Auto / Moto Formule 1 Omnisport

Le Pilote Oublié : David Coulthard, le chardon de la F1

Ils sont nombreux, les pilotes qui ont eu une carrière en sport mécanique. Ceux qui ont eu l’immense privilège de piloter une Formule 1 ne serait-ce qu’une seule fois. Pourtant, peu d’entre eux ont pu marquer de leur empreinte l’histoire de leur discipline. Que ce soit par un manque de palmarès, une absence de reconnaissance ou alors une star venue prendre toutes les lumières, certains grands de ce sport n’ont pas eu la longévité qu’ils méritaient. Aujourd’hui, le CCS les mets en valeur, avec pour débuter, le Chardon de la F1.

Les sports mécaniques et l’Ecosse, c’est une histoire d’amour qui dure depuis bien longtemps. Parfois passionnelle, comme avec Sir Jackie Stewart ou Colin McRae, cette relation peu s’avérée « compliquée » lors de certaines périodes, comme à l’heure actuelle, où aucune tête de gondole ne surgit. Au total, 34 pilotes écossais (hommes comme femmes) ont eu la chance de participer à une course automobile. Et l’un d’eux a eu l’opportunité de placer l’Ecosse au premier plan durant son temps : David Coulthard.

Une trajectoire ascendante

Un jeune écossais au volant d’une monoplace britannique, de quoi raviver de bons souvenirs chez les amateurs de F1 (crédit: Autosport)

Le natif de Twynholm, comme pour la plupart des pilote de sa discipline, a vécu une carrière atypique, marquée de hauts et de bas, trustant l’extrême dans les deux cas. Multiple champion d’Ecosse de karting, DC grimpe tranquillement les échelons en catégorie jeune. Avec l’étiquette de grand espoir britannique de l’année, acquis lors de son passage en Formule Ford, Coulthard s’ouvre les portes d’une carrière prometteuse, tracée vers les sommets et la Formule 1, qu’il découvrira par ailleurs lors d’une séance d’essais chez McLaren-Honda en 1989.

Après un passage en Formule Vauxhall Lotus puis en Formule 3 britannique, avec des prestations à l’image de sa carrière, pleine de hauts comme de bas, l’Ecossais découvre la Formule 3000. Ses belles prestations pendant deux ans attirent Williams, à la recherche d’une relève pour un Nigel Mansell vieillissant, qui en fera son pilote essayeur fin 1993. En attendant son tour, DC ronge son frein en Formule 3000, s’essaye aux 24H du Mans sans succès et se lance vers une troisième saison chez les jeunes avant l’arrivée d’un événement qui va bouleverser le monde de la Formule 1.

Coulthard, un chardon qui pique ?

Des débuts illégitimes ?

Le 1er mai 1994, à Imola lors du Grand Prix de Saint-Marin, le triple champion du monde Ayrton Senna, star de l’époque de la Formule 1, perd la vie dans à la suite d’une tragique sortie de route. Le monde du sport automobile est en deuil mais le monde continue de vivre. Et pour palier à la perte du Brésilien, Williams choisi Coulthard, plus par manque de choix que par une réelle volonté de le recruter. En effet, DC s’avère être le 4e choix de l’écurie britannique, après avoir contacté Heinz-Harald Frentzen, Riccardo Patrese et Nigel Mansell. Tous ayant refusé la proposition de Frank Williams.

Coulthard lors de ses débuts sur la Williams en 1994, a éclaboussé le monde du F1 de son talent (crédit : GP world.net)

Dès lors, c’est le jeune David Coulthard qui fera son apparition en Formule 1 pour la toute première fois. Son talent et sa vitesse, déjà connus par les spécialistes, n’est plus à nier. C’est plutôt son comportement et ses nombreux accrochages qui dérangent. DC est un adepte du fait, et cette réputation le suit déjà depuis ses débuts chez les catégories jeunes. Après des débuts prometteurs, avec une belle deuxième place au Portugal, Williams ne préfère pas le conserver, privilégiant l’expérience et le poids des sponsors qu’apporte Mansell avec lui jusqu’à la fin de la saison.

Sa première saison complète en Formule 1 aura lieu à l’issue de la saison 1995, aux côtés de l’expérimenté Damon Hill. Malgré de belles promesses et un talent indéniable, c’est surtout son inconstance et ses erreurs qui viendront assombrir une année conclue à la 3e place au championnat du monde. Victorieux au Portugal et décrochant de nombreuses pole positions durant la saison, il ne sera retenu de lui que sa perte de contrôle dans les stands à Adélaïde, où il ira taper le mur au volant se sa Williams.

Des promesses et des déceptions

Pire encore, en pole lors du Grand Prix d’Italie, David Coulthard se sort lors du tour de formation ! C’est donc sans poleman que Michael Schumacher et compères, médusés, abordent la course. Un énorme carambolage dès le deuxième tour, un drapeau rouge et un premier départ annulé offriront à l’Ecossais la chance de se racheter. Après un second départ, auquel il participera cette fois, DC ne tiendra que 13 tours avant de repartir à la faute. Sa Williams se retrouve à nouveau dans le bac à graviers et il ne repartira définitivement plus…

La boulette de DC, qui l’empêche de prendre le (1er) départ de la course en Italie en 1995…

Aussi, malgré de belles promesses qui lui permettront de s’installer en F1, cela ne se fera pas chez Williams. L’écurie, à la quête de fiabilité, engagera ainsi un certain Jacques Villeneuve pour aborder la saison 1996 à côté de Hill. David Coulthard s’exile chez McLaren et l’opportunité de décrocher pour la première fois un titre mondial s’envole : l’Anglais puis le Canadien l’emportant respectivement les années suivantes. Mais le plus important est ailleurs. Désiré par McLaren depuis son arrivée, il signe à l’occasion son intégration pleine en Formule 1, et sait sa place acquise.

DC arrive dans une écurie en baisse de régime. Et le comble, c’est qu’il a quitté celle qui allait devenir référence en Formule 1 pour les deux années suivantes. Après deux podiums en 1996, et une septième place au championnat, David Coulthard et McLaren abordent 1997 avec une monoplace bien plus performante. Accompagnée d’un moteur Mercedes, la MP4-12 est redoutable, venant défier et faire face à Williams et Ferrari. À l’issue de cette année, l’ex-pilote Williams se classe ainsi 3e (à la suite du déclassement de Michael Schumacher) et empoche deux victoires lors de la saison.

Le beau printemps de Coulthard

Compétitif mais trop agressif

L’arrivée d’Adrian Newey à la tête du développement de McLaren viendra changer la donne. Mika Häkkinen et David Coulthard sont désormais équipés des meilleures voitures du plateau avec leur redoutable MP4-13. Mais au grand désarroi des supporters de DC, cet avantage tourne en la faveur de son coéquipier finlandais. Avec 13 victoires et deux titres mondiaux en 1998 et 1999, Mika Häkkinen surclasse David Coulthard et ses « seules » trois victoires… Pire encore, DC n’a pu espérer un tant soit peu lutter pour la couronne mondiale durant ses deux années de règne.

La catastrophe du Grand Prix de Spa en 1998, avec comme point d’orgue, l’accrochage en et hors piste avec Michael Schumacher

Malgré une plus grande expérience et une meilleure approche des premières places, l’Écossais trainera toujours quelques casseroles de son passage chez McLaren, comme le fameux épisode de Spa 1998. Sous la pluie torrentielle des Belges, au départ, il est l’auteur d’un des plus gros cartons de l’histoire de la Formule 1. À son actif, il est possible de dénombrer 14 voitures au tapis ! Drapeau rouge et deuxième départ à lancer, qui laissera David Coulthard en fond de grille, en perdition avec sa McLaren. Sa course est un calvaire, jusqu’à empirer avec l’arrivée de Michael Schumacher, en passe de prendre un tour au pilote écossais.

Incompréhension, teamplay pour son coéquipier, personne ne peut savoir, mais la finalité est la suivante : la Ferrari s’empale derrière la McLaren et entraîne l’abandon des deux pilotes. L’Allemand ira jusqu’à vouloir se battre avec DC. De quoi rappeler un tragique incident au Brésil 2018
Sa fin de saison sera tout aussi difficile, impliqué dans trop d’accrochages pour espérer lutter jusqu’à la fin dans le titre mondial. Le moral du pilote est en baisse, son niveau de pilotage ne l’est pourtant pas.

La deuxième vie de DC

David Coulthard a vécu une deuxième partie de carrière prolifique avec McLaren, comme le démontre ses nombreuses victoires et podiums (crédit: Getty Images)

Puis, survient comme un chardon sorti de son hiver, le Coulthard nouveau, celui qui commet moins d’erreurs, qui semble enfin en paix avec son pilotage et sa monoplace. Une des raisons à cela pourrait être sa miraculeuse escapade d’un accident d’avion à Lyon. Toujours est-il que le pilote McLaren réalise le meilleur début de saison de sa carrière avec trois victoires à mi-saison, et il reste à la lutte pour le titre mondial. Mais le retour au premier plan de son coéquipier sonne le trouble chez David Coulthard, qui ne parviendra pas à conclure et terminera 3e à la fin de la saison.

Remis de cet énième échec, et à l’aube de la fin de carrière de Häkkinen, DC réalisera la meilleure saison de sa carrière en 2001, avec deux victoires et un statut de vice-champion du monde derrière l’irrésistible Michael Schumacher. L’hégémonie de Ferrari semble prendre le pas sur celle de McLaren. David Coulthard voit ses espoirs de couronne s’éloigner.
Cette baisse de régime de McLaren sonne également le glas de la belle histoire entre l’Ecossais et l’écurie britannique. L’arrivée d’un jeune finlandais du nom de Kimi Raïkkönen, prenant régulièrement le dessus sur lui, anéanti les espoirs placés en DC.

Ses dernières années chez McLaren ne sont pas aussi glorieuses que ses débuts. Après une seule victoire en 2002, David Coulthard ira signer une dernière montée sur la plus haute marche du podium en 2003, avant de ne plus gouter au podium de la saison entière en 2004, pour la première fois de la saison. L’écurie et le pilote sont en déclin, il leur faut une nouvelle source de motivation, tant pour les uns que pour l’autre.

Le chardon commence à faner

DC avec sa cape de Superman sur le podium de Monaco en 2006, le tout premier de Red Bull (crédit : Icon Sport)

Condamné à une pré-retraite chez la nouvelle écurie de la Formule 1, Red Bull, DC profite de ses dernières heures en Formule 1. Le cadre plus décontracté semble toutefois convenir à David Coulthard qui sent un regain de motivation émaner. Dominant largement son coéquipier Christian Klein, il aide Red Bull à se lancer dans l’impitoyable monde de la Formule 1. Ses différents coups d’éclats lui permettent ainsi de prolonger sa belle histoire d’amour avec la Formule 1, année après année.

À l’aube de sa fin de carrière, en 2008, DC sent que ses plus beaux moments sont derrière lui. Après un dernier podium à Monaco (dont il remettra un costume de Superman pour l’occasion) et une saison 2007 convaincante face à son jeune coéquipier Mark Webber, l’Ecossais retombe dans ses travers de jeunesse. Accrochages et abandons rythment sa saison et plombent son jubilé en Formule 1. Comme un symbole, lors de la dernière course de sa longue carrière Coulthard ne passera même pas le premier tour. Histoire, peut-être, de tirer sa révérence comme il le souhaitait…

Si la carrière de David Coulthard n’a pas tenu les promesses que son talent lui permettait d’avoir, il a cependant laissé une trace dans le monde de la Formule 1. Son caractère atypique et franc ont fait de lui un pilote apprécié du public. Ses victoires et son statut constant d’outsider ont également permis à DC de gagner en capital sympathie, au point d’en oublier parfois ses malheureux écarts. Mais la question convient de se poser : « Et si David Coulthard avait remporté un titre ? » 

Crédit Couverture : McLaren Racing

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :