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Jade Grillet-Aubert : « On est tous choqués que la décision ne soit pas venue de la FIS »

En Russie pour y disputer l’épreuve de Coupe du Monde de skicross à Sunny Valley, Jade Grillet-Aubert et toute l’équipe de France ont finalement été rapatriées en urgence au vu de la situation dans le pays hôte. Elle refait pour nous le fil de cette semaine particulière, avant d’évoquer la fin de saison…

Pour commencer, raconte nous comment tu as vécu ces quelques jours en Russie, et comment la situation a évolué pour vous là-bas…

« Pour commencer, je pense qu’on a été vachement ignorants de la situation. Aux JO, on avait tous un peu coupé nos réseaux sociaux, on ne recevait pas les infos, on était vraiment dans notre bulle. Donc même avant de partir en Russie, on ne savait pas trop ce qu’il se passait. Et je recevais des messages de mes proches qui me disaient « Tu es sûre que tu y vas ? », je me demandais pourquoi je n’irais pas, je ne comprenais pas. Donc on est reparti le 21 février de Pékin, l’organisation nous avait mis un charter à disposition pour tous les athlètes, c’était un vol direct jusqu’à Tcheliabinsk. Une fois sur place, c’est toujours la même chose, on n’a pas vraiment d’infos, donc les premiers jours se passent tout à fait normalement. On fait les entrainements comme d’habitude, et c’est à partir du jeudi que la situation a basculé.

Jade lors de l’épreuve des JO à Pékin.

J’ai commencé à recevoir de nombreux messages, et c’est ce qui a commencé à m’inquiéter. On me demandait comment j’allais, si j’étais en sécurité… Le jeudi, on a fait l’entrainement, et les discussions ont commencé l’après-midi, on prenait conscience de ce qu’il se passait. Au début, on a fait comme si cela ne changeait rien pour la course, mais entre nous on était forcément différents, on se demandait ce qu’on allait faire. Personne n’avait envie de courir, l’ambiance était assez lourde. On s’est réunis avec les coachs dans l’après-midi, on avait besoin de savoir ce qu’il en était, et de poser la question de ce que la FIS allait faire. Ca nous paraissait incohérent de courir, et en même temps c’est une décision qui était censée arriver d’au-dessus, on pensait que la course allait être annulée.

Les infos n’arrivaient pas, donc on a demandé aux coachs de se réunir tous ensemble pour parler entre nations. A l’unanimité, personne ne voulait courir, mais on attendait quand même le meeting du soir pour avoir la réponse de la FIS. A ce moment là, aucune décision n’est prise donc la course doit avoir lieu le lendemain. C’est vraiment à ce moment là que la discussion a commencé, il y avait débat. Dans notre groupe, on a deux gars qui jouent le globe, Terence Tchiknavorian et Bastien Midol, donc c’était une décision lourde de conséquences. Si on décidait de ne pas prendre le départ, ce que tout le monde voulait, ça signifiait aussi qu’ils perdraient des points au général si les autres nations ne prenaient pas la même décision que nous. C’est juste improbable de faire une course dans cette situation, dans un pays en guerre.

Bras tendu vers la ligne pour Jade à Pékin.

C’était bien plus d’un point de vue éthique et morale que d’un point de vue sécurité. On était au fin fond de la Russie, et on n’avait pas l’impression de craindre pour notre vie. La question qui s’est posée était alors de savoir, si tout le monde décidait de boycotter cette course, quelles seraient les conséquences ? On devait rentrer, et pour cela, on avait besoin de la Russie ! Est-ce que les vols allaient être maintenus ? C’était beaucoup de questions, la réunion du soir a duré très longtemps, on attendait aussi la fin de la réunion de la FIS qui se tenait à 20 h. On ne voyait pas d’autre issue, ils allaient décider d’annuler cette course. On a eu beau parler longtemps pour patienter, cette réunion ne s’est jamais terminée, et la décision d’annuler la course n’est jamais arrivée non plus !

On pensait se pointer au départ le lendemain matin, et profiter de ce moment pour réunir tous les athlètes, parler tous ensemble, et prendre une décision commune. Finalement, on n’a pas eu besoin, la Fédération Française de Ski s’est réunie en même temps, et a décidé de nous rapatrier le plus rapidement possible. Cette décision n’était pas facile à prendre, c’est bien qu’elle soit venue d’au-dessus. Et je pense que cela a motivé les autres équipes à faire de même. Les suédois ont été les premiers à se positionner, derrière c’était un peu comme nous, beaucoup de discussions, mais c’était pour arriver au même point. Côté Russes, je pense qu’ils n’avaient pas vraiment le choix, ils devaient se présenter au départ et faire comme si de rien n’était. Ce n’était pas facile pour eux, ils savaient qu’on n’allait pas y aller.

Jade reste sur deux podiums en Coupe du Monde fin janvier en Suède.

C’est forcément triste pour l’organisation, pour les bénévoles sur place qui ont beaucoup travaillé pour qu’on ait de bonnes conditions, parce qu’ils n’y peuvent rien. On a eu beaucoup de mal à comprendre la FIS, forcément on n’a pas les tenants et les aboutissants, mais c’est clair que ça a surpris et choqué tout le monde que ce ne soit pas eux qui prennent la décision. Déjà le jeudi, et encore plus le vendredi alors qu’il n’y avait personne au départ. On attendait mieux d’eux. On est donc reparti en bus de la station à 18 h, on a roulé jusqu’à Tcheliabinsk où nous attendait un avion pour aller à Moscou. On a passé la nuit de vendredi à samedi dans l’aéroport de Moscou, et on a pris un vol jusqu’à Lyon samedi matin. La fédé s’est bien bougée pour nous trouver un vol rapidement, on était une des premières équipes à partir. »

Pour revenir au sportif, tu as disputé tes premiers Jeux Olympiques, quelque chose que tu aurais peut-être eu du mal à imaginer il y a 3 ans, qu’est-ce que tu retiens de cette expérience ?

« Je suis partie avec des étoiles plein les yeux, c’était énorme ! Et comme tu l’as dis, si on m’avait dis ça il y a trois ans, j’aurais eu du mal à le croire. C’était un peu un rêve qui se réalisait. Forcément c’était des Jeux particuliers avec le Covid, je n’ai pas pu faire la cérémonie d’ouverture, c’était dans des conditions spéciales. Mais on a quand même vécu dans le village olympique, c’était dingue. L’événement en lui-même était incroyable. Je suis partie là-bas en faisant la maligne (rires), en me disant qu’étonnement j’avais pas de pression et que j’y allais confiante. J’ai pu remarquer sur place que c’était pas complètement le cas et que je suis passée par toutes les émotions. Il y a eu des hauts et des bas. J’ai quand même réussi à bien me remobiliser le jour de la course, j’avais le sourire, j’étais contente d’être là ! Ca n’a pas fonctionné ce jour là (éliminée en quart de finale), je manquais peut-être un peu d’énergie avec tout ce que j’avais déversé émotionnellement pour en arriver là.

J’ai quand même fait du bon ski, maintenant il va falloir reprendre le travail pour arriver prête dans 4 ans, et être en position de force pour aller chercher une médaille ! J’ai pu faire la cérémonie de clôture, je n’étais pas obligée, il y avait beaucoup de route, mais c’était vraiment quelque chose à vivre. Je suis tellement reconnaissante d’avoir pu vivre tout ça, c’était génial.« 

Avant les deux derniers rendez-vous de la saison tu es dans le top 5 du général, l’objectif c’est d’y rester ?

« Maintenant que j’y suis, clairement mon but c’est d’y rester oui ! Il nous reste Reiteralm et la finale à Veysonnaz, je pense que c’est jouable. Après, dans la continuité de mon état d’esprit depuis que je fais du skicross, j’y vais davantage pour me faire plaisir et faire du bon ski ! Je préfère y aller dans l’optique de faire du bon ski et de produire quelque chose qui me plait, avant de penser au résultat. Je sais pertinemment que c’est en me faisant plaisir que les résultats suivront. »

Nous retrouverons Jade et le reste de l’équipe de France de skicross du 11 au 13 mars en Autriche, à Reiterlam, pour l’avant dernier week-end de course de la saison. Un rendez-vous qui permettra de penser à nouveau au sportif dans un climat pesant…

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