Biathlon Sports hiver

C’est l’heure de Marte Olsbu Røiseland

Enfin. Après avoir tourné autour pendant trois saisons, Marte Olsbu Røiseland semble, à mi-saison, bien partie pour remporter son premier gros globe de cristal. La Norvégienne enchaîne les victoires et elle est tout simplement la biathlète la plus complète du moment. Mais la connaissez-vous vraiment ? À l’approche des Jeux Olympiques, le CCS vous raconte son parcours et sa saison.

Un éveil tardif

Marte Olsbu Røiseland naît le 7 décembre 1990 à Arendal, en Norvège, et n’est initialement pas destinée au biathlon. Son premier contact avec la discipline, qu’elle choisit pour quitter son foyer familial, n’a lieu qu’à ses 14 ans. Un choix à reculons qu’elle ne regrettera pas.

“Travaille bien mais pas assez préparée. Ne possède pas les qualités essentielles à la pratique du biathlon.”

Roger Grubben, son coach de l’époque

Roger Grubben se trompait sur toute la ligne, mais Marte Olsbu ne lui en tiendra pas rigueur car il est toujours son entraîneur au début de la saison 2021. À 21 ans, la Norvégienne, membre du club local de Froland, obtient sa première sélection en équipe nationale en 2011 lors des mondiaux junior, où son meilleur résultat est une 9e place de l’individuel.

Marte Olsbu découvre la coupe du monde la saison suivante, en novembre 2012, à Östersund. Elle marquera d’ailleurs ses premiers points dès sa première course, encore une fois lors de l’individuel. Elle alterne alors entre circuit mondial et continental et remporte plusieurs courses sur ce dernier. La saison suivante, elle remporte son premier titre européen sur le sprint, à Nove Mesto, début 2014.

Marte Olsbu Røiseland découvre le circuit coupe du monde en 2012, à 22 ans (Crédit : Laiho/Nordic Focus)

Chaque année, Marte Olsbu Røiseland passe un cap. Premier podium en relais en coupe du monde début 2015, suivi de ses premières médailles mondiales à Holmenkollen en 2016 sur les relais mixte et féminin. Elle enchaîne avec son premier podium individuel à Khanty-Mansiisk la semaine suivante.

Pyeongchang comme révélateur

Pour ses premières olympiades en 2018, Marte Olsbu fait figure d’outsider. Sans plus. Et pourtant, elle va se révéler au grand public avec deux médailles d’argent, la première sur le sprint, la seconde sur le relais mixte. Sur la poursuite et le relais féminin, elle termine également au pied du podium. La Norvégienne s’installe en haut de l’affiche et compte bien y rester.

Derrière l’intouchable Dahlmeier, Røiseland obtient sa première breloque olympique sur le Sprint Crédit : Nordic Focus)

La saison 2018-2019 est sa première année pleine. Elle remporte sa première victoire sur le circuit avec le sprint de Nove Mesto, qu’elle double de la poursuite. Avec un total de trois victoires, elle termine quatrième du classement général, et notamment deuxième du classement de la poursuite. Depuis cette saison, Marte Olsbu n’a jamais passé une saison sans remporter au moins trois courses.

La reine des mondiaux

Au milieu d’une saison 2019-2020 où elle régresse quelque peu (5e du général), Marte Olsbu Røiseland réalise un exploit tout simplement inédit : remporter sept médailles lors mondiaux d’Antholz-Anterselva, soit une médaille par course. Vainqueur du sprint et de la mass-start, elle participe à la razzia du relais avec l’or sur les relais femme, mixte et mixte simple. Elle obtient également le bronze sur l’individuel et la poursuite. Jamais une athlète n’avait réalisé pareil exploit. Marte Olsbu s’impose alors comme l’une des nouvelles stars du biathlon, même si son âge avancé (30 ans) risque d’écourter son temps en haut du classement.

A Antholz, Marte Olsbu récolte 7 médailles en 7 courses, dont 5 en Or. EXCEPTIONNEL (Crédit : Nordic Focus)

À  la sortie de ses mondiaux irrésistibles, Marte Olsbu Røiseland est de fait en course pour remporter le premier classement général de sa carrière. Malheureusement, les planètes vont se désaligner. Une grippe attrapée après les mondiaux lui fait manquer les épreuves de Nove Mesto puis Kontiolahti. Le Covid-19 annule ensuite la fin de saison à Oslo, condamnant les espoirs de globe de la Norvégienne. Mais ce n’est que partie remise.

Une spécialiste du ski…

En bonne fondeuse norvégienne, Røiseland a toujours affiché un très bon niveau de ski, notamment depuis la saison 2016-2017 où elle intègre plusieurs fois le top 3 des meilleurs temps de ski. D’un petit gabarit (167 cm pour 60 kg), la Norvégienne n’est pas la plus explosive du circuit mais possède une endurance de fer. Elle réalise le meilleur temps de ski pour la première fois de sa carrière sur un sprint fin 2018.

Les statistiques de ski et de tir de Marte Olsbu Røiseland en carrière (Crédit : realbiathlon)

C’est d’ailleurs depuis cette saison qu’elle s’installe au top de la hiérarchie des skieuses. Depuis 2018, elle n’a quitté que 5 fois le top 20 des meilleurs temps de ski. Sixième skieuse en 2018-2019, elle progresse jusqu’à la seconde place la saison passée (2020-2021), juste derrière Tiril Eckhoff. C’était d’ailleurs la saison la plus aboutie de la Norvégienne, deuxième du classement général avec trois victoires et huit podiums, seulement battue par sa compatriote. À la lutte avec Eckhoff toute la première partie de saison, Marte Olsbu va notamment craquer aux mondiaux de Pokljuka où elle n’obtient aucune médaille individuelle, la faute à un tir capricieux.

… qui a su apprivoiser son tir couché

Comme de nombreuses Norvégiennes, Marte Olsbu Røiseland n’est initialement pas très à l’aise sur le tir, en plus d’être relativement lente derrière la carabine. Elle est rarement parmi les 20 tireuses les plus rapides du circuit, passant plus de 30 secondes sur son tir debout en moyenne.

Du côté de la précision, c’est sur le couché que le bât a longtemps blessé. Avant la saison en cours, elle n’avait jamais fait mieux que 88 % de moyenne au tir couché. Elle est par exemple 30e sur l’exercice en 2020-2021, saison qu’elle termine à la 2e place du général. Néanmoins, son tir couché est en progression depuis la saison 2017-2018 et elle a passé un cap cette saison : la Norvégienne tourne à plus de 90 % de précision.

L’évolution de la précision au tir de la norvégienne (Crédit : realbiathlon)

À l’inverse, Marte Olsbu a très vite progressé sur le tir debout. Sa saison 2017-2018 est d’ailleurs celle de tous les extrêmes : à moins de 80 % de réussite sur le couché, elle culmine à 90 % sur le debout. Et alors que son tir couché s’améliore, son tir debout se dégrade, si bien que son pourcentage général stagne autour de 85 %.

Une biathlète enfin complète

Sur la saison en cours, en revanche, tous les voyants sont au vert. Légèrement en retrait sur les skis (12e du classement actuellement), Marte Olsbu Roeiseland tire plus vite et mieux : 91 % de réussite en moyenne, 5ème meilleure tireuse du circuit (parmi les biathlètes à huit courses ou plus). Parmi les explications plausibles à cette réussite, son travail avec Britt Tajet Foxell, psychologue norvégienne qui travaille avec de nombreuses athlètes, telles que Therese Johaug et Marit Bjoergen. Depuis ses premiers échanges, Marte Olsbu a passé un cap.

« Après le sprint, je n’étais pas très satisfaite, j’ai senti que je pensais trop aux résultats, aux personnes autour de moi. Alors j’ai eu une longue conversation avec Britt, au téléphone.
Elle m’apporte beaucoup et m’a redonné les clés pour rester dans ma bulle, rester moi-même. J’ai seulement essayé de travailler correctement, de faire ma course sans aucune pensée extérieure, tout a bien fonctionné » 

Marte Olsbu Roeiseland sur son travail avec Britt Tajet Foxell pour TV2 fin 2020

Son aisance au tir lui donne une confiance et un ascendant sur ses poursuivantes, si bien qu’elle ne leur laisse que des miettes. Déjà 5 victoires, seulement une fois hors du top 10, la Norvégienne est d’une régularité exemplaire. À mi-saison, elle possède près de 100 points d’avance sur Elvira Oeberg et le gros globe lui semble promis, après l’avoir entraperçu déjà deux fois. Le petit globe de la poursuite lui tend également les bras.

Les Jeux comme objectif principal, mais un doublé historique en vue ?

Pourtant, l’objectif principal reste les Jeux Olympiques de Pékin. Il faut dire que c’est sûrement la dernière possibilité de la Norvégienne d’être championne olympique pour ses deuxièmes olympiades seulement. Les places sont chères en Norvège et Marte Olsbu s’est révélée sur le tard, alors qu’elle n’aura plus sa fraîcheur physique dans quatre ans. Sa première semaine de l’année 2022 a confirmé sa forme du moment avec des victoires sur le sprint et la poursuite. À Pékin, elle visera également l’or avec l’équipe de Norvège et rêve secrètement d’une razzia comme aux mondiaux 2018. Ainsi, elle ne participera aux épreuves d’Antholz, fin janvier 2022, pour se préparer en altitude pendant une dizaine de jours.

Pour le premier week-end de 2022, Marte Olsbu a réalisé une razzia avec deux victoires individuelles et une en équipe (Crédit : Getty Images)

L’avantage de Marte Olsbu Røiseland, c’est que son avance au classement général de la coupe du monde lui permet de faire cette impasse. Cela lui grille ses deux jokers annuels (on retire les deux moins bonnes performances en fin de saison, forfait compris) mais n’hypothèque en rien ses chances de gros globe de cristal. Secrètement, elle doit sûrement viser un doublé médaille d’or – gros globe qui n’a plus été réalisé depuis 2010 et une certaine Magdelena Neuner.

Du rêve à la réalité, le chemin est encore long. La piste chinoise promet de grosses surprises, entre méconnaissance et météo capricieuse. En soit, les performances de la Norvégienne à Oberhof, connue pour ses conditions venteuses, sont de bon augure. De plus, la saison est encore longue et une olympiade réussie ou ratée peuvent avoir des conséquences sur la fin de la saison. Si les progrès de Marte Olsbu Røiseland sont à attribuer en partie à son travail mental, ce dernier se révèlera primordial sur les dernières courses pour résister à la pression.

La saison 2021-2022 est celle de Marte Olsbu Røiseland. À 31 ans, après une révélation tardive, elle est au sommet de sa carrière et domine pour l’instant la coupe du monde. Hasard du calendrier, elle a l’occasion de rattraper son retard en glanant l’or olympique et le gros globe sur une même saison. Si son niveau de ski n’est plus à prouver, c’est sa progression au tir, notamment couché, qui a fait de Marte Olsbu la biathlète la plus complète du circuit actuellement. Athlète toujours souriante et appréciée sur le circuit, elle abordera Pékin avec le nouveau statut de grande favorite.

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