A l'affiche Ligue 1

Julien Stéphan, le Breton qui a conquis l’Alsace

Le Racing-club de Strasbourg accueille l’AS Monaco, dimanche 13 mars 2022 à 15h, dans le cadre de la 28ème journée de Ligue 1. Contrairement à l’AS Monaco, qui a pour objectif annoncé le podium, ce n’était clairement pas le cas pour les Alsaciens en début de saison. Pourtant, voilà ces derniers propulsés à une prometteuse 5ème place, dans le bon wagon pour accrocher une place en coupe d’Europe. Un homme participe notamment au renouveau des pensionnaires du stade de la Meinau. Cet homme, c’est l’entraineur breton du club alsacien, Julien Stéphan.

Une ascension irrésistible en terre bretonne

Fils de Guy Stéphan, adjoint de Didier Deschamps en Equipe de France, et ancien joueur professionnel, Julien Stéphan baigne naturellement dans le monde du football dès son plus jeune âge. Enfant, il suit les déplacements de son père. Julien Stéphan fréquente alors plusieurs centres de formation, dont ceux de l’OL et du PSG, sans jamais parvenir à s’y imposer. Par la suite, il mène une courte carrière semi-professionnelle, passant notamment par le Toulouse FC, alors en National 1. Finalement, il gratte même quatre sélections en Equipe de France des moins de 23 ans. C’est durant sa fin de sa carrière de joueur, qu’il commence véritablement à lorgner sur le métier d’éducateur et d’entraineur.

Père et fils unis autour de la même passion du terrain. (Crédits : V. Michel/Icon Sport)
Père et fils unis autour de la même passion du terrain. (Crédits : V. Michel/Icon Sport)

Pendant ses dernières saisons au FC Drouais, il prend en charge les U19 durant trois ans. Dans le même temps, il passe ses diplômes d’entraineur. Enrichi de cette expérience, il poursuit son parcours avec les équipes de jeunes de Châteauroux puis du FC Lorient. Avant de revenir dans sa ville natale, Rennes, en 2012. Il reprend alors les U19 du Stade Rennais avant d’accéder à l’équipe réserve, puis à l’équipe première en 2018. Au sein du club breton, la carrière d’entraineur de Julien Stéphan prend véritablement son envol. Sur la scène européenne, les Rouge et Noir se qualifient pour la première fois en 8ème de finale de la Ligue Europa (éliminés de justesse par Arsenal) puis pour la phase de groupe de la Ligue des Champions en 2020. Mais le succès de Julien Stéphan au Stade Rennais est surtout marquée par la conquête de la Coupe de France face au PSG en 2019, un trophée qui fuyait les Rennais depuis 1971.

Julien Stéphan ramène la Coupe à la maison après presque 40 ans d'attente. (Crédits : Anne-Christine Poujoulat/AFP)
Julien Stéphan ramène la Coupe à la maison après presque 40 ans d’attente. (Crédits : Anne-Christine Poujoulat/AFP)

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Des débuts réussis avec le Racing-club de Strasbourg

En mars 2021, Julien Stéphan démissionne de son poste d’entraîneur du Stade Rennais. Il devient, trois mois plus tard, le nouveau coach du Racing Club de Strasbourg. Après des débuts mitigés, la recette Stéphan finit par prendre du côté de la Meinau. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Bleus et Blancs ont le vent en poupe depuis septembre. Julien Stéphan et ses troupes accumulent les bonnes performances de la 6ème à la 21ème journée. C’est simple, seul le PSG (35) engrange plus de points que le Racing (31) sur la période. Au soir de cette 21ème journée, ils pointent à la 4ème place, leur meilleur classement du club à ce stade de la compétition depuis la saison 1996-1997, et comptent 35 points, leur meilleur total de points depuis la saison du titre en 1978-1979. Actuellement à la 5ème place, ils ne sont qu’à trois longueurs du podium.

Alors certes, ils profitent d’une hiérarchie floue entre les cadors habituels et d’un rythme assez lent dans cette Ligue 1. Mais ils proposent également un jeu intéressant et nourrissent de grandes ambitions offensives. En effet, les Alsaciens sont la 3ème meilleure attaque du championnat avec 49 buts marqués. Ils comptent de nombreuses armes sur le front de l’attaque avec un duo offensif ultra prolifique, composé d’Ajorque et de Diallo, pesant respectivement 10 et 9 buts, bien suppléé par Gameiro (9 buts) et Thomasson (7 buts). Grâce à une animation offensive bien huilée et des joueurs complémentaires, le danger peut survenir de partout (11 buteurs différents !). Cependant, les performances sont moins régulières côté défensif, et les Strasbourgeois soufflent le chaud et le froid. En atteste l’enchaînement de trois victoires à l’extérieur sans encaisser un but entre décembre et janvier (performance inédite dans l’histoire du Racing)… puis les quatre buts encaissés face à la lanterne rouge Bordeaux, fin janvier.

Un changement de système déterminant

Il faut dire que les supporters strasbourgeois avaient hâte de découvrir ce jeune entraîneur aux idées nouvelles, après la fin d’un cycle de cinq saisons avec le coach Thierry Laurey et une saison 2020-2021 en dents de scie. Au niveau des recrues, Le Marchand et Nyamsi, véritable révélation cette saison, sont venus renforcer cette défense. Pour les cinq premiers matchs de la saison, Strasbourg subit trois défaites, un nul et seulement une victoire. Puis Julien Stéphan abandonne dès lors son système de jeu habituel. Exit le 4-4-2 traditionnel pour un passage en 5-3-2 qui correspond mieux aux qualités des joueurs strasbourgeois.

Le 11 strasbourgeois victorieux lors du derby de l'Est face au FC Metz (3-0) lors de la 6ème journée. (Crédits : L'Equipe)
Le 11 strasbourgeois victorieux lors du derby de l’Est face au FC Metz (3-0) lors de la 6ème journée. (Crédits : L’Equipe)

Avec Julien Stéphan, le groupe strasbourgeois progresse énormément au niveau des phases de pressing et de contre-pressing. Que ce soit sur défense placée lorsque l’adversaire relance court ou directement à la perte du ballon, le Racing exerce une pression intense. Cette approche permet aux Strasbourgeois de récupérer rapidement le ballon et d’avoir plus de possibilités d’attaques.

Grâce à des sorties de balle soignées, le Racing est capable de contrer ou d’utiliser les attaques placées. Ils sont très créatifs dans le jeu et utilisent souvent l’horizontalité pour mieux trouver la verticalité, en centrant énormément. Les Alsaciens essayent d’attaquer au maximum la profondeur en aimantant le bloc adverse. Quoi qu’il en soit, ils attaquent en nombre et sont un vrai poison pour les défenses adverses.

Des différences significatives avec Thierry Laurey

Julien Stéphan insuffle une vision de jeu très différente de son prédécesseur, Thierry Laurey, aux joueurs strasbourgeois. La première grosse différence entre les deux techniciens est l’implication du groupe. Le Rennais de naissance veut un groupe concerné et cela se démontre par ses rotations d’équipes régulières : il a utilisé pas moins de 25 joueurs cette saison, et il n’hésite pas à accorder leur chance aux jeunes joueurs (Perrin, Sahi, …). Julien Stéphan permet aux joueurs alsaciens de retrouver le plaisir de jouer et de se lâcher sur le terrain. Et à « retrouver une confiance en soi » pour certains, selon le défenseur Djiku, sous-entendant à demi-mots qu’elle fût perdue avec Thierry Laurey.

« Stéphan a créé une ambiance sérieuse et ludique. Il parvient à gérer les ego et garde concernés les joueurs qui ont peu de temps de jeu »

Stéphane Godin, journaliste pour L’Alsace et spécialiste du Racing Club de Strasbourg

Au niveau de la philosophie de jeu, les deux entraîneurs ont également des avis divergents. Souvenez-vous de la déclaration de Thierry Laurey à la sortie d’un match nul, au sens propre du terme (1-1), face à l’OM lors de la saison 2020-2021. « On n’est pas là pour faire les beaux et pour plaire au public« , arguait-il en conférence de presse, mettant en avant le point glané face aux Marseillais, ô combien important dans la lutte pour le maintien. Non, Laurey n’était pas un apôtre du jeu, et il n’a jamais clamé l’être. Tout le contraire de Julien Stéphan, qui a un projet de jeu très affirmé, tourné vers l’offensive. Le technicien breton prône un jeu collectif, basé sur des transitions courtes et un pressing constant. Il implique les joueurs offensivement dès la phase de relance, les forçant à être plus mobiles et disponibles. « Avec Julien Stéphan, on parle foot. Tout est précis. On sait tous ce qu’on doit faire sur le terrain » évoquait le milieu de terrain Sanjin Prcić. Pour le plus grand plaisir du chaud public de la Meinau.

La communion des joueurs avec le kop strasbourgeois après la victoire face aux Girondins de Bordeaux (5-2). (Crédits : StrasTV)

Les ambitions pour la fin de saison

À Strasbourg, on n’est pas vraiment habitué à parler de podium, ni même de Coupe d’Europe. Le club strasbourgeois est une véritable entité en Alsace, un monument culturel. Mais c’est un club qui est toujours en reconstruction, qui évite de justesse la disparition en 2011. La volonté du président Marc Keller, très attaché au club et à son encrage local, est de solidifier les bases de l’édifice et de s’installer durablement dans la première moitié du tableau en championnat. Sans cacher ses rêves d’Europe et de titres. La nomination de Julien Stéphan entre parfaitement dans cette stratégie, lui qui emmena le Stade Rennais à des sommets où il n’a jamais été auparavant en Coupe d’Europe.

Le coach Julien Stéphan savoure son aventure en terre alsacienne (Crédits : Icon Sport)
Le coach Julien Stéphan savoure son aventure en terre alsacienne (Crédits : Icon Sport)

« Il incarne bien les trois valeurs essentielles du club : le travail, l’humilité et l’ambition »

Jean-Marc Kuentz, son adjoint au Stade Rennais puis au Racing Club de Strasbourg

Le premier objectif de la saison pour les Alsaciens était le maintien. La barre symbolique des 42 points étant désormais atteinte, ils peuvent légitimement revoir leurs ambitions à la hausse. Mais Julien Stéphan n’est pas du genre à brûler les étapes. Le nouvel objectif avoué de ses troupes est de battre le record de points depuis le retour du club en Ligue 1, soit 49 unités. Ils n’en sont plus qu’à 5 longueurs, et ce match face à l’AS Monaco pourrait les mettre sur la bonne voie. Puis, peut-être, d’espérer mieux en fin de saison, avec un Julien Stéphan derrière son équipe et pleinement impliqué dans le projet strasbourgeois. Jetzt geht’s los.

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