Non classé

La défense des Bengals, bienvenue dans la jungle

3 points. 3 tous petits points. C’est le score famélique que les Chiefs ont réussi à marquer en 2ème mi-temps de l’AFC Championship. Mais ne vous y trompez pas, non, ce n’est pas Patrick Mahomes qui a accumulé les erreurs, ce sont les Bengals de Cincinnati qui ont totalement fait dérailler une attaque pourtant bien huilée. La première mi-temps était même à sens unique et les Chiefs se permettaient d’être gourmands en ne prenant pas le Field Goal avant la pause. Alors que s’est-il passé pendant cette entracte de 15 minutes ? Plongée dans les X et les O, sur le tableau noir de Lou Anarumo.

Acte 1 :

Comme tout bon Coordinateur Défensif et patron de la défense d’une équipe NFL, Lou Anarumo avait évidemment travaillé son plan de jeu à l’orée de la rencontre contre les terribles Kansas City Chiefs, 2 fois finalistes des deux dernières éditions (et vainqueur du Superbowl LIV). Sans nulle doute, le coach, spécialiste des Defensive Backs s’était attelé ardemment à contrer le jeu de passe de Patrick Mahomes, l’enfant prodige du Football. Pour se faire, la solution était toute trouvée, les Chiefs au cours de la saison avaient balbutié leur football contre des équipes présentant des systèmes à 2 safeties très haut sur le terrain. Ainsi, les big plays de Mahomes et Tyreek Hill étaient en grande partie rabotés. C’était bien sur cela qu’il fallait s’appuyer.

Les Bengals sont donc arrivés le jour du match avec un plan de jeu simple, très simple, trop simple. La première mi-temps a été une indigestion de Cover 2 et de Cover 4 pour les Bengals. Certes, les Chiefs ne trouvaient pas de solution dans le fond du terrain, mais ils avançaient inexorablement, petit à petit sur des drives longs et maitrisés, pendant que l’attaque des Bengals pataugeait et n’arrivait pas à suivre le rythme.

Logiquement, au cours de la saison, après avoir buté à maintes reprises sur ce type de défense, les Chiefs ont évolué. Le nouveau variant Bienem-reid a muté pour permettre à son QB talentueux de disséquer ces défenses trop conservatrices. Les tracés des receveurs amenaient ces derniers dans les soft zone de la défense des Bengals. Patrick Mahomes savait à l’avance quand et où lancer pour enchaîner les gains courts et moyens. Et comme si ça ne suffisait pas, si tout était fermé, il restait la solution « course » du quarterback pas avare en effort.

En images cela donne ça :

Cover 2

Voici un schéma classique de n’importe quel playbook défensif en NFL : la Cover 2 Man. Les principes sont simples, deux safety sont dans le fond du terrain et aident leurs cornerbacks sur le haut des routes. Les cornerbacks et linebackers peuvent être au choix en zone sur une ligne de défense ou bien être en Man Coverage, c’est à dire tout simplement en homme à homme.

Ici Patrick Mahomes n’a aucun mal à déchiffrer la Cover 2 qui n’est absolument pas dissimulée. La seule inconnue restant si les linebackers et le nickelback (cornerback aligné dans le slot, receveur approché) défendront en man ou en zone. Après le snap il voit vite que tout le monde est en couverture sur l’homme. Il sait alors que le champ est libre pour gagner les yards nécessaires au first down (pourtant lointain) à la course. Il n’a plus qu’à collecter.


Cover 4

La Cover 4 quant à elle, s’appuie aussi sur les mêmes principes que la Cover 2 mais avec les cornerbacks extérieurs qui viennent s’asseoir en zone dans la profondeur du terrain. Le nickelback propose une défense en press et donc potentiellement en homme à homme face au slot receiver. Les zones faibles se trouvent proches des lignes de touche en dessous des cornerbacks extérieurs. Celui du côté du nickelback présente plus de risque car le défenseur pourrait passer en défense de zone (comme ici). La solution la plus simple reste donc la passe extérieure gauche sur un tracé out de 5-10 yards. Mahomes et Kelce ne se font pas prier.

Le problème ici c’est que la défense propose un look au quarterback qui ne change pas. Ce dernier a tout le temps du monde pour s’ajuster avant le snap et opérer machinalement sans être inquiété.

Deuxième exemple de Cover 4 ici. Quand le nickelback suit plus longuement le receveur en homme à homme, la première ligne de défense composée des deux linebackers devient extrêmement fine. Les courses dans les interlignes sont bien inspirées contre ce genre d’appels de jeu. Hill ne capte pas le ballon mais encore une fois, parfaite lecture de Mahomes pas beaucoup challengé par Lou Anarumo.


Défense à réaction

Enfin, dernier exemple pour caractériser la toute puissance de Reid, Bienemy et Mahomes en première mi-temps. Les Bengals, encore une fois, présentent un schéma de Cover 4. Cependant, les cornerbacks sont dans une position où, vraisemblablement, ils couvriront les receveurs en homme à homme sur des tracés courts et moyens puis glisseront vers le fond du terrain tranquillement si leur vis-à-vis courent des tracés croisés.

Pour exposer cette défense, Patrick Mahomes appelle une motion de Hill. Son défenseur ne le suit pas. La Cover 4 est affiché en lettres rouges sur le terrain. le QB connait les soft zones à attaquer. En réaction, le SS Von Bell, vient couvrir cette zone faible, pour éviter que Tyreek Hill ne puisse faire un big play avec beaucoup d’espace et de vitesse. Problème, cette réaction ouvre le champ profond dans son dos… Et la Cover 4 devient pratiquement une Cover 1, chose que vous voulez exactement éviter face à Mahomes. Big play.

Acte 2 :

Et comme tout excellent effort défensif, c’est à la mi-temps que la magie opère. Bien sûr que Lou Anarumo a remarqué que sa Cover 2 et Cover 4 ne fonctionnaient absolument pas. C’est un fait, il fallait changer un petit, tout petit rouage pour endiguer l’avancée des Chiefs. En effet, le but d’une adaptation n’est pas de tout inverser dans ses plans, mais bien de trouver le petit twist final.

Les couvertures de zone hautes sont toujours une obligation comme expliqué plus haut. La victoire finale passera par l’éradication des big plays. Mais donc, comment couvrir les soft zones en contrepartie ?

Explications en images

Look plus agressif

Ce n’est pas un secret, si vous n’arrivez pas à arrêter une équipe en jouant des designs conservateurs, appelez des jeux beaucoup plus agressifs ! Enfin, au moins, faites croire que vous appelez des jeux plus agressifs. Le simple fait de mettre tous ses cornerbacks en press proche de la ligne de scrimmage induit une envie de stopper complétement l’attaque des Chiefs plus importante chez les Bengals. De plus, les MLB se présentent sur la ligne comme pour un blitz laissant un espace béant dans leur dos. Un leurre, pour mieux couvrir dans la zone ou en man après le snap.

L’incertitude est une première réponse pour mettre en difficulté Mahomes. L’agressivité ou simplement un look agressif mais irrémédiablement une pression plus importante sur n’importe quel QB. La pression engendre potentiellement plus d’erreurs de la part du QB, des WR ou des OL selon l’endroit où on l’applique. Évidemment, c’est aussi une stratégie plus risquée qui peut parfois coûter chère. Pari réussi pour la défense des Bengals sur cette 2ème mi-temps.


Mouvement pré-snap

Si en première période la défense de Cincinnati était en réaction, elle est totalement en action lors de la deuxième période. Ceux sont bien les défenseurs et notamment les joueurs de la secondary qui se mettent en mouvement avant que le ballon ne soit mis en jeu. Il y a une vraie plus-value a réaliser cela avec les joueurs du champ profond défensif. En effet, cela ne permet pas au QB adverse d’être catégorique sur le type de couverture qui va être déployé.

Le but est sensiblement toujours le même : rentrer dans le cerveau de Mahomes, lui inséminer des doutes permanents, le faire cogiter et déjouer seul.


Cover 3 Buzz – jeu intermédiaire/long

Il est là l’atout dans la manche de Lou Anarumo. Celui qu’il gardait au chaud depuis le début du match pour le sortir au meilleur des moments et retourner la partie. J’ai nommé, la Cover 3 Buzz.

Ce système est LE schéma de Pete Carroll, de la Legion of Boom et des Seattle Seahawks. Il a fait la renommée d’une équipe, et il a probablement sauvé les Bengals sur ce match. Les principes de la Cover 3 Buzz sont les suivants : 3 zones profondes défendues par les CB et le FS, les LB et le NB s’occupent des zones flats, curls et hook, le SS vient en position de « robber » s’asseoir au milieu entre les deux lignes et intercepte tout passage sur des concepts de courses croisées.

C’est un moyen très astucieux de déguiser une défense en Cover 3 profonde, tout aussi optimale pour éviter les big plays, tout en partant d’un look de quarters coverage (Cover 4) ou avec deux safety très haut (Cover 2). La Cover 3 nécessite cependant un monstre en qualité de FS, chose que les Bengals ont avec Jessie Bates.

Après toute une mi-temps à lire une défense statique qui joue le même schéma que ce qu’elle présente, Mahomes est surpris par ce changement et ne trouve pas de choix facile dans les zones supposément faibles mais qui deviennent tout de suite défendues. La défense commence à gagner sa partie d’échec face au QB et son playcaller.

Cover 3 Buzz – jeu court

L’ultime avantage que procure le basculement depuis une défense en 2 high safety (Cover 2 ou 4) en 1 high safety (Cover 1 ou 3), et notamment dans la Cover 3 Buzz, c’est que le nickelback chargeait en majorité d’être en MEG (man everywhere he goes – homme à homme sur tout le terrain) peut laisser filer son vis-à-vis dans son dos qui sera pris en charge par le Robber. Ainsi le NB peut s’arrêter en zone et couvrir les zones proche des lignes en soutien avec ses linebackers. Les checkdowns ainsi que les scrambles sont plus facilement arrêtables.

En affrontant cette défense, Mahomes n’a tout simplement plus réussi à avancer, que ce soit avec ses jambes ou en cherchant ses coéquipiers sur passes courtes. De plus, Anarumo n’a pas hésité à intervertir tous les types de coverage différents qu’il a mis en place (Cover 2, Cover 4, Cover 3 Buzz) pour finir de déstabiliser l’attaque de Kansas City. Et au final, les Chiefs ont été vaincus.

Lou Anarumo, son staff et ses joueurs ont fait une deuxième mi-temps digne des plus grands. Les Chiefs, passé 30 minutes, n’ont plus eu une seule solution. Et les Bengals regardent en direction de Los Angeles depuis. Prochain arrêt : le Superbowl, et le « boss final » des esprits offensifs de la ligue, Sean McVay. La performance défensive de Cincinnati est maintenant à rééditer pour se hisser sur la dernière marche, pour le Gameover définitif.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :