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JO Pékin | Des Jeux sans neige, une nouveauté ?

Le manque de neige naturelle à Pékin est dans tous les débats. Mais était-ce la première fois que les Jeux Olympiques se déroulaient sans neige ? Qu’en est-il de l’Europe ? Et ce qu’il se passe en Chine n’est-il pas l’unique avenir possible pour les sports d’hiver ?

Entre droits de l’homme, pollution et écologie, les Jeux Olympiques de Pékin sont sous le feu des critiques. Nous allons nous concentrer ici sur le manque de neige naturelle pour les épreuves de ski de Pékin qui est sur toutes les lèvres depuis environ deux semaines et l’approche des Jeux Olympiques. En effet, pour ces Jeux, les athlètes vont concourir sur des pistes enneigées de façon 100% artificielle. En effet, il ne tombe pas plus de 5 cm de neige par an sur le secteur. Une première dans l’histoire.

Néanmoins, il ne s’agissait pas de la première fois que cela se produisait. En 2018 déjà, 90% de la neige était artificielle. C’était la même chose pour les Jeux Olympiques de Sotchi en 2014 où 80% de la neige était artificielle. Si dans le cas de la Chine c’est le manque d’eau qui pose problème, en Russie c’était le climat. Sotchi étant en bord de mer baltique, les températures y étaient trop élevées pour empêcher que la neige fonde.

En effet, le CIO choisit des villes dans des pays où les sports d’hiver et de neige notamment ne sont pas présents. Cela permet de les développer. Ainsi, en donnant les Jeux Olympiques 2022 à la Chine, cela était censé amener environ 300 millions de Chinois à la pratique du ski. Une aubaine pour les diffuseurs et fédérations. Mais c’est également une façon de développer son marché pour l’ensemble du secteur. En Chine, toutes les stations où presque font travailler des entreprises européennes qui ont déjà développé tout ce qu’il y avait à faire en Europe. Skis, équipements, mais également remontées mécaniques, voir entraineurs pour les entraineurs, beaucoup vient d’Europe.

Vue des pistes de ski enneigées artificiellement pour les Jeux Olympiques de Pékin (Leo Ramirez/AFP)

De plus, il faut des villes en capacité d’organiser un événement de plus en plus gros. Ainsi, certaines villes et pays qui pourraient le faire ne sont plus forcément capables de le faire en Europe. Entre l’organisation d’une étape de coupe du monde et des Jeux Olympiques, il y a un monde. Il faut suffisamment d’infrastructures pour accueillir public comme athlètes. Difficile de les imaginer désormais à Grenoble ou Innsbruck.

Si des solutions à l’aide de neige naturelle avaient toujours été trouvées auparavant, le tournant des sports de neige a lieu lors des Jeux Olympiques de Lake Placid. Lors de cette édition en 1980 aux Etats-Unis, il y a la première utilisation de canons à neige. Ils seront par la suite utilisés plusieurs fois lors des Jeux Olympiques. De plus, à plusieurs reprises, la chaleur a posé problème. C’était notamment le cas lors des Jeux de Vancouver dont les sites étaient situés à trop basse altitude et la neige fondait à grande vitesse. Les organisateurs avaient d’ailleurs déplacé de la neige par hélicoptère pour permettre d’enneiger les sites.

Une neige pas forcément plus naturelle en Europe

Mais si la question environnementale se doit d’être posée, il serait hypocrite de fermer les yeux sur la situation européenne. Comme l’ont rappelé à de nombreuses reprises les skieurs français, la neige sur laquelle nous skions chaque année n’est pas beaucoup plus naturelle. Nils Allègre, descendeur de l’équipe de France, indique que plus de 60 % de la neige est artificielle dans les stations françaises. Et c’est la même chose dans toute l’Europe. Personne n’y coupe, pas même la piste de la station de Kitzbühel, temple du ski alpin.

« Les gens critiquent que ce soit de la neige artificielle mais en Europe c’est pareil. Ca choque parce qu’il n’y a pas de neige sur les bords. A Kitzbühel, c’est de la neige artificielle aussi. »

Blaise Giezendanner, pour RMC sport.

Ce manque de neige récurrent est d’ailleurs la principale critique du site de biathlon allemand Oberhof. Site mythique du biathlon, il est à faible altitude et le manque de neige y est récurrent. C’était une nouvelle fois le cas cette saison, où la première course a été décalée d’un jour pour pouvoir préparer au mieux les pistes. Ainsi, tous les ans, des stocks de neige sont effectués à l’aide de la technique du snowfarming pour pouvoir l’enneiger par la suite.

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Et en France aussi de l’eau est stockée dans des très décriés lacs et étangs artificiels afin de pouvoir alimenter les canons à neige tous les hivers. Si ce n’est pas celle-ci, elle est issue de l’eau du réseau. Certes, celle-ci n’est pas forcément déplacée sur des kilomètres comme cela a pu être le cas pour les Jeux de Pékin. Mais cela reste un problème, que cela soit au niveau climatique par détournement du cycle naturel de l’eau, ou environnemental, certains lacs étant installés sur des zones parfois naturelles et protégées.

La quantité d’eau utilisée sur le territoire français est d’ailleurs de 19 millions de m3 annuellement. A titre de comparaison, sur le site chinois tant décrié, il s’agissait d’1,2 millions de m3 d’eau nécessaire à l’enneigement du site et au maintien de la neige sur celui-ci.

Siegfried Mazet, entraineur de tir des biathlètes norvégiens, ancien entraineur de l’équipe de France

Innsbruck 1964, les Jeux sans neige

Déjà bien avant Lake Placid, la météo s’était mêlée des Jeux Olympiques. Car on peut tout prévoir, mais elle reste l’élément incertain. Et même dans les secteurs normalement toujours enneigés, le manque de neige peut subitement se faire ressentir. C’est ce qu’il s’est produit pour les Jeux Olympiques de 1964 à Innsbruck en Autriche.

Alors que le Tyrol est quasiment toujours enneigé, il n’y a pas de neige à quelques semaines de l’ouverture de la compétition. C’est la faute à un vent chaud et sec : le foehn. Il a d’ailleurs pour surnom en allemand, le Schneefresser, mangeur de neige en français, qui résume bien ses effets. La région se retrouve face à la pire météo pour l’organisation de Jeux Olympiques depuis 60 ans. Les premiers flocons tombent autour du 10 janvier et en faible quantité. Le site de ski nordique en reçoit 15 cm, mais le lieu des épreuves d’alpin uniquement 1 cm.

Il est donc décidé de faire appel à 4 compagnies de l’armée autrichienne, soit environ 430 soldats. Ceux-ci ramassent et transportent plus de 40 000 m3 de neige par camion depuis le Col du Brenner, 50 km plus loin. Puis, ils doivent la mettre en place sur les pistes et la tasser manuellement. Mais il manque également de glace pour les épreuves de bobsleigh, luge et patinage qui représentent 20 000 m3. Alors que les préparatifs se déroulent en amont, il y a un risque que la neige fonde. Certaines pistes dans l’ombre ne posent pas de soucis, mais d’autres pourraient voir la neige disparaître avant l’heure. Les habitants des villages voisins (Goetzens, Axams, Birgitz et Grinzens) se portent alors volontaires pour transporter de la neige jusque sur les sites si le pire venait à se produire.

Des soldats autrichiens enneigent les pistes (Central Press/Getty Images)

Réchauffement climatique et ski : incompatibilité ?

Mais avec le dérèglement climatique et le réchauffement à l’échelle du globe, le ski et les sports d’hiver semblent à terme compromis. La température augmente depuis les années 1900 à l’échelle de la France. Les degrés gagnés le sont sur toutes les saisons. Ainsi dans les Alpes, il fait en moyenne 1,7°C plus chaud en hiver qu’en 1959. Avec cette augmentation des températures, les jours de gel sont moins nombreux. Le nombre de jours de gel a été divisé par 2 à Chambéry par exemple. Mais il y a également une perte du nombre de jours d’enneigement. Les Alpes perdent 6 jours d’enneigement par décennie, et les prévisions parlent d’une perte d’un mois et demi en 2050.

Evolution des températures moyennes à Grenoble (Meteo France)

Pour savoir à quoi s’en tenir, les régions font des études de prévision du futur. C’est par exemple le cas de la région de Thuringe en Allemagne qui voulait savoir de quoi serait fait l’avenir. En effet, celle-ci compte l’un des plus gros sites de sports d’hiver Oberhof, lieu mythique du biathlon. Et il n’est pas optimiste, Oberhof devant perdre 20 jours de neige à un horizon très rapide : 2025.

Les projections demandées par la région Auvergne-Rhône-Alpes ne sont pas bien différentes. L’enneigement de la région baisserait à partir de la moyenne altitude 1 700 m. Si la température moyenne augmente de 2°C, il y aurait un mois en moins avec neige au sol à 1 500 m. Ainsi dans les Alpes du Sud, cela passerait de 5 à 4 mois. En parallèle, le manteau neigeux diminuerait de 40 cm. Quand aux altitudes encore plus faibles, il ne pourrait plus y avoir de sports d’hiver par manque de neige à 1 200 m. Seuls les sites situés au-dessus de 2 500 m seraient peu impactés. Néanmoins, la station française la plus élevée Val-Thorens est située à 2 200 m, soit en dessous de cette altitude. Et même à cette altitude, la neige arriverait plus tard en saison et la fonte serait plus rapide, faisant perdre 12 jours d’enneigement.

Cumul de neige fraîche à Chamonix (1000m d’altitude) entre 1960 et 2014 (Météo France)

Les sports d’hiver en général, notamment les disciplines nécessitant une grosse couverture neigeuse, seraient compromis. Toutefois, certaines disciplines seront moins impactées. C’est le cas du ski nordique et du biathlon, qui demandent une couche plus faible de neige. Elles pourraient éventuellement aussi se renouveler sur le modèle des compétitions d’été à l’aide de skis-roues. C’est également le cas du saut à ski pour lequel il existe déjà des compétitions d’été et qui ne nécessite qu’un relativement faible enneigement. Le réchauffement climatique n’inquiète pas la sauteuse à ski Julia Clair, comme elle nous le confiait en interview il y a peu : « En ce qui concerne le saut à ski, il faut de la neige sur le tremplin mais ça n’en demande pas autant que d’autres sports. On saute aussi beaucoup sur le revêtement synthétique en été. Finalement, ça ne change pas grand chose. ».

Oui les Jeux Olympiques de Pékin ne sont pas bons pour l’environnement. Mais avant de juger ses voisins, il est intéressant de se regarder dans un miroir et de voir ce qui ne fonctionne pas aussi chez soi. Combien d’entre nous partent aux sports d’hiver dans des créneaux météo peu adaptés avec nécessité d’utiliser des canons à neige pour pouvoir continuer de skier ? La neige est un problème des Jeux Olympiques depuis des décennies et il va falloir se pencher sur le futur des sports de neige, qui seront condamnés si la situation climatique mondiale ne s’améliore pas. Mais cette contribution au dérèglement climatique mondial n’est qu’une goutte d’eau parmi des milliers d’autres responsables de la situation actuelle de la planète. Si cela permet d’ouvrir un débat global, les critiques peuvent se poser, mais il ne faudrait pas généraliser la situation à un unique évènement.

Crédits images titre : Leo RAMIREZ / AFP

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