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Derby, après les sanctions, le conte de fée ?

Plombé par un retrait de 21 points, Derby County a réussi l’exploit de se ressaisir et de revenir dans la course pour le maintien en Championship. À cinq longueurs de Reading, les Rams peuvent croire à ce qui semblait pourtant inimaginable il y a quelques semaines.

Deux coups de massue. Voilà ce qu’ont connu le DCFC et ses supporters en début de saison. Le premier intervient dès le 18 septembre. Les pensionnaires du Pride Park Stadium sont alors installés à la 12ème place de D2 avec 7 unités. Mais en coulisse, le club fait face à de grosses difficultés financières. En situation d’insolvabilité, il est même proche de la faillite. Les Rams ne respectent pas non plus les exigences nécessaires pour obtenir un prêt de 10 millions d’euros. Ainsi, la formation dirigée par Wayne Rooney est sanctionnée d’un retrait de 12 points par l’English Football League.

Avec un total inédit de -3, les Blancs et Noirs dégringolent au fin fond du classement. Et comme si cela ne suffisait pas, le 16 novembre, neuf nouvelles unités leur sont retirées. L’équipe retombe à -5 et se retrouve à 18 points du premier non-relégable. Or, ces mesures ne sont pas les seules prises à l’encontre des Rams. Ces derniers sont aussi interdits de recrutement. De même, les rétributions des joueurs sont plafonnées à 5000 livres par semaine tandis que Derby ne peut compter plus de 23 éléments professionnels dans son effectif. Des mesures presque logiques quand on sait que la formation britannique a été obligée de céder ses pépites pour payer les salaires de ses employés cet hiver. L’écurie des Midlands de l’Est n’a pas non plus été en capacité de prolonger le vétéran Phil Jagielka, à l’issue de son contrat court de 6 mois.

Le DCFC aurait pu poursuivre sa descente aux enfers et s’effondrer. Mais les coéquipiers de Tom Lawrence n’ont pas sombré, bien au contraire. Aujourd’hui la bande à Rooney est 22ème de Championship avec 24 points et n’affiche « plus » que 5 unités de retard sur Reading, le premier non-relégable : « Les joueurs ont réagi brillamment. À chaque mauvaise nouvelle, nous avons gagné le match suivant. Les joueurs se sont montrés à la hauteur » relate Jake Barker, spécialiste des Rams et rédacteur pour VAVEL. « Tous les joueurs se sont distingués par leur attitude never say die » renchérit Lynn Hemsworth, président du comité exécutif du Derby County Supporters Clubs.

Les doutes puis l’union sacré

Pour les supporters, les sanctions ont été difficiles à encaisser. En attestent les propos du fondateur du compte Twitter Derby County France : « J’ai d’abord été assez abattu, comme n’importe quel fan, la situation fait peur« . Cependant, le doute n’a pas eu le temps de s’immiscer dans les esprits : « À voir la mobilisation du public, des joueurs et du staff, la cohésion magnifique, j’ai vite eu un peu d’espoir qui s’est transformée aujourd’hui en vraie certitude que l’on peut faire l’exploit ». Le retour des Rams dans la course au maintien porte également la marque du sceau de leur entraîneur : Wayne Rooney. La légende de Manchester United a refusé de quitter le navire vacillant malgré les problèmes et les offres en provenance de Premier League (encore une d’Everton lors du mercato). Selon Lynn Hemsworth, Wazza a su insuffler certaines des valeurs qui l’ont fait briller tout au long de sa carrière : « Il a motivé l’équipe, lui a inculqué la confiance afin qu’elle continue à jouer et à se battre pour chaque point« .

Résultat, les Rams ont progressivement grappillé du terrain sur certains concurrents (Barnsley, Peterborough ou Reading) grâce à des performances remarquables. Fin novembre, le DCFC a notamment glané 4 points en deux matchs contre Bournemouth et Fulham, les deux équipes en tête du championnat à l’époque. D’autres prestations ont marqué les esprits. Le fondateur de Derby County France se souvient : « Les 2 matchs contre Hull, la victoire contre WBA, contre Bournemouth, etc. Mais la victoire à Stoke, le nul à Reading et le nul à domicile contre Birmingham sont la preuve qu’ils sont capables de tout. Bielik qui revient 1 an pile après une grave blessure qui marque à la 96ème d’un retourné acrobatique, le scénario est lunaire« . Début février, la formation du Midlands est même revenue à 4 longueurs de cette fameuse 21ème place, synonyme de maintien. Outre l’aspect mental, ce retour en trombe s’explique par la tactique instaurée par Wayne Rooney.

Pour mobiliser ses hommes, l’ancien attaquant s’est notamment appuyé sur une méthode bien particulière, en affichant trois classements dans les vestiaires : « Nous avons le tableau de la ligue tel qu’il est réellement, celui s’il n’y avait pas eu de retrait de points, et celui si Derby n’avait eu qu’une déduction de neuf points. Il a utilisé ça pour aider à motiver les joueurs, pour leur montrer que nous ne devrions pas être dans cette position. » détaille Jake Barker.

Rooney semble avoir trouvé la recette sur le rectangle vert

Tactiquement, le néo-entraîneur a su s’adapter à ⁸son effectif restreint dans le contexte de l’intensité de la Championship. Ainsi, son équipe presse mais de manière mesurée et efficace. Les statistiques étudiées par Total Football Analysis fin janvier le montrent parfaitement. Selon les données mobilisées, Derby est la cinquième formation qui autorise le plus de passes adverses par action défensive dans le camp adverse (PPDA, 14.5). En parallèle, les Rams ont marqué 5 buts suite à une séquence de pressing. À ce moment de la saison, seulement quatre membres de D2 avaient fait mieux. Plus précisément, l’écurie des Midlands de l’Est laissent ses opposants progresser sur les côtés avant de les étouffer. Cela facilite les récupérations sur les flancs puis les projections immédiates.

Rapport PPDA et buts marqués à l’issue d’une séquence de pressing des équipes de Championship (Source : totalfootballanalysis.com)
Répartition des récupération de Derby contre West Brom (Source : totalfootballanalysis.com)

En phase offensive, les assauts se préparent depuis l’arrière, avec les défenseurs centraux et le gardien. Cette configuration amène l’équipe en face à monter haut sur le pré. Dans un deuxième temps, Tom Lawrence et ses coéquipiers n’hésitent pas à allonger pour exploiter les espaces crées par le pressing adverse. Les latéraux jouent également un rôle prépondérant dans les attaques du DCFC. Pour optimiser leurs projections, Rooney demande à ses hommes de se concentrer sur un côté du terrain pour ensuite renverser le jeu et favoriser des 1 contre 1 sur l’autre flanc.

Illustration de l’exploitation des espaces par Derby, ici face à Stoke (Source : totalfootballanalysis.com)
Illustration de l’utilisation des latéraux par Derby (Source : totalfootballanalysis.com)

Au sein de ce collectif bien huilé, quelques individualités se démarquent : « Curtis Davies par son leadership et Ryan Allsop par sa solidité sont d’immenses atouts d’expérience. Festy Ebosele fait son trou avec le groupe pro. On va en entendre parler partout, son talent est sans limites » note le détenteur de Derby County France. Pour sa part, Jake Barker s’enthousiasme pour une autre particularité du groupe. Derby s’appuie sur une importante base de joueurs issus de son centre de formation: “Le fait que nous ayons autant de succès avec de jeunes gars qui sont passés par l’académie et qui se mélangent à quelques éléments plus âgées qui saignent noir et blanc, c’est tout simplement remarquable”.

Des supporters plus que jamais derrières leur équipe

Au-delà des joueurs et de l’entraîneur, c’est tout un club qui croit dur comme fer en l’exploit. Pour le réaliser, les Rams peuvent s’appuyer sur le soutien indéfectible de leurs supporters et sur l’ambiance incroyable du Pride Park Stadium : « J’y vais depuis 2003, 2004 et l’atmosphère est meilleure qu’elle n’a jamais été. Nous avons été promus, nous sommes allés à Wembley et ça n’a jamais été aussi bien. Il y a eu une marche il y a quelques semaines. Le 30 janvier, 9000 fans ont défilé dans Derby. C’était comme si nous avions gagné le championnat. C’était un jour phénoménal. Nous croyons que nous pouvons nous maintenir parce que tout le monde y croit. Cela a vraiment créé un sens de l’unité qui n’existerait probablement pas autrement » raconte le journaliste.

Rassemblement des supporters de Derby le 30 janvier dernier (Source : PA MEDIA via BBC News)

Alors le miracle est-il vraiment envisageable ? « Une fois qu’ils sont passés au-dessus de Barnsley, les supporters ont réalisé qu’il était possible de surmonter le retard, mais ils savent toujours combien cela sera difficile » déclare Lynn Hemsworth. En effet, à l’heure actuelle, la dynamique des Rams paraît moins impressionnante qu’il y a quelques semaines. Sur les 5 derniers matchs, le DCFC a remporté deux rencontres mais s’est incliné à 3 reprises. Ces défaites sont intervenues contre des adversaires qui semblaient à leur portée (Cardiff ou Millwall). Néanmoins, l’équipe a enregistré des succès précieux contre Peterborough et Barnsley, des concurrents directs. Évidemment, l’idéal resterait de valider le maintien. Mais avoir réussi à surmonter toutes ces épreuves et à mettre en place cet engouement, cette d’union sacré s’avère déjà être un magnifique accomplissement.

D’autant plus qu’en coulisse, le volet financier est toujours incertain. Un autre retrait de 3 points demeure par exemple en sursis. Il y a quelques jours, l’EFL a demandé aux Blancs et Noirs de clarifier leur état. Les Rams ne savent absolument pas de quoi leur avenir sera fait. Une situation compliquée à vivre, en témoigne le fondateur de Derby County France : « C’est le flou total. On doit attendre de trouver un repreneur. On a la « chance » que Mel Morris et Steve Gibson se soient arrangés, ça facilite la revente. Mais aujourd’hui on vit en actualisant sans arrêt les infos, c’est assez pesant« .

Au-delà de l’aspect sportif, le DCFC apparaît comme un élément essentiel pour la région : « Le club est très important pour la ville de Derby et le comté du Derbyshire.  Les revenus que les visiteurs apportent lorsqu’ils viennent sont énormes, probablement irremplaçables » affirme Lynn Hemsworth. Tom Lawrence et ses partenaires ont encore 10 matchs pour concrétiser l’un des plus grands miracles de l’histoire du ballon rond. S’ils y parviennent, le Pride Park Stadium n’aura probablement jamais aussi bien porté son nom.

Crédit photo de couverture : telegraph.co.uk

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