première ligne, deux coéquipiers au sein du championnat de France sont notamment présent. Carlo Festuccia et Andrea Lo Cicero réalisent alors leur première saison au Racing Metro 92, à l’époque en ProD2. Les deux compatriotes demeurent plusieurs années au sein de l’effectif francilien et seront par la suite des artisans de la remontée du club dans l’élite en 2008-2009. En deuxième ligne, le capitaine Marco Bortolami est également une valeur sûre. Joueur de Gloucester en Angleterre, il venait tout juste d’être élu joueur italien de l’année 2006. Bien entendu, il est nécessaire de souligner la présence de Sergio Parisse au poste de numéro huit. La légende du Stade Français Paris est déjà bien présente. Né en Argentine de parents italiens, Parisse apporte sous le maillot de l’équipe nationale depuis 2003.

Sergio Parisse tentant d’éliminer l’écossais Mike Blair lors de la Coupe du Monde 2007. M. Francotte-L’Équipe

A seulement vingt-quatre ans, il amorce en 2007 son quatrième Tournoi et sa seconde Coupe du Monde. « Sergio » est un des patrons de la sélection. Le troisième ligne centre régale déjà les tifosi ainsi que tous les amateurs de rugby grâce à sa technique et sa vision du jeu. Des parisiens, il faut en citer deux autres (décidemment), Mauro et Mirco Bergamasco. Les deux frères de Padoue font également les beaux jours du club de la capitale française. Ils sont deux cadres importants du XV italien. Andrea Masi, joueur du Biarritz Olympique en 2007 est aussi de la partie. Le meilleur joueur du Tournoi 2011 est déjà bien installé au centre ou à l’aile italienne. Le nom du bon numéro neuf Alessandro Troncon est également à mentionner.

L’apport des binationaux

Sergio Parisse n’est pas le seul à ne pas être né proche de la mer Adriatique. Depuis ses premières heures au plus haut niveau, l’équipe d’Italie est riche de ses oriundi. Du verbe latin « oriri » qui signifie « avoir pour origine ». Ces joueurs de nationalité étrangère mais d’origine italienne grossissent les rangs du groupe italien. La sélection de la botte a toujours profité (comme beaucoup d’autres nations d’ailleurs) du règlement plutôt ouvert de World Rugby concernant la binationalité. En 2007, des piliers de la formation italienne étaient des binationaux. Un contingent de latino-américains est à recenser. Effectivement, c’est le cas de de Santiago Dellapè notamment passé par le SU Agen, de Gonzalo Canale ancien auvergnat et du très célèbre Martin Castrogiovanni légende des Tigers de Leicester, tous les trois d’origine argentine.

Martin Castrogiovanni à l’œuvre face aux All Blacks. Getty Images-Icon Sport

D’autres de ces joueurs binationaux sont originaires du pacifique. En général, les joueurs changent de nationalité pour avoir l’opportunité de se frotter au niveau international lorsqu’ils n’ont pas la capacité de le faire avec leurs pays d’origine. Ce raisonnement a été celui de plusieurs joueurs néo-zélandais . La squadra 2007 en comporte trois dans ses rangs avec le troisième ligne Josh Sole, le demi de mêlée Paul Griffen et l’ailier Kaine Robertson. L’apport des binationaux est alors clair pour une nation italienne en manque de profondeur d’effectif. Le lent développement du championnat national n’aidant pas. Pour preuve, la majorité des cadres précédemment cités se sont exportés pour progresser.

Un Tournoi historique

Cet effectif intéressant amorce le Tournoi avec à sa tête le français Pierre Berbizier. Pour son second VI Nations avec l’Italie, le technicien a pour ambition de réaliser une performance historique. Les italiens sortant d’une piètre sixième place avec aucune victoire en 2006. Ces derniers attaquent le Tournoi comme cette année, face à la France mais en direct du Stade Flaminio de Rome cette fois-ci. Les coéquipiers de Bortolami encaissent une première claque, nette et sans bavure. L’Equipe de France, futur vainqueur de l’édition s’impose 39 à 3 en n’ayant jamais été inquiétée. Les transalpins ont alors à coeur de se racheter quand ils se déplacent à Twickenham. Dominateur pendant une bonne partie du match, ils vont craquer face à la classe de deux légendes, Johnny Wilkinson et Jason Robertson. Une défaite 20 à 7 mais premier essai du Tournoi pour le numéro dix Andrea Scanavacca. Encourageant pour la suite. Cette même suite va être historique pour le rugby italien. La squadra va s’imposer pour la première fois à l’extérieur dans un match du Tournoi, 37 à 17 en Ecosse, dans le mythique Murrayfield.

Scanavacca à l’engagement face aux Ecossais. Icon Sport

Un match assez fou dans lequel les Ecossais vont être cueillis à froid avec trois essais italiens en seulement six minutes (!) de Mi.Bergamasco, Scanavacca et Robertson. Malgré la révolte Ecossaise menée par l’illustre Chris Paterson, les italiens vont tenir ce match et enfonceront même le clou à la 75ème minute avec un essai de Troncon. Cette première victoire à l’extérieur restera une date marquante dans l’histoire du rugby italien. Aussi, il faut désormais capitaliser. Retour au Stade Flaminio de Rome pour accueillir des Gallois qui avaient tenu tête aux bleus la semaine passée (défaite 32 à 21). Un match très serré où les deux équipes se rendent coup pour coup. Le XV du poireau mène 20 à 16 à quatre minute du terme, moment choisi par Mirco Bergamasco (encore lui) pour surgir et inscrire un essai décisif. 23-20 alors qu’il reste quelques secondes, les Gallois ont la possibilité d’égaliser avec une pénalité mais ils choisissent d’aller en touche mais n’ont pas le temps de la jouer avant le coup de sifflet final. Fin de match rocambolesque qui offre un nouveau moment historique à l’Italie, première fois qu’elle remporte deux matchs dans le Tournoi. Le dernier match de ce Tournoi est moins une réussite, le XV du trèfle vient s’imposer à Rome sur le score de 51 à 24. Un baroud d’honneur italien dans les cinq dernières minutes, emmené par le capitaine Bortolami rendra la note moins élevée

La Coupe du Monde, ce crève cœur

Malgré ce final compliqué, le XV d’Italie arrive gonflé à bloc pour la Coupe du Monde en France après sa performance historique dans le Tournoi. D’autant que l’Italie est dans une poule accessible. Nouvelle-Zélande, Ecosse, Roumanie, Portugal et Italie donc. Derrière l’ogre All-Black, tout est ouvert. L’Italie va subir la loi de ces mêmes blacks pour son entrée en matière dans la compétition. 14 à 76 depuis le Stade Vélodrome. « Débarrassée » de ce match, l’Italie doit se concentrer sur les trois autres qu’elle doit gagner. La Roumanie et le Portugal devraient être des formalités. Et bien pas vraiment… Après une victoire peu convaincante 24 à 18 contre la Roumanie, les italiens s’imposent 31 à 5 contre les portugais. L’Italie n’a pas convaincu mais elle a rempli son contrat pour s’offrir une finale du groupe face à l’Ecosse qu’elle a battu chez elle plusieurs mois auparavant.

Ecosse-Italie dans la nuit stéphanoise. Icon Sport

La décision aura lieu au stade Geoffroy Guichard. Le « chaudron » accueille une équipe d’Italie malheureusement privée de son capitaine Bortolami. Le vétéran Troncon prend le relais. Côté Ecossais, les cadres sont là, notamment Paterson qui va être le bourreau des latins. Un 6/6 au pied sous le déluge du Forez qui va donner dix-huit points au XV du Chardon pendant que le réalisme va fuir les italiens. Malgré un essai du capitaine du jour pour sa dernière avec le maillot azzurri, les italiens vont connaître un manque de réussite face aux perches. Seulement trois tentatives réussies sur six tentées pour David Bortolussi qui manque même la pénalité de la gagne à trois minutes du terme. Les Italiens s’inclinent donc de deux points, 16 à 18. Cruelle défaite pour les transalpins qui auraient pu gouter aux quarts de finale d’un mondial pour la première fois dans un match à leur portée. Pierre Berbizier quittera ses fonctions de sélectionneur à l’issue de ce match, l’Italie étant partie pour une nouvelle reconstruction.

L’année 2007 a donc été historique pour le rugby italien. De nombreux joueurs de cette génération sont devenus des légendes du rugby transalpin. Cependant, l’Italie n’a pas su capitaliser sur cette saison, malgré une année 2013 intéressante, elle demeure une petite nation du rugby mondial. Si bien que les débats continuent d’être intenses autour des montées et descentes dans le Tournoi. Espérant pour eux que la nouvelle génération emmenée par le demi d’ouverture de Montpellier Paolo Garbisi soit capable d’élever le pays au niveau supérieur. Premier élément de réponse cette après-midi.

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