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James Tavernier, symbole de la renaissance des Rangers

En 326 apparitions sous le maillot des Glasgow Rangers, James Tavernier cumule 73 buts et 104 passes décisives. Débarqué en 2015, le latéral droit s’est imposé comme le danger offensif numéro 1 et le capitaine de la mythique formation écossaise. Pourtant, à son arrivée, rien ou presque ne laissait présager une telle ascension.

Avant d’en arriver là, Tav, comme le surnomme les supporters des pensionnaires d’Ibrox Park, a connu un début de carrière hésitant. Formé à Newcastle, il ne parvient pas à faire son trou chez les Magpies où il ne dispute que dix rencontres avec le groupe professionnel. Entre 2008 et 2014, le défenseur est prêté 6 fois en cinquième ou en troisième division (Carlisle United, MK Dons, Shrewsbury, etc). Puis, l’arrière droit rejoint Wigan. Or, là encore, la formation du nord-ouest de l’Angleterre ne lui donne pas vraiment sa chance. Après avoir porté le maillot des Latics à treize reprises, le joueur aussi passé par Leeds dans sa jeunesse est envoyé à Bristol City pour y finir la saison. Ainsi, en sept ans, le natif de Bradford prend part au maximum à 31 matchs avec la même équipe. Cette instabilité et ce manque de confiance rendent impossible son éclosion.

Durant le mercato estival de 2015, James Tavernier est vendu aux Glasgow Rangers pour 250 000 euros. Le finaliste de la Coupe UEFA 2008 est alors en deuxième division et poursuit son opération remontée après sa relégation en raison de problèmes financiers. Ce transfert se fait en toute discrétion comme le signale Ross Kilvington, journaliste, spécialiste des Light Blues : « Ce n’est pas une signature qui m’a marqué, car il avait fait le tour de quelques clubs en Angleterre. Beaucoup de fans n’étaient pas sûrs de ce qu’il fallait faire de lui au départ« .

Le latéral démarre son aventure écossaise en tant que titulaire. Très vite, il rend la confiance accordée par son nouveau club et témoigne de ses qualités. Dès son premier exercice sous les couleurs des Gers, James Tavernier inscrit 15 réalisations et délivre 23 assists en 50 matchs. Ces performances lui permettent de taper rapidement dans l’œil des supporters : « Lorsqu’il a commencé à marquer des buts, beaucoup de gens l’ont remarqué et ont su que nous n’avions pas signé un défenseur ordinaire » relate le rédacteur de Nutmeg Magazine. Même son de cloche du côté de Loïs Guzukian, l’un des fondateurs du compte Twitter Scottish Football FR : « Déjà quand il est en D2, les Rangers font une grosse saison et tu vois que le mec marque beaucoup. Tu t’aperçois qu’offensivement c’est quelqu’un qui a de grosses qualités« .

Un joueur qui monte progressivement en puissance

Reste désormais à confirmer. Or, « Tav » semble d’abord avoir besoin de s’adapter à la D1 et ne réussit pas à maintenir son rythme effréné (2 buts, 7 passes décisives en 44 apparitions en 2016/17). C’est pourquoi certains observateurs, à l’instar de Ross Kilvington,  sont parfois surpris de la trajectoire empruntée par le défenseur : « Lorsqu’il est arrivé à l’été 2015, je n’y aurais pas cru si quelqu’un m’avait dit que James Tavernier serait le capitaine des Rangers pour leur 55e titre de champion. Cela semblait irréaliste à l’époque et prouve à quel point il est parvenu à s’adapter à différents managers pour atteindre le niveau qu’il a aujourd’hui« .

En effet, dès l’année suivante, le latéral monte en puissance et s’affirme comme un élément essentiel de l’animation de l’attaque des Gers avant d’exploser en 2018/2019. Cette saison s’apparente à celle de l’avènement pour le défenseur (17 réalisations et 20 offrandes en 57 rencontres). Hasard ou non, cet impact offensif retrouvé coïncide avec l’obtention du brassard de capitaine. Ainsi, James Tavernier s’avère être un véritable leader : « Tout le monde le respecte, personne ne se pose la question de pourquoi il est capitaine. Il fait partie de ces joueurs qui dégagent quelque chose quand tu les vois. C’est pas quelqu’un qui va être forcément très vocal mais ses coéquipiers ont envie d’être derrière Tavernier« , détaille Loïs Guzukian.

Concrètement sur le pré, James Taverner affiche de nombreuses qualités. Tout d’abord, l’ancien de Newcastle peut compter sur un physique solide : « Athlétiquement, il manque très rarement un match pour cause de blessure » observe Ross Kilvington. Par ailleurs, l’Anglais de 30 ans possède toutes les caractéristiques du latéral droit moderne. Il s’agit tout simplement de l’élément le plus créatif de son équipe … voire de son championnat. Il se classe par exemple parmi les plus performants en termes de centre (2ème de Scottish Premiership) ou d’expected assists (2ème également). En octobre, le média Scottish Football Analysis avait aussi analysé la heat map du défenseur. Celle-ci atteste parfaitement de sa tendance à occuper le flanc de la moitié de terrain adverse.

De même Tavernier occupe la deuxième place des joueur qui centre le plus en première division écossaise. (Source : (Scottish Football Analysis)
Heat map de James Tavernier qui semble témoigner de sa tendance à se porter vers l’avant. (Source : Scottish Football Analysis)

Impressionnant également à l’échelle de l’Europe

Au-delà de l’Écosse, les statistiques de James Tavernier lui permettent de faire partie des meilleurs en Europe à son poste. Comme le montrent les données compilées et comparées par FBREF, l’arrière fait mieux que la grande majorité des latéraux dans de nombreux items relatifs à la créativité (distance parcourue vers l’attaque avec les passes, passes clés, distance parcourue vers l’attaque en portant la balle, etc). Enfin, il convient d’évoquer sa précision sur les coups de pied arrêtés, que ce soit sur les pénalty (il en a d’ailleurs transformé un contre Dortmund à l’occasion des barrages aller de l’Europa League), les coups-francs et les corners. Toutes ses qualités expliquent ses nominations dans les “Team of the year” 2018, 2019 et 2021 mais aussi son titre de joueur PFA de l’année la saison dernière. Preuve supplémentaire de son influence et de la reconnaissance dont il bénéficie en Premiership.

Cependant, l’Anglais présente également certains défauts : « Il y a eu quelques défaillances défensives au fil des ans qui n’ont pas aidé la cause » relève Ross Kilvington. De même, selon Loïs Guzukian : « Il a de l’endurance mais c’est vrai que face à un joueur rapide, parfois il peut se faire un peu prendre. Après j’ai envie de dire c’est pas lui qui va faire sombrer la défense, c’est très rare qu’il fasse des grosses erreurs mais si les Rangers passent à côté, il passe à côté. Il n’a pas tant d’immense défauts que ça« .

Ainsi, ses prestations, sa mentalité, sa régularité et son rôle dans le titre glané par les Rangers en 2021 ont définitivement fait entrer James Tavernier dans le cœur des supporters. En témoignent les propos du fondateur de Scottish Football FR : « On touche pas à Tavernier, Tav c’est un de leur joueur préféré. Le jour où il partira, ça sera difficile pour eux parce qu’il a fait beaucoup. Il aime beaucoup le club, il a toujours été clean, il n’y a pas une tâche sur le tableau« . En effet, le défenseur a été de toutes les batailles depuis 2015 : de l’accession à la D1 au retour en Europe en passant par les Old Firm perdus sur des scores fleuves juste après la promotion jusqu’à la consécration en 2021.

Déjà dans l’histoire des Rangers ?

Qui plus est, ce succès a permis aux Gers d’empêcher le « ten in a row«  de l’ennemi du Celtic. De quoi donner à Tavernier un prestige encore plus important d’après Ross Kilvington : « Il a été le seul survivant de l’équipe qui a remporté le championnat en 2016 à soulever le trophée de la Premiership. Capitaine des Rangers jusqu’au titre de champion, c’était l’aboutissement de tout ce que lui et le club avaient traversé au cours des cinq dernières années (…) Je pense que les fans apprécient la façon dont il a gravi les échelons jusqu’à mener l’équipe à la consécration suprême. Cela doit être respecté, bien qu’il soit parfois facile de le critiquer pour ses erreurs défensives, le véritable consensus est que les fans aiment qu’il soit au club et qu’il donne tout« .

Les Rangers auront besoin d’un grand “Tav” pour la fin de saison. De grosses échéances l’attendent lui et ses coéquipiers. Deuxième de Premiership, à trois points du Celtic, le champion sortant peut toujours espérer remporter le titre. De même, en Europe, les Gers doivent valider leur succès obtenu à l’aller sur la pelouse du Borussia Dortmund (2-4) pour rallier les huitièmes de finale de l’Europa League. Porté par les cœurs d’Ibrox Park, les hommes de Giovanni van Bronckhorst peuvent espérer aller loin dans la compétition. Pour l’instant le numéro 2 des Light Blues répond présent. Depuis le début de l’exercice, il a déjà fait trembler les filets à 7 reprises et délivré 14 passes décisives. “Ne soyez pas surpris s’il termine la saison avec une participation de plus de 30 buts” s’enthousiasme le journaliste écossais.

Des trophées supplémentaires pourraient permettre à Tavernier, sous contrat jusqu’en juin 2024, de s’inscrire encore un peu plus dans l’histoire de la formation écossaise. À moins que sa présence dans la mémoire des fans ne soit déjà assurée comme le confie Loïs Guzukian : « On s’en rendra compte après sa carrière. Ses stats, son implication, sa régularité, son talent et avec le contexte du titre de champion. Ce qui serait bien c’est qu’il rajoute des trophées mais oui je pense qu’il sera dans l’histoire moderne des Rangers comme quelqu’un de très important« . Pour Ross Kilvington également, la question devrait se poser dans les prochaines années : “A-t-il sa place dans les annales, comme John Greig, Richard Gough et Barry Ferguson ? Il est difficile de répondre, mais mener l’équipe au 55ème titre est un bon début et une place dans le hall of fame ne me surprendrait pas plus tard”.

Crédit photo de couverture : The Guardian

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